‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 49 sur 433 · Lefort, toc. cit., p. 197 et · texte numérisé non relu

Lefort, toc. cit., p. 197 et

4. Rohault de Klelby, les Saints de la Messe, 11, Sainte-Agathe, pl. IX.

Les fragments de sculpture remontant à l'époque du duché de Naples sont moins rares que les restes de peinture murale. Les plus anciens qui portent une date se trouvent à Cimitile, près de Nola, qui forma, avec Avellino, une sorte île territoire contesté entre le duché de Naples et le duché lombard de Bénévent1. Le nom de l'évêque Léon III, qui siégea vers l'an 700, est gravé sur le petit porche élevé à l'entrée de la chapelle des sainls Martyrs; le même évèque avait fait élever, dans la basilique funéraire de Saint- Félix, un chancel qui subsista au milieu des remaniements des édifices, et dont l'inscription est citée par Remondini ■. Les plaques du chancel ont aujourd'hui disparu : il n'en reste que deux montants. Les pilastres du porche et les montants du chancel, donnés par Léon III, sont décorés avec des rinceaux, des rosaces, des rubans couverts de pointes de diamants, le tout d'un relief très net. De plus, les montants portent, à leur partie supérieure, une croix grecque flanquée de deux rosaces, surmontée d'une palmette et munie, à sa partie inférieure, de deux tigettes terminées par des feuilles de lierre : cette croix est le prototype de celles que nous rencontrerons, en Italie même, sur des portes de bronze fabriquées au ni' siècle à Byzance5. Elle figure sur des fragments de sculpture, antérieurs au x" siècle, qui ont été retrouvés en Grèce, à Athènes et à Daphni4.

Cattaneo, qui a publié les marbres de Cimitile dans son classique ouvrage, n'a signalé aucun des morceaux remarquables conservés à Naples même. Depuis lors une transenna, qu'on peut voir à Naples, dans la crypte presque inaccessible qui passe pour l'oratoire de saint, Asprenus, a été reproduite dans la collection des Monuments du Duché*. Cette balustrade se compose de deux plaques de marbre, décorées de bandes couvertes d'entrelacs, et qui s'entre-croisenl pour former des losanges, dans chacun desquels est figuré en relief un quadrupède ou un oiseau tenant Une feuille dans son bec. On lit. en haut de la balustrade, une inscription grecque, portant les noms des deux fidèles qui onL fait rebâtir l'oratoire, un certain Cam-

1. Les deux villes appartinrent tantôt aux Napolitains, tantôt aux Lombards, d'après le succès des armes.

2. Hoc quod cemitis disette quod Léo solerlior tertius Episcopus compsil et ornabil amorc Dci et sanctorum Felicis et Paulini Hkmonihni, II, p. 518 ; — cf. Ambrosim, dcl Cimitcro iïolano, p. 3i6 et 326; — et Capasso, Monumenta, II, 2e partie, p. 232t. On ne sait rien de précis sur les sculptures dont le sanctuaire de Cimitile fut décoré au temps de l'évêque Lupenus, que Ferraro place au viB siècle et Remondini vers SOU ; un petit fragment orné de poissons d'un relief très plat porte encore l'inscription : boc orus lupbnus episcopus reno (vabil). Sur deux morceaux de marbre uni, on peut lire une partie d'une inscription que la CO] ie de Ferraro permet de reconstituer de la manière suivante : Hoc quod cemitis discite quod Lupenus Episcopus cohpsit et oknavit in hac ccclesia umore Dci et sanctorum Felicis et Paulini, Ru/!, Laurcntii et Valrilii. — Lupenus episcopus fieri prœcepit.

3. Cattaneo, l'Architecture cnïtalic du vi° au xr> siècle, fig. 84, 83, lig. 27 et 28.

i. Millet, le Monastère de Dtrpltni, p. 2, 13 et la. Les deux rosaces qui cantonnent le bras supérieur de la croix sont une simplification de la représentation traditionnelle du soleil et de la lune, aux côtés du crucifix. Des croix identiques à celle de la transenna de Cimitile se voient sur les encolpia d'orfèvrerie byzantine conservés aux trésors de Saint-Pierre de Rome et de Saint-Marc de Venise.

b. Capasso, Monumenta, M, 2e partie, p. 222 et pl. XVII.

pulus et sa femme Constantine ', mais qui ne fournit aucune indication de date. Les oiseaux et les animaux, parqués un par un dans des compartiments rectangulaires, se montrent, à Ravenne, sur les ambons de la cathédrale et de l'église Saint-Jean et Saint-Paul2. Ces deux marbres du vi' siècle seraient presque identiques à la transenna de Naples, si les bandes qui forment les compartiments n'étaient point lisses, sur les deux monuments de Ravenne, tandis qu'à Naples elles sont couvertes d'une natte. Tous les détails des deux plaques napolitaines, oiseaux et bandes décorées d'entrelacs, se retrouvent sur un fragment de l'ancien parapet du chœur de l'église Sainte-Sabine, à Rome, qui a été sculpté entre 824 etS27:i. On peut donc placer la transenna de Saint-Aspreno dans la première moitié du ixe siècle.

La collection îles Monuments du Duché offre encore la reproduction d'un sarcophage antique sur lequel sont représentés en relief deux griffons affrontés devant un motif formé d'une guirlande reposa ni sur deux colonnes. Dans le champ resté nu au-dessus de la guirlande, on a gravi', au xi" siècle, une inscription funéraire en latin et une croix grecque'1. Ce médiocre graffitlo ne mériterait pas une mention, s'il ne reproduisait un motif du ix* siècle, dont on peut voir un exemple à Gaëte, dans la ville qui résista aux Lombards non moins obstinément que Naples et qui, elle aussi, après avoir dépendu de l'Empire d'Orient, demeura indépendante sous ses consuls, jusqu'au xn' siècle, où elle fut annexée au royaume normand. Le lias-relief de Gaëte, qui sert d'autel dans la petile église de San Giuseppe, est une plaque de sarcophage romain identique à celle qui vient d'être décrite, avec la seule différence que les deux colonnettes sont remplacées par des torches; le champ, au-dessus de la guirlande, a été creusé, et on y a réservé une croix grecque décorée d'entrelacs nattés et flanquée de quatre rosaces5. Des croix identiques sont sculptées sur le ciborium de Saint-Eleucadius, à Sant' Apollinare in Classe, près Ravenne", sur la transenna de Santa Maria in Foro, à Rome, et sur d'autres morceaux du ixs siècle.

On a noté sur les fragments de marbre sculpté, contemporains des duchés campaniens, certains motifs qui se retrouvent à Ravenne, au temps de Justinien, et en Créer, pendanl total le moyen âge; d'autres motifs, qu'un peut relever sur les transennx napolitaines, se répètent, au vin* el au tx° siècle, dans les églises de Rome el jusque dans les

villes I bardes. (Miellé est l'origine de ce décor géométrique? Un archéologue attribue les

nattes et les entrelacs taillés dans le marbre à des artisans lombards, qui auraient appliqué au mobilier des églises la décoration primitive des bijoux barbares7. Un archi-

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