BREVES
Moins nombreuses qu'on ne croit généralement. Tant mieux pour notre langue, que Shelley appelait un italien raccourci 1
1° Brèves, les voyelles suivies d'une consonne finale articulée et forte : lue, pic, chef, vif, brëak (brèk), clip, julëp, coq, ibis, net, dot, sïx. La voyelle grave devant Vs fait exception : hélas! aloès, albinos fqu'on peutaussi prononcer avec Vo ouvert et bref).
2° Brèves, les voyelles devant deux mêmes consonnes quand l'une et l'autre se font entendre : buccal, allégorie, ellébore, ïllégilime, collectivisme; ammoniaque, immense, commensal; annihiler, vicënnal, innombrable, cônnexité; dissension; pittoresque. De même dans joliëtte et tous les mots avec t redoublé : b-îtle, glotte. Mais la règle ne concerne pas l'r : irrégulier, horreur, où la voyelle est moyenne.
3" Brèves devant plusieurs consonnes différentes, quand la première s'articule avec la voyelle qui la précède : abjurer, abstenir, obscur, exact (eg-zacV), spectacle, diapihrligme, ômnisciencc, captieux, opticien, ophtalmie, astreindre, description, grotësquement, distance, brusque.
Mais non quand l'm, l'n ou l'r est tout de suite après la voyelle : campagne, récompenser, intérêt, confirmer, marquer, flagorner.
4" Brèves devant une syllabe finale féminine à consonne forte : dédicace, paperasse (excepté l'a grave : classe), caresse, messe (excepté la voyelle plus grave :
caisse, Grèce), malice, esquisse, négoce, bosse (excepté Vo grave : fosse); moustache, flèche, ■péniche, cloche, douche, ruche; agrafe, géographe, calife, griffe; opaque, rpique, époque, nuque; acrobate, diabète (mais non poète, prophète, où Ye est moyen), orbite, prôte.
5° Même règle enfin quand, devant une syllabe finale féminine, une consonne forte intermédiaire s'articule avec la voyelle : acte, vindicte, éclipse, crgpte, presque, gymnuste, funeste, socialiste, texte.
Enthousiasme (mais non asthme), terrestre, sinistre et les mots qui riment à ces derniers exemples, ainsi que sceptre, font exception, à cause de la douceur de Vm et de Vr. La voyelle est moyenne.
Il est généralement impossible, à n'importe quel moment du débit, d'allonger une véritable brève sans parler d'une façon bizarre. Essayez.
Cependant, les mots en este, par exemple, nous semblent faire exception :
Vous ne démentez point une race funeste; Oui, vous êtes le sang d'Atrée et de Tliyeste.
Iphigénie.
Ce qui prouve tout simplement que nous ne sommes pas ici dans le royaume de l'absolu.
HOrVlONYMES
Deux homonymes ont souvent une quantité différente. C'est alors que la voyelle distinctive n'a le son grave que dans un seul ou le son plus grave dans l'un que dans l'autre.
1" Devant la syllabe finale et fériinine, et alors la ditïérence de quantité est plus ou moins sen-
sible : tâche, tache; pêche, il pèche. Âcrejaigre), acre (mesure). Belle, balle^; mâle, malle. Paume, pomme. Ane, Anne; jeûne, jeune. Pâte, patte; fête, faite,^aUe; côte, cote, cotte; hôte, hotte; il goûte, goutte; boite, il boite. Maître, mettre. Grave, il grave.
Mais il nous paraît bien peu qu'on puisse distinguer au point de vue de la quantité : Alêne, haleine; cène, saine, seine; pêne, peine; plaine, pleine; vaine, veine. Maire, mère; jjaiî-e, père. Graves (non pas également, certes) et suivies d'une syllabe finale féminine à consonne douce, pourquoi ces voyelles ne seraient-elles pas, du moins à très peu près, également longues?
2° Devant la syllabe finale et masculine, la quantité peut différer, mais moins que devant la féminine. Ici, nous ne mettons à des voyelles le signe de la longueur que par comparaison avec d'autres. Il ne s'agit que de moyennes. Bâiller, bailler; mâtin, matin; pêcher, jKcher; beauté, botté.
Mais comment distinguer voler (dérober), de voler (se mouvoir dans l'air)? C'est un des cas où les traités de diction nous semblent trop demander.
3° Quant aux syllabes masculines uniques ou finales, nous voyons fort peu d'homonymes qui diffèrent entre eux par la quantité. Bât, forêt, jais, saut, moût, mûr peuvent être un peu plus longs que il bat, foret, jet, sot, mou, mur. Pour l'expression du sentiment, on prolonge souvent l'adverbe très, ce qu'on ne pourrait pas faire avec le substantif trait.
Mais des traités de prononciation nous semblent au moins bien rigoureux en faisant longs ou brefs les homonymes suivants, par exemple, que nous mar-
1. Quand nous ne mettons sur la voyelle aucun signe de quantité, nous la considérons comme moyenne.
quons à leur manière : legs, laid; tu fais, il fait; vêr, vert; voix, il voit; saint, sein; dont, don. Et nous ne saurions consentir à prolonger le mot bond, qui exprime une action prompte, pour le distinguer de bon.