‹ L'art de dire le monologueChapitre 15 sur 33 · J'AIME LES FEMMES · texte numérisé non relu

J'AIME LES FEMMES

(monologue de GEORGES LORIn)

Encore une fois se mettre tout à fait dans la peau du personnage que l'on interprète, dépouiller le jeune homme ou le vieux, ça dépend de l'âge du récitant. Si l'on est triste par nature, immédiatement se transformer et donner aux auditeurs la sensation d'un homme d'une gaieté inaltérable, car si vous êtes en présence d'un public glacial, il faut qu'il puisse envier le monologuiste gai et se dire : « Je voudrais bien être gai comme ce.

monsieur ! »

Ayez bien Tair d'être tout à fait heureux; pas l'ombre d'un souci; envoyez : J'aime les femmes ! dételle façon qu'on dise autour de vous : « Il les aime joliment ! » Si vous dites « Taime les femmes » comme un homme qui aime mieux aller au café, vous trompez le monde. Soyez sincère ; aimez les femmes ! Criez-le hautement ; le public masculin sera de votre avis, et le public féminin sera flatté.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi ? J'aime les femmes !

Vrai, convaincu, tout à fait intime, la question : « Je ne sais pas si vous êtes comme moi? — Très ferme : J'aime les femmes ! » Vous savez je n'aime absolument que ça. Ne me parlez pas d'autre chose, ça m'ennuierait.

Oh ! {Cri du cœur^ cri vigoureux), mais je les aime comme ça ! {U ècarU Us hras).

Très passionné, par boisseaux !!! Il m'en faut !

Pas grosses comme ça, — non, énormément!!! De tout mon cœur.

Soyez bon, tout à fait épanoui. Vous êtes content de les aimer ! Que la joie sorte de vos yeux humides de bonheur.

Cest si gentil, une femme I...

Il faudrait faire le portrait d'une série de femmes pour exprimer la gentillesse de cet être divin et impossible. C^est si gentil ! Songez, cher récitant, combien c'est gentil une femme, quand c'est gentil. Voyons, rappelezvous et exprimez-le.

Non, les femmes !...

Vivement. Que les femmes qui composent votre public n'aient pas pu dire, en entendant c'est si gentil une femme! « Comment, il n'y en a qu'une ? il n'est pas aimable. Eh bien ! et nous ? » Jetez à la face de vos spectatrices : Non, les femmes ï Si vous leur envoyez cela comme il faut, vous verrez leur sourire ; mais pardon, ne nous emballons pas, et rappelons-nous ce vieil adage de théâtre : ce Livre ton cœur, mais garde ta tête! »

Toutes, enfin !...

Avec ardeur, — que personne ne soit jaloux.

Les maigres !... Oh 1 les maigres I

Avec une ivresse spéciale, car les maigres n'ont pas le même charme que les grasses.

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Pensez à Sarah Bernhardt en disant les maigres; les femmes plus importantes seront disposées à vous pardonner en faveur de la célébrité de Sarah Bernhardt.

Ohl les maigres!

Elles sont vraiment diaboliques^ les maigres !

Et les grasses 1 1

Très ample. Qu'on sente la bonté, Taménité, le dévouement suprême qu'il y a dans les grasses. Il y a de tout cela dans certaines maigres, mais plutôt dans les grasses. Il faut que dans Et les grasses on sente que pour l'amateur de femmes, il y a beaucoup à aimer dans les femmes fortement capitonnées.

Je nç sais pas si vous êtes comme moi ?

Un peu plus ardent comme interrogation qu'en commençant, songez que vous vous êtes échauffé en parlant des femmes.

Tenez, Tautre jour, j'en suivais une. ., moyenne.

Calmez votre ton. Elle est moyenne.

Ni grasse, ni maigre, pas trop grande, pas trop petite, comme ça. {Il indique la hauteur,)

Taille moyenne. On sent une femme ni petite ni grande, entre les deux ; de ces femmes mignonnes et solides qui s'emparent de vou s comme de rien !

£l]e était blonde I Je ne sais pas si vous êtes comme moi. J'aime les blondes.

Même observation que plus haut pour les maigres et pour les grasses, variez votre ton avec art. Soyez plein d'un amour spécial

pour chaque genre de femme, avec la même passion au fond de vous-même.

Y a des jours !

Je n'aime pas la même femme tous les jours. Ce serait vraiment monotone. Y a des jours où ça change. Il le faut, du reste, pour les aimer toutes. Expliquez, en ayant l'air de vous excuser un peu, pour ne pas vous mettre à dos les blondes.

Les autres jours, c'est les brunes !

Avec éclat. Les brunes sont très affriolantes.

Les rousses, de temps en temps I... Pas trop 1

Gomme il faut que toutes soient contentes, allez-y des rousses. Elles sont charmantes, très Rubens les rousses ; et pour que le public ne dise pas : « Mais ce monsieur aime

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tous les genres de femmes ! » envoyez vite pas trop I De la mesure en tout et du goût.

Elle était donc blonde, je la suivais et, « , je Taimais 1 Ohl

Que le oh ! fasse rire. Toute votre passion est contenue dans ce oh ! Lancez-le bien.

Je TaimaiSé.. Vous comprenez? Je ae la voyais que de dosl

Passons I

Eh bien ! figurez-vous que je m'avance. Elle se retounle. Elle était jolie. Ah !!

Cri très intense! C'est eflfafartt ce qu'elle était jolie ! Ah !!!! Vous n'en avez pas l'idée.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi. J*adore les femmes jolies.

Une jolie femme, une maison de campagne et rien à faire, j'adore ça. Je ne sais pas si vous êtes comme moi ?

Bien sincère et profondément simple.

L*ART DE DIRE LE MONOLOGUE l3l

Qu'il n'y ait qu'un mot au fond de la pensée des spectateurs : « Parbleu ! »

Je m'arrête là. Le récitant sq rendra compte de chaque phrase, en s'appropriant bien le sens des phrases écrites par Georges Lorin .

Le monologue est drôle, quoique un peu invraisemblable. Dites-le tout entier avec passion. Justifiez son titre : Taime les femmes ! Et vous ferez rire agréablement.

La voix, pour lés monologues gais, doit être souple, sonore, éclatante* Le monologue funèbre demande une articulation très bonne aussi, mais une voix plus serrée, plus mar-

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telée, vous êtes sous le coup d'une émotion nerveuse qui atténue les sonorités des cordes vocales; dans la joie — à moins d'une joie qui tue — vous vous épanouissez ; les moindres fibres de votre être se dilatent, et l'organe devient généreux comme le bonheur lui-même. Nuance importante à observer.

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