‹ L'art de dire [microforme]Chapitre 105 sur 144 · DON JUAN, A. IL, SC · texte numérisé non relu

DON JUAN, A. IL, SC

Dox Lours, Dox JUAN.

DOX LOUIS.

Je vois bien que je vous embarrasse, et que vous vous passeriez fort aisément de ma venue. A dire vrai, nous nous incommodons étrangement l’un et l’autre ; et, si vous êtes las de me voir, je suis bien las aussi de vos déportements. Hélas ! que nous savons peu ce que nous faisons, quand nous ne laissons pas au ciel le soin des choses qu’il nous faut, quandmous voulons être plus avisés que lui, et que nous venons à l’importuner par nos souhaits aveugles et nos demandes inconsidérées ! J'ai souhaité un fils avec des ardeurs nonpareilles ; je l’ai demandé sans relâche avec des transports incroyables ; et ce fils, que j'obtiens en fatiguant le ciel de vœux, est le chagrin et le supplice de cette vie même dont je croyais qu'il devait ètre la joie et la consolation. De quel œil, à votre avis, pensez-vous que je puisse voir cet amas d'actions indignes, dont on a peine, aux yeux du monde, d’adoucir le mauvais visage ; cette suite continuelle de méchantes affaires, qui nous réduisent à toute heure à lasser les bontés du souverain, et qui ont épuisé auprès de lui le mérite de mes services, et le crédit de mes amis ? Ah ! quelle bassesse est la vôtre ! Ne rougissez-

vous point de mériter si per votre naissance ? Etes-vous en droit, dites-moi, d'en tirer quelque vanité ? Et qu’avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme ? Croyez-vous qu’il suftise d'en porter le nom et les armes, et que ce nous soit une gloire d’être sortis d’un sang noble, lorsque nous vivons en iufâmes ? Non, non, la naissance n’est rien Où la vertu n’est pas, Aussi, nous n'avons part à la gloire de nos ancêtres qu'autant que nous nous efforçons de leur ressembler ; et cet éclat de leurs actions qu’ils répandent sur nous, nous impose un engagement de leur faire le même honneur, de suivre les pas qu'ils nous tracent, et de ne point dégénérer de leur

vertu, si nous voulons être estimés leurs véritables

descendants. Ainsi, vous descendez en vain des aïeux dont vous êtes né ; ils vous désavouent pour leur sang, et tout ce qu’ils ont fait d’illustre ne vous donne aucun avantage ; au contraire, l'éclat n’en rejuillit sur vous qu'à votre déshonneur, et leur gloire est un tiamibeau qui éclaire aux yeux d’un chacun la honte de vos actions. A} vrenez entin qu’un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature ; que la vertu est le premier titre de noblesse ; que je regarde bien moins au nom qu’on signe, qu'aux actions qu’on fuit, et que je ferais plus d'état du fils d’un crocheteur, qui serait honnête homme, que du fils d’un monarque, qui vivrait comme vous.

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