LES LIVRES A BON MARCHE
5 ue diable, dira-t-on, vient fiire la question sociale après la , description d'un livre sur l'escrime du prix de 1,500 fr. ? Mon Dieu!
dans les bibliothèques, tous les auteurs, tous les livres et toutes les idées se côtoient. J'ai souvent vu les œuvres de Proudhon serrant celles de M. Veuillot et un livre condamné par le Saint -Office à côté des Evangiles. Dans un petit traité sur PArt déformer une Bibliothèque, les livres à bon marché, les livres des petites bourses
doivent avoir une place aussi large que les livres chers.
J'ai toujours déploré le sans-gène avec lequel on fabrique les livres pour le peuple. Généralement c'est honteux! Dans ce temps de doctrines humanitaires où Ton parle tant d'instruction gratuite et obligatoire, je ne conçois pas qu'une Société des bons livres, ayant pour but de fournir à bon marché au peuple une édition convenable des classiques français et étrangers, ne se soit pas formée sous la protection ou en dehors du Gouvernement. Le goût du livre est enfanté par le goût de la lecture et il ne faut pas que le goût de là lecture soit entravé par les apparences repoussantes du livre.
Je laisse de côté les bibliothèques populaires de propagande. — Qjiel que soit le parti pour lequel elles travaillent, ces bibliothèques sont conçues de façon à laisser, outre les avantages politiques, beaucoup trop de bénéfices à ceux qui les administrent sans risques ni périls commerciaux. Mais
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j'affirme qu'on pourrait concourir au perfectionnement de l'enseignement primaire, en mettant à la portée des petites bourses des éditions portatives, bien faites et agréables à l'œil.
Vers 1832, le libraire Lecointe avait entrepris, sous le titre de Nouvelle bibliothèque des classiques français ^ une collection de petits in-12 imprimés, chez Firmin Didot, s'il vous plaît, qu'il vendait dix sous. J'ai un Dsincourt jŒuvres choisies y qui^'pp^ir' tient à cette collection et qui dans une demi-reliure très simple n'a pas mauvaise figure. Je ne crois pas que le libraire Lecointe ait reçu du gouvernement de Juillet un encouragement quelconque. Sous l'Empire, sans plus d'encouragement, la maison Lahure fit une entreprise de même nature, mais à un franc ; on avait un Voltaire bien
complet pour 35 francs et les Mémoires de Saint-Simon pour treize francs. Tout récemment un très intelligent libraire-éditeur, M. Delarue, a élargi les plans de Lecointe et de Lahure ; il a annoncé les Chefs-d'au* vre de la Littérature française et étrangère,
en cent volumes petit in- 12 elzéviriens.
Ses petits in-12 sont vraiment fort gentils, bien imprimés sur papier convenable, et de nature à rendre la lecture attrayante ; le choix des auteurs est excellent, beaucoup plus varié et plus osé que dans la collection Lahure. Eh bien, on me dit qu'arrivé à son cinquante-deuxième volume, M.Delarue se dégoûte, se décourage et n'a plus le feu sacré. Est-ce qu'aujourd'hui une collection comme la sienne devrait donner un seul instant d'inquiétude à son éditeur? Avec un cartonnage solide et bon marché, les in-12 de M. Delarue devraient être sur les rayons de toutes les bibliothèques communales et offerts soit par le Gouvernement, soit par le Département, soit par les sénateurs et députés, soit enfin par des Amis des bonnes lettres. C'est là une affaire presque nationale par un temps où l'instruction fait rage.
LES LIVJiES ILLUSTRÉS
gne mine inépuisable pour les , collectionneurs et dans laquelle ils trouveront des plaisirs toujours nouveaux, ce senties livres à, figures et les livres illustrés.
N'importe à quelle époque ils appartiennent, ils sont très recherchés.
Dans son excellent et savant ouvrage que j'ai classé parmi les plus utiles outils du bibliophile, M. Henri Cohen a décrit avec le plus grand soin tons les livres à vignet-
tes édités de 1730 a 1820, tant en France qu'à l'étranger.
M. Henri Cohen proscrivait avec une sainte horreur — c'est son expression — tout mélange de gravures appartenant à des éditions diflFérentes et n'admettait que des exemplaires absolument purs. Cette opinion fait de son Guide une sorte de cours bibliographique d'une exactitude complète.
Bien que je ne partage pas tout à fait ce rigorisme pour les livres modernes, je concède qu'il faut s'y soumettre pour les livres anciens. Je recommande donc aux amateurs de se conformer, pour les éditions du xviii* siècle, aux préceptes de M. Cohen.
Et c'est dans son ouvrage qu'ils apprendront le mieux à reconnaître la valeur de ces admirables spécimens d'une librairie qu'on cherche aujourd'hui à imiter, mais dont on ne parvient pas 'toujours à atteindre la rare perfection.
Ce sont les œuvres galantes qui sont d'ailleurs toujours les mieux illustrées.
:jii