‹ L'art de la soie. Les soies (volume 2)Chapitre 148 sur 172 · CHINE ET JAPON · texte numérisé non relu

CHINE ET JAPON

Nous voici arrivé dans ces salles chinoises et japonaises qui renfermaient des choses réellement extraordinaires, même pour nous Européens, si habitués que nous soyons aux merveilles de l'industrie. Nous avons examiné avec la plus vive curiosité les collections nombreuses de cocons et de soies qui étaient disposées avec tant d'art. Elles étaient placées dans ces galeries tapissées d'étoffes de soie tellement remarquables par le décor, le coloris et le travail que nous avons été bien souvent distrait dans nos études. On voit au premier coup d'oeil que la soie est une des principales sources de richesse dans l'extrême Asie.

Nous avons trouvé là des échantillons de toutes ces soies fermes et mi-fermes qui, depuis quelques années surtout, ont fait une concurrence si grande aux soies similaires de l'Europe et de la Turquie d'Asie, qu'il a fallu renoncer, dans ces derniers pays, k cette production. Il y avait également des soies moins fermes, d'une blancheur éclatante.

Les vitrines japonaises contenaient des spécimens de soies

ouvrées. Notre attention s'est arrêtée plus d'une fois sur une soie blanche, mi-perlée et ouvrée avec une rare perfection.

Il y a aujourd'hui, en Chine et au Japon , au Japon surtout, une tendance marquée à filer à l'européenne.

Les Japonais avaient exposé de jolies grèges blanches et vertes filées dans des usines montées à l'européenne et dirigées par des contremaîtres et des fileuses du midi de la France. Nous n'avons eu que des éloges à faire des soies provenant de deux importantes filatures du Japon, qui commencent à jouir d'une certaine réputation auprès des fabricants indigènes et des maisons européennes qui exportent les soies de ce pays.

Si nous avions un conseil i donner à ceux qui exploitent les richesses de ces contrées lointaines , voici quel langage nous tiendrions :

(t Laissez aux filateurs de l'Occident la filature des soies fines dont la production est trop déjà grande ; dans l'état présent des choses, adonnez-vous exclusivement à la filature des soies fermes et des soies mi-fermes dont l'emploi va toujours en augmentant. Les soies de cette sorte sont de plus en plus demandées : il faut remplacer les trames et les tramettes des Gévennes , la paqueUùlle de Provence, les soies des petites filatures à feu d'Italie, les tramas, les intrà doblos et les hilUmderos d'Espagne, les mesUmp et les sdléê du Levant, les ardassmes, les soies de Perse, de Baffa, de Castravan et les soies européennes de cocons doubles, y)

Nous sommes convaincu que si l'on entreprend, dans l'Extrême- Orient, de créer et d'exploiter de grandes filatures à l'européenne, on ne recueillera que des déceptions.

Jetons nos regards en arrière. Si nous étudions l'histoire de l'art de filer, nous verrons que partout, depuis le Portugal jusqu'à la Chine, jusqu'au Japon, le producteur de cocons a d'abord filé lui-même sa récolte sous un toit de ramée. Ensuite, petit à petit, dans toutes les contrées séricicoles, on a organisé, d'abord en Europe, plus tard dans divers états de l'Asie, des filatures tra* vaillant seulement pendant un ou deux mois. C'est récemment qu'ont été établies les grandes usines qui sont en marche toute l'année.

Cette iransfonnaiion a-t-elle été un bien ?

Nous répondrons : oui, pour le sériciculteur et pour le fabricant de tissus ; non , pour le filateur. Celui-ci est obligé de faire de grands approvisionnements de cocons, et par suite d'immobiliser beaucoup d'argent; il court ainsi le risque de subir de grosses pertes, quand survient une de ces baisses auxquelles la soie est plus exposée que les autres matières textiles. La nouvelle organisation est, à notre avis, pleine d'écueils sur lesquels, à la moindre tourmente, viennent échouer beaucoup de filateurs. Il serait facile de prouver par des chifires l'exactitude de notre assertion.

llfDB.

Il n'y a pas longtemps que les soies de l'Inde sont connues en Europe. Elles ont été introduites en Angleterre par la Compagnie des Indes, et les fabricants anglais sont les premiers qui ont employé les soies du Bengale. C'étaient les qualités qu'on appelle natives, c'est-à-dire les soies filées par les Indiens.

Ces soies étaient très mal filées. Les Anglais voulurent les rendre meilleures ; ils attirèrent dans leurs possessions de l'Inde des filateurs italiens et français qui montèrent des filatures à l'européenne. Ces entreprises ne furent pas, en général, heureuses, et ne tardèrent pas à passer dans les mains des Anglais; aujourd'hui ces établissements, anciens et nouveaux, donnent de meilleurs résultats.

Les soies de cette provenance conviennent parfaitement à certains emplois spéciaux. Nos manufacturiers s'en aperçurent et cherchèrent à en faire usage; ils furent forcés d'aller les acheter à Londres, qui était naguère le seul marché des soies asiatiques.

C'est alors qu'une maison française ^^^ eut l'idée d'aller fonder dans l'Inde plusieurs établissements qui sont aujourd'hui en pleine activité et très prospères. Cette maison occupe, dans les filatures qu'elle fait marcher, plus de 3,ooo ouvriers (dans le Bengale, ce sont les hommes qui filent). Nous avons examiné

(» MM. Louis Payen et G'% de Lyon.

attentivement les échantillons de soies filées dans ces usines, et nous avons compris alors pourquoi les produits indiens de cette maison avaient en fabrique une si bonne réputation.

Exponùon du Gouvernement de Flnde. — Tous les visiteurs du palais du Champ de Mars ont certainement admiré la belle et riche collection d'objets d'art et de produits d'industrie faits dans rinde, propriété particulière du prince de Galles.

Au milieu de cette exposition merveilleuse, nous avons remarqué les vitrines qui renfermaient la collection complète des Bombyx si nombreux dans les Indes. Cette collection , faite avec autant de goût que de patience par un savant anglais ^^^ qui a été notre collègue dans le Jury^ était pleine d'intérêt pour un entomologiste et bien plus curieuse encore pour un manufacturier. L'habile collectionneur qui l'avait formée avait eu l'heureuse idée de mettre, à côté des cocons du Bombyx mort et des Bombyx sauvages, les soies écrues et les soies teintes en provenant, ainsi que les tissus que les indigènes fabriquent avec ces soies, dont plusieurs sont encore inconnues en Occident.

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