‹ L'art dans l'Afrique australe; impressions et souvenirs de missionChapitre 29 sur 105 · OBJETS PROVENANT DE CAVERNES DE BUSHMEN · texte numérisé non relu

OBJETS PROVENANT DE CAVERNES DE BUSHMEN

de ce que font actuellement les indigènes ; des fragments d'œufs d'autruches, oiseaux qui n'existent plus dans la contrée depuis fort longtemps; puis, de petits ossements d'animaux que nous n'avons pu identifier; un fragment de pierre à polir (?); des bâtonnets taillés en pointe et durcis au feu ; enfin, des qibi, — ce mot bushmen se prononce avec un claquement de langue, — cette pierre dans laquelle on passait un bâton, ce qui en faisait un instrument contondant utile à quantité d'usages, servait surtout à démolir des fourmilières et des termitières dans lesquelles les Bushmen prenaient les œufs et des larves dont ils étaient, dit-on, très friands et que les colons, par dérision, nommaient riz de Boschjesmans (1).

Ces « qibi » ne sont pas sans rapport avec les marteaux en pierre qu'on a trouvés en Europe dans des tombes préhistoriques ou les pesons de bâtons en usage en Californie.

(1) L'Afrique Australe, F. Hoefer, i845.

L'intérêt qu'on prend pour ces modestes artistes bushmen s'éveille un peu tard, sans doute; cependant les nombreux travaux qu'on publie sur eux témoignent d'un intérêt grandissant, voire même d'une réelle sympathie. Le gouvernement de l'Orange a récemment recommandé, par une circulaire envoyée aux fermiers boers sur les propriétés desquels existent des peintures de Bushmen, de vouloir bien veiller à ce qu'on ne les détériore pas... Un signe des temps nouveaux... et un avis qui mérite de passer la frontière.

« Le besoin de l'art est immortel, il existait au cœur de l'homme au temps où à peine homme, il gravait des lignes bizarres sur la corne et le bois. »

H. Warnert.

N a trouvé, ces dernières années, dans bien des endroits écartés du Sud africain, surtout dans le nord-est de la colonie du Cap, dans l'État libre de l'Orange et dans le sud du Transvaal, de nombreuses intailles gravées sur des rocs très durs, représentant des animaux dont certains, comme les éléphants, ont disparu de ces contrées depuis fort longtemps. Comme on ne prête qu'aux riches, on a de suite attribué ces dessins rupestres aux Bushmen : le soin avec lequel ils sont

L AFRIQ.UE AUSTRALE

traités justifie en grande partie cette opinion. Car il n'y a vraisemblablement que des « hommes des bois » vivant en contact constant avec la nature, qui puissent chercher à ce point à la représenter avec tant de précision, de savoir et de dextérité.

INTAILLE A SILHOUETTE MARTELÉE PROVENANT DE KLEKSDORP (tRANSVAAl)

(Musée du Cap)

Ces intailles sont traitées de trois façons : les unes, peut-être les plus anciennes, ne présentent que des silhouettes faites par des coups martelés dans le roc; dans d'autres, la figuration consiste en un dessin continu, tandis que bon nombre offrent des images en champlevée.

Il y a là une analogie artistique des plus étroites avec certaines gravures sur roc provenant des temps préhistoriques de notre vieux monde, qui n'a pas échappé aux savants (1).

(1) Voir sur ce sujet le très bel ouvrage de M. E. Cartailhac : La Caverne d'Altamira, publié sous le patronage du prince de Monaco. 1906.

INTAILLES ET GRAFFITES

Comme, dans ces intailles, on retrouve les mêmes qualités de fidélité, de vérité et d'élégance que nous avons vues dans les peintures faites par les Bushmen, de savants ethnographes en ont conclu qu'il y avait des Bushmen peintres et d'autres sculpteurs.

Ce sont peut-être là de bien grands mots; en tout cas il y a particulièrement dans les intailles une recherche de la ligne tout à fait surprenante, car il n'y a pas là des essais de débu-

INTAILLES FAITES SUR DES ROCS PRES KXEKSDORP (tRANSVAAL,)

(Musée de Pretoria)

tants, ou une simple manière d'écrire ou de fixer des souvenirs, mais plutôt des œuvres d'artistes travaillant con amore.

Il peut être intéressant de rapprocher ces images, dont l'ori-

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