‹ L'art de former une bibliothèqueChapitre 16 sur 31 · PE'K'J^US, IU^THOWQ^'BLES · texte numérisé non relu

PE'K'J^US, IU^THOWQ^'BLES

C<yl%TOU^CP<ÉS, QUI U^'EXISTENT PaiS,

COU^'Da^îTai^ÉS, ETC.

M viens de dire qu'il existait à ) Paris d'habiles artistes qui ren- ^ dent aux vieux livres une jeunesse nouvelle ; autrefois une industrie, beaucoup plus utile, y avait son représentant attitré ; c'était la librairie des Livres dépareillés. Elle était tenue par Fétil (Réné-François) établi, en 1767, rue Mazarine, à l'enseigne : AtiPamasse italien. Il eut un continuateur nommé Cordier, lequel vendît son fonds au sieur Lecureux, mort récemment et qui ne pardt pas avoir eu de

successeur. Depuis qu'elle avait quitté la rue Mazarine la librairie des livres dépareillés a été installée d'abord rue des Prêtres-

Saint-Germain-l'Auxerrois, puis rue des Grands-Augustins, n° 20. fl paraît que cette industrie ne faisait pas vivre son homme puisque sa spécialité a été complètement abandonnée ; évidemment elle manque et c'est fâcheux.

A propos de cette librairie disparue, je rappellerai, à titre de simple curiosité, quelques livres de bibliophilie qui sont utiles aux amateurs de curiosités, à la recherche de l'inconnu.

Les livres perdus ou introuvables^ par Gustave Brunet et les livres cartonnés^ par Philomnestre Junior (Ch. Brunet).

On sait qu'un « carton » est un feuillet qu'on introduit dans un volume à la place de pages correspondantes. Le « carton )) contient des rectifications, suppressions ou adjonctionsnécessitéespàr des arrêts de justice, des ordres de la censure préventive (dans les pays où elle existe) ou par des renseigne-

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ments authentiques parvenus à l'auteur après le premier tirage, et aussi par des erreurs typographiques à réparer.

Si ma mémoire ne me trompe pas, on doit avoir écrit un volume sur les livres aui n'existent pas, ou qui n'ont existé que dans l'imagination d'orateurs peu scrupuleux et d'écrivains menteurs. Ope de citations foudroyantes ont été puisées à la source où Molière a pris le fameux « chapitre des chapeaux » d'Aristote ! Il me semble que j'ai tenu ce volume entre mes mains. Et pourquoi sa rédaction n'auraitelle pas tenté un curieux? 11 y a bien un livre sur les libraires et les imprimeurs imaginaires ? Presque tous les livres scatologiques portent, en effet, de fausses indications d'imprimerie et d'origine aussi cocasses que possible.

La ^iblioteca Scatologica^ déjà citée, fournirait un chapitre fort amusant sur ce sujet. Je citerai comme type : L'Histoire secrette du prince Croqu^Étron et de la princesse Foirettey par Gringuenaude , chez

Fleurimont Mordant, rue des Gros-Visages, à l'enseigne du Privé Conseil, attenant THôtellerie de la Fleur.

Notez que plusieurs bibliographes attribuent cet ouvrage parfumé à une demoiselle noble : M"* de Lubert, fille d'un président au Parlement de Paris.

La Correspondance complète de Madame, duchesse d'Orléans, est là pour démontrer qu'au xvni* siècle, les Dames — et même les plus grandes Dames — ne méprisaient pas la moutarde.

La librairie par trop galante use des mêmes déguisements.

Un petit volume assez recherché et qui date de 1762 : la Bibliothèque des Petits Maîtres ou Mémoires pour servir à l'histoire du bon tonet de V extrêmement bonne compagnie^ porte sur son titre qu'il est en vente : au Palais-Royal^ che:( la petite Lolo, marchande de galanteries y à la Frivolité. Justement dans cet ouvrage, un chapitre entier est consacré* à la description de la «Bibliothèque de l'abbé de Pouponville», bibliothèque exclusivement composée de livres imaginaires.

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Un bibliophile belge, mystificateur émérite, M. Chalon, de Mons, a publié en 1840, un catalogue in-8 de 12 pages d'une « très riche mais peu nombreuse collection de livres provenant de la bibliothèque de feu M. le comte T^ N. A. de Fortsas, » dont la vente devait se faire à Binche, le 10 août 1840, à onze heures du matin, en l'étude et par le ministère de M* Mourlon, notaire, rue de l'Eglise, n** 9.

Tous les ouvrages que décrit ce catalogue sont absolument imaginaires. Toutefois au moment où il fut publié, sa perfection et la précision des indications qu'il contenait le firent prendre au sérieux par quelques amateurs en Belgique et même en France.

Cette pièce curieuse a été réimprimée plusieurs fois, notamment dans YEssai sur les bibliothèques imaginaires par G. Brunet.

Au xvm* siècle, les Pamphlets politiques, qu'ils fussent imprimés en France ou ailleurs, indiquaient toujours faussement leur provenance. C'est ainsi que le Gautier Cuirassé

OU Anecdotes scandaleuses de la Cour de France, est annoncé comme ayant été imprimé à cent lieues de la Bastille, à l'enseigne de la Liberté.

Les fausses indications burlesques sont encore à la mode aujourd'hui. Sur le titre d'un livre récemment édité et qui ne doit figurer dans aucune collection, j'ai lu : à Londres, che:^ le concierge du Pig's-Club. — Ne me demandez pas la traduction. —

Généralement ces indications tendent à dissimuler la personnalité d'imprimeurs et d'éditeurs, peu soucieux qu'on sache qu'ils donnent leur concours à des publications dangereuses ou honteuses.

Pour compléter autant que possible la Bibliographie de la bibliophilie excentrique et dans le but de contenter les amateurs qui aiment les objets difficiles à se procurer, je leur recommanderai également la lecture du Catalogue des ouvrages écrits, et dessins de toute nature poursuivis, supprimés ou condamnés depuis le 21 octobre 18 14 jusqu'au

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31 juillet 1877, de Ferdinand Drujon, édité par Ed. Rouveyre et G. Blond.

Autrefois — nous le savons par deux vers de VArt poétique — lorsqu'un livre ne trouvait pas d'acheteurs il était vendu au poids du papier chez les fournisseurs et servait à faire des sacs ou des cornets. Combien de volumes disparus — certainement ils feraient la joie des bibliophiles — ont droit à cette épitaphe :

Le reste aussi peu lu que ceux de Pelletier, N'a fait de chez Sercy qu'un saut chez Tépicier.

Aujourd'hui rien ne se perd et lorsqu'un livre invendu encombre les magasins de son éditeur, celui-ci le « solde », c'est-àdire le vend à vil prix à un libraire qui se charge d'écouler comme il peut l'édition.

Le principal libraire soldeur de Paris a été M. Adolphe Delahays. Les plus grands auteurs et de très beaux livres ont passé par sa boutique. J'ai vu en nombre chez lui affichés à six, quatre et deux francs, des

ouvrages qui coûtent aujourd'hui trente et quarante francs.

Le Cousin de Mahomet vendu par lui eu nombre, il y a vingt-cinq ans, à dix centimes, est coté aujourd'hui à cinq francs au plus bas.

Le Gil Blas de Jean Gigoux, vendu à 7 fr. 50 c., cartonné en 1850, vaut aujourd'hui 70 fr. quand on est assez heureux pour le trouver.

C'est aussi lui qui a eu le solde de la première édition des Contes DrôlatiqueSy illustrés par Gustave Doré, livre qui a repris, puis dépassé du double sa valeur première.

Enfin, ily a deux ou trois ans, il a encore soldé les Costumes anciens et modernes de Cesare Vecellio, précédés d*un Essai sur la gravure sur bois y par M. Ambroise Firmin- Didot, qui se vendent aujourd'hui quatre fois le prix auquel il les offrait.

D'après cet aperçu rapide et ce que j'ai dit plus haut des outils du Bibliophile, le néophyte peut entrevoir la largeur et la profondeur du champ qu'il doit labourer

pour devenir une demi-autorité en matière de Livres.

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Cependant quel que soit son savoir, il ne saura jamais tout; il lui restera toujours quelque chose à apprendre ; il doit s'attendre à rencontrer dans la vie et à tout instant un livre qu'il ne connaît pas, qu'il n'a jamais vu, dont il ignore l'existence. Il ne l'a trouvé catalogué nulle part. Brunet n'en parle pas ! Quel plaisir ! quelle gloire, quel honneur d'attacher son nom à une pareille découverte ! Il fera là-dessus un mémoire qu'il enverra à l'académie... de son déparment. Tout de suite, il en écrit à l'aimable directeur du journal Y Intermédiaire, Au bout de trois mois, aucun intermédiariste ou intermediariste — on n'est pas encore fixé là- dessus — n'a répondu à son appel.

Décidément il est certain qu'il a élargi de l'épaisseur d'un in-S*» le domaine de la science. Lorsque crac: il apprend qu'il existe plusieurs exemplaires de son trésor ; on en connaît un à V Arsenal^ un autre a été vendu vingt-sept francs à la vente de feu le baron Pichon.

C'est égal, il n'a pas perdu son temps.

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Si vous saviez ce qu'il a remué de matériaux, ce qu'il a appris de choses diverses pour conquérir la certitude que sa trouvaille est médiocre, vous demeureriez convaincu que ce sont les fausses pistes qui font les grands savants. C'est rarement — dans la biographie comme dans les autres sciences — en cherchant une chose qu'on la trouve; c'est presque toujours en en cherchant une autre. N'appelez pas cela hasard. Il n'y a pas de hasard en bibliographie. On trouve parce que l'on cherche et quand on cherche avec flair, instinct et intelligence, on prend des notes.

Ces notes précieuses se rapprochent à un certain jour d'autres notes et forment un tout lumineux.

Je plaisantais tout à l'heure le Christophe Colomb, amateur qui rêve d'écrire un mémoire pour la Société savante dont il fait partie. J'avais tort, je le confesse, car les meilleurs livres de bibliographie sont écrits par des gens qui auraient pu gagner cent mille francs de rentes en se faisant

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épiciers et qui ont préféré gagner deux à trois mille francs par an comme bibliothécaire, afin de vivre au milieu des livres qu'ils aiment.

Tout amateur est en germe un écrivain bibliographe.

Un des hommes les plus ennuyeux du xvm* siècle, BoUioud-Mermet, secrétaire perpétuel de l'Académie de Lyon, dans un opuscule intitulé : De la Bibliomanie, a flétri les beaux livres.

A propos des Fables choisies de La Fontaine, éditées par Saillant en 175 S» ^vec des figures gravées par Cochin sur les dessins d'Oudri, il s'écrie : « Le recueil des « fables de La Fontaine, destiné à être mis a entre les mains de la jeunesse, n'avait « d'abord paru qu'en un volume de petit « format ; mais l'amour de la singularité et « de la magnificence en a fait exécuter « une nouvelle édition de l'étendue de « quatre grands volumes in-folio, où l'art a « si curieusement travaillé que l'acquisition « en est interdite à beaucoup de gens. »

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Et guindé sur son dada, il jette la pierre

aux Bibliophiles amoureux de beaux

papiers, de belles gravures et de belles reliures.

Il faut, n'en déplaise à l'ombre de Bollioud-Mermet, de beaux livres magnifiquement ornés ; c'est une vanité louable, celle que Ton place dans sa bibliothèque et j'ai toujours remarqué chez les hommes qui aiment les livres de grandes qualités de cœur, une exquise politesse et des instincts généreux de sociabilité. D'ordinaire ils sont à la fois et bonnes fourchettes et beaux gobelets ; en outre ils sont galants avec les femmes. L'amour du livre est le commencement de la perfection.

Bollioud-Mermet devait être petit mangeur et amoureux transi.

PVBLICalTloa^S IV^TElifUpmPUES

\y\ grande que soit la bonté d'un I amateur de livres, il doit cepen- , dant être méfiant.

Je conseillerai donc au néoph3te de se méfier des ouvrages publiés par volume formant livraison et de ne les acheter que lorsqu'ils sont complets. S'il ne suit pas mon conseil, il devra s'armer de patience ou de résignation, car la publication de ces ouvrages est parfois suspendue ou abandomiée par leur éditeur.

Je pourrais citer mille cas où le biblio-

phile a été laissé en plan de cette façon incivile. Tout récemment (1873) l'éditeur Léon Willem avait commencé une collection de Documents rares et inédits relatifs à Vhistoire de Paris; les volumes tirés à 350 exemplaires devaient atteindre le nombre de vingt. Il n'en a paru que douze ! ! !

Plus grave ! LzMuT^e historique de J. Loret rééditée par P. Jannet (i^"" volume) puis continuée par P. Daffis (2*, 3* et moitié du 4* volume) demeure abandonnée depuis la mort de son second éditeur, sans que rien vienne indiquer quand paraîtra h huitième livraison qui doit contenir une biographie et des tables. Ajoutez à cela qu'il a déjà fallu aux souscripteurs dépenser une certaine dose de philosophie, puisque le premier volume porte le millésime de 1 857 et le second celui de 1877. Vingt ans après comme dans les romans !

Heureusement que Térudit Charles Livet chargé de la publication, se trouve encore à Vichy où la surveillance de l'établissement thermal, confié à sa vigilance, trompe

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