‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 24 sur 176 · CHAPITRE I ÉLÉMENTS DU MOT · texte numérisé non relu

CHAPITRE I ÉLÉMENTS DU MOT

La parole est la voix articulée, c'est-à-dire modifiée par le jeu de Tappareil vocal. Elle se compose de mots, c'est-à-dire de syllabes indépendantes ou de réunion de syllabes. La syllabe est le son formé par une seule impulsion de voix. C*est ce que constitue, à lui seul, un son appelé voyelle ou bien la combinaison d'une voyelle avec un bruit d'articulation nommé consonne.

Le son, avons-nous dit, est l'effet causé sur l'ouïe par les vibrations d'un corps. Encore faut-il qu'elles soient régulières, qu'elles se suivent à intervalles égaux. Autrement, il n'en résulte qu'un bruit. Un exemple de son : une note de piano, de violon; un exemple de bruit: un claquement de fouet, de langue».

La voyelle est le son lui-même. Mais s'il arrivait à

1. Qu'est-ce qui n'est pas contesté? t Tout récemment, un otologiste américain distingué, M. Knapp, a émis la proposition suivante : « Il est actuellement prouvé que les bruits ne sont pas d'une « autre nature que les sons ; tous deux sont des sons musicaux. » Paul Olivier, revue la Parole.

nos oreilles tel que le produisent les cordes vocales, il ne se transformerait pas en voyelles diverses. Il se modifie selon la position du voile du palais, de la langue, des joues, des dents, des lèvres. Malgré une définition classique, la voyelle n'est donc pas le « son inarticulé ». C'est si bien un son articulé que Vaïsse, après avoir avancé que la prononciation d'une consonne ne nécessite pas celle d'une voyelle, a pu écrire : « Le fait est tellement vrai qu'en pressant la question on pourrait en faire sortir la conclusion diamétralement opposée et trouver que l'émission d'une voyelle détermine nécessairement celle d'une consonne préalable et préparatoire, consonne qu'en l'absence de toute autre on peut encore reconnaître soit dans la légère aspiration, soit dans l'explosion gutturale ou pharyngienne dont il est aisé de constater l'existence nécessaire pour la production du son vocal ».

La voyelle est le son lui-même. D'où vient donc qu'elle subsiste, relativement très nette, dans le chuchotement, où le son n'existe à peu près plus, où les cordes vocales ne jouent presque aucun rôle? Parce que, étant le son lui-même, la voyelle est aussi la sorte de bruit qu'il devient alors, bruit modifié par le jeu de l'appareil buccal, bruit articulé.

Mais, si toutes les voyelles sont le son lui-même, qu'est-ce qui les distingue entre elles? Ce n'est ni le volume ni le ton, puisqu'on peut les émettre toutes avec plus ou moins de voix et à n'importe quelle hauteur du son. Ce qui les distingue, c'est le timbre, cette qualité du son qui différencie la môme note produite par différents instruments de musique. Une voyelle est donc un timbre vocaL

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