‹ L'art de la soie. Les soies (volume 2)Chapitre 150 sur 172 · FILS DE BOURRE DE SOIE, SOIES \ COUDRE ET CORDONNETS · texte numérisé non relu

FILS DE BOURRE DE SOIE, SOIES \ COUDRE ET CORDONNETS

Les industries des fantaineê et des soies à coudre étaient largement représentées à l'Exposition universelle de 1878.

Nous ne nous attendions pas à voir autant de progrès accomplis aux Etats-Unis et en Angleterre. Les soies pour machines à coudre, pour tailleurs, pour gantiers, préparées aujourd'hui dans ces pays, étaient dignes d'attention; il faut dire aussi que les assortiments présentaient une suite de nuances tout à fait réussies. On comprend que nous soyons près de perdre entièrement ces débouchés.

Les éléments premiers de cette importante consommation sont fournis par des maisons françaises et étrangères qui ouvrent les soies fermes de l'Extrême-Orient et les vendent ensuite en écru aux fabricants proprement dits de soies à coudre et d'autres soies retorses. Par exception, quelques maisons réunissent les deux industries.

Depuis quelques années, ces fabricants emploient de moins en moins la soie , et fabriquent la plus grande partie de leurs produits avec des faniaisies (provenant des déchets de soie), filées en Angleterre, en Suisse, en France, en Italie et en Allemagne, dans des usines, la plupart très importantes et admirablement outillées.

L'histoire des plus anciennes entreprises de cardage et do filature des déchets de soie à la mécanique est encore obscure; M. N. Rondot dira ce qu'il sait sur ce sujet. Cette industrie a été perfectionnée dans les premiers temps par les Suisses et les Anglais; elle a été établie en France à peu près à la même époque

qu'elle le fut à Téiranger, mais elle ne s*est répandue chez nous que lentement; on a même eu beaucoup de peine à lui faire acquérir quelque importance. Aujourd'hui elle occupe une grande place dans notre pays, supporte honorablement la concurrence étrangère, et a fait de tels progrès que bien des fabricants préfèrent ses produits aux articles similaires étrangers.

L'exposition des soies retorses organisée par les fabricants de Paris offrait vraiment un grand intérêt. Ces industriels fabriquent tous» plus ou moins bien, les soies teintes pour la couture à la main ou à la machine, pour la piqûre des gants, pour la broderie, la passementerie» etc. Mais là où ils sont sans rivaux, c'est dans l'art de faire, avec la soie ou la échappe, avec même des Umah, de nombreux ouvrages de fantaisie, tels que franges, e£Blés, chenilles, imitations de cheveux, laminés, etc. Presque tous ces manufacturiers méritent d'être placés au premier rang , car ils se distinguent pour la plupart dans telle ou telle spécialité , et font à chaque changement de saison les articles nouveaux. Dans le domaine de la nouveauté , les fabricants parisiens ont droit, nous le répétons, à tous nos éloges. Ils ont l'esprit inventif, ils excellent i suivre la mode dans ses moindres évolutions. Fort habiles, pleins de goût, ils fabriquent avec presque rien ces petits accessoires auxquels on ne prend pas garde, qui ne sont pas moins nécessaires et donnent lieu souvent à un gros chiffre d'affaires.

DIRECTEURS, CONTREMaItRES , GOOPiRATBURS.

Voilà notre tâche presque achevée, et nous regrettons que, inexpérimenté à manier la plume, nous n'ayons pas pu mieux retracer et dépeindre plus exactement toutes ces choses qui ont, surtout dans le temps présent, un si grand intérêt. L'Exposition internationale de 1878 aura été une des plus instructives de ce siècle I

Nous avons parié des produits, suivant fidèlement le programme d'étude que notre président, si expérimenté en pareilles matières, nous avait donné. Nous avons, en même temps, exprimé notre sentiment sur le degré de perfection auquel on a atteint.

sur les efforts qu'on a faits, et nous avons rendu bommage à ceux des industriels auxquels on est redevable de ces progrès.

Nous n'avons parle d'abord que des chefs d'industrie , nous réservant, toutefois, de ne pas terminer cette relation sans avoir rendu justice à tous les directeurs d'usines, à tous les contremattres dont les services sont si méritoires.

Nous avons presque toujours vécu au milieu de ces collaborateurs; nous avons depuis longtemps leur concours dans nos propres usines; nous les avons vus à l'œuvre dans beaucoup d'autres ateliers, et nous savons par une longue expérience personnelle ce qu'ils valent.

Nous avons demandé à notre président de nous laisser le soin de dire tout le bien que le Jury a recueilli sur ces auxiliaires intelligents, actifs, dévoués, qui forment dans les usines les cadres de l'armée des travailleurs.

Beaucoup de manufacturiers, pour la plupart Français, ont recommandé au Jury leurs collaborateurs les plus éprouvés. Les employés, dans nos établissements, possèdent presque tous au dernier degré le sentiment du devoir; ils rendent de toute façon de réels services. Ils aiment le travail avec passion, et c'est la moindre de leurs qualités. Ces collaborateurs sont attachés à l'usine, ils ont constamment en vue sa bonne tenue et l'amélioration de sa marche. Ils exercent leur gérance avec des habitudes, pour ainsi dire naturelles, de fidélité envers leurs patrons, et souvent avec tellement de tact et animés par un sentiment d'équité tel, qu'ils acquièrent aussi la confiance du personnel placé sous leurs ordres. Les directeurs d'usines, les contremaîtres, prêchent d'exemple dans l'atelier, comme au foyer domestique; l'ouvrier qui les voit toujours remplir dignement tous leurs devoirs, les prend pour modèles, et c'est ainsi que, cédant à l'exemple, il devient rangé, économe. Les conséquences de cette transformation portent bientôt leurs fruits : l'ouvrier amasse un petit pécule, il rend son intérieur plus agréable, il amène et retient dans son ménage une aisance, un bien-être, dont il sent vite tout le prix.

Le Jury, appréciant à leur juste valeur les services rendus par

de pareils auxiliaires, avait fait d'assez nombreuses propositions fortement motivëes. Notre président, qui savait avec quelle fermeté il serait appuyé par tous ses collègues» a défendu nos propositions avec son énergie habituelle, avec la vigueur d'un homme d'ailleurs convaincu. Nous nous rappelons encore avec quelle chaleur il nous a témoigné ses regrets de n'avoir pas pu obtenir pour les collaborateurs, comme pour les manufacturiers, toutes les distinctions qu'une justice , même sévère , nous commandait de leur décerner.

Les jurés, français et étrangers, ont tous vivement regretté cette limitation de récompenses qui n'a pas permis d'assigner exactement à chacun, patron ou collaborateur, son véritable rang. Quant à nous, nous avons été, autant qu'aucun de nos collègues, peiné de n'avoir pas pu récompenser, suivant leurs mérites, tant de coopérateurs si dignes d'estime, et nous le disons très haut.

GONGLDSION.

De tout ce que nous venons d'exposer, nous allons essayer de tirer un enseignement pour la sériciculture et les industries qui ont pour objet la filature et l'ouvraison de la soie et de ses déchets.

Nous avons le devoir de dire avec sincérité notre opinion. Nous nous sommes attaché toutefois, on l'aura remarqué, à écarter de notre esprit, en écrivant ce travail, les idées pessimistes au milieu desquelles nous vivons, idées qu'il est naturel d'avoir dans une contrée jadis prospère, actuellement appauvrie d'une part par une longue suite de mauvaises récoltes, épuisée d'autre part par une crise industrielle de plus de dix ans de durée.

Nous constaterons que, dans les Expositions de presque toutes les nations, nous avons trouvé des échantillons de cocons et même des écheveaux de soie grège.

Ces essais ne sont pas nouveaux pour nous. Nous n'ignorions pas que, dans toutes les parties du monde, sous toutes les latitudes, on a essayé à différentes reprises d'élever ce précieux

5i6 APPENDICE.

insecte qui produit ce fil merveilleux couleur d'or ou d'argent. Mais nous savons aussi que, à la suite de nombreuses tentatives, toujours coûteuses, souvent ruineuses» il a fallu renoncer dans bien des régions à cette récolte aussi délicate que la sensitive , et qui, même dans les contrées de TOccident les plus favorables i Téducation des vers à soie, donne si souvent à l'agriculteur des résultats négatifs et quelquefois des plus onéreux.

On comprenait qu'on se livrât dans les temps passés à de tels essais; on ne s'explique vraiment pas la persistance qu'on met à les continuer dans certains pays. Depuis que l'Extrême-Orient vient régulièrement déverser sur les marchés européens le tropplein d'une production immense, les fabriques de l'Europe ne risquent plus de manquer de soie , et cette soie produite dans des climats privilégiés par la nature, au milieu de populations nombreuses, laborieuses et sobres, revient à si bas prix que la sériciculture européenne, même la plus avancée, est très sérieusement alarmée de cette concurrence.

Nous rappellerons que la récolte, la filature et le moulinage de la soie ont, dans différentes périodes, répandu dans nos départements du Midi l'aisance, la prospérité et même la richesse. Par contre, il faut reconnaître que, depuis 18/19, ^^ sériciculture a passé par de rudes épreuves; le point de départ d'une détresse qu'on ne saurait nier a été le retour de cette épidémie qui, de 1 688 à 1710, avait déjà frappé si cruellement, surtout en France et en Espagne, la production de la soie.

Au moment où , grâce au concours de la science , nous étions parvenus à reconquérir, le microscope à la main, nos anciennes et belles races de vers à cocons jaunes, une crise, d'une durée sans exemple dans les annales de l'industrie, a fait tomber, par suite de l'abandon des soieries par les consommateurs, le prix des cocons a un taux si bas que, dans toute la zone sétifère, le découragement est arrivé à son comble chez les cultivateurs : on ne plante plus de mûriers, et les propriétaires laissent souvent les feuilles sur les arbres. Il nous serait facile de démontrer, pièces en mains, que les terres à mûriers sont devenues invendables dans certains arrondissements; que, dans tous les autres, la feuille

diminue dans des proportions estimées à 35, &o, 5o et même 65 p. 100, suivant les régions.

Nous ajouterons, avec la certitude de ne pas trouver de contradicteurs, que, depuis plus de dix ans, nos filateurs et nos mouliniers ont perdu des sommes considérables, et nous pourrions même donner ici la longue nomenclature des filatures et des établissements de moulinage fermés depuis bien des années. Nous pourrions citer aussi ces localités situées dans les départements de TArdèche, du Gard, de Vaucluse et de l'Hérault, où» par suite de cette crise inouïe , l'émigration vers les grandes villes a pris de telles proportions qu'il ne serait plus possible d'y trouver le personnel nécessaire à l'exploitation d'usines.

Nous ne croyons pas que l'on puisse revoir jamais ces hauts prix des soies qui furent la conséquence naturelle de la coïncidence de deux causes majeures : d'une part, pendant une période de près de vingt ans , un énorme déficit dans les récoltes de l'Europe sétifère; d'autre part, des modes, un goût des consommateurs particulièrement favorables à l'usage des étoffes de soie.

A l'époque dont nous parlons, la Chine nous a été ouverte, ou plutôt nous avons établi des relations directes avec elle ; les soies de ce vaste empire arrivèrent fort h propos pour remplacer celles d'Europe dont la rareté devenait de plus en plus grande. Les fabriques s'étaient vues sur le point de s'arrêter, faute de matière première. Assurées de leurs approvisionnements, elles s'organisèrent avec plus de largeur, et purent suffire aux innombrables demandes qui venaient de tous les points du globe. En ce tempslà» l'usage de la soie s'était répandu partout, les étoffes de soie étaient portées par les femmes de toutes les classes, et l'on tenait à avoir des tissus de soie belle et bonne.

L'Empire s'effondra et la France fut envahie. Néanmoins, en pleine occupation étrangère , le prix des soies ne fléchit guère ; nous avons gardé des cours élevés, parce que nos fabriques avaient encore des commandes importantes. On se dit alors que la soie resterait chère, et les agriculteurs, comme les industriels, le crurent. Sous l'influence de cette impression , tout le monde se

lança tête baissée dans la spéculation en voyant la récolte de 1876 compromise en Europe, même en Chine» d'après des avis peutêtre intéressés qu'on reçut de ce pays.

Tout à coup la consommation se détourna de la soie; elle se refusa à l'employer dans les vêtements de femme , et il s'ensuivit une débâcle sans exemple dans le passé. La spéculation , surprise par ce changement et par la guerre qui éclata en Turquie, perdit de grosses sommes, et Ton avait, sur certains marchés, tellement abusé de l'usage du prompt qu'il fallut recourir à des expédients pour arriver à liquider bien des opérations.

Nous voici arrivé à la situation présente : les récoltes sont devenues moins mauvaises en Italie et en France, l'Extrême-Orient continue à nous envoyer des masses de soies, la laine règne de plus en plus en souveraine, on mélange le coton de plus en plus avec la soie, et le prix des soies baisse, baisse toujours.

Nos agriculteurs, nos filateurs et nos mouliniers, hier libreéchangistes, demandent aujourd'hui des droits protecteurs par l'entremise de tous les corps élus. Nous ne les suivrons pas sur ce terrain, car nous ne partageons pas ces idées. Nous nous permettrons cependant de faire à ce sujet une remarque : il est singulier de voir admettre en franchise dans nos ports tous les produits agricoles du sol nord-américain , tandis que les soieries françaises sont frappées à l'entrée des Etats-Unis d'un droit de 60 p. 100 !

Il n'était pas inutile d'entrer dans les détails qui précèdent, car il faut absolument attirer l'attention des pouvoirs publics sur une situation lamentable que supportent stoïquement, depuis i853, des milliers de travailleurs, de propriétaires et d'industriels, tous appauvris, quelques-uns entièrement ruinés, par suite de l'abandon des beaux tissus de soie par la consommation. Le gouvernement de la République ne peut pas, à notre avis, s'abstenir dans de telles circonstances; il ne doit pas rester impassible en présence d'un état de choses d'une gravité extrême et de la tendance qu'ont nos populations méridionales à ne plus se livrer à une culture à laquelle de tout temps se sont intéressés nos hommes d'État les plus illustres. Il ne nous paraît pas dou-

teux que tout le monde soit d'accord pour conserver à la France une récolte qui répandait, dans les années heureuses, une telle somme d'argent dans les campagnes que toutes les industries ressentaient immédiatement les effets de la réussite des éducations.

Nos fabricants comptent un peu trop sur la certitude de trouver désormais, en telle quantité qu'ils le voudront, les matières qui alimentent leurs métiers. Ils n'attachent pas assez d'importance à la conservation en France de l'industrie de la production des cocons, comme de l'industrie de la filature et de l'industrie de l'ouvraison de la soie; ne voyant que leurs intérêts du présent, ils ne font rien qui donne à ces industries quelque avantage. Le jour où nos relations avec la Chine seraient interrompues, ils seraient dans un grand embarras et pourraient bien regretter alors de n'avoir rien fait pour empêcher de périr une production nationale qui sera toujours pour eux un très utile auxiliaire.

[1 nous répugnerait de jouer ici le rftle d'oiseau de mauvais augure et de colporter même certains bruits dont nous ne pouvons certifier l'exactitude. Mais qui nous dit que l'implacable épizootie qui a ruiné l'Occident sétifère ne pénétrera pas en Chine ? Tout l'Orient, sans exception, est depuis longtemps contaminé, et Isipébrine, peut-être aussi \a fâcherie, frappent déjà aux portes du Céleste Empire.

Nous terminerons notre étude par quelques conseils à l'adresse de nos propriétaires et de nos filateurs.

Aux sériciculteurs nous dirons :

«Divisez vos éducations autant que vous le pourrez; faites en sorte de produire vous-mêmes, comme autrefois, les graines nécessaires à votre exploitation. Nous qui voyons, dans nos achats de cocons, les résultats surprenants obtenus à l'aide de grainages domestiques faits selon les règles indiquées par la science, nous ne craignons pas de vous dire : là est le salut, n

Nous dirons aux filateurs :

«Soyez plus circonspects, montrez-vous prudents au moment de l'achat des cocons ; ne vous lancez pas dans de grandes entre-

IWPBIIIF.BIE ^iriOniLK.

prises si vous n'avez pas de moyens d*action suffisants et si vous n'avez pas la certitude de trouver la vente de vos produits; ne vous faites plus d'illusions, ne croyez pas au retour de hausses eitraordinaires comme on en a vu dans le passe, n

Il nous reste à dire que nous avons constaté chez les (iiateurs étrangers des progrès véritables. Nous remarquons aussi que les produits de toutes les filatures du monde, à 5 francs près, se vendent aujourd'hui le même prix; tandis qu'anciennement, même en France, dans le même département, les acheteurs de soie faisaient une différence, presque toujours très sensible, d'une filature à l'autre. Nous nous expliquons parfaitement ce nivellement des prix. La fabrique, entraînée par la consommation, a dA se mettre è tisser des étoffes plus ordinaires. Elle est devenue moins exigeante, et peut utiliser dans les tissus à la mode presque tous les produits des filatures européennes et asiatiques; elle ne s'occupe le plus souvent que du prix; elle est moins difficile pour la nature « le nerf, la régularité.

Entraînés par ce qui se passe aujourd'hui, bien des filateurs risquent de se laisser aller à des négligences dans la façon de la filature, sont portés à ne viser qu'à l'économie, etc. Il y a là un danger; nous devons le signaler, c'est notre devoir. Nous dirons à nos compatriotes: c(Ne vous laissez pas séduire par cette tentation; vous vous exposeriez à perdre le terrain si péniblement conquis, et le jour où l'on reviendrait aux beaux tissus unis, il vous serait bien difficile peut-être de satisfaire la consommation redevenue subitement plus exigeante que jamais. Ti

Nous ne savons si nous nous exposons aux déceptions d'un mirage , mais il nous semble que nous sommes à la veille de meilleurs jours. La consommation parait revenir à l'emploi de la soie dans le vêtement des femmes; si ce mouvement s'accentue, on verra bientôt la belle étoffe reprendre son ancienne vogue. On ne garde pas longtemps en France les mêmes habitudes dans le vêtement Nous sommes, quant à nous, fermement convaincu que le jour où les préférences seront rendues aux tissus de soie de bonne qualité, où ceux-ci auront repris leur place dans les combinaisons de la

mode, les difficultés au milieu desquelles notre industrie se débat dans le Midi seront bien près d*étre résolues. Cest qu'en effet les soies grèges des Cévennes et les organsins de l'Ardèche tout au moins seront de nouveau indispensables dans bien des cas. Il y a des emplois auxquels, quoi qu'on fasse, les soies de la Chine et les soies du Japon sont et resteront absolument impropres.

A toutes les époques, chez tous les peuples, il y a eu des crises; toutes les industries ont souffert à leur tour, car les épreuves se succèdent dans le monde : ainsi l'a voulu la Providence ! Mais les épreuves portent ordinairement en elles-mêmes un enseignement fécond, et l'intelligence de l'homme est appelée à en tirer souvent un excellent parti pour arriver au succès qu'il poursuit.

Ne désespérons pas. Notre industrie a traversé, sans perdre de sa force, bien d*autres périodes malheureuses. Qui sait si, dans un temps prochain, nous ne pourrons pas dire encore de cette soie qui a, à tous égards, tant de prix pour nous :

Ditat, vestit et ornât.

Nous ferons un appel suprême aux dames françaises, toujours prêtes à venir au secours des grandes infortunes : elles peuvent certainement beaucoup dans ces circonstances. Qu'elles soient favorables à l'usage de la soie, qui ajoute d'ailleurs tant par elle-même à toutes les élégances de la mode. Leur concours, soutenu par le patriotisme, ne peut pas nous faire défaut, et nous espérons que, grâce à leur puissante intervention, la soie reprendra dans la consommation une importance que notre industrie a mise à profit si longtemps, avec tant de succès et avec un si grand éclat.

Louis BOUDON.

PRIX DE LA MAIN-D'ŒUVRE EN ITALIK

Nous donnons ci-après le taux moyen des salaires dans les usines italiennes suivantes :

Filature et établissement de moulinage de MM. Gesare Bozzotti et G", à Germignaga, sur le lac Majeur (province de Gôme);

Éiablissement de moulinage de MM. Gesare Bozzotti et 0\ à Treviglio (province de Bergame);

Filature et établissement de moulinage de M. Alberto Keller, à Villanovetta (province de Gunéo, Piémont);

Filatures et établissements de moulinage de M. Fortunato Gonsonno, à Bergame (province de Bergame), à Acquafredda (province de Brescia), à Ganzo et à Nesso (province de Gôme);

Filatures et établissements de moulinage de MM. Geriana frères, è Gavallerleone et à Torre Balfredo (province de Gunéo, Piémont).

PRIX DE LA MAIN-D'ŒUVRE EN ITALIE

Page 1