‹ L'art de Jul MerckaertChapitre 1 sur 3 · NOS PEINTRES @& BRUXELLES · texte numérisé non relu

NOS PEINTRES @& BRUXELLES

a LR Or LR We co NEA : 2 Te 4 dar )

: f F - LA k An CL Madame R. Boulvin -

acir lemoignage de reconnaissance

Fe

4 A " * de Wie À * A AE ’ ‘ Ù w [4 L D 22 F * .

; \ { k + M , 2° ‘ ; SA ‘ F Ë ; ; \ \ =

IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE 50 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS SUR PAPIER DE HOLLANDE % %

we - re Fi ” * | LA vf Do + L M 1 1 PE LA L

L est des êtres inquiets, foujours à la recherche de la vérité, pensant à fout insfant la découvrir

hors la grand route, en saisissant parfois, d'ail-

leurs, des bribes: incapables pourtant de rien coordonner, inaptes à en réunir les parcelles éparses. Enthousiastes, fravailleurs infatigables, ils sont voués à se chercher sans fin, à moins que, le découragement les prenant, ils ne se muent en médiocres suiveurs. D'autres, au contraire, ne croyant pas la révolution nécessaire à l'évolution et au progrès, appliquent leur calme génie à se perfectionner sans cesse. Sans doute, leur aboutissement ne leur apparaît-il pas dès le début et leur voie n'est-elle pas toujours directe absolument, mais chacune de leurs œuvres est fille de la précédente et leur

tempérament, une fois dégagé, s'affirme parfaitement établi, reposant sur des bases réelles, non pas fruit du hasard, maïs d'une fotale réalisation. {©} Souvent; en dépit de leur originalité, éfonnänte semblera la différence entre leurs premières œuvres et leurs créations les plus parfaites: pourtant, à les bien examiner, on frouvera foujours dans les unes, en germe fout au moins, les qualités qui culminent dans les œuvres postérieures et, à considérer l'œuvre dans son entier, on ne pourra plus se méprendre : il existe foujours une étroite filiation entre toutes les productions d'un artistes génial; le génie est fait d'unité. (©) Et c'est cette unité, cette évolution régulière et continue, provenant du fempérament de l'artiste soumis à toutes les influences de l'ambiance et de l'art contemporain, évitant fout heurt, découlant de recherches constantes, mais tendant foujours vers un même but, qui, au plus haut chef, caractérisent l’art de Jul Merckaert. Jul Merckaert à ses débuts a peint sombre comme le faisaient alors fous les peintres de l'école d'Anvers, fous les peintres belges; affinant cependant sans cesse sa vision, peignant d'ailleurs plutôt gris que brun: puis, sa palette s'est décidément éclaircie, de ses toiles ont disparu les eaux noires et les ciels plombés, le soleil a percé; maintenant, plus que jamais, les matières se différencient fout en baignant dans l'atmosphère; sous le ciel clair l'eau coule fluide vraiment et colorée par la nafure entière qui s y reflète, l'air circule. Je ne veux pas dire que l'atmosphère manquât dans les tableaux où Jul Merckaert a fait vivre les canaux belges, le canal de Charleroi notamment, à Bruxelles : loin de là; mais il y régnait foujours une atmosphère lourde, triste, étouffante, atmosphère vraie, je n'en disconviens pas, les jours d'hiver, dans ces mornes quartiers de la capitale:

mais faut-il rechercher ces coins, tyqiques peut-être, maussades

cerfainement ? Faut-il fout peindre même? Ne vaut-il pas mieux dire les jeux du soleil dans les parcs des châfeaux, par les champs des Flandres et sur ses eaux courantes? ©) Ne vaut-il pas mieux célébrer l'enchantement des clairs matins d'été que les lourds et gris après-midis de l'hiver? (@) Ne vaut-il pas mieux ouvrir les yeux à la vivifiante ef magnifiante lumière que laisser monter en soi le spleen? ©} Je sais bien que celui-ci n'est pas dénué de poésie, la poésie profonde des Baudelaires et des Verlaines, mais ce n'est heureusement plus celle de notre époque revigorée. Et j'ai plaisir à noter cette progression de l'art de Jul Merckaert vers la joie et la couleur qui en résulte, vers un modernisme rationnel qui en fait la santé et la robustesse. La solidité de l’art de Jul Merckaert nesf, en effet, pas l’une de ses moindres qualités. Dessinateur, Jul Merckaert l'est avant fout. Jamais, dans aucune de ses toiles, on ne souffre d'un manque de stabilité, d'un défaut d'équilibre; foutes ses composi- {ions sont remarquablement assises, bien que cependant, jusqu ici, Jul Merckaert ait semblé volontairement s écarter de la ligne décorative. Mais tout l’art du peintre a tendu à ce que jamais la construction ne se sente. Toujours le travail s'efface et ses foiles les plus éfudiées semblent avoir été peintes dans la fougue, dans l'emportement du moment. Et c'est juste. Nous n'avons pas à nous préoccuper de la genèse d'une œuvre, nous navons pas à savoir les difficultés avec lesquelles son créateur a été aux prises, surtout, nous n avons pas à nous apercevoir du métier; le métier doit disparaître, seule doit passer en nous l'émotion qui étreignait le peintre devant le spectacle de la nature qu'il s'est efforcé à fixer sur la toile. Car c'est bien là la qualité essentielle d'une œuvre d'art : il faut qu elle émeuve, il

faut que celui qui la contemple se trouve empoigné; il faut aussi

que. les moyens employés par l'artiste éfant sincères, l'émotion puisse se reproduire chaque fois que l'on se retrouvera en présence de son œuvre. C'est bien pourquoi, servies par un métier accompli, la sensibilité et la sincérité sont les caractéristiques de l'artiste. Et ces deux qualités, Jul Merckaert les possède au plus haut degré. Sa sensibilité allant foujours s’affinant, sa sincérité lui a fait produire des œuvres toujours plus délicatement nuancées, toujours plus subtilement imprégnées d'atmosphère. Son “ Lever de Soleil sur la Dendre , est, sans doute, l'expression la plus parfaite de cet art auquel Jul Merckaert est aujourd'hui arrivé. Toute la poésie de ce matin baigné de brume légère subtilise la foile et, bien que toutes les couleurs en soient fendres — lilas et orangés — la sincérité de l'artiste a été telle, son désir de vérité, d'exactitude a été si consfant que, plus on regarde la {oile, plus on se sent pénétré et, pas un instant, en face de l'œuvre, l'idée ne vient que le peintre eut pu bien facilement fomber dans la fadeur. C'est que la pâte des foiles de Jul Merckaert est très belle. Cette pâte foujours solide et qui semble s'émailler avec le temps était autrefois un peu lourde; aujourd hui, sans avoir rien perdu de sa saveur, elle est plus légère, comme plus aérée. La manière du peintre aussi empêche foute possibilité de petitesse : la fouche est franche, large, robuste, la toile est toujours peinte en pleine pâte, les glacis foujours absents, en sorte que cette peinture durera; le femps ne fait que l'harmoniser: je n'irai pas prétendre qu'elle ne change : pas du fout, qu'elle ne fonce pas un peu; non, mais à l'encontre de fant de foiles dont les valeurs disparaissent, celles de Jul Merckaert ne font que s'améliorer : elles prennent chaque jour plus de corps. Je n'ai fait allusion qu'en passant à la sensi-

bilité de Jul Merckaert et pour dire surtout avec quelle simpli-

cité il la fraduit; je voudrais la bien faire sentir. Ce dont Jul Merckaert a sûrement été le plus empli ces dernières années, c est de la sereine beauté des soleils levants, c'est de la légèreté de l'atmosphère aux petites heures, c'est du coloris charmant que prennent alors foutes choses qui nous entourent. ©) Et tout cela, Jul Merckaert, pour l'avoir profondément éprouvé, l'exprime excellemment. Voyez, dans ses levers de soleil, ce halo coloré qui semble environner fouf ce qu'il y peint, ce rayonnement vaporeux qui émane des arbres et de l'eau, cette lumière diffuse, famisée par une brume de rosée qui se lève, qui baigne toute la foile. Ne fallait-il pas, pour rendre cette poésie, jointe à l'œil le plus délicat, l'émotivité la plus vibrante? ©) Et cette sensibilité, qui nous apparaît beaucoup plus, certes, dans les œuvres récentes de Jul Merckaert, a cependant toujours été l'apanage du peintre. ©) Rappelez-vous “ le Démer l'Après-midi , où pèsent la solitude et le désenchantement ; “ Mélancolie’, où ce même Démer, semblable à une lame d'acier, est peint par un de ces matins d'été qui se prolongent pâles et froids jusqu à l'heure du midi ; souvenezvous de “ Ketraite heureuse ,, du calme appesanti de son jardin ; souvenez-vous de l'infimité de “ Après le déjeuner ,: devant la maison, en plein air, la fable n'est pas encore desservie, mais, bien quelle soit abandonnée, ne percevez-vous pas cependant combien le repas fut paisible ? Ces toiles font foutes partie de la gamme colorée de Jul Merckaert; autrefois, le peintre semble avoir été surtout frappé par l'inéluctable éfouffement des quartiers sombres, des canaux noirs. Kevoyez en esprit la « Sortie de l'Écluse », « Le Canal de Charleroi » ou le « Quai de Mariemont »: n'est-ce pas de la fatalité qui s'en dégage ? Ef c'est ce que jaime dans l'œuvre de Jul Merckaert : son objectivité. Jamais le peintre n'a mis plus de lui dans ses foiles quil ne

devait en mettre. Il a su ressentir, il a su voir, il a su exprimer. Il nous fait comprendre la beauté, il nous aide à la saisir, il supprime du paysage ce qui pourrait nous y choquer, même, il y souligne, sans doute, ce qui, sans lui, échapperait; mais jamais on ne le sent entre la toile ef soi; c'est un initiafeur merveilleux, dont la sensibilité a éveillé la nôtre, et qui fera rêver chacun; car c'est une des habiletés de Jul Merckaert d'avoir toujours en place de l'Homme su mettre l'Œuvre. Il a, par là, évité la monofonie quil y a à retrouver partout la même volonté, et plus souvent, hélas! le même procédé, la même déformation. J'envisagerai, maintenant, l'art de Jul Merckaert au point de vue décoratif et, fout de suite, je dirai que ses œuvres sont toujours et ne sont que des tableaux de chevalet. Lorsque j'ai parlé de sa construction, j ai mentionné, sans y appuyer, que Jul Merckaert semblait s'être volontairement éloigné de la grande ligne décorative qui caractérise la plupart des œuvres de Gilsoul, par exemple. Dans nombre des toiles de Jul Merckaert, en effet, la ligne générale est figurée par l'horizon — parallèle à |avantplan et fout proche — rangée de maisons au long d'un quai; dans d'autres, la seule ligne maîtresse est formée par le Démer sinuanf entre ses berge plates ; c'est peu, assurément. Il fau, je crois, en rechercher l'explication dans un excès de scrupule de l'artiste. Élève de Gilsoul, Jul Merckaert a craint qu'on lui reproche de frop ressembler à son maître: c'est pour s'en différencier qu'il s est abstenu de faire usage de la ligne décorative. À-t-il eu raison ? Je ne sais, car, s'il a fait sur ce point quelque peu violence à son tempérament, ce qui est foujours à déplorer, il est bien certain que cela l'a obligé, par contre, à chercher beaucoup plus le fon exact, que, tirant moins de

ressources de la perspective linéaire, les valeurs ont eu pour lui Læ

d'autant plus d'importance. Tout compte faif, je ne suis donc pas éloigné de penser profitable la contrainte que Jul Merckaert s'est si longtemps imposée: il ne peut plus, en effet, négliger aujourd hui aucune possibilité ; voici maintenant l'épanouisse-

ment de son art. |

te

Page 1