PAR COQUELIN CADET
Les écrivains gais n'ont pas — et c'est pour cela que je les aime — la prétention d'être des satiriques terribles, des railleurs cruels, — cachant sous leurs joyeusetés les coups de dents rageurs de pamphlétaires, ayant mal au foie. Non, — Ce sont d'aimables eu rs. L'un d'entre eux va plus loin que les autres. Il a le rire plus éclatant, ses éclats, comme ceux des obus, emportent le
(i) Si le rire avait besoin d'être défendu, il ne saurait Têtre mieux que par cette courte étude de Coquelin Cadet sur les Ecrivains gais, par laquelle nous terminons ce volume.
(Note de l'Éditeur.)
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morceau : c'est un rire de combat, un rire rayé que le sien, et les sept ou huit autres écrivains gais qui entourent celui dont je parle ne font que de la drôlerie dans l'espace, pour ainsi dire — effleurant le côté sérieux des sujets qu'ils traitent avec une légèreté infinie — et c'est pour cela qu'ils sont tout à fait charmants. Rire sans arrière-pensée, à ventre vraiment déboutonné, quel soulagement!
Rire avec la certitude de ne pas trouver le moindre ver dans la fleur du rire, quel délice !
On voit souvent des gens qui, après s'être dilaté la rate à l'audition d'une drôlerie, regrettent leur dilatation et se disent : « Que c'est drôle, mais que c'est bête ! » Ils ont tort, ce n'est pas bête.
Dans aucun cas, ce qui fait rire n'est bête.
Ce n'est pas bête d'amuser et surtout de s'a-
muser ; ce qui est stupide, c'est de ne pas s'amuser !
Du moment qu'une chose — qualifiée d'idiote — vous emporte dans un éclat de rire, soyez persuadés qu'elle n'est pas bête. Si elle n'avait été que bête^ elle ne vous aurait pas fait rire.
Il faut en finir avec cette mauvaise plaisanterie qui consiste à s'écrier : ce Mon Dieu , que c'est inepte ! Et peut-on rire de cela ? »
Oui, l'on en peut rire et beaucoup 1 Tout ce qui touche 1^ rate : la bourde épaisse, la fantaisie échevelée, le mot baroque, le geste étonnant, la grimace imprévue, la folie froide, la sentence dogmatiquement imbécile, l'expression super liûcoquentieuse, le terme impropre, le coq-à-l'âne forain^ l'adjectif abracadabrant, l'interjection à rebours — tout ce qui part — à l'improviste, non pas
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de l'esprit pur si vous voulez, — mais du tempérament^ de la nature, du flegme ou du sang, et qui, en une seconde, évoque à nos yeux la vision bouffonne qui détermine le rire, — non, messieurs, cela n'est pas bête I
C'est pourquoi les petites choses, qu'on qualifie si commodément de stupides après en avoir ri, ont une plus grande importance qu'on ne se l'imagine ! Elles ont une vraie force, une puissance indéniable : bouffonne* ries, pitreries, clowneries, de quelque nom qu'on les appelle, qu'importe I II faut les saluer si elles font rire — que leur comique soit haut ou bas, il faut les estimer : elles nous consolent des faux importants et des prud'hommes que nous heurtons à chaque pas sur notre chemin.
Ayons donc une légitime reconnaissance pour le rire, fils du monologue cocasse, qui
démasque notre gravité et nous secoue joyeusement sur notre base d'homme sérieux !
Le rire rafraîchit, épanouit, rajeunit. Aimons le rire — qui réunit une salle entière dans une fraternité de plaisir, le rire qui tue les imbéciles, le rire qui fait oublier les soucis, qui retrempe la bonté d'un être et' dispose son cœur aux épanchements salutaires, le rire qui fait zigzaguer le ventre, et délivre la tête des fumées mélancoliques, le rire qui mouille les mouchoirs et les parquets, le rire qui nous fait vivre sans remords, *— le rire, véritable hygiène de l'existence ! Le rire si gaulois, si français, si parisien. Vivent le rire et les écrivains gais !