‹ L'art de dire, dans la lecture et la r©citation, dans la causerie et le descoursChapitre 105 sur 175 · CHAPITRE VII LE VOLUME VOCAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII LE VOLUME VOCAL

Ce qui varie encore et beaucoup clans la diction naturelle, c'est le volume de la voix. Il arrive que le ton s'élève ou s'abaisse en même temps que le volume augmente ou diminue; mais ce ne sont pas moins, n'est-ce pas? deux choses bien distinctes.

Dans la diction naturelle, la voix (nous ne parlons plus ici que de son volume, de son intensité) s'élève en deux cas généraux :

I. Pour mieux se faire entendre. Vous parlez à quelqu'un auprès de vous ; vous appelez un passant dans une rue déserte, ou bien, vous trouvant sur le rivage, un pêcheur sur la mer bruyante : trois voix difïerentes pour exprimer peut-être le même sentiment.

II. Pour aider à l'expression. Écoutez deux personnes qui, à une certaine distance de vous, conversent entre elles. Vous ne saisirez que quelques phrases, quelques mots. C'est, généralement, que la voix qui sert de véhicule à ces mots groupés ou comme isolés a plus de force; c'est, généralement, qu'ils expriment des sentiments plus vifs.

Donc, deux cas généraux dans l'art de la diction. Considérons-les un peu en détail.

198 l'expression

1" On augmente la voix dans l'appel.

Dans VAmi Fritz, le joyeux Kobus voit passer devant sa fenêtre le vieux rabbin David :

— Il faut pourtant que je le fasse un peu enrager, (Appelant.) Hé! rebbe... rebbe....

2° A proportion du nombre des auditeurs :

Le député vint donc, et fit cette harangue : « Romains, et vous sénat assis pour m'écouter.... » La Fontaine, le Paysan du Danube,

Vous ne faites ici qu'évoquer une situation ; vous n'avez donc qu'à élever tant soit peu la voix. Mais si, comme Brutus ou comme Antoine, dans le /«/es Césai^ de Shakespeare, vous aviez à haranguer, du haut des rostres, la foule tumultueuse emplissant le forum, c'est beaucoup de voix qu'il vous faudrait déployer. 3° C'est d'une voix puissante que Hernani, dont la tête a été mise à prix et qui veut mourir, dit aux valets de Ruy Gomez :

Je vous dis que je suis le proscrit, le rebelle Hernani !

c'est plus fort encore qu'il répète :

Hernani!

Proportionnellement aux circonstances, vous aurez à faire comme lui lorsqu'il s'agira de proclamer quelque chose.

4'^ Évidemment, la voix diminue quand, pour une raison ou pour une autre, il ne convient pas qu'on puisse être entendu à quelque distance.

Tartuffe a soin d'étouffer sa voix en disant, par exemple, à Elmire :

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Je sais que vous avez trop de bénignité

Et que vous ferez grâce à ma témérité ;

Que vous m'excuserez sur Thumaine faiblesse

Des violents transports d'un amour qui vous blesse,

Et considérerez, en regardant votre air,

Que l'on n'est pas aveugle, et qu'un homme est de chair.

o" Dans les pièces réalistes, — j'entends celles oi^i l'auteur a constamment le souci de la vérité, — il faut toujours parler bas quand la situation le veut. Dans le drame romantique, par exemple, on est plus libre. Quand le déploiement de voix, motivé par le sentiment , peut impressionner , il est permis d'y recourir. Il convient même d'y recourir, puisque l'auteur, désireux surtout d'émouvoir, se contente de la vérité conventionnelle.

Un brigand s'introduit, la nuit, dans le palais d'un duc, chez la jeune fiancée d'un vieux duc. Par une prudence élémentaire , il devrait parler bas. Mais combien perdraient de leur puissance les tirades de Hernani à dona Sol !

Ruy Gomez, le duc, survient. Il se trouve en présence non seulement d'un inconnu, mais d'un autre, car don Carlos a surgi d'une armoire. Le roi sait rassurer son féal sujet, qui le loge. Une fois seul, Hernani se parle à lui-même. Au moins devrait-il le faire à voix basse, car personne n'a quitté le palais. Eh bien! non, pour produire l'effet qu'elle doit produire, la fameuse tirade : « Oui, de ta suite, ô roi!... » réclame des intensités vocales.

Mais l'interprète doit, selon nous, en user le moins possible; dans tout ce premier acte, il doit, en baissant la voix de temps à autre, rappeler ce qu'il y a de clandestin dans ce rôle d'amant et de bandit.

200 l'expression

6° Le volume augmente dans Fimitalion du bruit. Le volume expressif pourrait porter ici le nom d'imitatif.

Il faut rendre vocalement ce crescendo de Notre- Dame de Paris :

Prêtez donc l'oreille à ce tutti des clochers; répandez sur l'ensemble le murmure d'un demi-million d'hommes, la plainte éternelle du fleuve, les souffles infinis du vent, le quatuor grave et lointain des quatre forêts disposées sur les collines de l'horizon comme d'immenses buffets d'orgue ; éteignez-y, ainsi que dans une demi-teinte, tout ce que le carillon central aurait de trop rauque et de trop aigu, et dites si vous connaissez au monde quelque chose de plus riche, de plus joyeux, de plus doré, de plus éblouissant que ce tumulte de cloches et de sonneries; que cette fournaise de musique; que ces dix mille voix d'airain chantant à la fois dans des flûtes de pierre hautes de trois cents pieds; que cette cité qui n'est plus qu'un orchestre; que cette symphonie qui fait le bruit d'une tempête.

7° Dans l'emportement, dans l'enthousiasme, dans tous les sentiments impétueux, la voix généralement se déploie.

Tantôt elle reste forte au cours de phrases entières, de séries de phrases; tantôt elle éclate sur un mot et, tout de suite après, s'affaiblit.

Utile dans la comédie, la voix forte convient surtout au drame, à la tragédie. Mais la voix basse produit aussi de grands effets tragiques, dans la terreur, dans la honte , dans certaines afflictions. Parfois même il convient d'employer la voix aphone. L'exaspération elle-même ne réclame pas toujours , ne permet pas toujours l'éclat de voix. Une profonde erreur serait de croire qu'Oreste doit hurler ses fureurs du premier mot jusqu'au dernier.

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