‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 3 sur 77 · A. GOURD · texte numérisé non relu

A. GOURD

Le présent livre, dont la Chambre de commerce de Lyon a décidé la publication , nest autre que le rapport que M. le Ministre du commerce nous a invité à faire pour combler une lacune dans la suite des Rapports du Jury international de TËxposition universelle de 1878. Nous ne nous sommes occupé que des Soies dans le travail qui va suivre; la deuxième partie, qui paraîtra plus tard, sera consacrée à Tétude des Tissus de soie.

Nous n avons pas voulu faire un compte rendu des produits qui furent exposés dans le Palais du Ghamp-de-Mars en 1878 et qui furent jugés par le Jury international. Si nous présentons un exposé de Tétat de l'industrie dans chaque pays, cet exposé n'est pas fondé sur le seul examen des produits dont nous venons de parler; on ne peut bien juger du cours des choses que par l'ensemble des faits.

Du reste, de nos jours, les perfectionnements et les progrès de tout genre, dans les manufactures, se succèdent si rapidement, amenant des changements, quelquefois profonds, dans les conditions de l'industrie, qu'il y a peu d'intérêt à montrer par le détail, c'est-à-dire en s'attachant à des produits déterminés, ce qu'ont été, à une époque déjà éloignée, les inventions et les entreprises de nos fabricants, les résultats de leurs efforts, comme aussi tout ce que, dans I. 1

tBPRIHKRtl XATIOIALB.

le même ordre de travaux, les manufacturiers étrangers ont accompli.

On sait que, en limitant l'observation aux six dernières années, c'est dans l'industrie de la soie qu'il s'est produit les perfectionnements, et, par suite, les changements les plus importants.

Tout le monde est aujourd'hui d'accord pour reconnaître le prix des enquêtes, quand elles sont sincères, sur la condition générale des choses dans une industrie, à l'intérieur et surtout à l'étranger; des renseignements, auxquels on prêtait naguère peu d'attention , ont une valeur d'utilité qui n'est plus contestée à présent.

On rencontre, dans le cours de ces recherches, de ces enquêtes, des difficultés infinies, et, en fait, on a bien peu d'informations certaines même sur les sujets qui nous intéressent le plus.

C'est ainsi qu'une des industries les plus puissantes est cependant des moins connues, c'est celle qui a pour objet la préparation, la filature et le tissage des filaments. L'industrie textile, dont la production est de 3 milliards de francs environ, une de ses branches, l'industrie de la soie, qui représente plus du quart de cette production f*', sont,

^^^ Dans notre déposition devant la Commission d*enqaète sur la situation des industries d^art , le a juin 1 883 , nous avons dit ce qui suit : v . . . U faut considérer que l'industrie de la soie représente im ensemble de travaux de 8oo à 900 millions de francs, que le tissage figure dans ce chiffre pour 600 ou 700 millions de francs de produits, que la seule fabrique lyonnaise livre pour 370 à /ioo millions de francs d'étoffes, et il ne faut pas oublier que, la soie ayant baissé de 35 à Ao p. 100 depuis une douzaine d'années, ces chiffres équivalent à un mouvement industriel plus grand que la valeur ne l'indiqué, surtout par comparaison avec le passé. La manufacture lyonnaise fabrique, à l'ancien prix de la soie, pour 600 millions de francs au moins.» Cela donne une idée suffisante de l'importance de cette industrie.

en réalité, à peu près ignorées quant à leur constitution, à leur fonctionnement et à leur importance.

L'industrie de la soie, la Fabrique des étoiles de soie, s'il faut préciser, apparaît le plus souvent avec un caractère d'exception; elle est inséparable, dans l'esprit de beaucoup de gens, de l'idée d'éclat, de luxe et de richesse. Il semble même, à entendre tant de raisonnements étranges, que la crise que cette industrie traverse soit selon la logique des choses. Il semble que, dans des temps où, par les influences réunies de l'instruction, du travail et du régime politique, les inégalités sociales tendent à diminuer, où les diflérences dans le vêtement s'amoindrissent par l'efl^et des mœurs , la soie doive voir son emploi de plus en plus limité et sa consommation décroître. Ces idées, ces jugements sont faux; ces prévisions sont contredites par l'événement.

Il y a des révolutions dans l'habillement des femmes, comme ou plutôt plus qu'en bien d'autres choses , ces révolutions dans le costume ont leur raison d'être, et l'histoire de la mode en ofiFre plus d'une preuve. C'est à un de ces retours dans la façon de se vêtir, retour qui s'est produit lentement et qui a eu ses causes, qu'il faut attribuer une transformation dont on a d'ailleurs exagéré la portée, car il n'y a même pas eu, dans l'ensemble, de déplacement sensible dans les forces productives.

Sans doute, tout changement est onéreux, car il représente la déperdition des eflbrts faits dans le passé et l'obligation d'efforts nouveaux; toute incertitude quant aux allures de la consommation, surtout quand cette incertitude devient la règle, n'est pas moins onéreuse, puisqu'elle surélève le prix de revient; tout abaissement du prix des produits est préjudiciable dans une manufacture qui s'est

/i L'ART DE LA SOIE.

toujours attachée à les faire les plus élégants et le plus savamment tissus. Mais, dans l'industrie dont nous nous occupons, il y a une souplesse infinie, et, chez les hommes qui la conduisent, un ressort vraiment rare. C'est une véritable transformation qui s'est opérée (et elle l'a été dans des circonstances critiques), qui s'est faite sans trouble comme sans bruit, dont ce seul fait permet de mesurer l'étendue, ce fait de la fabrication, pour i5o millions de francs environ, d'étoffes de soie et de coton dans lesquelles le coton domme grandement, et cela à Lyon, où le mélange de la soie avec le coton était, il y a vingt ans, sinon inconnu, du moins exceptionnel.

La soie, cette matière douce, fine, tenace, brillante, chère, dont il semblait que l'emploi dût disparaître peu à peu , a gardé tout son attrait, nous allions dire son prestige. Elle plaît si bien à tous qu'elle n'a jamais été plus répandue. Elle a pénétré dans la consommation par des voies nouvelles; elle était portée par le petit nombre, elle l'est aujourd'hui par le million; elle est devenue nécessaire à des fabriques qui n'en avaient pas connu l'usage; son emploi s'est élargi. Au jour où nous écrivons, quoique, à raison de circonstances diverses , la soie n'ait pas repris dans le vêtement de l'élite des femmes la place prépondérante qu'elle a eue dans d'autres temps , les i o ou 1 1 millions de kilogrammes de soie qui forment l'objet des opérations du commerce sont absorbés chaque année, et, à aucune autre époque, les approvisionnements de cette matière n'ont été aussi réduits.

Donc, pour ce qui est des étoffes de soie, il faut se mettre en face d'une situation tout autre que celle du passé. Cette situation résulte des événements, des besoins généraux

qu'ils ont amenés, des concurrences qui se sont élevées et qui grandissent. Si on la compare avec celle qui s'est produite dans des temps éloignés non moins difficiles, on observe qu'elle est peut-être plus périlleuse aujourd'hui, mais que jamais les fabricants lyonnais n'ont montré autant de sagacité, de vigueur et d'habileté pour approprier les œuvres de leur puissante manufacture, quant à la tissure, la qualité, la couleur, le dessin, le prix, à ces besoins nouveaux, si divers et si inconstants. Non, avec quelque inquiétude qu'on observe l'état de toutes choses, on ne découvre aucun signe de faiblesse, et cette mode instable et troublante qui ajoute tant aux embarras, en vérité elle nous sert plus qu'elle ne nous nuit, et l'on peut dire encore aujourd'hui ce que disait en 1708 la Chambre de commerce de Lyon, témoin d'entreprises assez heureuses des Flamands : (rCes ouvrages, la délicatesse de nos ouvriers (le mot est pris dans sa plus large acception) et le changement de nos modes nous les ont conservés, -n

Ce qu'on remarque de plus singulier, c'est que la perfection, on peut le dire dans les deux cas, est poussée aussi loin pour l'étoffe du prix le plus haut et l'étoffe au meilleur marché. Nous ne citerons ni des noms de fabricants ni des étoffes; la démonstration a été publique. Nous avons eu, dans les dernières années , nos chefe-d'œuvre de tissure ; on sait quel art, quelle science et quel goût ont présidé à leur exécution. Et, sans nous arrêter aux ouvrages de l'élégance la plusfière, combien d'autres charmants, corrects, originaux produits d'un travail facile sortent à toute heure des mains de nos chefs d'industrie et de nos ouvriers et restent inimitables! Mais, dans cet ordre de travaux, nos fabricants ont eu des devanciers; où ils n'en ont pas eu, c'est dans la

fabrication des étoffes communes. Cette dernière industrie est née d'hier, rendue nécessaire autant par les exigences des consommateurs que par les entreprises de nos rivaux. Elle appartient tout entière à Lyon. C'est à Lyon qu'on a su mettre à profit, avec une rare habileté d'organisation, avec un esprit d'économie très intelligent, et le mariage du coton ou de la laine peignée avec la soie ou la schappe, et le tissage sur le métier mécanique, et les ressources qu'on trouve aujourd'hui dans la teinture, l'impression, le gaufrage et l'apprêt, pour abaisser à l'extrême limite le coût des étoffes auxquelles la soie donne l'éclat. Âh I si la valeur commerciale de nos fabricants était égale à leur valeur mdustrielk (on s'est attaché du reste, depuis quelques années, à relever la première), nous reverrions la Grande Fabrique lyonnaise replacée à cette ancienne hauteur relative oi!l elle s'est maintenue pendant près de trois siècles.

Nous ne méconnaissons ni les efforts ni les mérites d'autres fabricants français, de ceux de Tours et de Roubaix, par exemple. On a, surtout à Roubaix, entrepris et poursuivi, à des dates déjà anciennes, d'ordinaire avec succès, l'étude des mélanges de filaments; toutefois aucune autre manufacture ne se présente avec les caractères propres à celle de Lyon. Celle-ci reste originale et supérieure en ce point que, dans la généralité de ses produits, même de ceux dont les exigences de la consommation ont contraint d'amoindrir la valeur, on retrouve toujours le double effet de l'heureuse et rare concentration de toutes les branches du travail et de l'action d'hommes qui , dans chaque branche, sont rompus à toutes les difficultés et sont bien maîtres de tous les secrets de leur art.

Tout a changé dans la fabrication; tout, les tissus, les

teintures, les apprêts, même les matières. Ce qui na pas changé dans la nation : c est le besoin de paraître, cette sorte de passion de se donner les apparences du luxe ; c est aussi un goût tout français, le goût de Télégance. Un nombre de consommateurs plus grand qu'autrefois veut satisfaire ce besoin et ce goût, mais au prix le moindre; et c'est en ce dernier point qu'est la différence. A cette plus large surface de la consommation la fabrique de soieries devra une plus gi*ande solidité.

Quel contraste entre ces dernières années du xix^ siècle et le milieu du xy^IËn 1/166, les Italiens étaient les maîtres dans l'art de la soie, des maîtres en plein triomphe. En France, cet art de la soie était un métier étroit, obscur, oublié; nos trahandiers du Midi sont restés inconnus, et l'on ne comptait à Lyon que quelques pauvres tisautiers et velutiers. La consommation des draps de soie en France était de /ioo,ooo à 5oo,ooo écus d'or, soit environ de 27 à 35 millions de francs de notre monnaie. Ce fut pour empêcher cria grant vuidange d'or et d'argent)) qu'amenait l'achat de ces étoffes à l'étranger que Louis XI fit venir d'Italie et de Grèce à Lyon «maistres ouvriers et appareilleurs et autres expérimentés tant ou fait de l'ouvraige de ladite soye comme es taintures et autres choses à ce propres et convenables ^^N.

Pendant soixante-dix ans, l'industrie naissante fut tenue en échec par le commerce italien ardent, avisé et puissant, et, en i536, les seuls Génois (c'est François V^ qui nous l'apprend) vendaient en France des soieries pour un mil-

^'^ Lettres de Louis XI données à Oriëans le a/i novembre liôG. Les lettres originales sont conservées aux Archives de Lyon, série HH.)

lion d'écus d'or, qui représentent, au pouvoir actuel de largent, plus de 5o millions de francs. Ce furent encore des ouvriers d'Italie et du Comtat Venaissin^^' dont, sur (rTumble supplicacion t) des conseillers de Lyon, le Roi autorisa l'établissement dans cette ville en leur octroyant des garanties et des privilèges ^^\ et la r nouvelle magniffacture de vellours et draps de soye?) fut cette fois solidement fondée par ses premiers cr maistres et conducteurs y> , Etienne Turquet et Barthélémy Narys. RoUet Viard, né à Lyon, maître ouvrier d'abord à Avignon et ensuite à Lyon, imprima de son côté la plus vigoureuse impulsion à ces entreprises.

Moins d'un siècle plus tard, nous étions devenus maîtres à notre tour, et Richelieu , faisant mention de la supériorité de certaines de nos étoffes de soie, a pu dire avec vérité, dans ses Maximes d^Etaty que cr la France étoit assez industrieuse pour se passer des meilleures manufactures de ses voisins?}. De nos jours, la France ne se passe pas seule-

^'^ Le Comtat Venaissin, dont Avignon était la capitale, appartenait au pape.

^'^ François I" donna à Lyon, en octobre 1 536 « les lettres qu'avait inspirées un esprit si politique. (Archives de Lyon, AA, n** i5i, fol. 67 à 5g, et HH.) — Etienne Turquet, de Chien, dans le Piémont, et Barthélémy Narys, de Gênes, établirent véritablement de toutes pièces la <r nouvelle magnifiacluren. On voit, dans les comptes, qu'ils ont a fait et dressé les mestiers, molins, chaudières pour la tainturen, quils ont (rfait venir les ouvriers de Gennes et antres pays estranges». Dans le même temps, le Consulat accordait aussi des subventions à des Italiens pour cr avoir fait venir en ceste ville de Lion des molins à filler et h retordre , . . . des mestiers de veloux et draps de soye. . . pour atraire et multiplier ledict art». Nous reviendrons sur ce sujet. Voir la belle étude de Vital de Valous, publiée en 1868, et intitulée : Etienne Turquet et les origines de la Fabrique lyonnaise. Recherches et documents sur l'institution de la Manufacture des étoffes de soie, iù66'i536.

ment des manufactures de ses voisins; elle répand partout au dehors ses tissus de soie , et l'exportation de ces produits , sous des formes diverses, s'élève au moins à 5oo millions de francs.

Nous rappellerons plus d'un des traite de l'histoire du travail encore si obscure, mais nous insisterons principalement sur les mouvemente dans la consommation, les changements dans la fabrication, l'importance relative de chaque fabrique étrangère : tâche fort épineuse sans doute, que nous ne prétendons pas remplir comme il conviendrait de le faire, mais que nous avons essayé d'aborder.

S'il est utile de faire cette étude pour les tissus, combien plus grande est l'utilité pour les matières premières I L'industrie de la soie en tant que production de la matière première a plus souffert que l'industrie de la soie en tant que tissage. En Europe , la soie , produit de la sériciculture européenne, a supporté récemment les effets de deux actions différentes : en premier lieu , la préférence accordée aux produite du prix le plus bas, par suite la moindre demande et l'abaissement du prix des matières les meilleures; en second lieu, à raison de la recherche plus grande des soies d'Asie, l'accroissement rapide de la production dans l'Extrême Orient, l'abondance des soies asiatiques, leur application aux diverses fabrications. Avec une telle concurrence, la consommation générale étant languissante , l'esprit d'entreprise étant découragé, la valeur de la soie a diminué, et la sériciculture, la filature et le moulinage ont passé, en Europe, par de dures épreuves qui ne sont pas encore à leur terme. Il y a donc un sérieux intérêt à appeler l'attention sur tous les faite qui se rapportent à ce groupe d'industries étroitement liées. L'intérêt est même devenu

plus grand aujourd'hui. La pébrine est répandue en Chine sur un territoire étendu, et, comme cela est arrivé en pareil cas en Occident, elle parait n'être pas la seule maladie qu'il faille combattre. Les récoltes ont déjà décru notablement dans les provinces chinoises où la production avait pris un développement en rapport avec les besoins de nos manufactures. Des déficit de ce chef se sont produits , ils sont certains, et l'augmentation qu'on a constatée dans d'autres contrées, entre autres au Japon, ne les a pas entièrement compensés. Les fabriques européennes et nordaméricaines absorbent plus de i o millions de kilogrammes de soie; il faudra maintenir les approvisionnements tout au moind à ce niveau, car la consommation s'accroît toujours, et, si le relèvement du prix de la soie vient en aide, il ne serait pas impossible que l'Italie et la France fussent appelées à pourvoir aux insuffisances dont, même avec le plus faible accroissement de la demande des tissus de soie, on ressentira les effets.

11 importe donc de remettre en mémoire tout ce qu'on peut savoir, soit des races de vers à soie qui sont en élevage sous toutes les latitudes, soit des arbres des feuilles desquels ces vers sont nourris, soit de la conduite de la filature et de l'ouvraison en tous lieux. Il est devenu nécessaire de s'enquérir des ressources qu'on peut trouver dans tant d'espèces de chenilles fîleuses de soie, à peine connues ou tout à fait inconnues, qui pullulent principalement en Asie. On prévoit que les éducations porteront dans l'avenir sur des races obtenues dans des conditions tout autres que celles qui sont acceptées aujourd'hui; il faut ouvrir de nouveaux champs d'expérimentation.

Nous avons fait une sorte d'inventaire des connaissances acquises; nous avons exposé ce que noud avons appris des forces productives de chaque pays pour les soies et pour les tissus de soie. Nous ne pouvions pas tout dire, nous avons écarté ce qui nous a paru avoir une moindre valeur.

Nous avons été nous-mème témoin de faits nombreux, soit en Chine , dans Tlndo-Chine et le Levant ^ soit en Europe ; nous avons eu l'aide d amis le mieux placés dans les pays producteurs pour bien voir et bien savoir; nous avons puisé à toutes les sources. Nous avons présenté autant que possible de la façon la plus brève, et souvent nous n'avons fait qu'indiquer, les renseignements consignés dans un grand nombre d'écrits, et, si des notes fréquentes accompagnent notre travail , c'est parce que, ayant été généralement très concis, nous avons voulu rendre facile l'étude directe des documents originaux.

Depuis l'impression du rapport que nous avons fait pour M. le Ministre du commerce , nous avons obtenu des informations nouvelles , et il nous a paru nécessaire d'en tenir compte, de sorte que le présent travail, du moins sa première partie, est devenu, par suite de remaniements inévitables, une deuxième édition du premier.

Il est regrettable qu'aucun ouvrage didactique n'ait été écrit sur les industries textiles, et surtout sur les industries de la soie, sur cet art de la soie qu'en Italie, dès le xui^ siècle, on avait placé au premier rang des arts. On saurait mieux quelle somme d'eiforts exigent l'organisation et la conduite de ces entreprises ardues.

Qu'on observe seulement la branche de l'art de la soie qui se montre avec les procédés les plus simples, la sérici-

culture, une industrie pour ainsi dire primitive, exercée aux champs , avec un matériel rustique , pendant un temps limité, confiée aux soins de paysans, et Ton verra, malgré toutes les causes de faiblesse, toutes les fautes môme que nous signalerons, quel ressort, quelle solidité, quel esprit de résignation et de persévérance, quelle ardeur pour le relèvement, il y a dans toute cette population méridionale, encore fermement attachée à un travail qui est depuis longtemps sans profit. Cette industrie a été ruinée, bien près d'être perdue. Les mûriers languissent; la pébrine n est pas éteinte; \di Jlacherie et les autres maladies inquiètent toujours les éleveurs; les races de vers à soie n ont plus, dans l'ensemble , les qualités de celles auxquelles les soies de France ont dû leur renom; les prix nont jamais été aussi abaissés, même dans les temps les plus troublés. Et cependant cette industrie a résisté, portant le poids de la concurrence des soies d'Asie la plus dure et en même temps la plus nécessaire; cette industrie a résisté sans protection, sans aide, dans des conditions économiques défavorables. Le décroissement des récoltes chinoises, d'une part, l'ardeur plus grande, les efforts plus soutenus et plus heureux des Italiens, d'autre part, auront, nous l'espérons, pour efl'et d'entraîner nos éleveurs à des essais et à des travaux nouveaux. Quoi qu'il en soit, nous avons voulu montrer ce que peut faire et ce que fait une population à l'esprit viril et fier, montrer aussi qu'il y a en France des travailleurs , même parmi ceux dont l'industrie a été le plus atteinte, qui supportent pleinement à découvert ces rivalités étrangères devant lesquelles tant d'autres se dérobent. Ce qui est vrai pour les éleveurs de vers à soie l'est aussi pour les fileurs, les mouliniers, les fabricants de tissus, les

teinturiers : partout, dans Tindustrie de ia soie, des efforts constants, efforts déjà grands et qur pourraient, qui devraient être plus grands encore. Pour tous les produits, depuis le cocon jusqu'à Tétoffe la plus achevée , la concurrence des étrangers, d'étrangers qui se sont formés dans les derniers temps à nos leçons, qui ont le bénéfice de nos inventions , de nos perfectionnements , de nos progrès et de nos modes; pour tous les produits sur notre marché, et naturellement sur tous les marchés du globe, le régime commun. La situation générale économique est préjudiciable aux tissus de soie, et néanmoins la fabrication, quoique plus incertaine, plus difficile, en plus d'un cas peu lucrative, est restée aussi étendue et n'a trahi aucune faiblesse.

Nous avons parlé, nous parlerons des fabriques étrangères, autant, peut-être même plus que de la fabrique française, et la fabrique française c'est, pour les étoffes, la fabrique lyonnaise. Nous n'éprouvons aucune hésitation à dire les progrès qui ont été accomplis dans les manufactures étrangères, comme aussi les accroissements de leurs forces productives, de leurs exportations. Loin de faire le silence sur cet avancement continu de nos rivaux de l'autre côté des Vosges, des Alpes ou de la Manche, nous nous attacherons à mettre en lumière l'intelligence, l'habileté et la persévérance avec lesquelles ils ont fortifié les branches d'industrie qui leur sont en quelque sorte propres, dans lesquelles ils excellent, et que, le plus souvent, n'y trouvant pas un profit suffisant, nous n'exerçons pas; nos rivaux ont aussi créé de toutes pièces chez eux des manufactures qui, pendant de longues années, n'ont fleuri que chez nous.

Dans l'industrie delà soie tout entière, en France, on est depuis longtemps habitué à compter avec la concurrence étrangère; on travaille et Ton est toujours en face d'elle. La plus grande partie de notre production est destinée à la consommation étrangère^ H y a donc un intérêt capital à suivre nos rivaux dans leurs entreprises, à mesurer leur force, à observer leurs efforts. Rendre justice, comme nous le ferons, aux mérites de ces adversaires, c'est encore honorer nos manufacturiers restés leurs maîtres, l'évidence est entière, et c'est aussi rappeler à ceux-ci un danger qu'ils ne sont que trop portés à oublier.

Si Ton a pu dire avec raison que, à toute avance nouvelle prise par nous correspond une pareille avance accomplie à l'étranger, il faut reconnaître que l'excitation est au moins égale. La France n'a pas perdu l'avance conquise au prix d'efferts séculaires, et à des luttes de concurrence très serrées et très vives à raison d'avantages de position de nos rivaux , nos fabricants ont acquis une singulière vigueur. Ahl certes, tout n'est pas irréprochable dans notre organisation commerciale, et nous ne prenons pas assez garde à tout ce qui se fait chez nos voisins et à ce qui se passe sur les marchés lointains, mais, sur le terrain industriel, la supériorité est entière, et nous justifierons cette assertion. Toutefois il ne faut pas se faire d'illusion. Si notre supériorité ne peut pas être mise en doute, notre force relative est amoindrie. C'était de nos ateliers que sortaient, il y a vingtcinq ou trente ans, la plus grande partie des soieries, tandis que, aujourd'hui, avec les fabriques qui ont été créées à peu près partout, notre part dans les approvisionnements a été restreinte de beaucoup. Bref, soit pour notre

propre manufacture » soit pour les manufactures étrangères, la situation commande une attention, une vigilance qu on a pu ne pas avoir dans d'autres temps , sans trop souffrir de cette indifférence; nous ne conserverons notre rang qu en apprenant à mieux connaître nos acheteurs et nos rivaux, qu en nous attachant à élever sans cesse le niveau d'une fabrication dans laquelle nous excellerons d'autant plus qu'elle exigera plus d'art et plus d'habileté.

Mars i884.

A l'Exposition universelle de Paris, en 1878, tous les produits des industries qui mettent les matières textiles en œuvre étaient réunis dans un même groupe, le quatrième, et, dans ce groupe, les soies, les étoffes et les rubans de soie formaient une section particulière, la cinquième du groupe, la trente -quatrième dans Tordre des classes.

Le Jury de l'industrie de la soie était composé de â 3 membres, dont 6 suppléants : ta représentaient les nations étrangères et 1 1 la France. Le Jury a élu son président, son rapporteur et son secrétaire. Il appartenait au rapporteur et au secrétaire de rendre compte des résultats de la longue et consciencieuse étude, faite par le Jury, des produits qui avaient été exposés; ces collègues, dont le jugement nous inspirait toute confiance, devaient tracer en outre un aperçu de l'état de l'industrie de la soie dans les différents pays, aperçu fondé sur l'observation comparée des produits. La mort a enlevé M. Emile Vatin, et une longue maladie, dont l'issue a été fatale, n'a pas permis à M. Jules Raimbert de poursuivre la tâche à laquelle M. Emile Vatin et lui s'étaient préparés.

n fallait cependant combler la lacune que la suite des rapports présente. La tâche inaccomplie est revenue au président du Jury; nous-méme nous avons été occupé par d'autres devoirs, fatigué et souffrant, pendant trop longtemps, pour qu'il nous ait été possible de remplir cette tâche comme il l'eût fallu. Nous avons heureusement obtenu le concours d'un de nos collègues, de M. Louis

lUPRIVCIIIE XATIOIAtE.

Boudon. M. Boudon s'est charge de Tétude de l'exposition des soies; il a traité une question hérissée de difficultés, qui a été récemment l'occasion d'ardentes controverses. Personne ne pouvait le faire mieux que lui. On trouvera son travail, qui a complété, ou plutôt qui résume le nôtre, en tête de l'appendice de la première partie de noire étude.

C'est dans l'année 1889 que nous avons pris la plume, et il serait, à notre avis, sans intérêt, cinq années après la clôture des travaux du Jury, de justifier des jugements en grande partie oubliés, et de rappeler à ce sujet, soit les qualités des produits, soit le caractère et la portée des entreprises manufacturières qui ont arrêté particulièrement notre attention. Du reste, les décisions mêmes du Jury (la liste des récompenses et le classement des exposants dans chaque ordre de récompense) suffisent, dans la plupart des cas, à établir la valeur relative des expositions individuelles.

Nous ne ferons donc que rapporter les impressions qu'a laissées chez les membres du Jury l'observation patiente des produits de tant de manufactures diverses, mais nous nous permettrons de dire, dans le plus grand nombre des cas, notre sentiment. Ce rapport est d'ailleurs une œuvre absolument personnelle, et nous en portons seul la responsabilité. Nous regrettons que la santé et le temps nous aient manqué pour faire le travail qui devrait être le complément obligé de toute Exposition et dont nous avons donné une ébauche à la suite de l'Exposition universelle de 1878 ^^\

Nous acceptons le principe des récompenses; sans elles l'organisation d'une grande Exposition serait bien difficile. Les récompenses ne peuvent être décernées que par un Jury, et ce Jury doit être tout à fait indépendant. Sa besogne est ardue et ingrate, elle l'accable, et, quand l'heure vient d'aborder l'œuvre véritable-

(*) L'industrie de la soie. Rapport de M. Natalis Rondot, vice-président du Jury de Vindusirie de la soie, i" édition, Paris, Imprimerie nationale, 187/1, ^^ P^^^f s* édition, Lyon, 1876, fin et 93/i pages.

INTHOBUCTION. 19

ment utile et instructive, le temps fait défaut, des collaborateurs nécessaires se sont éloignés, et l'on ne peut plus, quelque bonne volonté qu'on y mette, mener à fin la recherche des conditions propres à chaque fabrique, apprécier les transformations, mesurer les efforts, constater les réussites ou les insuccès; bref, tirer un enseignement de ce merveilleux amoncellement de choses et d'informations. Dans une Exposition , c'est l'enseignement qu'elle présente qui a le plus de prix.

Si les fabricants français ont des mérites dont on ne saurait trop leur faire honneur, ils pèchent d'ordinaire par l'insuffisance de leur connaissance de l'état des manufactures et des marchés à l'étranger. Il n'en est pas de même de nos rivaux. Aucun des mouvements de la fabrique de Lyon n'échappe aux fabricants de Gréfeld, de Zurich, de Côme, de Vienne, et ceux-ci ont l'expérience, le plus souvent personnelle, des habitudes de la consommation partout où ils ont entrepris d'y pourvoir. Pour les soies , les étoffes et les rubans de soie, Lyon étant le foyer le plus actif de production et de commerce, Paris étant un des plus riches marchés, et étant par-dessus tout le grand atelier de la transformation des modes, il est naturel que les étrangers soient si attentifs à tout ce qui se produit dans ces deux centres^ C'est à Paris , à Lyon, à Saint-Etienne, pour ne parler que de ce qui nous intéresse le plus, de la soie, que les étrangers ont acquis, qu'ils acquièrent les moyens de fonder, d'entretenir, de développer cette concurrence qui s'attaque aujourd'hui à tous nos produits.

Nous ne pouvons rien à cela. Nous avons l'honneur, les avantages et les profits de cette situation exceptionnelle, il faut en supporter les périls. D'ailleurs l'industrie dont nous nous occupons a de tels ressorts que nous pouvons encore ne pas trop nous alarmer de ce partage forcé de nos inventions avec nos rivaux.

Toutefois il ne faut pas nous faire d'illusion. Les circonstances sont devenues telles que nous devons ajouter à notre science et à

notre force par tous les moyens. Nous ne voyageons pas assez , nous n'étudions pas et nous n'observons pas assez. Osons le dire : si sagaces, si habiles qu'ils soient, nos fabricants ne savent pas encore assez. Il n'y a pas, h l'étranger, de fabrique qui n'ait quelque originalité, pas d'atelier dans lequel il n'y ait quelque chose à apprendre. Nos fabricants doivent donc s'attacher à mieux connaître les manufactures étrangères; ils doivent aussi, à l'exemple de leurs concurrents étrangers, entreprendre d'assurer par euxmêmes la vente de leurs produits sur les grands marchés étrangers, et, cette entreprise commencée, la poursuivre avec persévérance et avec vigueur. Il n'y a pour un pays de force industrielle certaine que si celle-ci est soutenue par un mouvement commercial indépendant.

C'est aux Expositions universelles, devant tous ces produits, semblables en apparence, souvent si dissemblables en réalité, parce qu'ils sont faits d'après un même type, dans des milieux différents, pour des consommations différentes, qu'on peut avoir une vue plus nette du mouvement général des choses. Les œuvres d'une valeur exceptionnelle qui rehaussent l'éclat de ces solennités ont aussi leur signification et apportent leur enseignement, un enseignement quelquefois plus pénétrant qu'aucun autre; c'est là qu'on peut observer le mieux la situation respective des nations pour chaque industrie. Ce travail d'observation et d'enquête, tous les manufacturiers intéressés doivent le faire, mais il faudrait le confier en même temps à quelques-uns des jurés qui seraient déchargés de l'obligation de juger les produits. Une telle étude profiterait particulièrement à notre industrie de la soie.

L'industrie de la soie a été formée de toutes pièces en France; elle a été soutenue, entretenue, agrandie, fortifiée, dans le cours de plus de quatre siècles, à l'aide des procédés les plus opposés et malgré l'action persistante de compétitions redoutables; elle a

été portée enfin à un haut degré de prospérité par un rare concours d*efforts. Depuis près de vingt-cinq ans, il n'est pas une des branches de cette industrie, depuis la production du cocon jusqu'à la mise en œuvre la plus savante du fd de ce cocon, qui n'ait passé par des épreuves périlleuses, souvent inattendues, et nous avons été, nous sommes encore témoin du fait étrange d'une industrie dont tout atteste, en France, la vitalité, la force, la supériorité , et dont en même temps des esprits chagrins affirment l'irrémédiable affaiblissement.

Pour savoir ce qu'il faut penser de ces audacieuses affirmations, il suffit de se rappeler l'incomparable éclat de l'exposition des soieries en 1878. Affaiblissement de l'industrie, décroissement de la consommation de la soie , nous le nions absolument. Nous serons amené à expliquer ce qu'a été le cours des choses, à montrer ces retours dans les habitudes de la consommation, que la mode exprime et exagère même quelquefois. On comprendra, nous l'espérons, qu'on est en présence d'un de ces mouvements généraux qui ne sont jamais tout à fait imprévus, parce qu'ils ont leur raison d'être, mouvements qu'on ne saurait maîtriser, quand ils viennent à leur heure. L'industrie n'a pas eu une moindre mobilité que la consommation, et s'est appliquée à en suivre, à en devancer même les oscillations. Nous essayerons de faire l'histoire de ces changements, de dérouler leurs causes, de marquer aussi en quoi ils ont favorisé le progrès des rivalités étrangères ; c'est Yitus et redttus dont parle Pascal et qu'on observe en tant d'événements humains. Nous prouverons enfin, car en ce point l'évidence éclate, que notre manufacture a acquis aujourd'hui une souplesse infinie, qu'elle a gardé toute sa solidité, comme aussi toute sa grandeur. Mais nous aurons à dire à quel prix nous sommes restés à cette hauteur, à quel prix aussi nous pourrons nous y maintenir.

Nous ne sommes plus au temps où, pour l'industrie de la soie, la France ne se connaissait pas de rivaux. Elle était la grande et

ii U\M DE U SOIE.

même l'unique école de fabrication; elle était maîtresse sans effort de son marché et des marchés des deux mondes. Aucune manufacture n'a plus de secrets; nous avons formé des élèves qui sont devenus des maîtres. La mode ayant suivi des courants nouveaux, nous avons perdu le secours de cette union de l'art avec l'industrie, union si naturelle, qui est si bien dans les aptitudes de notre race. La demande a porté sur des étoffes de moindre valeur, d'une valeur dont l'amoindrissement continue : la matière de nature excellente, de rare finesse, a dès lors perdu de son prix; il a fallu abandonner ces montages et ces tissures corrects et savants qui faisaient une partie de notre supériorité et pour lesquels aucune main n'était ni plus habile ni plus soigneuse que celle de nos ouvriers. Bref, par des raisons diverses, les nations voi- $ines ont gagné relativement en force. Leurs fabriques ont pris une part plus grande à l'alimentation de leur consommation nationale; leur concurrence est plus vive, à l'étranger, sur tous les points, et cette concurrence, toujours grandissant, nous la rencontrons à présent chez nous-mêmes.

Ces efforts, ces progrès, ces succès, il sera de notre devoir de les reconnaître. Il faudra rechercher en même temps dans quelles limites se meuvent ces concurrences étrangères si ardentes et parfois si heureuses, à quelles circonstances elles doivent de s'être autant développées, par quels moyens elles conservent le terrain acquis et préparent l'accroissement de forces avec lesquelles nous devons compter désormais.

Dans la première partie de notre étude , nous ne nous occuperons que de la soie. M. Louis Boudon a tracé à grands traits l'état des choses; quant à nous, nous nous sommes attaché à montrer l'éducation des vers à soie répandue à peu près dans toutes les parties du globe et à faire une sorte d'inventaire de ses produits. Nous avons voulu qu'on pût mesurer l'étendue de cette production, et juger des changements qui seront possibles quelque

jour dans un commerce qui s'est déjà transformé depuis un quart de siècle d'une façon inattendue.

La deuxième partie de notre travail sera consacrée aux étoffes et aux rubans de soie. L'Exposition de 1878, à Paris, a été instructive; celle de 1878, à Vienne, l'avait peut-être été davantage. Tout ce qu'on a constaté depuis lors n'a fait que confirmer les enseignements que nous avions recueillis, il y a une dizaine d'années. Les situations respectives sont bien marquées. Nous ne pensons pas qu'il suffise d'énoncer des faits, de consigner des impressions; il faudra essayer, en rappelant la carrière parcourue par nos rivaux, de dire quelles sont les entreprises qui s'imposent à nous. Au surplus, cette partie de la tâche, si délicate qu'elle paraisse, sera relativement la plus aisée. Il existe en effet chez les industriels un sentiment profond, avoué ou inavoué, de la nécessité d'améliorer, de changer les conditions et les moyens du travail. Le jour est venu où personne ne conteste plus l'urgence soit d'efforts nouveaux, soit de réformes, et cette autre idée pénètre dans les esprits, que le perfectionnement des instruments matériels de la production n'aura son plein effet qu'autant qu'il s'accomplira en même temps que le perfectionnement , par un savoir solide, des hommes appelés à diriger l'emploi de ces instruments et à les manier.

1,9 00 exposants environ appartenant à vingt-sept nations s'étaient présentés. Nous n'avons relevé que Sok noms. Les Expositions <le plusieurs états, prises comme unités, avaient été formées par un grand nombre de producteurs. 546 exposants ont ëté récompensés. La proportion a été de 69 p. 100; elle avait été de 68 p. 100 à l'Exposition universelle de Vienne.

Ce compte a en réalité peu d'intérêt , car l'industrie de chaque pays n'est jamais représentée aux Expositions dans des conditions

semblables. QiAilque valeur qu'on assigne à ce compte, en voici les résultats :

wm

Page 1