LA CONCORDANCE
OHAPITEE III La eoneordaneo
La concordance des gestes est Paccord de plusieurs agents dans une même expression.
L'expression de la physionomie, la pose de la tête, Pattitudo du toi'se, le mouvement des bras, la position des jambes, en un mot toute l'action doit s'harmoniser, concourir au même but et causer dans l'âme du spectateur la même impression. S'il n'y a pas uniformité parfaite d'expression entre tous les agents de la mimique, ils se contredisent les uns les autres, et le spectateur, sollicité par des impressions contraires, ne sait à laquelle s'abandonner.
La mimique a d'autant plus de force que la concordance des gestes est plus parfaite.
Ajoutons que, par une espèce de " collaboration sympathique " (1), les agents plus considérables entraînent dans leurs mouvements les agent!) plus petits. C'est ainsi que le geste du bras ne peut se passer du geste physionomique, tandis que ce dernier est complet sans le mouvement du bras.
(1) R. P. Longhaye.
TITBE DEUXIÈME
DF L'HARMONIK
Les règles de V harmonie «ont encore plus importantes ici qu'au chapitre de la voix. On éprouve un certain plaisir à écouter une voix désagréable, si elle est bien conduite ; mais un geste disgracieux choque toujours la vue.
L'harmonie du geste comprend le rythme, Voppo8itio7iy et V ordonnance des mouvements.
Il y a une certaine souplesse, une certaine aisance dans les • mouvements^ qu'il est nécessaire d'acquérir d'abord.
Si donc votre geste est mou, paresseux, prenez un professeur .de. maintien.; un peu de gymnastique donnera à votre mimique l'énergie et la vigueur qui lui manquent.
DE l'harmonie 179
L'effort, la grimaicé, la contorsion sont des défauts plus graves. Toutefois, il suffit d'y faire attention pour s'en corriger.
Enfin, les exercices de mimique débarrasseront le déclamateur de la gaucherie, de la gêne, de la raideur, de la brusquerie, de l'exagération, qui en feraient un godiche ou un brise-tout, et lui donneront de l'adresse, de l'agilité, de la flexibilité, de la grâce et de la modération. (1)
(1) Voir ce que nous avons dit de V Hantionle, Première Partie, page 85.
180 l'art dk dire
OHâPITBE PBEMIEB Le rythme
Le rythme du geste est la mesure des mouvements, lents ou rapides.
La vivacité des mouvements dé[)end sans doute de la plus ou moins grande agitation de Tâme. Mais, au cours d'un même état i)sychologique, les différents organes n'agissent pas avec une égale rapidité ; un agent de petit volume, auquel on imprime un mouvement lent, engendre Temphase, et le mouvement rapide d'un organe plus considérable est vulgaire.
Le rapport rythmique des organes est donc basé sur leur pesanteur, et la loi i)eut se formuler ainsi :
Le rythme du geste est pro[>ortionnel à la masse à mouvoir.
l'opposition 181
OHAPITKE II L'opposition
L'équilibre est la grande loi du geste ; et c'est par r opposition des organes que le corps se maintient en équilibre.
Voyez comme instinctivement on applique les lois de l'équilibre : si, pour regarder au fond d'un abîme, on penche le torse en avant, on rejette en même temps les deux bras en arrière ; quand le bras droit porte un fardeau, le bras gauche étendu fait contrepoids ; enfin, dans la marche, Toscillation du bras contre-balance le mouvement de la jambe opposée. Essayez de marcher en faisant osciller le bras droit avec la jambe droite, et le bras gauche avec la jambe gauche : vous devrez faire un effort pour ne pas tourner sur vousmême et tomber par terre.
Ces règles, que Ton observe si bien naturellement, on les méconnaît trop facilement, du moment qu'on récite.
Voici les principales oppositions et les plus fréquentes :
1 ° A rinclinaison du torse, correspond rallongement de la jambe en sens opposé.
2^ Si à rinclinaison du torse s'ajoute rallongement du bras dans la même direction, la jambe opposée ne suffit plus pour faire contrepoids, il faut de plus la pesanteur de l'autre bras.
3° Si le torse est complètement projeté en avant,, les bras sont rejetés en arrière.
4° Les bras s'avancent, quand le torse recule.
5° Le bras actif, le bras qui fait le mouvement^ doit être du côté de la jambe forte, c'est-à-dire, de la jambe qui supporte le corps, afin d'être en opposition avec la jambe faible, allongée en avant ou en arrière.
6° Si les deux bras agissent simultanément et d'un mouvement Hemblahle, c'est-à-dire de même forme, mais en sens opposés, les deux jarnbes supportent le poids du corps ; si la direction des deux gestes est la même, une seule jambe, alors, est/oWe ; enfin, si les gestes des deux bras sont dissemblableSy c'est-à-dire de formes différentes, le corps devra encore reposer sur une seule jambe.
7° Dans les mouvements simultanés de la tête et du bras, la tête doit se mouvoir en sens inverse du bras. Quand la main s'élève, la tête se penclie ; (^uand la main s'abaisse, la tête se redresse ; si le
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bras se dirige vers la gauche, la tête va vers la droite ; si le bras va vers la droite, la tête se penche à gauche.
. 8° La tête doit encore être tournée du côté de la jambe forte, puisqu'elle est en opposition au bras actif.
9° Si deux agents sont mus en même temps dans une même direction, leurs mouvements, pour éviter le parallélisme, diffèrent en longueur, en hauteur, et en rapidité.
OHAPITBE III L'ordonnance des mouvements
\Jordonnaiice den mouvements est l'ordre dans lequel jouent les articulations dans le geste.
C'est lejeu successif des articulations, qui donne au geste sa grâce et sa beauté. Un membre qui se meut tout d'une pièce est toujours disgracieux, s'il n'est vulgaire ou même grotesque.
Au point de vue de VordonnaTicey on distingue deux classes de gestes : les gestes concentriques, et les gestes excentriques.
Dans les premiers, les appareils de la mimique se replient sur eux-mêmes, dans un mouvement de retraite, qui va de l'extérieur vers le centre ; tels* le mouvement de la tête et du torse, quand on salue profondément, et celui du bras ramené vers la poitrine.
Dans les seconds, au contraire, l'organisme obéit à un mouvement d'expansion, et les appareils se dirigent du centre vers l'extérieur ; exemple : le mouvement du bras qui s'éloigne de la poitrine et se porte vers un objet.
l'ordonnance des mouvements 185
La règle générale veut que les articulations soient mises en jeu Tune après Tautre, successivement, et non pas toutes à la fois ; mais Tordre dans lequel elles sont mises en jeu n'est pas le même dans les deux catégories de gestes que nous venons d'établir.
Dans les gestes concentriques, l'articulation la plus éloignée du <^entre, c'est-à-dire du tronc, joue la première, et les autres articulations suivent par ordre de succession ; l'extrémité du membre est d'abord mise en mouvement et entraîne vers le centre les parties plus rapprochées du corps, les unes après les autres. Ainsi, dans le geste du bras ramené vers la poitrine, le carpe est en premier lieu mis en jeu, avant le coude, avant l'épaule ; la main se dirige d'abord vers le corps, puis l'avant-bras, puis le bras.
L'ordre est tout autre pour les gestes excentriques. Dans ceux-ci, c'est l'articulation la plus rapprochée du centre qui agit la première, et les autres obéissent au mouvement, toujours successivement, mais, cette fo's, en allant du centre à l'extrémité du membre. Prenons encore pour exemple le bras se détachant de la poitrine et se dirigeant vers un point quelconque à l'extérieur : le mouvement initial se fera à l'épaule ; le bras
s'éloignera d'abord, et successivement l'avant-bras, et la main, qui ne se déploiera qu'en dernier lieu. Ces mouvements successifs des différentes parties d'un organe ne sont d'ailleurs gracieux, qu'en autant qu'ils se suivent et s'enchaînent sans effort.