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LES MONUMENTS DE SUSE

être complété d'une partie inférieure consistant en deux couronnes de feuillage, l'une montante, l'autre retombante, comme on en voit plusieurs spécimens à Persépolis. Le chapiteau moyen se compose de quatre volutes doubles et supporte des taureaux couchés sur lesquels reposent les portants croisés.

Un élément décoratif, qui paraît avoir manqué aux palais de Persépolis, le revêtement mural en briques de couleur émaillées, abonde au contraire dans les palais de Suse. Ce procédé et la technique dite de l'émaillage "à bords morts" nous sont connus par la Mésopotamie, où nous les avons vus appliqués notamment dans les constructions de Nebucadnezar (604 à 561 avant J. C.) à Babylone, et il est indéniable que la frise aux lions de la voie processionnale du dieu Mardulc à Kasr, les figures de taureaux et de dragons de la Porte d'Ischtar ou telle autre décoration en briques de Babylone exercèrent une influence sur la Suse des Achéménides.

Les décorations à figures humaines retrouvées à Suse, comme cette frise dite des "Immortels" (gardes de corps armés de la lance, de l'arc et du carquois, sur fond bleu) sont d'un intérêt capital (PI. 38). La parenté avec les reliefs de Persépolis de même sujet est visible (cf. PI. 19, 22), mais dans la frise du Louvre la plupart des têtes sont incomplètes. Non moins intéressant, le rendu en couleurs du vêtement, avec son motif d'allure égyptienne, losange et rosette alternant en blanc, noir, jaune et brun. En comparant les frises de lions perses (PI. 39) à leur pendant de Babylone, nous trouvons une grande analogie dans l'indication du pas et dans le dessin du corps, mais le lion perse est plus ramassé, il a la queue relevée et les muscles plus saillants. L'écart se marque mieux encore dans le taureau ailé (PI. 40) qui malgré sa structure plus ramassée a moins de caractère que son frère de Babylone. Les faïences de Suse reproduisent également (PI. 41) ce lion-dragon que nous avons vu à Persépolis aux prises avec le roi Darius (PI. 16). Au total la comparaison avec les frises d'animaux babyloniennes n'est pas favorable à celles de Suse, qui donnent l'impression d'un baroque industrialisé, de sentiment artistique plutôt faible.

Hors du haut-pays, dans la région des satrapies, l'art achéménide n'a laissé que peu de monuments. On peut attribuer avec vraisemblance à Daskyleion, siège des satrapes de Phrygie, le relief trouvé au village d'Erghili sur la Propontide, trois femmes montées sur des mulets (PI. 30), et qui appartint sans doute à une frise entourant un monument. La technique du relief et les vêtements attestent l'origine achéménide. Il s'agit probablement de princesses

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en voyage, et nous pensons involontairement à ces princesses orgueilleuses et processives de la dynastie, qui à l'instar de Parysatis, mère de Cyrus-le-Jeune, intervinrent si dangereusement dans les destinées du royaume et de la famille royale.

Les arts mineurs de cette époque nous ont laissé assez peu d'ouvrages. Tandis que les figures de Perses reviennent fréquemment dans l'art grec du Veme au IIIème siècle — citons pour mémoire la mosaïque d'Alexandre à Naples et le sarcophage dit d'Alexandre à Constantinople — les ouvrages originaux de la Perse représentant des Perses de la période achéménide, abstraction faite des reliefs monumentaux, sont extrêmement rares. La petite statuette d'argent conservée au Musée de Berlin et la coupe d'or provenant des fouilles d'Oxus, actuellement à Londres, prennent de ce fait une valeur singulière (PI. 43 et 42). La statuette nous montre un homme au nez puissant, avec impériale et moustache tombante, un lotus dans la main droite, et portant le costume caractéristique des Perses: long pantalon froncé, habit à ceinture recouvert d'un manteau garni de bandes, sur la tête le baschlik cachant à moitié le menton. La coupe d'Oxus présente une figure semblable mais sans le manteau, ce qui permet de voir une courte épée pendant à son flanc droit. Le bras droit étendu porte le barsom, faisceau de ramille, qui est l'attribut sacerdotal du culte du feu.

Comme dans les reliefs, le lion tient un rôle important dans les ouvrages achéménides. L'admirable lion de bronze découvert à Suse, et qui paraît avoir servi de poids à cause de l'anse fixée à son dos (PI. 44), offre une ressemblance frappante avec certaines sculptures du grand art: même corps ramassé, même disproportion de la tête au corps, même dessin de la crinière et du poil, même vigueur de la musculature. La tête de taureau non moins admirable (PI. 45) retrouvée près du lac d'Urmiah est également de provenance perse ancienne, comme le prouverait la ressemblance avec les chapiteaux à taureaux des colonnes (PI. 37), mais d'une conception légèrement plus avancée. 11 s'agirait d'un fragment préachéménide de l'époque médique ayant servi d'applique à un cratère de bronze. Des têtes de ce genre servaient aussi dans le meuble, comme on voit aux angles de l'estrade du trône (PI. 33).

Les vases en terre émaillée ou non provenant des fouilles achéménides sont pour la plupart des cruches ou des vases à anses sans ornement, dont les pareils

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se retrouvent à peu de détails près aux époques parthe et sassanide (PI. 148 et 149). Sauf une anse à tête de lion, la buire d'or provenant du trésor d'Oxus présente aussi peu d'ornement (PI. 46); ce simple ovale aux cannelures horizontales fait transition avec les coupes à boire en métal précieux dont nous avons conservé de nombreux échantillons (PI. 47 et 48). Le pied en moitié d'animal est caractéristique de ces vases. Le bouquetin ailé qui décore le premier des deux vases reproduits ici offre dans sa rigidité et dans la ligne des ailes quelque analogie avec le minotaure des Propylées de Xerxès à Persépolis (PL 8) et appartient visiblement à l'époque achéménide, tandis que celui qui décore l'anse du vase d'apparat (PI. 49) si différent de style, annonce probablement par la vivacité de son allure une époque plus récente. Les détails du raccord de l'anse, cette tête de Silène et les palmettes, prouvent que l'artiste était aussi pénétré d'art grec que d'art perse. Comme échantillon d'ornementation ancienne, nous donnons (PI. 50) un bracelet d'or à deux griffons, jadis rehaussé de pierreries dont il ne reste qu'un lapis-lazzuli minuscule, et qui offre d'évidentes analogies avec les bracelets assyriens terminés pareillement en têtes d'animaux.

La PI. 51 montre une série de moulages d'après des monnaies. Des dariques d'or (Fig. 1,2, 5) et des sicles d'argent (3,4,7) de l'époque achéménide représentent le roi à genoux armé de l'arc, du javelot et du glaive, attributs de son pouvoir, et dans l'attitude que nous lui avons vue dans les reliefs rupestres et sur les murs de Persépolis. La même image apparaît, souvent accompagnée de la mention BaoïXevç, sur la pile des monnaies satrapiques: ainsi sur les tétradrachmes deTissapherne (8,10) vers l'an 400, et d'Evagoras II (6,9) vers 350, qui, sur la face, portent l'un la tête de Tissapherne en coiffure perse, l'autre la figure équestre d'Evagoras brandissant une lance.

En regard de ces monnaies d'un caractère perse et oriental si accusé, nous avons placé le tétradrachme de Pharnabaze, satrape de Daskyleion, frappé vers 400 à Cyzique (11, 12), où s'accuse au contraire un sentiment tout à fait grec, aussi bien dans le fin modelé de la tête du satrape que dans le motif de la nef grecque entourée de dauphins.

De nouveau l'empreinte indigène apparaît dans le tétradrachme d'Autophradates (13, 14), satrape vers l'an 200 et membre d'une famille princière et sacerdotale établie en Perside dans les premiers siècles après Alexandre, à laquelle incomba la mission d'entretenir la tradition achéménide et de la transmettre aux temps nouveaux. L'avers présente la tête du prince voilée à la perse,

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le revers le Temple du feu d'Istakr (Persépolis) flanqué d'un côté du prince agenouillé, de l'autre par l'étendard sacré.

Les Sceaux à rouleau ont une valeur inappréciable pour l'étude de l'Orient ancien. Ces images, profondément intaillées, nous apportent de sûres lumières sur l'histoire et le mythe, sur les rites et les coutumes profanes. Ainsi pour l'Egypte préhistorique, pour Babylone et l'Assyrie, mais aussi pour la Perse ancienne (PI. 52). Le hasard nous a conservé un sceau de Darius, portant le nom et les titres du souverain en trois écritures, perse, égyptienne et assyrienne, et l'image du roi chassant le lion. Du haut de son chariot il décoche un trait à un lion puissamment dressé contre lui, tandis qu'un autre plus petit gît déjà par terre. Deux palmiers indiquent le parc aux bêtes, et, comme de juste, le symbole ailé d'Auramasda plane au-dessus de la scène. Un autre rouleau provenant du trésor d'Oxus, actuellement à Londres, offre une double image du roi. La composition symétrique de la scène aux figures nombreuses est particulièrement remarquable, mais elle est dépassée par un rouleau conservé à Berlin, où l'on voit le roi debout sur deux sphinx ailés et tenant à bras tendus

par les membres de derrière deux lions dont les gueules béantes se révulsent dans une rage impuissante. Un dattier y rappelle le sceau de Darius.

Le style un peu plat de ces trois rouleaux, tout à fait conforme à celui des reliefs dePersépolis, nous permet d'y voir l'ouvrage d'artistes perses.

Nous en possédons quantité d'autres de sujets perses également, mais dont la technique plus libre et plus individuelle trahit lamain d'artistes ioniens, qui savaient fort bien se mettre au goût de la cour perse où l-'ig. 4. Taureau, détail d'un relief de Persépolis (voirPl.2I) ils servaient.

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