EXTRACTION
Admettons qu'en carrière on règle les arêtes en se guidant à l'aide de Jils métalliques tendus :
On obtiendra des faces latérales planes ;
Et, comme le fil éprouvera une flexion, les deux autres faces prendront une légère courbure, dont le croquis indique le sens.
Imaginons, dans une même carrière, deux obélisques ainsi taillés à l'aide de fils directeurs : De l'un à l'autre les flexions seront parallèles; et, comme les manœuvres de transport seront les mômes, après le dressage les courl)es devront rester semblablement placées :
Fait des courbures, similitude de position, toutes les conséquences du mode de tracé se vérifient aux deux obélisques de Luxor.
La flèche des courbes est d'environ O^.O:^. Que l'on ait fait usage d'un fil de cuivre, la tension n'eût pas dépassé 3'' pnr millimètre cnrré : elfort parfaitement admissible.
niiaiil ;iu\ bombements transversaux a. ils peuvent avoir été ménagés en vue d'augmenter — n(^ fùl-co que de bien peu — l'épaisseur ;iu milieu v\ ]i;ir suite la résistance ;i la i-ui»ture.
TIlANSPdHT.
Les i)einturcs, cpii abondent en scènes de la vie commune, contiennent à peine de vagues allusions aux manœuvres des obélisques.
OBELISQUES.
Il y avait nécessairement transport par terre et transport par eau :
Le creusement d'un canal permettait d'arriver par eau presque à pied d'œuvre.
Transport par eau. — Une peinture de Deïr el Bahri montre des obélisques naviguant sur bateaux.
Pline (XXXVI 14) indique une solution meilleure : Deux navires entre lesquels le bloc est suspendu.
Sans doute le bloc plonge au-dessous du plan d'eau, et perd par immersion plus d'un tiers de son poids.
Transport par terre. — Pour le cheminement à terre on pouvait
employer le procédé par échelons que nous avons décrit pag. 76, et que rappelle le diagramme fig. 94.
M.v.\(»EuvuE dp:s monolithes.
Il est probable que, dans la plupart des cas, la traction par câbles put suffire pour les obélisques aussi bien que pour les colosses.
nRES?.\fiE.
Marche de l'opération. — Le dressage, non plus que le trans- Itort, n'exige aucune machine :
Soulevons le bloc (fig. 95 Aj. en ayant soin de maintenir les lemblais d'appui par des bajoyers.
Arrivés (B) à une hauteur (elle (juc a' passons, par-dessous, des Ira verses r et un tourillon n :
A ce moment rien n'cmpèchc do déblayer les (orros e( d'établir en sous-œuvre une glissière g.
La glissière faite, remplaçons ])ar du sable les terres enlevées; Retirons les traverses r. Et adbnillons le sable :
L'obélisiiue, pivolani autour du lourillon n. va s'incliner suivant a" rt arriver à l'aplond» de sa base f>.
Il suffira, pour l'cmpècher d'aller trop loin, de réserver en (/ un
OBELISQUliS.
arrêt qui le contrebute du pied, et de relenir le sommet par des haubans.
Le bloc est parvenu à la position C :
Le traîneau l'a suivi et protégé dans son mouvement. La crosse de ce traîneau gêne la descente.
Pour la recouper, empilons sur la bnse des sacs de sable (fig. 96 c) :
La masse une fois soutenue sur ces sacs, un trait de scie supprimera l'obstacle {c')\ et, en vidant ces sacs, on amènera l'obélisque à sa place.
Ici se représente un incident que nous avons rencontré à propos des colosses :
Il faut empêcher la toile des sacs de rester emprisonnée entre le socle et le fût,
La solution est la même :
Des sachets logés en rainure reçoivent provisoirement la charge; et ces sachets y, ouverts à leur tour, laissent dans la rainure et leui' contenu et leur enveloppe.
Précisons par des exemples :
Indices el délails de la manœuvre sur sars de sable. — A Karnak, sous l'obéHsque renversé d'Hatasou, la forme de la rainure est celle qu'indique la fig. 96.
MANOEUVUE DES MONOLITHES.
A Luxor, d'après les relevés de Lebas, les rainures présentent
l'aspect indi(|ii(' fij^. î>7 :
Sous l'obélisque oi'ieiilal. la lainure </' est exactement semblable il celle de Karnak.
Sous l'obélisiiuo occidental V icelui de la place de j:i Concorde^ la disposition est plus comjjlexe.
Cet obélisque, le moins éloigné du Nil. dul «"'irc dressé le der-. iiici-. cl l'on mil ii iirolll l'expérience acquise :
rroliablemoiit on avait remaniuc (jue les sachets a' se vident avec une rapidité dangereuse.
Pour parer ;» ce danger on a rapproché du centre la rainure a. et br.inché sur elle cinq raiimres secondaires r.
De longs sachets de sable, logés dans toutes ces cavités, étaient crevés à la fois;
El l'obélisque, pivotant autour de l'arête ;j, provoquait non point l'évacuation générale, mais une évacuation de proche en proche, commençant en fi et se propageant de a en r :
Le niduvement s'opérait avec plus de lenteur, et les risques étaient moindres.
OBÉLlSQlj'ES. 12"
Solulions diverses du problème des obélisques. — Ainsi s'érigèrent les obélisques à ces lointaines époques où l'on ne possédait ni treuils ni palans.
A l'époque romaine, la manœuvre s'opère par une méthode tout autre :
Le musée du Latran possède la représentation du dressage non d'un obélisque, mais d'un fût de colonne monolithe.
Le levage est fait pai' une grue ; le moteur est une roue actionnée, comme celles de nos carrières, par des hommes gravissant des échelons plantés à la circonférence.
Telle fut la manœuvre de l'obélisque de Constance II ( Ammien XYI, 4).
C'est également une manœuvre avec roues motrices et renvois de mouvement, qu'indique le bas-relief de l'obéUsque de Gonstantinople.
Dans les temps modernes, la méthode romaine persiste, au moins quant au principe :
L'obéhsque de la place Saint-Pierre fut dressé à l'aide d'un beffroi de charpente servant d'attache a des palans :
Le sommet était soulevé; le pied cheminait sur une plate-forme à rouleaux.
Pour l'obélisque de la place de la Concorde, on fit usage d'une bigue oscillante, presque verticale au début, et dont le mouvement de bascule entraînait la tête du monolithe.
SARCOPHAGES
Les procédés employés pour mettre en place les sarcophages sont de simples variantes des manœuvres sur sable, qui viennent d'être décrites.
Mariette rencontra dans ses fouilles une cuve de sarcophage laissée dans une position d'attente à l'orifice du puits qui la devait contenir.
128 maxoeuvrï: de« monolithes.
Sur quatre points, le puits présentait des élargissements en forme de rainures verticales.
Rainures et puits, tout était rempli de sable.
lu homme posté dans chaque i-ainure vida le sable à mesure qu'il affluait : Et ainsi s'accomplit un mouvement préparé depuis trente siècles.
Les fouilles de Sakara ont mis au jour une tombe qui ne fut jamais occupée :
La cuve était on i)lace;
Au-dessus d'elle, a 1'" de hauteur riiviron. le couvercle reposai! sur des pillettes provisoires.
Tout ('tait prêt pour la descente :
lis
l!ii macMimant les parois de la chambre, on avait vu soin de mémigcr iiii" sorte de canalisation «le .sable (^lig. î)S), composée tL' r:iiiiures verticales r^ n i'\ dim branchement horizontal w/.
SARCOPHAGES
Des tampons c, calés sous les oreilles v du couvercle, prenaient leur point d'appui sur le sable des rigoles n.
M. Barsanti, à qui est due l'explication de ces dispositifs, interprète ainsi la manœuvre projetée :
Que l'on sape les pillettes provisoires, les tampons c reporteront sur le sable tout le poids du couvercle.
Que l'on vide la rainure ^, le sable des rigoles n s'écoulera, les tampons s'abaisseront, et le couvercle avec eux.
HERSES DES PYRAMIDES
La fig. 99 indique la forme usuelle des enclaves où s'engagent les dalles de granit qui barrent par intervalles les couloirs des pyramides.
Manœuvre par descente verticale. — Tant que la pyramide reste inoccupée, la herse est posée sur deux potelets «; Pour la faire descendre, on supprime ces supports :
Mais la pierre peut se briser en tombant, ou bien coincer entre les deux rainures et s'arrêter en route.
Le moyen de prévenir ce double risque est d'empiler sous la herse.
MANitEUVHE DES MONOLITHES.
avant de saper les potelets, un amas de sacs de sable assurant une descente lente et régulière..
Descente sur fjlissière. — A Dachour, on se contenta de modérer la vitesse de chute en faisîint descendre le bloc le long d"un plan incliné.
Lu chambre de la herse, reconnue par Perring, présente l'aspect lig. 100 :
// est la glissière, sur la(iuelle on fera couler le bloc on détruisant les contrefiches r.
dette opération de sape serait périlleuse sans l;i garantie de câbles de retenue :
Il existe, en cllet, une rainure /• où des cordages purent être lîxés il laide de simples coins.
Qu'on imngine les cordes ainsi pincées duns la ruinure ;• :
L;i suppression des contrefiches se fait alors sans danger; et. liour r()nii)r(* ;i son tour l;i ceinture de retenue, il suffit de la brûler.