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L'art de la lecture

M. le Ministre de rinstruction publique, des cultes et des beaux- arts a adressé aux recteurs la circulaire suivante :

Monsieur le Recteur,

La lecture à haute voix est oubliée ou négligée clans la plupart des lycées et des collèges; elle doit être cependant un des éléments importants de l'instruction publique. Je n'ai pas besoin de vous dire combien cet art est utile dans une société démocratique, chez un peuple qui fait lui-même ses affaires, qui discute, qui délibère, qui a des réunions, des comités, des assemblées de toute sorte.

Les écoliers qui suivent nos établissements d'instruction secondaire peuvent être appelés dans leur vie à donner lecture de rapports, de procès-verbaux, de comptes rendus ; n'est-il pas indispensable de lire de façon à être entendu et compris? l a lecture à haute voix ne comple-t-elle pas parmi les puissar.ls moyens d'action dans la vie publique?

Il faut qu'en France on apprenne à lire ; car apprendre à lire, c'est la meilleure manière d'apprendre à parler. Cet art que nous désirons voir enseigner avec plus de méthode dans nos lycées et nos collèges, nous le croyons non moins utile à nos instituteur à cause des services de loule nature qu'ils sont appelés à rendre, surtout dans nos petites communes. La lecture d'un acte, d'un arrêté, d'une délibération municipale n'est pa.s sans importance.

Sans doute, la lecture est l'un des principaux exercices dans les écoles normales primaires et dans nos écoles primaires , mais c'est un art qui a besoin d'être enseigné comme les autres. Tour combler cette lacune, il nous a semblé que, pour les écoles normales primaires, il fallait un manuel court, substantiel, sommaire et ne contenant que des principes; pour les classes d'instruction secondaire, un petit traité aussi solide, mais plus littéraire. Dans l'un, une étude purement utile; dans l'autre, un art à la fois d'utilité et d'agrément.

L'autorité la moins contestée en cette matière, M. Legouve, de l'Académie française, a bien voulu nous prêter son concours. Le manuel et le traité sont préparés par lui.

Restait la sanction à introduire dans nos règlements.

Le cours de lecture à haute voix établi dans les écoles normales primaires sera obligatoire; chaque instituteur sera examiné s«r ce point, à la sortie de l'école. Dans les lycées et collèges, vous penserez sans doute avec moi, Monsieur le Recteur, qu'il suffira d'un enseignement spécial et plus particulièrement dans les classes de seconde et de rhétorique; cette étude, non-seulement ne fera pas perdre de temps aux élèves, elle leur en fera gagner. S'étudier à bien lire une page est le moyen le plus sûr de la comprendre mieux et de la retenir plus longtemps. On pourra même exiger (cela se pratique déjà dans les classes bien conduites) que la leçon à apprendre par l'élève soit préalablement lue par le maître; l'élève lirait ensuite.

Introduire un prix de lecture et de récitation dans les classes de rhétorique, du moins pendant plusieurs années, me paraît une conséquence nécessaire de l'importance que j'attache à l'art de la lecture. Vous voudrez bien m'accuser réception de la présente circulaire et prendre les mesures nécessaires pour en assurer l'exécution dès la rentrée des classes.

Recevez, Monsieur le Recteur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Le Ministre de Vinstruction publique

des cultes et des heaux-arts.

A Bardoux.

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