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Les chiffres qui précèdent présentent des faits propres, pour chaque espèce de ver à soie, à un très petit nombre de variétés, et, pour chaque variété d'une espèce, à un très petit nombre de cocons, le plus souvent h un ou deux cocons. Or il y a, entre les cocons d'une même variété, même delà même localité, des différences qui sont très grandes.
Ce que nous disons est en quelque sorte contredit (en apparence seulement) par Robinet, qui, dans un de ses mémoires, a donné comme résultat de ses expériences les faits suivants.
La soie serait, d'après ce savant observateur, une matière assez homogène : la race h laquelle la chenille appartient, le climat, le régime, la nature et la qualité de l'aliment, rien ne paraîtrait modifier sensiblement la composition et les propriétés de la soie^'^. Ainsi, toujours d'après Robinet, le titre, la ténacité et la ductilité, la proportion de grès, diffèrent peu dans la soie des différentes races, dans quelque lieu et de quelque façon que les vers de ces races aient été élevés. La structure de la bave est aussi toujours la même, et la seule influence qui ait été remarquée est celle de la variété de mûrier sur le titre de la soie.
Robinet a conduit ses expériences avec tant de soin en y sou-
^^} Robinet, Recherchée $w la production de la êoie en France, quatrième mémoire (iHemoirei d'agriculture y etr. 1866, p. 181 ).
mettant les produits de dix à vingt variétés de vers à soie qu'il semble qu'on doive les regarder comme définitives ^'^ maïs les expériences de ce savant n'ont porté que sur des soies provenant de vers à soie élevés en France, et, ce qui est vrai dans de telles conditions peut ne l'être pas, si les études comparées ont pour objet des soies tirées de cocons récoltés dans diverses contrées. Quand il s'agit de la soie des vers sauvages ou des vers qu'on appelle demi- domestiques, vers dont plusieurs espèces se nourrissent de feuilles d'arbres appartenant à des genres différents, et croissant dans des sols également différents, cette sorte d'uniformile dans la nature du produit, que Robinet a signalée, existe encore moins. 11 faut ajouter que Robinet a fait ses essais à une époque oii les maladies n'avaient pas modifié la constitution des vers à soie; on avait alors partout, en France, des races relativement pures, vigoureuses et présentant entre elles peu de différence. 11 y a un fait certain , c'est que , en ce temps-là , les vers donnaient une plus grande quantité de soie, et d'une soie d'une bonne nature; Robinet tirait ordinairement de cocons blancs de Tours 960 mètres de bave dévidable, de cocons roux de Sauve (Languedoc) un peu plus de 1,960 mètres ^^^
Des faits déjà nombreux nous ont conduit à penser que, dans l'ensemble, la soie, tirée d'un même nombre de cocons, se pré-
^*) Quelque confiance que nous accordions aux observations Oaites par Robinet, nous doutons que les conclusions qu^il en a tirées soient exactes. On trouvera, dans le Bollêitino ai hackicoliura de MM. £. Quajat et E. Yerson (9* série, i885-] 886, p. 71 à 80), un mémoire relatif à Tinfluence que les conditions extérieures exercent sar les propriclés physiques de la bave et du cocon du ver à soie domestique du mûrier. Les éducations furent faites en Italie dans a3 localités différentes, avec des graines d^one même race, la Brianzola, On constata que t kilogramme de cocons secs contenait en nombre depuis i,383 jusqu^à 9,636 cocons, que de ce kilogramme de cocons secs on obtint depuis /iai jusqu^à 678 grammes de coques vides. La soie grège, tirée de 3 de ces cocons, présenta un titre (pour 1,000 mètres) qui varia de o gramme 790 à 1 gramme 178, une ténacité qui varia de 90 à Sg grammes, une élasticité qui varia de 86 à 980 millimètres. En résumé et en moyenne, la soie tirée des 00000s les plus petits était la plus fiue (0 gramme 996), la moins tenace (97 grammes) et la plus élastique (171 millimètres); la soie tirée des plus gros cocons était plas grosse (1 gramme 0/19), plus tenace (3o grammes) et moins élastique (167 millimètres).
f*^ Méfnoire »ur la filature de la noie, p. 87.
sente avec des différences parfois très notables, différences qu'on observe aussi, jusqu'à un certain point» dans la bave^^\
La nature du brin dépend soit de la race du ver à soie, soit de la variété du mûrier ou de l'espèce de l'arbre dont les feuilles ont nourri la chenille ou du sol dans lequel le végétal a poussé, soit du climat ou des conditions atmosphériques accidentelles dans lesquelles l'insecte s'est trouvé pendant sa vie. La façon dont le tirage de la soie a été fait ne change pas la nature du brin, mais elle modifie les qualités de la soie. C'est ainsi que la proportion du duvet dépend en partie de la croisure, ainsi que de la fréquence des changements de cocons ^^), que le degré de pureté et la température de l'eau de la bassine, la vitesse de rotation de l'asple, influent sur la ténacité et l'élasticité. Bref, on peut améliorer une soie par le tirage.
Le brin de chaque espèce ou de chaque race a toujours un caractère particulier; cette diversité est une chose heureuse. En France, les fileursont su relever encore la qualité, d'ailleurs excellente, de la bave de la plupart des races françaises, et les fabricants ont toujours étudié quel était le meilleur emploi de telle ou telle soie. Quels qu'aient été les perfectionnements introduits dans le tirage et l'ouvraison , il est certain qu'il y a des soies qui conviennent le mieux pour la fabrication de certaines étoffes.
Le climat exerce le plus d'influence sur les vers à soie et leur bave, et nous voyons par les cocons du Bengale, de la Gochinchine et du Tong-king comme cette influence est grande. Parce que, au Bengale, par exemple, le gouvernement anglais a échoué dans
(') Robinet n'a pas abordé IVlude directe des propriétés physiques de la bave.
(^) Nous ne faisons pas ici une étude complète de la soie. Nous dirons cependant quelques mots du duvet. La plus grande proportion du duvet dans une soie provient moins de la nature do la bave que du tirage. Le plus souvent, une soie est d^autant plus duveteune quVlle présente le plus de bouts de bave, soit que la bave se soit cassée fraqaemment (faulc d'une ténacité suffisante)» soit que les cocons, étant ou petits ou relativement peu riches en bave dévidable, doivent être fréquemment renouvelés. S'il y des baves dont on tire généralement des soies duveteueee, c'est que, indépendamment des eflets de la chaleur de Teau de la bassiue , de la construction du dévidoir et du réglage de sa course, ces baves j par mi défaut qui leur est propre, ou se sont rompues souvent ou surtout se sont pliées ou rrispées (formant en certains points des sortes de Ijoucles on de nœuds).
la tâche qu'il avait entreprise, on ne saurait prétendre qu'on ne peut pas donner naissance , à la suite de croisements , avec des œufs- de vers à soie choisis, à une race qui résisterait mieux au climat chaud et humide de plusieurs régions de l'Inde.
La bave n'est pas la même dans toutes les espèces , dans toutes les variétés des vers à soie ; elle n'est pas non plus la même dans tous les cocons provenant d'une même espèce ou d'une même variété. Les résultats qu'on doit à M. Wardie n'ont donc qu'une valeur relative. Nous ne pouvons pas les regarder comme représentant avec une exactitude suffisante les propriétés de la bave.
M. Wardie, s'il n'a pas ouvert cette voie, l'a élargie. Ses travaux ont fourni un enseignement. De nombreuses expériences du genre des siennes ont été faites, comme nous le montrerons plus loin. On fait à présent, pour chaque espèce, l'examen du plus grand nombre de variétés ou de sous-variétés, et, pour chaque variété, l'examen d'un certain nombre de cocons, en étudiant séparément les cocons qui proviennent de localités ou de récoltes différentes. On prépare de la sorte les matériaux d'une étude définitive de la fibre soyeuse. La détermination de la proportion du grès et l'analyse du grès sont comprises dans ces travaux.
En résumé, les conclusions tirées des expériences de M. Wardie et que nous allons exposer ne sont pas absolues. Elles ne peuvent pas l'être, attendu qu'elles découlent d'observations faites sur un nombre très restreint de variétés ou d'espèces, chacune de celles-ci n'ayant été représentée que par un ou deux cocons. Elles ont néanmoins un grand intérêt.