QUEBEC
TYPOGRAPHIE DE H. CHASSÉ v
4, RUE 8AULT-An-HATEL0T, 4 t
AVeRTISaeWKNT
A ceux (ju'intér^sae la dictiou, om p^ut recommander la lecture d'un graud uonibye de traités, publiés à Vétrangey.
Nous disons *' à l'étranger ", car uoua me connaissons aucune publication un peu marquante de ce genre au pays. Mais^ ce qui est singulier et plus surprenant encore, c'est qu'à rétranget',et même en France, il n'existe guêt'e d'ouvtagès qui énoncent,dans un ordre rationnel, coçapîet et pratique, les principes servant à guide* iWateur dans l'exercice de la parole. Les uns sont trop courts ; les autre» inatiqtient absolument de méthode ; plusieurs sont des traités spéciaux, qui ne s'adressent qu'à des gens du métier.
Le traité si instructif de Dupont- Vernon, par exemple, est écrit pour des comédiens ; son objet principal est la formation des sujets pour la scène. Ce serait le meilleur de tous, s -il y était parlé davantage du geste ; mais la mimique y est presque complètement ignorée.
Les ouvrages de Legouvé ont plutôt pour but de démontrer les avantages d'une bonne diction, que d'en faire connaître les règles. Ce sont des conférences pleines de charme, semées d'anecdotes curieuses, de souvenirs personnels, mais où les principes de Tart sont énoncés au hasard du récit, sans ordre, sans méthode. D'ailleurs, Legouvé ne dît rieii "du geste.
Le livre de l'abbé Bourgain renferme un, excellent , vocabulaire de prononciation. Certaiiis autres chapitres sont, aussi, bien faîte. Mais l'ensemble manque de méthode, et* la partie qui traite du geste est encore trop restreinte.
Giraudet n'a publié que la Mimique de Delsarte. Son ouvrage est d'ailleurs des plus recommandables.
L'abbé Delaumosne a reproduit les admirables enseignements de Delsarte, mais d'une manière très insuffisante.
La Méthode de lecture de Ricquier est trop élémentaire.
Le P. Longhaye a émis sur " Pâme dans le débit " une théorie philosophique intéressante. Ce n'est pas un traité pratique de l'art oratoire.
Branchereau, Duquesnois, de Sainte- Albine, sont vieux, et leurs écrits ne sont déjà plus consultés.
Cauvet consacre cent pages à la prononciation, et seulement six aux autres parties de la diction.
Langlois-Fré ville ne parle guère de l'expression, — cette partie si importante de l'art.
On peut en dire autant du traité de prononciation de Morin, reproduit trop fidèlement dans le Cours de lecture de M. l'abbé Lagacé.
Les auteurs américains, Brown, Lefavre, MacKaye, Wemer, Shoemaker, Williams et Sullivan, et autres, ont interprété et modifié
à leur fant«>iipie \e ^y^tème de Delsarte. P'ftucu^â prétendent qu'ils Font défiguré.
Ils ne rauraieat paks même compris. Del^ sarte n'avait pertes pa^ pensé que son accord (ie neuvième deviendrait la base du système de physiçOfl cublturCy en ce Dfxpnlent si en honneur chez no^ voisins.
Encore Une fois, q^ïis tous ees ouvrages, il se trouve d^excellentes observations. A peu près tous les principes, même, y sont énoncés, mais dispersés en vingt volumes, ï^our y trouver une méthode complète de Tart de dire, il les faudrait compulser tous, rectieîHîr, ici, une règle, là, un principe, ailleurs, une remarque Utile, puis fondre ensemble ces divers éléments et les coordonner.
C^est ce que nous avons tefitê de faire.
Avolis^iïous réussi ?
Ai^si doue, nous n^ prétendons point introduire un nouveau i^ystème. Des ouvrages que nous avons eu l'occasion d'étudier, novis avons extrait les éiémeuts d'une théorie généralement acceptée par tous ceux qui en ont écrit et font autorité, jfous avons soigneusement recueilli ces règles énoncées
çà et là par les auteurs, et consacrées par l'expérience ; nous les avons réunies et groupées dans Tordre qui leur appartient, et après avoir mêlé à cette synthèse qeulques observations personnelles, nous nous sommes efforcé de rendre, par des exemples, VArt de dire aussi pratique que possible.
C'est peut-être quelque mérite. C'est le seul, en tout cas, que nous réclamons, en offrant ce volume au public.
L'auteur.
L'éloqu»ii»« ■'•st pas autr»
ohaso quo la parol« qui vit.
LACORDIIIRC.
Le temps n*est pas encore bien éloigné de nous, où les études de diction ne semblaient présenter aucun intérêt, et où l'idée d'en faire le sujet d'un travail de quelque étendue eût paru une prétention excentrique. On se contentait alors d'avoir de bonnes choses à dire, sans s'occuper de les bien ou mal dire. La déclamation — nous parlons pour le Canada— était reléguée sur la scène ; c'était là son domaine ; le public consentait, exigeait même qu'elle y régnât, mais ne voulait pas qu'elle en sortit ; les feux de la rampe marquaient la limite
extrême de son empire ; on la regardait comme une chose exclusivement de théâtre, enveloppée dan^ là presppfiption géhéliale qui frappe les comédiens, et il ne Seyait poiùt à un gentilhomme d'en avoir cure ailleurs qu'au parterre.
Oepi^is quelquesi ànaées, les chos^ sont changées, pâs hoiitiiïiéâ autorisés ont reconnu à la déclamation un autre objet que Tamusement des galeries. La lecture à haute voix a été inscrite au pfogtàmmLe de l^étiseignement primaire, et les plus importantes maisons d'éducation s'appliquent à enseigner aux jeunes gjens l'art difficile de la récitation, des èorieÈ d'études i^'oht pas tardé à porter des fruits. Le goût s'en est répandu dans le public ; et, dès maintenant, la diction n'est plus l'apanage exclusif des acteurs. Elle est descendue de3 tré^au^ pmr Bç^outer à la tribune et donner à r^loquençe ui^e puissance ^o^velle ; les salons, où la littérature g^de ses ârdts, lui ont ouvert leurs poi^Sy et ^a poési^ récitée a maintenant sa pjaçe à côté 4^ ]^ romance traditionnelle, — avouons qu'elle x^'y $^it pas trop mauvaise figure. Xie mQuyeçaent s'cui^centi^e tous les jours ; tous les jours, devient plus généra} l'amoiiir du bien dire. Bref, la déclamation est en train de s'introduire sérieusement parmi nous.
Cependant, pour un grand nombre, la décla-
NOTIONS PRÉLI¥Il!irAlRKS 3
rnation n'a encore qu'une valeur d'agrétiiènt ; c'est un jeu, un passe-temps, un luxe ; mais, en tout cas, ce n'est rien de sérieu^f, rien d'utile.
Ne serait-ce pas là un reste des anciennes répugnances, disons le mot, un préjugé ? Et la déclamation ne mériterait-elle paé d'être traitée moins légèrement ? . . . .
Nous allons voir que la déclamation est un art, comme la musique et la peinture, et de plus une puissance éminemment utile â l'orateur.