‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 35 sur 77 · SOIE GREGE · texte numérisé non relu

SOIE GREGE

TOTAL oélléBÂL.

kilogr.

^»^73f7oo 5,660,000 5,965,000 8,037,000

63,3oo

3o,ooo

3i,8oo

s6i,3oo

338,6oo

268,900 606,000 369,600 36o,6oo 399,000 379,000 695,000 610,000

De nouveaux renseignements (recueillis en i883) nous font incliner à penser que ces chiffres doivent être un peu relevés : dans un territoire aussi étendu, avec une consommation locale de soies très divisée et qui a une réelle importance , bien des éducations échappent à l'attention des commerçants et à l'impôt.

oooon.

Turquie d'Europe 1,600,000 kilogr.

Turquie d'Asie 6,&oo,ooo

Total 8,000,000

Grèce &oo,ooo

Total GinivuL 8,&oo,ooo

Il ne s'agit que des cocons pour la filature. La production de soie est de près de 56o,ooo kilogrammes ^^^

La Turquie présente dans plusieurs de ses provinces, notamment en Syrie, en Anatolie et en Roumélie, des conditions favorables à l'élevage des vers à soie. La disparition des anciennes races levantines a apporté de notables changements dans la nature des soies; néanmoins celles-ci sont encore très estimées pour certains emplois. La filature est toujours en grande partie dans les mains d'industriels étrangers, et les Français sont restés à la tête des établissements les mieux tenus.

Il n'y a guère de perfectionnements que ne reçoive le matériel de ces filatures , dans lesquelles la conduite des travaux est confiée le plus souvent à des Français, hommes et femmes. Nous les avons visitées en i853 et en i85&; elles faisaient grand honneur à ceux de nos compatriotes qui les avaient montées et qui en avaient la direction ^^^.

^') La soie se vend à Veêtdr, au bayah, a Voqqak et au qantar. Veitér pèse A wmPqdU et demi, soit a 9 grammes 33; le bayah de la soie est de 10 rad$ mê$nfi = hlik grammes 93 1 . LVque de âoo dirahim est de 1 kilogr. a36. Le qantar mêtry de 36 ocques est de h h kilogr. A 93 (H. Sauvaire, Matériaux pour êervûr à VhiêUnrede la numiêmatique et de la métrologie muiulmaneê, dans le Journal asiatique, 8* série, t. m, p. 376, 38o, AoA et Uho),

<^> Notre ancien collègue dans le Jury à TExposition de Vienne, M. B.-J. Dufour^ a témoigné du haut degré d'habileté des fileurs de Brousse dans son mémoire de 1863

Nous avons compte à cette époque : à Salonique et aux environs , 3o filatures, ayant un millier de bassines et donnant 36,000 kilogrammes de soies fines; à Brousse et aux environs, 29 filatures, ayant 1,080 bassines et donnant 87,000 kUogrammes de soie ^K

Le vilayet de Hudavendighiar, dans lequel sont situées les villes de Brousse et de Bilédjik, qui sont les principaux foyers du commerce de la soie dans TAnatolie , fournissait , année moyenne , avant i855, /t5o,ooo kilogrammes de soie, tant de filature à la française que de filature à la levantine. La production n'a plus été que de 190,000 kilogrammes en 186&, et, de 186/t à 1880, elle est toujours restée, à quelques exceptions près , au-dessous de cette quantité.

Le vice-consul de France à Brousse , M. Edmond Dutemple, a publié récemment une étude de l'industrie de la soie en Asie Mineure, qui renferme un ensemble de faits bien observés ^^^

D'après M. Dutemple , plusieurs races de vers à soie sont élevées dans la proportion suivante :

japonaises 70 p. 100.

Races I ^°*8*"« **

de Bagdad. i3

de Boukhara 6

M. Gamet fils, de Brousse, a donné, pour i883 , la proportion suivante :

Races japonaises, de grainage européen ou de grainage turc, à cocons verti 65 p. 1 00.

Races du Var, de la Lombardie, races croisées à cocons

jaunes aS

Races de Bagdad, de Boukhara, de Kadja-Éli 10

M. Dutemple a présenté un assez triste tableau de l'état de l'élevage :

{Appendice mue obiervations pratiquêi faitêi en OrimU tur la maladie aciudlê des ven à

JOttf).

(*) La production de la soie dans les provinces de Broasse et de KhodjaÛi était estimëe, dans ce temps-là (en 18 53), à Â6o,ooo kilo^mroes; celle d^Andrinople et des environs à 87,000 kilogrammes, savoir : 63,000 kilogrammes de soies ooirC guindé et 35,000 kilogrammes de soies Umgguindre.

^') En Turquie d'Aeie, Notet de voyage en AnatoUe, i883,p. 199 a 919.

«Aujourd'hui, dit-il, sur loo grainages (reproduction localo), il s'en trouve à peine 6 de complètement sains, les 9 A autres étant infectés k des degrés différents.

«Dans ces conditions, Télevage des vers à soie ne peut plus offrir au paysan les éléments d'un travail rémunérateur. Il est vrai aussi que, pour peu que le résultat soit seulement médiocre (de 10 à 13 kilogrammes de cocons à l'once de graine), l'éducateur turc est satisfait ^^K t)

La récolte dans le rayon de Brousse a été, en 1880, de i,&5o,ooo kilogrammes de cocons frais (&33,ooo kilogrammes de cocons secs).

Cette quantité a alimenté les filatures h la française de Brousse, qui sont au nombre de &5 et contiennent â,5oo bassines; il est sorti de ces usines environ 8&,ooo kilogrammes de soies grèges, filées pour la plupart dans les titres fins.

M. Dutemple estime que le produit du rayon de Bilédjik est de la moitié du produit du rayon de Brousse. En t88o-i88i, les filatures réunies de Bilédjik, de Kuplu, deSeughud et de Lefké, contenant 1,100 bassines à la française, ont livré environ 36,000 kilogrammes de soie.

Le vilayet de Hudavendighiar aurait donc donné, en 1880- 1881, environ 1 s 0,000 kilogrammes de soies grèges fines.

Voici quel a été, en i883, le produit du vilayet :

de Brousse 1,1 80,000 kilogr.

dlsmidt 670,000

Rayon { de Bilédjik 3oo,ooo

de Gbemlek et de Bazar-Kéni aoo,ooo

de Pandermah i5o,ooo

ToTiL 9,5oo,ooo

Le consul des États-Unis d'Amérique à Beyrouth, M. Jobn-Q. Robeson, a fait, en i883, une enquête sur l'état de l'industrie de la soie en Syrie. Il a estimé qu'on a mis à l'éclosion en Syrie environ 3 00 kilogrammes d'œufs de vers à soie, et qu'on a

^') En Turquie d*Atie, p. 90s.

obtenu 3,iâo,ooo kilogrammes de cocons frais» dont on a tiré â6o,ooo kilogrammes de soie grège. D'après M. Robeson, il y a 96 filatures, ayant toutes un moteur hydraulique, et dans lesquelles travaillent 8,000 ouvriers, qui sont pour la plupart des jeunes garçons et des jeunes filles.

Le tissage indigène retient environ &o,ooo kilogrammes de soies grèges, et Ton envoie à Lyon 2 s 0,000 kilogrammes. On met chaque année à l'éclosion une plus grande quantité de graines de vers de races françaises à cocons jaunes, surtout des races de Corse, et Ton fait des éducations presque partout le long de la chaîne du Liban , de Sidon à Tripoli ^^\

L'industrie de la soie a pris naissance en Grèce au x* ou au XI* siècle; elle s'y est rapidement développée. Au xii* et au XIII* siècle, les ouvriers grecs étaient renommés comme fileurs, tordeurs et tisseurs de soie, teinturiers et brodeurs. Il existait de grandes manufactures, en ce temps-là, dans le thème de l'Hellade, à Athènes et à Thèbes, et c'est dans ces deux villes que Roger de Sicile enleva la population la plus experte dans ces travaux pour la transporter à Palerme et y établir plus solidement l'art qu'on enviait à la Grèce ^^^.

Il y avait, de temps immémorial, dans plusieurs parties du pays et dans quelques-unes des tles de l'Archipel grec, des forêts de mûriers sauvages; d'après les traditions locales, ces forêts existaient avant l'introduction des vers à soie.

On faisait usage, au xiii*, au xiv* et au xv* siècle, à Lucques et à Florence, de soies de Grèce, de soies de la Remanie grecque; elles valaient beaucoup moins que les soies d'Espagne. Il est fait assez souvent mention dans les comptes des soies de Ghiarenza et de Patras.

L'industrie de la soie est bien petite aujourd'hui en Grèce;

(*) J.-Q. Bobesoii , Silk culture in Stfria ( Reporté from the cotuuU qf thê United State» on tkê commerce, manufacturée, etc., of their connUar diêtricte, OcUAor î883, p. 766 et 767).

^) Alfred Rambaud, L'Empire grec au x* eiècle, CoMtantin Porphyrogénètê , 1870, p. adtt et a35.

Tëpidëmie l'a singulièrement affaiblie , et la population a manqué d'énergie dans raccomplissement de la tâche qui s'imposait alors à elle.

Une douzaine de (ileurs ont représenté la Grèee à l'Exposition de 1878. Leurs soies n'ont pas donné une bonne opinion de la production hellénique.

Il est difficile de découvrir la vérité au milieu des assertions diverses qu'on recueille.

Le Ministre de l'intérieur fit dresser, pour l'année i85d, la statistique de la production de la soie ; cette production s'élevait alors, d'après l'enquête qui fut faite dans cette même année 1862, à 87,600 kilogrammes de soie grège (^).

Nous étions en Grèce en 1 8 5 3 ; nous primes l'avis des hommes qui avaient le plus d'expérience de ce commerce et dont deux étaient à la tête de filatures. L'estimation nouvelle fut tout autre : 1 55,000 kilogrammes de soie, équivalant à 2,900,000 kilo-*, grammes de cocons frais , savoir :

55,000 kilogrammes de cocons» provenant de Mistra et des environs ;

3o,ooo kilogrammes, provenant de Kalamata et des environs;

3 0,0 00 kilogrammes, provenant des autres parties de la Grèce;

95,000 kilogrammes, provenant de l'Archipel grec;

i 5,000 kUogrammes, représentant les cocons exportés.

Nous reçûmes, bientôt après, de M. Spiridion Spiliotakis, un des directeurs au Ministère de l'intérieur, le relevé des récoltes de cocons dans chaque département pour 1 8 5 /i , qui présenta un total de 971,000 litres ^^^.

Laoonie 968,000 litres.

Cydades 9&o,ooo

Messéoie 1 &o,ooo

Arcadie 98,000

Eubée 75,000

Achaîe et ÉKde 70,000

Etc.

(0 MtmUêur grée da i5 janvier i853.

W Le poids dMn litre de cocons varie de aSo à 980 grammes.

Daaeîgneur a transcrit une statistique due à Mansola , dont le total est, {MHir fannée 1857, de 1,270,000 kilogrammes de cocons, dont 883,000 kilogrammes de cocons files en Grèce et 287,000 kilogrammes exportés^^^, savoir:

Laconie 5 1 8,000 kiiogr.

Achaie et Élide i5/^,i 00

Gyclades i&&,5oo

Areadie ia9,Soe

Eubée iii,fioQ

Phoeide et Phtiotide 93,600

MoMéni^ « • « . . . . 78,700

Etc.

En résume, dans une année normale, vers 18 55, on récoltait de i,fioo,ooo à i,&oo,ooo kilogrammes de cocons frais: le tiers était exporté en cocons; les deux autres tiers étaient filés, la plus grande partie à la levantine chex les paysans. Le tissage indigène retenait plus de la moitié de ces soies.

Depuis dix ans, la récolte n'a pas dépassé 5oo,ooo kilogrammes de cocons frais, mais on n'est pas plus d'accord pour la dernière période décennale qu'on ne l'a été pour les années antérieures , et la différence est du simple au double.

CW de 186a à i865 que la maladie a fait le plus de ravages; à partir de 1866, le relèvement a été prompt, et il a été soutenu jusqu'en i87&. Depuis cette année il y a eu décroissement, et la production est même arrivée à n'être plus, dit-on, que de 800,000 kilogrammes de cocons frais. Noua croyons qu'elle est un peu plus grande; nous reviendrons plus loin sur ce sujet.

Production des oooons frais.

p, . , (De 1873 h 1875 448,ooo kilogr.

tSï. r« ^"6 ^ *8''8 '^<>'Oo-

{ De 1879 à 1881 3io,ooo

Aaaée 1882 3oq,ooo

Année 1883 3oo,ooo

(') Statiêtiquêt de la production d« la $fn$, publiées p^r le Sysdieiit des mapchands de soie de Lyon.

Ainsi, d'après la Chambre syndicale des marchands de soie de Lyon, cette récolte représentait en moyenne 3o,ooo kilogrammes de soie grège par an» de 1878 à 1875, et n'a représenté dans les dernières années que 90,000 kilogrammes par an en moyemie. Nous pensons que cette estimation est au-dessous de la réalité.

On assure que 85 p. 100 des cocons viennent du Péloponèse.

Les anciens cocons de race grecque , pour la plupart jaunes , à grain gros ou moyen , à soie très peu duveteuse, étaient estimés. On en connaissait une disaine d'espèces» et de quelques-uns de ces cocons, de ceux de Laconie et de Messénie par exemple, on tirait une bonne soie. Les soies de Kalamata et de l'tle d'Ândros étaient d'excellente qualité. L'épidémie disparue, il n'est presque plus rien resté de ces races, et la sériciculture grecque a été à peu près entièrement détruite. Getle industrie n'a été rendue au pays qu'à la suite de l'importation, qui a été trop tardive, de graines de races japonaises.

Aujourd'hui on met à l'éclosion des graines de quatre races différentes :

D'une race à cocons jaunes qui résulte du croisement de la race japonaise à cocons verts avec d'anciennes races indigènes à cocons jaunes ;

De races françaises à cocons jaunes;

De la race japonaise à cocons verts;

D'une race japonaise à cocons blancs.

Des Français ont introduit les premiers en Grèce la Glature à l'européenne; ils furent suivis de près par des Italiens. Les premiers ateliers avec un matériel perfectionné ont été établis dans la Laconie et dans l'tle d'Andros. Cette branche de travail ne s'est développée qu'avec lenteur et a été peu prospère pendant longtemps. Elle a pris plus d'activité dans les dernières années; de nouvelles filatures ont été fondées, et la presque totalité des cocons qu'on récolte restent dans le pays.

Il n'y avait, en i853, que 7 filatures, contenant ASa bassines, savoir:

En activité, U filatures, contenant 3&o bassines;

En chômage, 3 filatures, contenant 9s bassines.

On comptait, en 1877, is filatures en activité, occupant 930 ouvriers, dont 870 femmes et jeunes filles.

Le nombre des usines et des ouvriers a augmenté depuis lors.

Les chiffres suivants, dont les uns nous ont été fournis par le Bureau de statistique du Ministère des finances de Grèce et dont les autres ont été empruntés aux états du commerce extérieur publiés par le Gouvernement grec ^^\ font connaître avec exactitude les mouvements du commerce d'exportation de la Grèce.

Exportation de Orèoe.

(bR MOTEHRBfPAB AH.)

TOTâUX.

pfaiom ninR&us. cocoM^ticii. aonoBtei. cooon nioinW.

Idlogr. (*) kilogr. kilogr.

De 1863 à 1865 &6,i&6 3,338 i3,36o

De 1866 à 1868 io3,83o 9,067 3 1,639

De 1869 à 1871 36,769 13,83? 19,663

De 1873 à 187& 19,736 18,896 33,i86

De 1875 à 1877 7,698 i3,&io 16,069

En 1881 et en 1882 <^\. 3/1,116 9,763 ii,99i

Il faut donc compter sur une exportation représentant 1 5,o 00 kilogrammes de soie grège. Gomme une partie des cocons récoltés sont filés à la levantine par les paysans et comme la soie qu on tire de ces cocons est tissée dans le pays, on peut estimer la production actuelle de 38o,ooo è &oo,ooo kilogrammes de cocons frais.

<*) Tableau général du commeree de ta Grkê a»ec le$ tuilîoiM éltangèm. ^*^ Les cocons étant représentés par leur équivalent en soie grège. (') Les quantités sont indiquées en ocques ; nous avons fait la conversion à raison de 1 Idlogr. 989 par ocque.

(*) Les renseignements manquent ponr les années 1878, 1879 et 1880.

D'après la statistique que l'Union des marchands de soie de Lyon publie chaque année, la production de la soie grège est de 8 à 10 millions de kilogrammes par an. Ce chiffre ne représente pas la production proprement dite; il représente la quantité qui est en quelque sorte à la disposition des manufactures européennes et nord-américaines , c'est le fonds dans lequel ces manufactures puisent. Sur ces lo millions de kilogrammes (nous prenons le chiffre de l'année i88o), la Chine, le Japon et l'Inde ont fourni 6 millions de kilogrammes, et, depuis plusieurs années, leur contingent est resté à peu de chose près le même, les termes extrêmes ayant été de 5 millions et de 6,300,000 kilogrammes. On peut déterminer l'importance de ces approvisionnements par pays en 1 880, au moyen des états d'exportation :

Chine /ï,6oo,ooo kilogr.

Japon i,i5o,ooo

Inde si5o,ooo

Ajoutons à cela 780,000 kilogrammes de soies de la Turquie, de la Grèce , de la Perse et de la Russie d'Asie, dont 6 1 0,000 kilogrammes sont d'origine asiatique ^^^

L'Europe a produit, en 1880, 3,&oo,ooo kilogrammes; la part de l'Italie a été de s,8oo,ooo kilogranmies , et celle de la France de 53o,ooo kilogrammes.

La situation est simple , comme on le voit. Les soies d'Asie alimentent en grande partie les fabriques de l'Europe et celles des États-Unis; elles leur sont devenues indispensables. La France consomme & millions de kilogrammes, en moyenne, de soies; elle ne

^^) Nous constatons un fait géographique, mais quand on paHe de soies d^Asie, on n^a en vue ni les soies du levant ni les soies de ia Perse ou de la Russie d^Asie.

retient certainement pas 5oo,ooo kilogrammes de sa récolte (le reste étant exporte), de sorte qu'elle a besoin, absolument besoin , de 3,5oo,ooo kilogrammes de soies étrangères. Nous inclinons à penser que plus de 9 millions de kilogrammes de soies sont des soies d'Asie.

Ce fait est plus saisissant si nous disons que, sur i million de kilogranunes de soie nécessaires pour alimenter nos manufactures de toute sorte, 876,000 kilogrammes nous sont fournis par l'étranger, et que, de ces 876,000 kilogrammes, 6 3 0,000 kilogrammes environ viennent d'Asie.

Telle est aujourd'hui la situation; on ne peut pas dire ce qu'elle sera demain. D'une part, des changements dans la consommation amèneraient des changements dans la fabrication, et, par suite, dans la production; d'autre part, la diminution continue de la production en Chine ne manquerait pas d'amener un trouble nouveau dans une industrie dont la situation générale est déjà asscE incertaine. C'est probablement ce dernier événement dont les effets seront les plus prochains et les plus marqués.

Le présent livre a été écrit en 188 a et en i883, c'est-à-dire à une époque où, tout en constatant, pour la soie, en Chine, le décroissement des récoltes et des exportations, tout en exprimant la crainte que ce décroissement ne fût ^la conséquence de négligences, d'imprudences commises par les Chinois fouv forcer la production dans les districts oh la demande européenne s'est fait le plus sentir», nous ignorions l'étendue du mal. Aucune des communications que nous avions reçues, émanant d'observateurs résidant sur des points différents de l'empire, ne faisait prévoir un tel fait.

Le rapport (du lâ juillet i883) que M. Paul Brunat a présenté au gouverneur général Li Houng-tchang, un des ministres de l'empereur, les notes écrites au mois de septembre i883 qui complètent ce rapport, et la lettre par laquelle M. Brunat a adressé rapport et notes au rédacteur en chef du Bulletin des soies et des soieries, ne laissent pas de doute sur l'état des choses dans deux provinces, celles du Tché-kiang et du Kiang-sou, qui four-

nissent plus de la moitié de la soie^^^ On soupçonnait depuis quelque temps cet état des choses.

Les faits que nous exposons dans notre étude et les réflexions qu'ils nous ont suggérées se rapportent à la période de 1878 à i883, et sont fondés sur l'expérience acquise et sur les documents dont nous disposions; nous ne pouvons pas, dès lors, apporter à ce travail toutes les modifications que semble comporter îa nouvelle situation que M. Brunat a fait connaître. Nous ne pouvons pas non plus ne pas en tenir compte, et c'est dans le cours de ia correction des épreuves que nous avons changé le texte partout oh il convenait de signaler des éventualités dont on pressent l'importance, mais dont, au moins aujourd'hui, il ne faut pas exagérer la portée.

Nous avons dit que les fabriques de l'Occident absorbent 6 millions de kilogrammes de soies d'Asie; la consommation occidentale s'accrott sans cesse, elle en absorbera davantage : cela n'est pas douteux. Mais la Chine , le Japon et l'Inde , pour ne parler que des pays dont nous allons nous occuper, possèdent des zones où sont réunies les conditions les plus favorables à l'élevage des vers à soie et au tirage de la soie , et où , depuis une vingtaine d'années , la production est restée, en général, à peu près au même niveau. En cas de besoins plus grands des fabriques européennes , l'élevage serait d'ailleurs introduit promptement, du moins en Chine, dans d'autres zones qu'on regarde comme également favorables.

Dans l'état présent des choses , la Chine , le Japon et l'Inde produisent chaque année iù ou i3 millions de kilogrammes de

^) Ces documents ont été pabliés dans le BuUêtin de$ êoie$ et de$ ioierieM, numéros des 96 janvier, a et 9 fëvrier iSSk, — M. Paul Brunat a adresse au rédacteur en chef do BuQetm dê$ iom un autre travail sur les résultats des récoltes de cocons en i883 et en 188& dans les provinces de Tché-kiang et de Kiang-sou, travail qui a été inséré dans le numéro du ao septembre 188/i. En voici la conclusion : «Les plantations de mûriers augmentent chaque année;. . . en vue des échecs possibles dans les éducations, les Chinois. . . mettent à Téclosion des quantités de semences fort supérieures à leurs besoins et à ce que réclame leur provision de feuilles ... La maladie des corptueulsM a fait de nouveaux progrès cette année (en 188/1); elle est plus généralement répandue que Tannée dernière.» Cette extension de Pépidémie, M. Brunat nous Ta conGrmée (en février i885); c*esl un fait qu'il ne faut pas perdre de vue.

la.

soie du ver du mûrier, et Tindustrie en retient, en ce moment, dans ces pays un peu plus de la moilié.

Laissons de côté les produits que nous avons observés à l'Exposition de 1 878 , produits exceptionnels dans plus d'un cas, mais très intéressants parce qu'ils montrent ce qu'on peut obtenir dans les ateliers asiatiques, exceptionnellement aujourd'hui, couramment demain. Toutes ces soies, non seulement celles qui ont été filées par les procédés primitifs , mais même celles qui sortent de filatures montées à l'européenne, ne sauraient rivaliser avec les soies de France et d'Italie; elles en diffèrent essentiellement, surtout par la nature de la bave. Nous parlons toujours en général, car il y a des soies de Chine et du Japon que les fabricants français préfèrent aux soies d'Europe et qu'ils payent même relativement plus cher.

Les soies de filature primitive sont, en général, défectueuses et irrégulières. Telles qu'elles sont, le tissage en tire, même à l'état de soies grèges, un très bon parti. Leur prix a été et reste, dans la plupart des cas, la principale raison de la préférence qu'on leur accorde. Ce prix est déjà relativement assez bas sans qu'on en exagère encore le degré d'abaissement. On a dit que, t( tandis que le prix de revient, en France, est d'environ 80 francs, les soies asiatiques, et spécialement les soies de Chine, peuvent être vendues sur les marchés de Lyon et de &farseille h âo, 3o, â5 et même ùo francs le kilogramme, suivant la qualité». La Chambre de commerce de Lyon a fait justice de ces assertions qu'on n'a pas d'ailleurs justifiées ^^\

Voilà donc un fait capital qu'il faut avoir en vue : le fait d'une production facile, étendue, qui a été un moment colossale et qui n a été limitée que par la demande qu'on a faite, en Europe, d'une production pour laquelle le prix de la main-d'œuvre est le facteur principal. 11 y a eu un temps d'arrêt dans l'extension de la production , et le prix de vente paraissait avoir été et devoir être le grand régulateur de cette extension. Le mouvement progresse au-

(*) Compte rendu den travaux de la Chambre de commerce de Lyon, année 1879, p. «7.

jourd'hui en sens inverse, du moins en Chine. La pébrine, pour ne parler que délie, faisant de plus grands ravages, a amène, non pas des resserrements dans les éducations (elles n'ont jamais été plus nombreuses), mais des insuffisances, des pertes notables dans les récoltes. Le décroissement continuera sans doute pendant quelque temps. Toutefois, la nature du mal et le remède étant connus, les éducations étant très divisées, les races très robustes et les procédés d'élevage bien réglés, il semble qu'il soit excessif de prédire à la sériciculture chinoise le sort de la sériciculture occidentale. L'élevage a été, jusqu'à présent, le plus répandu dans les provinces de Tché-kiang et de Kiang-sou; on peut, si le déficit augmente dans cette région et si la demande des soies devient plus vive, multiplier rapidement les éducations dans d'autres provinces oîi ce travail est déjà exercé et où les mâriers abondent.

U faut avoir en vue un autre fait : l'introduction en Asie des procédés de filature perfectionnés. Le fait est accompli dans l'Inde, du moins dans certaines parties de l'Inde. En Chine et au Japon , l'établissement d'usines montées à l'européenne a été peut-être prématuré, mais plusieurs d'entre elles livrent aujourd'hui de bons produits et donnent des bénéfices; les probabilités sont en faveur de l'extension et de la réussite d'entreprises de ce genre. Un jour viendra certainement où ce mode de travail sera le plus naturel et sera le seul rémunérateur.

Donc , pour tout emploi auquel la soie asiatique pourra être appliquée, il n'est pas vraisemblable que, toutes choses égales d'ailleurs, elle rencontre jamais la concurrence de la soie d'Europe, en quelque pays que celle-ci ait été produite. Ne l'oublions pas, la soie d'Europe et la soie d'Asie sont des matières de qualité différente, et la soie d'Asie, quoique ses imperfections soient atténuées par l'ouvraison européenne, ne peut pas remplacer la soie d'Europe dans plus d'une fabrication ^^l Chaque jour cependant,

(') Noos parlons toujoara en général. Nous disons plus loin qu^on récolte, dans qœlques arrondissements de la Chine, par exemple, des cocons de 1res bonne qualité, et que de ces cocons on obtient, dans certaines filatures à Teuropéenne établies en Chine, des soies d'une valeur à peu près égale à celle des meilleures soies de France ou dMtalie.

la soie d'Asie gagne du terrain et est plus employée. C'est que , le plus souvent , l'étoffe , faite de soie d'Europe , n'arrive à la consommation qu'à un prix devant lequel, tout bas qu'il est aujourd'hui, la consommation s'arrête. Dans un temps où le goût, la mode, la forme du vêtement et des circonstances diverses sont moins favorables qu'autrefois à l'usage des tissus de soie , la soie ne peut conserver une large place dans la consommation qu'autant que le prix en est abaissé. La soie d'Asie, produite h meilleur marché, a le bénéfice de cet état de choses que nous sommes forcé de rappeler toujours.

Nous parlons d'une façon générale. Il est certain que, au prix où les soies d'Italie et de France sont vendues à présent, prix qui fst relativement à peu près le même que celui des soies d'Asie, la consommation de celles-ci s'est ralentie et que par contre la clemande des soies' d'Europe est devenue plus vive. Pour préciser l'état des choses auquel nous faisons allusion, nous dirons que le prix des soies grèges d'Italie est de 5o à && francs par kilogramme, et que les soies de Japon de filature à l'européenne valent de ^17 à 55 francs; que les soies dites paquetaiUes se vendent de /il h liU francs, c'est-à-dire au prix des soies de Chine (2* semestre de i883).

Quand le commerce d'un produit est aussi important que l'est celui de la soie, l'intérêt personnel est excité partout de telle sorte qu'on peut être sûr qu'il ne laisse que peu de chose & découvrir, du moins pour les choses qui sont du domaine du commerce régulier. Aussi, pour les soies de Chine, l'Exposition ne nous a ni montré ni appris rien de nouveau. Toutes les sortes de ces soies arrivent en abondance en Europe.

La collection des soies de la Chine ^^^ était incomplète; elle était composée principalement de soies tsat-li [tsat-ke). C'était naturel : le type de soie appelé tsat-li forme les deux cinquièmes environ de la production, les deux tiers des soies exportées par le port de Chang-hai. On avait joint des soies blanches et des soies jaunes de la province de Sse-tchouèn , quelques soies jaunes de la province de Chan-toung ^^^ Nous nous occuperons plus loin des soies des vers sauvages.

Ne nous arrêtons donc pas à ce qui a été présenté è l'Exposition, et abordons de face l'étude de la production de la soie en Chine.

Il n'est pas douteux que l'art d'élever les vers à soie et de tirer la soie du cocon n'ait été inventé en Chine; il l'a été à une époque inconnue et fort reculée. Les Chinois en attribuent l'invention à la femme du plus ancien souverain dont ils aient gardé la mémoire. Cet événement aurait eu lieu vers l'an 2697 avant J.-C.^^^ Nous n'avons pas à raconter cette légende ^^). Un fait

^) La coUectioD avait été faite par les soins de 1^ Administration impériale des douanes maritimes chinoises, qui en a publié le catalogue. Ce catalogue est un document intéressant. Voir la partie consacrée, dans ce catalogue, aux soies et aux tissus de soie (p. «7 à 3i).

^ Un exposant avait présenté un assortiment des soies de Canton réputées les pins propres à la fabrication des crêpes.

^') Cette année est r^rdée comme celle de Tavènement au trône de Hoang4i , qui aarait succédé à Yin-ti (ou Chin-noung).

(*> Voir VHiêtoiregMrah de U Chmê, par le père de Mailla, L I, 1777, p* ai* — Le D' Bretschneider nous a appris que le temple consacré à celte impératrice exbte encore è Pé-king, dans les jardins du palais impérial, près du lac.

paratt certain : vingt siècles environ avant notre ère , cette industrie existait en Chine ; elle n'était exercée que dans la partie septentrionale, dans les contrées avec lesquelles ont été formées en partie les provinces actuelles de Ghèn-si, de Ghan-si et de Ghan-toung.

On a dit souvent que tout donnait lieu de croire qu'on ne connaissait alors que les vers iileurs de soie blanche. Nous ne serons pas aussi afiirmatif : les vers à cocons blancs sont sans doute nombreux dans la partie septentrionale de la Ghine, mais les vers à soie jaune sont le plus répandus dans le Ghan-toung, ainsi que dans le Ghèn-si et le Ghan-si. Thomas Hutton et M. Frédéric Moore sont d'avis que le Bombyx mori, le ver à soie proprement dit, à l'état normal, sécrète une bave de couleur jaune pâle , construit le plus gros cocon et file la meilleure soie^^^

L'industrie de la soie fut, dans les ftges anciens, une industrie imposée, et ne se développa néanmoins qu'avec une extrême lenteur. On en rendit la pratique obligatoire dans une certaine mesure ; on fit intervenir l'élément religieux pour la rendre populaire, et l'on fit aux impératrices un devoir, qui fut strictement réglé, de s'appliquer, elles et les feounes de la cour, à ces travaux, depuis la cueillette des feuilles du mûrier jusqu'au tissage et à la broderie ^^\ On trouve ces prescriptions dans les plus anciens rituels; on les trouve aussi dans le Tchéou-li, ce code de lois et de règlements qui fut écrit au commencement du xii* siècle avant notre ère ^^\ et les annales de l'empire font mention plus d'une fois de la rigueur avec laquelle l'impératrice a rempli ces devoirs ^*^.

Gette politique porta ses fruits. Dans quelque état de dissolu-

(*) F. Moore, On the Atialic iUk'produemg mothê ( The Tra$uaeUoM oftke EtUamohgical Society of London, 3* sërie, 1. 1, 1869-186&, p. 3i3).

^') Martini Martmii. . . Sinicae hiêtoriae decoi prima, i658, p. 95 et 987.

^^ Le Tdi^n^U, ou Rites des Tchéou, a pour auteur le prince Tchéou-kong (on ie désigne souvent sous ie nom de duc Tchëou), frère de Wou-wang, le premier empereur de la dynastie des Tchéou. Tchëou>kong fut régent de Tempire pendant la minorité de son neveu Tching-wang, qui monta sur le trône Tan 1 1 15 avant J.-C; il mourut en 1 106. Edouard Biot a donné la traduction du Tehéou-li{a volumes, Paris, i85i).

^*) En i6d et en i56 avant J.-C, en 58, 990, 970, 655, etc., après J.-G.

tion que la Chine soit tombée, cette production n'a jamais été abandonnée, et, jusqu'au commencement de notre ère, on la voit concentrée , au moins la plus étendue , dans la province de Ghantoung.

L'industrie de la soie était aussi, dans ces temps éloignés, Tobjet d'une attention particulière au Sse-tchouèn. On rapporte que le comte de Ghouh (le pays de Ghouh est devenu le Ssetchouèn), qui prit plus tard le titre de roi, parcourait souvent ses étals pour enseigner au peuple l'art d'élever les vers à soie. Le peuple plaça ce prince, après sa mort, au rang des dieux et lui éleva des temples. On l'invoque sous le nom de Tfon-tsong, ou plutôt sous celui de Tmng-i-chin (l'Esprit à la robe d'azur), parce qu'il portait toujours des vêtements bleus ^'\

Gonfucius, dans le vi* siècle avant J.-G. ^^\ avait rassemblé ou écrit les pièces dont il a formé le Chou-kit^. Le Chou-kîng contient des parties qui remontent à la plus haute antiquité ; cette antiquité ne peut pas être contestée ^^\ Une des parties du Clumking, le Yurhong ou l'Etat des tributs établis par Yu, est regardée, sinon comme écrite par celui-ci, quand ce grand homme était ministre de Yao et de Ghoun ^^\ du moins comme présentant une

<*) fhê Chmae Rtpoêiiory, vol. XIX, i85o, p. 3iâ.

'*) La naÎManœ de Gonfucitu répond à TanDée 55 1 avant J.-G.

^) GeUe antiquité ne nous parait pas pouvoir être contestée, mais nous ne Doos prononçons pas sur son degré précis. Néanmoins nous sommes de ceux qui, sans tout accepter, accordent confiance aux travaux sur Thistoire chinoise des anciens missionnaires, des Parennin, des Gaubil, des Mailla et des AmioL Nous ne faisons que suivre Texemple de savants célèbres, et nous ajouterons que M. le D' Bretschneider, de Pé-king, dont les études historiques sont récentes et sont tenues en haute estime, a accepté cette chronologie dans son Botaniean smicum, (Ywr aussi G. Panthier, Journal asiatique, t. X, 1867, p. 198 i 387, et t XI, 1868, p. 993 â kdo,) Gomme nous citerons souvent Touvrage de M. le D' E. Bretschneider, nous devons en faire ici une mention particulière. Le Botanieon tinieum. Notée oj Chi- Mis Botanyfivm nalive and we$tem iourcoê , est une étude, publiée en 1 889 , sur Thisloire et la bibliographie de la botanique et de l^agriculture en Ghine. G*est un des travaux originaux sur la Ghine les plus solides que nous connaissions, et Tauteur, qui n*a pas seulement la science et Texpérience et qui a aussi un sens critique très juste, a porté la lumière sur un des points les plus obscurs des connaissances sur la Ghine.

<*) Yu le Grand, fondateur de la dynastie des Hia, a régné, si nous acceptons la chronologie chinoise, de99o5à9i97 avant J.-G. ; il avait été ministre des empereurs Yao et Ghoun.

description originale et fidèle de la Chine, vingt-deux siècles avant f ère chrétienne. Or, nous y voyons mentionnées la plantation de mûriers et la récolte de soie dans les pays de Yen et de Thsing, le Yèn-tchéou-fou , le Thsi-nan-fou et le Thsing-tchéou-fou , qui font partie aujourd'hui du Ghan-toung.

Les odes que contient le Chi-hmg, et qui sont toutes anté-* rieures au vi* siècle avant notre ère, montrent chaque habitation entourée de mûriers, et les femmes s'occupant activement, dans chaque famille, de l'éducation des vers à soie, de la filature et du tissage ^^\

Cette industrie eut, dans la suite des temps, des vicissitudes diverses; dans l'ensemble, elle fut florissante, et le fut jusqu'au milieu au moins du xiv* siècle. Les preuves ne font pas défaut Ainsi, au m* siècle, pendant la période des Trois royaumes, Wou-ti, alors prince du royaume de Wei, ordonna la perception d'une taxe par famille de deux hm ou livres de soie £^ge et de deux pièces de taffetas ou étoffe forte de soie ^^\ La rareté des videurs monétaires, à cette époque troublée, avait forcé de renoncer au payement en monnaie. Plus tard, en 980, Wou-ti, étant monté sur le trône (il est le fondateur de la dynastie des Tsin), porta la taxe précédente è trois livres de soie et à trois pièces de taffetas^'). Dans le pays de Chouh, qui répond à peu près à la province actuelle de Sse-tchouèn, le peuple était soumis, au IV* siècle de J.-C, à un impôt spécial, appelé tiao, qui s'acquittait en onces de soie fine et en une certaine longueur d'étoffe forte de soie. Sous les autres dynasties, on observe les mêmes dispositions fiscales : l'impôt était payé en nature, et consistait, pour les terres cultivées en mûriers, en un certain nombre d'onces de soie grège et de pièces ou rouleaux d'étoffe de soie. Au milieu du viii* siècle, la monnaie étant toujours rare, les étoffes de soie remplaçaient si souvent celle-ci, que l'empereur

(i) Edouard Biot, RBtkerekeê rar lu mœurê du ancûnê Ckinoù, d'aprèê U Chi-kmg, iSkhj p. 95.

W Edouard Biot, Mémoire 9wr la condition de la propriéié UrrUoriak eii Chm$, iipu» faf tompi aneÛM, i838, p. 37.

^') Edouard Biot, Mémoire précité, p. 99.

que Marco Polo fit à Pé-king, à la cour de Khoubilaî khan^*\ f(si que il en vient tant, dit-il, que c'est sans fin de toutes choses; qu'il n'est jour en l'an que, de soie seulement, n'y entre mille charretées en ceste cité (de Gambaluc), de quoy mainz draps à or et de soie se labourent et pluseurs autres choses ^^)». Marco Polo dit ailleurs : (dl (le grand khan) fait faire un telmonnoie comme je vous diray ; que il fait prendre escorces d'arbres : c'est de mouriers dont les vers qui menjuent les feuilles font la soie. Car il y en a tant que toutes les contrées en sont chargiées et pleines de ces diz arbres ^^).» On voit, même en faisant la part de l'exagération, combien était grande la production.

La soie faisait alors fonction de monnaie dans quelques-unes des principautés de la Chine extérieure ; les tissus de soie , dans le même temps, servirent plus d'une fois, en Chine, de moyen régulier d'édiange ^^\ On en avait fait souvent emploi dans ce but du m* au vni* siècle.

Il convient de faire remarquer que, au xiii* siècle, le Gouvernement mongol, à l'avènement de Khoubilaî khan (l'empereur Chitsou), s'attache à développer l'industrie de la soie à ce point qu'il intervint à cet effet dans le mode d'aménagement des terres; il imposa au peuple des campagnes l'obligation de planter en mûriers une surface de terre plus ou moins grande, suivant la condition de chaque famille ^^\

Un savant arabe de Tanger, Ibn Batoutah, qui a voyagé en Chine dans le deuxième quart du xiv° siècle, a dit : ((La soie est

(0 Khoubilaî khan, le fondateur de la dynastie des Youèn, a r^né de 1360 i 1 99& de J.-G.

(*) L$ Lwre de Marco Poh, citoyen de Venite, con$eiUer privé et commiêioire impérial de KkouMai Khadn, rédigé enfrançaii ioiw ia dictée en tag8 par Ruitieien de Fine, édition de G. Pauthier, i865, p. 317 et 3i8.

'') Le Livre de Marco Polo, édition de Pauthier, p. daoeiSai. — Khouhilaï khan émit, de is6o à 139&, du papier-monnaie pour une valeur de 96,965,699 ting{\e ting est un lingot d^argentdu poids de 10 Uang), soit environ 1,879,000,000 francs.

^^) Au X* siècle, le tehi ou pied d*étoffe forte de soie, qui était Tunité de payement pour acquitter Timp^t payable en cette étoffe, avait une valeur assoz certaine pour tenir lieu de monnaie dans les transactions.

(>) Edouard Biot, Mémoire «tir la condition de la propriété territoriale en Ckine, i838, p. 77.

patience , son adresse , son intelligence prompte et par des habitudes de sobriété qui lui permettent de se contenter du plus modique salaire ^^).

En France , la population rurale n'obtient plus , dans cette industrie, et surtout pour d'autres travaux agricoles, qu'une rémunération de ses labeurs qu'elle juge insuffisante; elle se déplace, et le pouvoir producteur diminue dans les campagnes.

En Chine, on trouve des multitudes de peuple partout, et jusque dans les villages innombrables dont est semé cet empire immense; on observe partout les paysans, artisans autant que cultivateurs, préparés au travail par un apprentissage très dur, ayant tous l'esprit d'ordre et d'économie et apportant une égale énergie à leur tftche^^). Tous ceux qui ont vu quelle est la densité de la population chinois^ et qui ont pu juger de sa solidité dans les œuvres du travail, ne mettent pas en doute que les peuples de race jaune ne jouent un r6le important dans les mouvements futurs de la civilisation et de la production , même dans l'Occident

Nous allons commencer par déterminer l'étendue de la production de la soie en Chine.

^^) L^ëducation des vers à soie et la filature étant des indostries domestiq[aes dans tonte b Chine, la question dn prix de la main-d^œuvre est ici secondaire. Isidore Hedde a montré comme ce prix est modique. M. Panl Champion a constaté qae les tiasenrs de soie, à Han-kéou, nourris et logés par leur patron, gagnent 85 centimes par jour, et que la nourriture et le tabac coûtent, en moyenne, de 60 i 85 centimes par jour (Induitrieê ancienne* et modemee de V empire chinoiëy p. ai& et si5). Le salaire des ouvriers en soie dans cette ville représente donc 1 fr. 5o cent ou 1 fr. 60 cent par jonr, non compris le logement auquel il n^est vraiment pas possible d^asaigner une valeur. A Canton, en 1 845, les ouvriers étaient payés, en général, sur le pied de 35 o francs par an, et étaient de plus nourris et logés; comme on estimait alors la nourriture à 910 francs, la journée coûtait 1 fr. 5a cent II y avait des exceptions : nous avons vu des ourdisseurs de soie dans une fabrique de gaies pour tamis ne gagner que hi centimes et des tisseurs de crêpe de soie que 60 centimes, 85 centimes, des ouvriers réputés habiles recevoir 1 fr. 60 c, des souffleurs de verre, 1 fr. 90 c, etc. (toujours nourris et logés).

(S) Le consul des États-Unis à Canton , M. Charles Seymour, écrivait dans un de ses derniers rapports : «They (les Chinois) need littte, waste nolhing, and do every thing, and are as temperate as frugal» { Reporte from tke coneula of the United Statee, i883, p. 678).

Nous en avons donné un aperçu dans le rapport que nous avons écrit, en 187/ï» à la suite de l'Exposition universelle de Vienne (^^; nous avons estimé alors cette production à 7,6/10,000 kilogrammes de soie grège (nous ne parlons ici que du produit des éducations de vers nourris avec la feuille du mûrier). Cette statistique, la première de ce genre qui ait été faite et qui n'était qu'une ébauche, ne pouvait pas ne pas contenir des inexactitudes; il fallait commencer.

On n'avait, à vrai dire, aucune idée de ce que pouvaient donner les récoltes chinoises. Duseigneur n'avait pas essayé d'en estimer le produit. M. Dumas l'avait porté, pour iSSy, à lâ millions de kilogrammes, et notre ancien collègue dans la Mission en Chine , Isidore Hedde , qui s'était enquis très activement en Chine , de 18&& à 18/16, des conditions dans lesquelles était cette industrie dans chaque province, en était venu à croire au chiffre de 36 millions de kilogrammes de soie grège ^'^K

Nous avons prié l'inspecteur général des douanes maritimes chinoises. Sir Robert Hart, dont on connaît l'esprit éclairé et les vues élevées, de faire faire par le personnel placé sous ses ordres une enquête ayant pour objet l'étude de l'industrie de la soie en Chine. Sir Robert Hart a bien voulu accéder à notre demande. L'enquête a eu lieu ; les résultats en ont été consignés dans dixneuf rapports, dont plusieurs présentent beaucoup d'intérêt ^^^ Ce travail fait grand honneur aux commissaires des douanes maritimes chinoises.

Nous avons fait le dépouillement de ces rapports, et nous allons montrer, d'après ces renseignements recueillis en Chine dans le cours de l'année 1880, et d'après d'autres qui les complètent, quelle est la production actuelle de la soie dans l'empire. Pour

(*) L'induitriade la êoie, a* édition, 1876, p. 3i à 36.

<*) &3&,38o,ooo kilogrammes de cocons. Cette appréciation si exagérée d'Isidore Hedde était cependant le résultat d'un travail très étendu , basé sur des témoignages recueillis en Chine.

(') Ces dix-neuf rapports ont été réunis et forment un volume in-&* de 1 66 pages, contenant Sa planches en couleur {Spécial unêê, n' 3, SiUc), imprimé i Gbang-baï en 1881 par ordre de Sir Robert Hart Toutes les fois que nous renverrons le lecteur à cet ouvrage, nous le ferons sous le titre de SSk, 1 88 1.

IUPRIUERIE 1I«TI0!IALI.

ne pas trop étendre celte statistique, nous n'y ferons pas entrer, malgré l'intérêt qu'elles offrent, les indications contenues dans la grande géographie Ta Thsing I-thong-chi et dans les descriptions des provinces ( 77ion^-cAt ) , publiées au xvu'et auxYiii* siècle ^^^

Nous n'avons pas compris dans cette statistique la production dans les contrées qu'on appelle la Chine extérieure et qui comprennent: 1* le Turkestan chinois, c'est-à-dire les gouvernements de Khotan et de Yarkand, le gouvernement d'Ili; a"" la Mongolie extérieure, c'est-à-dire le territoire de Kharaschar et le Barkoul (le Tchin-si-fou) qui fait partie du Kan-souh.

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