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L'ACCENTUATION

ARTICLE III

L'accentuation

‘ Dans toute phrase bien faite, l'écrivain, sil est habile, a certainement placé un m': “ur lequel tout l’artifice de son style tend à appeler l'attention du lecteur, parce que ce mot exprime le plus fortement sa pensée. C’est le point visuel du tableau, auquel toutes les lignes se rapportent : c’est la clef de voûte, d'où dépend toute la solidité de l'édifice. Eh bien! que Woit faire le lecteur qui veut traduire par les inflexions de sa voix la pensée de l'écrivain ? Il doit mettre tous ses soins à donner au mot principal, dans sa diction, la même importance que l'écrivain lui a donnée dans son style.”

Ce passage de Mennechet renferme toute la théorie de l’accentuation.

En effet, les mots d’une phrase n’ont pas tous une égale importance. Il en est un, surtout, que l’auteur a voulu mettre en évidence, et que le diseur, interprète fidèle, doit placer au premier rang ; c’est le mot de force, le mot de valeur.

Que ce soit un verbe, un substantif, un adjectif un adverbe, ou méme un article, le mot de valeur est toujours le mot qui donne à la phrase toute sa force, et sans lequel elle n’aurait plus la même portée ; où mieux, c’est le mot qui, en précisant le sens de la phrase, la fait entrer dans le mouvement général du discours.

Dans la pièce de vers de Victor Hugo, intitulée Oceano Nox, le poète nous dit, avec une tristesse amère, combien vite sont oubliés ‘“ les marins sombrés dans les nuits noires ” :

On s’entretient de vous parfois duns les veillées ; Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées, Mêle encor quelque temps vos noms, d’ombre couverts, Aux rires, aux chants, etc.

Les mots de valeur sont parfois et quelque temps, parce que ces mots font voir précisément le peu de cas qu’on fait de ceux qui ne sont plus.

Dans le mouvement suivant, le poète ajoute, s'adressant toujours aux marins naufragés :

Seules, durant ces nuits où l’orage est vainqueur, Vos veuves au front blanc, lasses de vous attendre, Parlent encore de vous, en remuant la cendre

De leur foyer et de leur cœur.

Ici, le mot de valeur est parlent, et il sera accentué de façon à faire comprendre que le

jectif aleur toute hônie “sant Ju ve-

itulée stesse arins

emps, eu de

joute,

L'ACCENTUATION 161 souvenir des morts est vivace dans le cœur de ces pauvres femmes et ne s’éteindra que lorsque ‘ la tombe aura fermé leur paupière. ”

Si l'écrivain a voulu, par le rapprochement de deux idées dissemblables, produire un effet, le lecteur devra mettre en lumière les mots d'opposition, parce que ces mots font ressortir davantage le contraste dont on veut tirer profit.

Il est sage. —TT est un «of.

(LA FONTAINE

Sage et sot, mots d'opposition, sont les mots de valeur.

Quand une fois on a établi quels sont tous les mots de valeur d’un morceau, il faut distribuer l'importance sur ces mots avec mesure et proportion, dresser une échelle des valeurs, en mettant à la tête le mot qui rappelle davantage l’idée mère de la pièce. Autour de chaque mot prépondérant, les autres mots de la phrase se groupent et s’échelonnent, suivant le rôle plus ou moins important que l'écrivain a assigné à chacun d’enx.

Ainsi, tous les mots qui marquent une gradation sont importants, mais le terme final est le mot de valeur proprement dit.

Un souffle, une oMBRE, un RIEN, TOUT lui donnait la [fièvre.

(LA FONTAINE

Si vous mettez un degré sur souffle, vous en mettrez deux sur ombre, trois sur rien, quatre sur tout.

La valeur des mots se marque par l'accent tonique.

L'accent tonique, dans le sens que nous lui donnons ici, c’est la note musicale, c’est-à-dire, la note dominante et la plus particulièrement expressive, la modulation la plus profonde et la plus accentuée de l’inflexion.

Cette note doit porter sur le mot de valeur, en appuyant surtout sur la syllabe forte du mot. Les autres notes sont plus ou moins accentuées, selon l'importance des mots qu’elles accompagnent.

L'accent tonique lui-même n’a pas toujours la même énergie ; il est plus ou moins prononcé, suivant le degré de valeur de l’idée.

Dans une phrase bien faite, la note musicale se place d’ellemême sur le mot de valeur ; mais, souvent, le diseur doit remédier à une construction défectueuse de la phrase par un déplacement de toutes les notes, afin de poser sur chaque terme celle qui lui convient, tout en gardant l’inflexion intacte dans ses proportions et sa mélodie. C’est là une supériorité de notre art sur celui du chanteur, à qui il n’est pas permis de changer l'ordonnance de la phrase musicale, quand le compositeur, par erreur ou maladresse, n’en a pas

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