‹ L'art de dire: traité de lecture et de récitationChapitre 43 sur 73 · MIMIQUE · texte numérisé non relu

MIMIQUE

Roscius exprimait, par sa seule raimique, tout ce que disait Cicéron avec sa voix ; et Torateur ne pouvait varier et nuancer si délicatement ses inflexions, que Tacteur ne trouvât des gestes pour les traduire aux^eux.

Les juges de TAréopage craignaient, plus que la séduction de la voix, Tempire souverain du geste ; pour y échappe», ils entendaient les plaidoiries dans les ténèbres.

Il est certain que parfois le geste remporte sur la parole. Un enfant demande à son père une friandise quelconque ; que le père réponde : Nony même d'une voix très ferme, mais en souriant, il y a tout à parier que l'enfant comprendra : Oui. Si le père ne se contente pas de sourire, mais en outre montre du doigt à Tenfant le morceau de sucre ou le gâteau désiré, il est encore probable que Tenfant obéira au signe plutôt qu'à la parole. Enfin, si le père tend le morceau de sucre à l'enfant avec un sourire, il aura beau dire : Non, l'enfant n'hésitera pas, il prendra le bonbon.

De même, dans le discours ou dans la récitation, un geste peut parfois changer complètement le sens d'une phrase. Un simple jeu de physionomie sufiBt souvent pour donner à l'inflexion une signification particulière. Un ami vous annonce une nouvelle qui vous étonne, et vous vous écriez : Vraiment ! av«c une inflexion ascendante, à peu

près comme dans Tiiiterrogation ; lancez cette exclamation une première fois en haussant les sourcils, et une deuxième fois en les baissant .... L'intention est-elle la même ?

D'autre part, il y a des nuancQS délicates de la pensée, des intentions cachées, que la voix ne peut traduire sans l'aide de la mimique. Certaines inflexions seraient ri4icules, si le geste ne les accompagnait.

ÏM mimique est cette partie de l'art oratoire, qui traite de l'expression des idées et des sentiments par le geste. C'est " la mise en action de la parole," (1) c'est ** l'éloquence du corps." (2)

Par gestey on n'entend pas le seul mouvement des bras, mais toutes les attitudes et tous les mouvements expressifs du corps et de chaque partie du corps. On est souvent porté à ne se préoccuper que des gestes du bras et de la main.

Il appartient à l'enseignement pratique d'étudier la forme des divers mouvements dont chaque membre est susceptible. Contentons-nous d'énoncer certaines règles générales, pour la plupart découvertes par Delsarte, et dont l'application est nécessaire à la Correction^ à VHarmonie^ et à Y Expression.

(1) Marius Laisné.

(2) Cicéron.

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