‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 37 sur 77 · CONSOMMATION · texte numérisé non relu

CONSOMMATION

kilogr.

i,58o,ooo i,56o,ooo 1,4/10,000 1,6/10,000 1,4/10,000 i,44o,ooo

On trouve dans la statistique à laquelle nous avons emprunté les comptes précédents l'estimation des quantités de soies jaunes qui sont arrivées de l'intérieur à Ghang-haî. Nous reproduisons cette estimation ci-après :

<*) BttUêlm de» êoiet et de$ êoiertee, numéro du 95 janvier i884. (» MM. Ulysse Pila et G'*, de Lyon.

■aitaaA

Éiiife

PROYBNANGES.

PfoviUoe de Sse-tchouèn :

Mmchew(')

KocpuH

Siàiong

Meyyang, Wanchu,Foayuin,

Wangki el aatres

Provin(ie àe Ghan-toaog :

Simehem

Tonglo et autres

AMNÉES (CAMPAGNES) 1883-1883.

baU«s.

i,8oo i,75o i,5oo

ball«8.

5oo

7,ûoo

bdlflt.

i,3oo 1,000 1,000

9,3oo

balles.

6,5oo

balles.

/lOO

balles.

balles.

9,750 85o 3oo

i,3oo

balles.

5,5oo a a a

('} Ces aoms sont eeox qui serteat à dés^er les soies , et ees noms , auxquels nous avons laissé la forme quMls onl dans le commerce , sont ceux des déporiements , des arrondissements ou des comannas dans lesquds las soies ont éUS récoltées.

Ainsi, le ver à soie est élevé dans toutes les parties de la Chine, depuis la Mandchourie jusqu'à Tile de Haî-nan. L'auteur du Tsanlun («Considérations sur les vers à soie 99) insiste sur ce fait que «le mûrier peut pousser en tous lieux et qu'il n'y a pas un seul endroit dans l'empire où l'on ne puisse élever des vers à soie 9. On sait qu'il existe des plantations de mûriers (la variété mongoUca) près de Djéhol (Tching-té-fou), au delà de la Grande muraille, et que des éducations de vers à soie sont faites non loin de Moukden (Ching-king), par /ii^^So' de latitude nord. Le baron de Richthofen a trouvé de petites magnaneries dans le département de Tsé-tchéou-fou , au Chan-si, à une altitude de 5,ooo pieds. On récolte des cocons jusque dans les parties les plus septen* trionales du Kan-souh (dans le nord-ouest du Barkoul). La soie était, au xii* siècle avant J.-C, un produit ordinaire de la région dont on a fait les provinces de Tchih-li , de Chan-si et de Chènsi^^); elle était abondante en ce temps-là dans le Chan-toung.

(*) Le Tchêcu^i, khen 33, édition Éd. Biot, t. H, p. 969 et 975. !«« Livre dea Ver$.

21 â SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.

Nous avons cite plus haut ce que Marco Polo, témoin de Tëtat des choses dans la seconde moitié du un* siècle, a dit de la production dans ces mêmes provinces; Aboulféda, qui écrivait aa xiv* siècle, a conGrmé les assertions du voyageur vénitien. L'importance que les éducations de vers à soie ont eue autrefois dans cette région est un fait qui n'a pas été assez remarqué.

Nous n'avons parlé précédenunent que de la production dans la Chine proprement dite, mais la sériciculture et le tirage de la soie sont répandus dans certaines parties de la Chine extérieure : dans les provinces de Yarkand et de Khotan, dans la Kaschgarie, dans le bassin fertile de l'Ili et surtout dans le territoire de Kouldja. Nous ferons connaître le peu que nous savons sur ce sujet dans le chapitre consacré à l'Asie centrale.

Nous dirons peu de chose du mûrier. Nous n'avons vu en Chine que le mûrier blanc ^^\ sauvage ou cultivé. Nous disons le mûrier sauvage, parce que les Chinois l'appellent ainsi, mais nous ne prétendons pas que les mûriers dits sauvages soient vraiment tels, qu'ils soient indigènes en tant de localités différentes; ce sont des mûriers abandonnés à eux-mêmes dans les campagnes, et l'on ignore d'où, quand et comment ils sont venus.

Une partie des mûriers qui sont dans les provinces de Chèn-si, de Chan-si, de Tchih-li, de Chang-tang, sont tout à fait sauvages; ils appartiennent, dit-on, aux variétés Bungeana et numgoUca^^K

Nous ne parlons pas, bien entendu, de ce que nous avons vu in situ, car on sait que, à l'époque où nous étions en Chine, de 18&/1 à 18/16, les Européens n'avaient pas une grande liberté de mouvements dans ce pays, mais nous avons obtenu, notre collègue Hedde et nous, par les missionnaires catholiques et même par les fonctionnaires chinois, de nombreux exemplaires, vivants on desséchés, de mûriers observés dans plusieurs des provinces de l'empire ^^\

0) Tous les anciens auteurs s'accordent â ne sifpialer en Chine que le Jlfonif ûUm et à le regarder comme originaire de ce pays (E. Bretschneider, Early Europêan rt- Mearehêt inio thê Flora qf Ckma, 1881).

(*} E. Bretschneider, On Ckinê$ê êUkworm tne». Péking, 1881, p. 8.

(^) Adolphe Brongniart et Decaisne, auxquels Isidore Hedde et nous nous avons

M. Edouard Bureau, professeur de botanique au Muséum d'histoire naturelle, est Tauteur de la monographie des Moracées dans le grand ouvrage de de Gandoile ^^\ Il n'a signalé que le ilfort» a/6a comme propre à la Chine, et en a décrit sept variétés, quelquesunes d'aprèHS les exemplaires dont nous venons de parler. Ces variétés présentent des caractères persistants qui peuvent n'être que le résultat de l'action locale dépendant du climat ou de la culture. Les variétés du mûrier blanc observées en Europe ont le style nul; celles qu'on a trouvées en Asie ont le style long. Parmi celles-ci , deux sont très répandues en Chine : le laHfolia (c'est le marier multicaule) et ïmdtca; le mangolica, mûrier tout à fait sauvage, é été découvert dans les régions les plus septentrionales, et l'on en a des exemplaires recueillis dans plusieurs provinces ^^^K

Si nous nous en tenons aux renseignements de source chinoise, deux variétés du mûrier blanc, le lau et le king, sont les plus répandues dans l'empire, les seules même dont les plantations sont formées* Le D' Bretschneider suppose que le nom rappelle le pays d'origine ^*^ ; c'est probablement la vérité ^^\

Wan Tchou, trésorier de la province de Kiang-sou, qui a écrit, en i8â&, des instructions sur la sériciculture préparées avecbeau-

reniis, â notre retour de Chine, les rameaox que nous avions recueillis (aucun de ces mûriers nVtait de la région la plus septentrionale), avaient distingué buit variétés, autant quMl leur avait été possible de faire ceUe détermination diaprés la forme des nimeaui et des feuilles et en n^ayant de fleurs femelles que pour une partie des exemplaires.

^*) A. de Gandoile, Prodromw systemotts naturalû r»gm vegelabilii, t. XVII, 1873, p. 937 à ^^7.

('} Nous écartons les variétés nigriformiM et itylo»a que Gallery et Hedde ont recueillies â Macao. Ces mûriers, trouvés dans des jardins de Macao, asset rares, et que Hedde n*a pas vus aiUeurs, venaient de Vétranger, Le ityloia a été recueilli au Japon et en Corée. Hedde a observé aux environs de Canton , au milieu dos mûriers de la variété mdka, des plants qui ont été rapportés â la variété airopurpurea. (Voir la Deêeription méthodique âe$ produite diven recueillie dane un voyage en Chine, par Isidore Hedde, p. 110 à lao.)

'') On Chineee eilktoorm treee» Pé-king, 1881, p. 8.

W Le mot Jûu rappelle en effet le royaume ou la principauté de Lou, le département actuel de Yèn-tchéou-fou, dans le Chan-toung, où Télevage des vers à soie remonte â une époque reculée. Le mot king est Tanden nom du Hou-kouang, qui comprenait autrefois le Hou-nan et le Hou-pèh , et le Hou-pèh est un des anciens foyers de cette industrie.

coup de soin , a dit : (^ Il y a deux sortes de marier : le king et le lou; le premier a de larges feuilles et peu de baies; le second a de petites feuilles et beaucoup de fruits. . . Le mieux est de greffer le lau sur le king ^^K r>

Le père Armand David a trouve le mûrier sauvage croissant spontanément et en abondance dans la Mongolie, comme dans toute la Chine septentrionale; celui qu'il a observé le plus au nord est la variété mongoUca.

La variété Bvngeana a été recueillie dans le Tchih-li.

Il serait utile de connaître les variétés dont on tire en Chine le meilleur produit; entreprise plusieurs fois, cette recherche n*a conduit encore à aucune information certaine. Sir Robert Hart a bien voulu récemment nous aider à la continuer; on na pas été plus heureux dans la nouvelle enquête que dans les précédentes, mais l'entreprise n'a pas été abandonnée.

Nous ne nous refusons pas à admettre les faits qui résultent, ou plutôt qui paraissent résulter, des renseignements obtenus par MM. F. Kleinwâchter, Georges Hughes et de Bernières; mais, faute de connaissances botaniques chez les observateurs, faute de la réunion d'exemplaires (avec les fleurs) des variétés signalées par eux et de la détermination scientifique de ces exemplaires, nous restons en présence de l'inconnu.

Ainsi, le marier existe en Chine h l'état sauvage.

Il n'y a, d'après les uns, qu'une seule espèce sauvage, appelée autrefois yen 8ang^^\ aujourd'hui yih sang; elle serait la même dans le Chan-toung, le Tché-kiang et le Kouang-toung. D'après les autres, il existe deux variétés du mûrier sauvage portant le même nom; la variété qui est au nord ne serait pas la même que celle qu'on observe dans le reste de Tempire. Enfin, bien des Chinois assurent que les variétés du mûrier sauvage sont nombreuses.

M. Kleinwâchter, qu'il faut citer souvent, parce qu'il a fait le plus d'efforts pour réunir des matériaux d'étude, a signalé, comme

(') Le Ttan-iang Hoh-pièn. (Voir The Chinese Repotilory, vol. XV 111, 1869, p. 3o6.) ^') Sang est le nom chinois du mûrier.

croissant dans la seule province de Tché-kiang. dix-huit variétés de mûrier : sept cultivées et onze dites sauvages. Il a déterminé nettement, pour chaque variété, Yhabitat ordinaire, la forme générale, la nature et le dessin des feuilles, Fépoque de la floraison et le degré de préférence accordée par les vers aux feuilles. On ignore encore à quels types rattacher ces mûriers, et, comme la remarque a été faite plus haut, ceux qu'on appelle sauvages ne sont pas des mûriers sauvages proprement dits. Il ne faut pas s'étonner de l'abondance relative en Chine des mûriers sauvages , qui sont le plus souvent des mûriers non greffés; on les trouve aussi nombreux en France. Beaucoup d'éleveurs, dans notre pays, nourrissent les vers jusqu'à la troisième mue avec les feuilles de mûriers sauvageons, et, n'était que ces mûriers donnent moins de feuilles et que la cueillette est plus difficile, ils seraient préférés, attendu que les vers nourris avec les feuilles des sauvageons filent une soie plus légère, plus nette et plus élastique.

Voici les noms chinois des mûriers que M. F. Kleinvt^âchter et son successeur au commissariat des douanes à Ning-po, M. H. Kopsch, nous ont fait connaître; ils ont été recueillis dans les départements de Hou-tchéou-fou et de Hang-tchéou-fou. Un de ces mûriers (il était représenté par un rameau portant des fleurs femelles) a été déterminé par M. Éd. Bureau; c'est le tsi-fi sang, la variété kuifolia. Les autres spécimens, qui sont pour la plupart à feuilles très larges, appartiennent probablement aussi à la variété latifoUa.

MAbibbs cultivas. Pèh-pi sang on ise sang, de Nan-sin (Houtchéou-fou), à feuilles larges et épaisses, à fruits blancs, abondants et toujours formés avant la feuillaison^^); ki-sang ou pou-ki sang, de Ya-tsoun (Hou-tchéou-fou), arbrisseau à feuilles petites et minces, quand il n'a pas été greffé; chan sang, de Té-thsing (Hou-

(^) Le p^i-pi tang est mentioDné dans le Spécimen medidnae einicae d^ André Cleyer, 1689. — Les mûres du pèk-pi $ang sont formées avant que les feuilles ne s^ouvrent. Quand l'éclosiop des vers a précédé le développement des feuilles, les Japonais écrasent les mûres et les donnent aux jeunes vers qui les rongent et peuvent aUendre ainsi la feuillaison.

tchëou-fou), arbre â feuilles longues et pointues, qu'on trouve souvent sur les montagnes et qui supporte le mieux la sécheresse et la grande chaleur; ho-yili sang, de Nan-sin, â baies blanches (c'est le mûrier dont la feuillaison est la plus précoce); Idéou-loung sangf de Gbang-lin-tsoun, au nord-K>uest de Nan-sin (Hou-tchéoufou), le mûrier dont la culture est la plus difficile^'); tsing-pisang, de villages au nord de Nan-sin , à mûres rouges.

MAriers dits sauvages. Ma sang, de Hin*chih (Hou-tchéou-fou), à fruits blancs, â feuilles grandes et velues, send[)lables à celles de YUrtica nivea (on le trouve surtout à Hang^tchéou-fou); isi-ieng sang, de Hia-chih (Hang-tehéou-fou), arbre très haut et vigoureux, à forte ramure, à branches élastiques, à feuilles épaisses que les vers mangent avec avidité; nin-sang, de Wou-chèn, arbre élevé et élégant; tchao-sang, de Yang-lou, près du lac Taî-hou; po-yik sang, de Wou-lou, près du lac Taî-hou, à tige basse, à feuilles minces, croissant dans les terres humides; tsé^i sang, de Nan-sin, à baies noires ou rouge sombre; hoang-iéou sang, de villages au nord de Haï-ning-tchéou ; y^'e sang, de Nan-sin ; mour^in-ising sang, de Hou-tsoun, près de Jin-ho-hièn; ki-kio sang, de Tong-hiang (Hang-tchéou-fou), à petites feuilles très échancrées; wou-Un^ sang, de Po-youèn (Kia-hing fou), à baies rouges.

Dans le Tché-kiang, d'après M. Kleinwâchter, tous les mûriers greffés sont appelés hu sang, et tous les mûriers non greffés, dits sauvages, sont appelés king. Parmi les mûriers sauvages {king)^ les uns sont des arbrisseaux, quelquefois presque débiles, qu'on nomme ki sang^^^; les autres sont des arbres élevés, vigoureux, qu'on nomme ouang-h/iî sang.

Pour les mûriers cultivés, greffés ou non, on s'accorde en Chine à les rapporter à deux seules variétés, qui portent des noms différents suivant les provinces ou les localités, comme suivant la façon de les tailler, etc. L'une est le king sang, qui est le yin sang

(') On ne donne les feuilles du mûrier kiéou-loung tang aux vers a soie que quand ceux-ci sont malades.

(') On appelle ki mh^ (mûiier des poules) une variélé sauvage naine, presque toujours en buisson , dont le6 feuilles sont petites et minces.

ou le yih sang modifié par la greffe ou la culture; 1 autre est le lou sang. Quand on a des mûriers king et des mûriers lau, on donne les feuilles du king aux jeunes vers et les feuilles du lau aux vers après la troisième mue.

Le mûrier qui est appelé king sang, dans le Tché-kiang, est connu dans le Ghan-toung sous le nom de siaa-yi sang et dans le midi de la Chine sous celui de hoa sang; il porte beaucoup de fruits. Ses feuilles sont petites, minces , luisantes et dentées ^^\

Le lou sang du Tché-kiang est appelé ta-yi sang dans le Chantoung, et hou sang dans le Kiang-sou et dans le Midi; il donne peu de fruits. Ses feuilles sont larges, épaisses et presque rondes. Le mûrier btf est probablement la variété latifoUa, à baies noires, du mûrier blanc; nous Tavons vu cultivé dans le Tché-kiang, le Kiang-sou et le Fo-kièn.

Les plantations de mûriers sont souvent attaquées par un insecte, le nang ou chtm-niou, le Cerostema punctator.

La taille du mûrier est regardée comme un des points les plus importants. Elle doit être conduite suivant certaines règles , et elle influe, toujours d'après les Chinois, sur la qualité de la feuille, et, par suite, sur la santé des vers. Un éleveur du Hou-4chéou-fon se plaint, dans une note écrite récemment, de l'oubli dans lequel on tient l'ancienne méthode; la taille est, d'après lui, trop fréquente.

Du reste, les procédés ne sont pas partout les mêmes. Les mû* riers sont tantôt è haute tige et tantôt nains. On greffe, ici le mûrier lou sur le mûrier king, et là le mûrier sur l'arbre kou (le Broussonetia papyrifera) ^^K

Pour obtenir des feuilles de meilleure qualité, on greffe toiH jours avec des mûriers àfiears tnâles.

Le Chinois que M. Kopsch a envoyé dans l'intérieur du Tchékiang a insisté, dans ses rapports, sur le soin que les paysans mettent à entretenir les plantations de mûriers et sur la rigueur

^*) George Hughes, Mulberry tree» in Shan-tung, a3 juin 188a.

^^ On nous a dit en Chine quVn greffe le mûrier sur le Broussonetia papyrifera; on Ta dit aussi au W Breischneider. Gela n^est pas impossible, maïs nous n*avons pas vu faire cette greffe. Elle est mentionnée par Kouo To-lo, Tauleur du Tchong-chouckou , qui vivait au tu* ou au viii* siècle.

d'une larve gris foncé est souvent lui-même d'un gris brunâtre ^^K Hutton affirme avoir observé que les résultats d'une éducation sont d'autant meilleurs qu'il y a un nombre plus grand de vers foncés ^^). On avait en France, avant la maladie, une espèce de ver à soie dont la robe était noire et qui filait un cocon blanc.

M. Kleinwâchter nous a envoyé la chenille, le cocon, le papillon , les œufs et la soie du tièn-^ing tgan; M. Frédéric Moore a reconnu dans cette espèce le TheapkUa numdarina. Nous en reparlerons dans le chapitre consacré aui soies des vers sauvages.

M. Kleinwâchter n'admet pas que le ver à soie soit indigène dans la province de Tché-kiang; nous avons toujours été de cet avis. M. Kleinwâchter, s'appuyant sur le témoignage des Chinois, a constaté que le ver à soie et l'industrie de la soie, originaires du Nord, comme nous l'avons montré, ont été portés, il y a quinze siècles ^^\ au sud du Yang-tsé kiang; il nous a appris que c'est un préfet du département de Hou-tchéou-fou , Tchéou-ming, qui favorisa le premier l'établissement de cette industrie dans la province, et que les premières éducations furent faites dans une localité située k ik kilomètres au sud-est de Hou -tchéou-fou et qui a gardé le nom de Sang-m (cde champ des mûriers 9).

Des vers â soie sauvages vivent aussi sur le mûrier dans le Chan-touDg; on les appelle tièn^î tsan («vers venus du cieM^N).

On savait en Europe, au xviii'' siècle, que la Chine avait des

(*) On ihe revertion and reêtaration of tke tUkuwrm ( The Trmuaetioni t^lhêEntcmological Sodetjf of London, 3* série, vol. II, 186&, p. 1/19 à 157). — On trouvera dans ]e mémoire du capitaine Hutton le dessin colorié de la chenille noire (pi. xix, n** 7), et Hutton a observé que les papillons des vers noirs sont plus rapprochés de ceux du TkeophUa HutUmi que les papillons de vers de couleur blanchâtre (p. 3o3 à 309).

(*) Pomier a fait la même remarque que Hutton ( Pomier, Traité sitr la manière d'élever lee ter» à eoie, 1 763 , p. s 1 1 et 9 1 9 ). Goriialia regarde les vers noirs ou de couleur gris foncé comme étant une variété non constante (p. 3i5). Boissier de Sauvages ne s^est pas prononcé sur ce point, mais il a présenté la remarque suivante : «J'ai élevé i

part des tables entières de vers noirs; ils me fii'ent des cocons de toutes les

couleurs, parmi lesquels cependant les blancs dominoicntn {Mémoire» «ur ^éducation de» ver» à eoie, t. III, p. 169).

(') Sous les Tsin orientaux, pendant le règne de Hiao-wou-li (de 373 à 397 de

^*> Geo. Hughes, Report, Silk, 1881, p. af).

à petits cocons blancs (c'est celle qui est élevéd commum^meiit), une autre race annuelle h cocodji jaunes qu'on voit aseet rarement, une race bïvoilïne à cocons blancs et une race trivoltioe

iik SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.

Nous ignorons sur quek points de la Chine ces espèces se trouvent ou sont élevées.

M. Frédéric Moore, qui ne connaît avec certitude que deux

D'où cette conclusion, toujours d'après Hutton, que, puisqu'il est dit, dans le Tchéau4i^^\ que le ma-chi (l'officier qui est chargé d'estimer les chevaux qu'on achète) a aussi pour devoir d'empécber le peuple de faire une seconde éducation de vers à soie dans l'année, c'est qu'on connaissait, onze siècles avant J.-C, dans le Nord (dans le Tchih-li, le Chan-si, le Chan-toung), une espèce de ver autre que le Bombyx fnori^'^\

Cette espèce est évidemment celle que le comte Gastellani a trouvée dans le Tché-kiang et dont l'élevage est, dit-il, peu répandu. Cette race bivoltine est appelée nizé (c'est du moins le nom que lui attribue le comte Castellani). Les vers sont à peu près semblables aux vers annuels; le cocon est blanc ou blanc verdâtre; la soie est blanche, très fine, peu nerveuse ^^K

Après avoir exposé l'opinion du capitaine Hutton et celle de Castellani, nous devons dire que les vers bivoltins [thaung-hiang) ne sont pas une exception. Nous mentionnerons en premier lieu l'opinion que Robert Thom avait recueillie, à savoir que le ver à soie primitif était bivoltin , ce qui s'accorde avec l'interdiction consignée dans le Tchéou-li. Le père Martini, parlant des habitants du Tcbé-kiang, a dit que : <(ils élèvent des vers à soye deux fois par an 9» (p. 5). S'exprimant d'une façon plus générale, il a rappelé que «(la meilleure soye se file au printemps, et la plus rude et grossière en esté; et toutes les deux se filent dans la mesme année " (p. i3a)^*^

Les auteurs chinois se sont tous étendus sur les vers bivoltins. On lit dans le Young^-kia-ki , qui date du v"* siècle : «Tous les vers à soie des premières espèces qui mûrissent deux fois par an (c'està-dire qui donnent des œufs pour une seconde éducation dans la même année) s'appellent tchin tsan (vers à soie précieux). Il y a

(^) Le TMou-U, khên do, folio 6. Tradnction de Edouard Bîol, t. II, p. 190.

(') Gap. Th. Hatton, On thê rmerêion and rettoration ofthe tUkworm {The Traniactionê ofthe EnUmulogical Society ofLondon, 3* série, t. II, p. iA5).

(3) De Véducatùm de» ver$ à eoie en Chine, faite et obeervée sur le» lieux, p. i55 â 160.

^^^ Martin Martini, Novu» Atia» »inen»i», i655. — Voir Du Halde, Dictionnaire, t. II, p. 999.

I«mMK«IC HiTTOVAtl.

peu de personnes qui en élèvcnt^^l» On mentionne» dans le Tsaliou-hing-chou, «les vers à soie qui ont quatre sommeils et qui peuvent naître deux fois dans la même année n.

Wan Tchou explique, dans le Tsan-sang Hah-ptèn, que, dans le Kiang-son , la première éducation dure vingt-sept jours et la seconde vingt et un ou vingt^deux jours, qu'on ne doit entreprendre Félevage des youèn tsan, des vers de la seconde génération, que dans des circonstances favorables.

Hedde, qui a souvent trop étendu la portée de certains faits, assure qu'on fait deux éducations par an dans les provinces de Tché-kiang et de Kiang-sou ^^^. Les Chinois nous ont dit, à nous, que la double éducation annuelle n*a lieu, à présent, que dans le territoire situé â l'ouest du lac Taî-bou, entre Sou-tchéou-fou et Tong-hiang. Gela est d'accord avec ce qu'a écrit M. £. Rocher, dont les assertions à cet égard sont positives. Nous allons les rappeler.

On fait , dans l'arrondissement de Wou-siéh ( déparlement de Tchang-tchéou-fou) et dans le département de Sou-tcbéou-fou, dans le Kiang-sou, deux éducations dans l'année; la première donne la récolte la plus abondante. Les vers de la première éducation, la plus productive, sont gros; on les appelle ta isan (gros vers), et l'on en tire la soie tay-sanm. La seconde éducation commence vingt-cinq jours après la fin de la première. Les vers de cette éducation sont plus petits; on les appelle siao t9an (petits vers), et la soie porte le iiom de houang-sse (soie sauvage). Le cocon du ta tsan est le meilleur; on le file de 6 à lo cocons. Le cocon du siao tsan est de qualité inférieure et de couleur foncée {^coaner and darker in colour) ; on le file de 1 8 à â 5 cocons ^^\

<^) Le Young-kia-ki est ia description de rarrondissement de YouDg-kia, dans le Tché-kiang.

(') Hedde n^a été aussi affirmatif que dans le Répertoire séritecknique (p. 67), qui est son dernier écrit.

^ E. Rocher, Rapart, Silk, 1881, p. 76. — Charpentier Gossigny a dit: «rLes Chinois élèvent des vers au printemps , en été et dans Tautomne , et presque tous les mois, dans la province de Kiang-nan?) ( Voyage au Bengale, an vu, t. U, p. 1 18). Chaq)entier Cossigny a connu la double éducation qu^on fait dans certaines parties du Kiangsou; quant à Télevage des vers polyvollins, qu^on ne signale aujourd'hui que dans le

Le ûen-sèng tsan (^Theophila mandarina) et le paï-yèn tsan {^Bombyx Menciu8?)j tous les deux sauvages, sont bi vol tins.

On élève en Chine des vers à quatre mues et des vers à trois mues. L'éducation de ces derniers dure de quatre à six jours de moins. Les vers sont un peu plus petits. On lit dans le Kown-kitelû: «(La plupart des vers à soie de printemps ont quatre sommeils; tous les autres vers à soie n'ont que trois sommeils ^^). 9

En6n , pour ne rien omettre , nous rappellerons que , Sir Robert Hart ayant chargé le commissaire des douanes de Ning-po de répondre à nos questions, ce commissaire (ce fut d'abord M. J. Kleinwàchter et ensuite M. H. Kopsch) a envoyé dans Tintérieur de la province, principalement dans les départements de Hou-tchéoufou et de Hang-tchéou-fou , un Chinois intelligent pour recueillir des spécimens des vers à soie domestiques on sauvages , des mûriers et des autres arbres dont les vers mangent les feuilles, et pour procéder à une enquête sur les lieux mêmes. Nous avons reçu ces spécimens (^), ainsi que les rapports originaux de cet émissaire, et nous donnons ci-après le résumé de ces rapports.

Les vers à soie domestiques que nous devons à M. Kleinwâchter et à M. Kopsch sont les suivants :

Pèhrfi tsan, de Nan-sin, bivoltin ou trivoltin. Chenille à robe blanche, papillon blanc. Première éducation : cocon blanc, ovoïde, de 3i ou 3 a millimètres de grand diamètre sur 18 ou 19 millimètres de petit diamètre ; soie blonde ou jaune pÂle , brillante et fine. Deuxième éducation : cocon blanc, étranglé au milieu, de â5 à 3o millimètres sur 1 3 ou 1 & millimètres. M. Moore regarde le pèhfi taon comme étant probablement une variété du Bombyx mari.

Hoang'kiao Uan ou lan-ichout^ [yer doré), de Choang-lin, bi-

Kouang-toung et qne Charpentier Gosaigny aurait obaervë dans le Kiang-nan , il avait Hen, comme nous Tavona dit plus haut, dans Tancien royaume de Ou, qui comprenait les provinces actuelles de Kiang-sou et de Tché-kiang.

<^} Stanislas Julien, Bé»wn4 dêê principaux traitée chinoù, p. 93, 96, 1 la , 1 1& et

^) Nous avons remis les spécimens de chenilles, de cocons, de papillons, d'œufs, de mûriers, etc., à la Chambre de commerce de Lyon; ils ont été ajoutés aux matériaux d^élude dont dispose le Laboratoire d^étude de la soie.

iT).

Yoltin ou trivoltin. Chenille à robe blanche ou blanche avec des marbrures noires ou brunes, papillon blanc. Première éducation : cocon jaune d'or ou jaune vif, de â6 à 98 millimètres de grand diamètre sur ik millimètres de petit diamètre; soie jaune d'or, brillante et fine. Deuxième éducation : cocon jaune vif, étranglé au milieu , de â 9 millimètres sur 1 & ou 1 5 millimètres. — D'après M. Moore, le hoang-kiao tsan est ou une espèce de Bombyx distincte ou une hybride intermédiaire entre le Bombyw mort et le Bombyx sinensis.

San tsim. Chenille blanche, papillon blanc. Cocon blanc. Le san tsan est, dit-on, le produit de la troisième éducation d^une race trivoltine. C'est certainement un Bombyx.

Loung-'kiao tsan. Chenille bivoltine, blanche, à la première et à la deuxième éducation. — Le loung-^kiao tsan est un Bombyx qui présente des différences avec les Bombyx précédents.

Hoa tsan. Chenille bivoltine , blanche et tachetée de noir, à la première et à la deuxième éducation. Elle est couverte de poils très ténus, maiit visibles et de couleur foncée. Les taches noires se représentent toujours de la même façon. Cette variété ou cette espèce n'a pas encore été déterminée.

M. Thomas Wardle a examiné les baves ou doubles brins du pèh-fi tsan et du hoang-kiao tsan. Ces baves présentent dans toute leur longueur une très grande régularité. Leur diamètre moyen est, pour le pèli-^i tsan, de 807 dix-millièmes de millimètre, et, pour le hoang'kiao tsan, de 990 dix-millièmes de millimètre. Nous rappellerons, pour qu'on se rende compte de ce degré de finesse, que, en moyenne, la bave d'un ver du Kiang-sou, à cocon blanc, a â9& dix-millièmes de millimètre, celle d'un ver de la race de Bione, à cocon jaune pâle, élevé à Nyons, a 3oi dix-millièmes, et que la bave d'un ver de Valleraugue, dans le Gard, à cocon blanc, a 3o5 dix-millièmes de millimètre.

Il y a, dans la province de Tché-kiang, si nous en croyons plusieurs explorateurs, une douzaine de variétés ou de races. On ne connaît aucune d'elles d'une façon certaine. L'envoyé chinois du commissaire des douanes de Ning-po a donné de la formation de

tioQ de faits à peu près semblables dans d'autres communications reçues de Chine, mais aucune observation digne de foi ne les justifie, et nous tenons ces assertions pour fausses. Combien d'autres le sont également ^'^?

Nous n'avons plus qu'un fait à signaler, et celui -là ne doit pas être négligé : Dans le même cocon, la soie peut être de couleur différente. En effet, des cocons du pih^i tsan, dont la soie est blanche à la surface et aux premières couches, fournissent dans l'ensemble une soie blonde ou jaune pale. M. Thomas Wardle a constaté pareille chose dans des cocons de la race de Bione récoltés à Nyons, dans la Drôroe. La soie étail presque blanche à la surface du cocon; elle était par degrés plus jaune à mesure qu'on dévidait le cocon, et était d'un jaune vif vers l'extrémité de la bave dévidable, le plus près de \a pelette.

Enfin, des vers k soie de la même race sont connus sous des noms différents. Dans le Tché-kiang, par exemple, le yin-tchôung, le houî-^choung et le tan-tchoung rc|)résentent la même variété. Les ^v.ers sont appelés yèn-tchaung (ver salé), quand on a lavé les œufs, Hin peu avant l'éclosion , avec de l'eau salée; houi-tchoung, quand le lavage a été fait avec de l'eau de chaux; tan^tchaung (ver naturel), ^and les œufs n'ont pas été lavés.

Nous avons transcrit, nous le répétons, celles des remarques précédentes dues h ce Chinois qui a fait enquête chez les éleveurs de vers à soie du Tché-kiang, pour montrer comme on est trompé même par les gens qu'on peut croire le mieux informés. Ce n est pas seulement des Chinois qu'on tient des faits mal observés ou de faux renseignements; des Européens même attentifs ont accepté des renseignements inexacts. La vérité est qu'on sait très peu de chose des conditions dans lesquelles la sériciculture est en Chine, surtout quant aux vers à soie. La diversité des variétés ou des races est en quelque sorte infinie ; il est bien difficile de dire quelle espèce

(0 N'a-troo pas dit que, pour obtenir Tëdosion simultanée de tous les œufs, il faut les recouvrir de farine de doUchos, et que les vers issus de ces œufs sont appelés hoa Uanf Le hoa tsan (ver fleuri) est un ver dont la robe porte des taches ou des oeeUi noirs; c'est une variété, encore indélerminée, dont la naissance est, dans plus d*un cas, indépendante de tout mode de traitement des œufs.

on a observé qu'on n'a pas réussi non plus avec des graines provenant de contrées comme le Ghan-toung, le Ghèn-si, le Ghan-si, le Ssc-tchouèn, où l'on a conservé dans l'élevage les anciennes pratiques, et que, si ces dernières graines étaient souvent saines, le produit en était médiocre comme rendement et comme qualité. Duseigneur a constaté d'ailleurs que, dans des éducations de vers chinois en France, presque tous, quelquefois même tous les vers étaient malades : preuves d'affaiblissement de race, d'après lui, et de non-acclimatation, d'après d'autres. Ges faits, singuliers n'ont pas été éclaircis ^^K

Quoiqu'on s'accorde à dire que les éleveurs chinois font euxmêmes les graines qu'ils mettent à l'éclosion, il y a, dans la province de Tché-kiang, deux localités où le grainage est une industrie spéciale , conduite avec un soin particulier, et beaucoup d'éleveurs viennent y acheter leurs graines : c'est Té-thsing, chef-lieu d'arrondissement dans le département de Hou-tchéou-fou, et Ynhiang, à peu de distance de Hang-tchéou-fou.

On sait que, autrefois, on réservait pour le grainage les cocons les plus colorés ^*^); nous n'avons pas appris qu'en Ghine on ait fait quelque remarque à ce sujet.

On sait peu de chose des résultats numériques des éducations. Un graineur italien, qui a fait des éducations à Hou-tchéou-fou en 1869 et qui en a suivi bon nombre pendant son séjour en Ghine, le comte Gastellani, a fait avec le plus de rigueur le compte du produit ^^\ Il a établi que la mortalité pendant l'élevage ne dépassait pas âo p. 100 des vers éclos, et qu'on obtenait en moyenne 1 00 livres chinoises [kin) de cocons par once chinoise (liang) de graines, soit 60 kilogrammes par 87^60, ou ko kilogrammes par once de â 5 grammes.

(') On a fait autrefois la même remarque sur des races de la Turquie d*Aflie. Des vers de la race Acrytit et de la race BelMU on obtenait en Syrie de beaux cocons et une soie jaune presque sans duvet et de la meilleure nature ; Tëlevage de ces races n^a jamais donné en France de bons résultats.

(*) Voir Bonfanti (i6ao), Isnard, etc.

^') 6.-B. Gastellani, De l'éducation de$ ver$ à êoiê en CKme, fntê et obarvée $w U» Uêux, 1861, p. 131. — Gastellani dit que, à poids égal, le nombre des cocons est plus grand en Gbine qu^en Italie ou en France; il attribue cette différence, non pas i ce que les cocons chinois sont plus petits, mais à ce que les chrysalides pèsent moins.

xvii* siècle du Khang^tcki'ioU'chi, suite de planches qui font connaître, entre autres travaux agricoles , les procédés de Tindustrie de la soie depuis Téclosion des œufs de vers à soie jusqu'au tissage. Léou-chéou fit, dit-on, ce livre au cours du xui'' siècle, mais on nous a assuré que, dans les éditions successives qui en ont été données, des changements ont été apportés aux dessins et au texte ^*). Quoi qu'il en soit, on n accorde en Chine aucune valeur à cette publication.

Les dessinateurs de Canton et de Ning-po vendent des suites de dessins au trait qui présentent des reproductions fidèles de toutes les opérations et de tout ie matériel. Isidore Hedde et nous, nous avons fait faire d'après nature, à Canton, dans les ateliers de Ting-hoa et de Sun-hoa, près de trois cents de ces dessins dans chaque atelier, dessins qui étaient d'une exactitude rare. Nous mentionnerons enfin le compte que M. Kleinwàchter a rendu de l'enquête sur les procédés d'élevage et de filature qu'il a faite, en 1880, dans la province de Tché-kiang^^^.

Nous avons parlé plus haut des instructions que Wan Tchou, trésorier du Kiang-sou, a publiées en i8&/i, sous le titre de Têansang Hoh'pièn, dans le but de faciliter le développement de la sériciculture dans la province^^^. D'autres hauts fonctionnaires dans le Chèn-si et le Hou-pèh l'avaient devancé.

Aucune institution n'a, en Chine, le caractère d'une école de sériciculture, mais il y a eu, de temps immémorial, à Pé-king, une magnanerie entretenue par l'empereur, à laquelle était attenante une plantation de mûriers ^^^ Plusieurs des temples consa-

^^) Le texte, en vers, qui accompagne chaque planche, offre peu d^intérét. Nous signalerons que, à la planche des Actions de grâces, ii est dit : «Telle est, chaque année, la source de notre fortune. Elle nous est venue du pays de Gbouh (le Ssechouèn) à une époque très reculée. 7) — On a donné, il y a peu d^années, à Ghanghaï, une édition de ce livre, avec une traduction en français et en anglais, sous le titre de SUk ilkutrated, Isidore Hedde a publié les vingt-trois planches, réduites au sixième de la grandeur, dans h Répertoire xérilechnique , p. 35 à Glt.

^*) Report, SUk, 1881, p. 46 à 58.

^' On trouvera une analyse détaillée de ces instructions, tant pour Télevage des vers à soie que pour le tirage de la soie, dans The Ckinese Repotiiory, vol. XVIII, 1869, p. 3o3à 3iâ.

(*' G^était le Tsan-chi ou Tion-hmg (maison des vers à soie), appelé plus tard Kièn-kotuin (maison des cocons), qui est décrit dans le Nong-eang-thong-khioué.

Texportation des soies de la Chine, diminution qui s*est maintenue en i883. Ce décroissement correspond à un décroissement dans les récoltes de cocons. L'attention s'est portée sur ce sujet. Nous ne ferons que rappeler les opinions qui ont cours.

La baisse continue du prix de vente, réduisant les profits, aurait, suivant les uns, fait restreindre l'élevage, rapidement déve-' loppé pour satisfaire aux demandes, et l'exportation, dit-on, revient naturellement à l'ancien niveau.

D'autres reconnaissent que les éducations ont eu une moindre largeur, mais cherchent la cause du déficit en dehors de cette diminution. On a attribué le déficit à des conditions atmosphériques défavorables. Ces perturbations se sont produites, en effet, dans les dernières années, mais ont-elles eu une étendue et une intensité suflBsantes pour amener une aussi grande diminution dans le produit des éducations ? D'autres enfin , qui ont observé et suivi avec attention le cours des choses dans le Tché-kiang et le Kiang-sou, estiment que, en général, l'élevage a augmenté dans les dernières années, que le déficit provient du plus faible rendement des récoltes et que celui-ci est dû à une maladie des vers à soie. Cette dernière explication mérite d'être retenue.

Les maladies dont les vers sont atteints en Chine sont , a-t-on dit, les mêmes qu'en Europe; elles ont été décrites (^\ et l'on^^^ n'a pas observé, au moins jusqu'à présent, qu'elles aient fait des progrès en rapport avec le décroissement des exportations. Il est à remarquer que les commissaires des douanes maritimes, qui sont en position d'être bien informés , ont expliqué dans leurs rapports la diminution de l'exportation par les effets d'une moindre demande à l'étranger, de spéculations et de récoltes amoindries, cet amoin-

<*) Nous Avons sous les yeux la description des maladies auxquelles les vers i soie sont sujets en Chine, description faite par un éleveur chinois qui est certainement expérimente et intelligent; mais il nVst pas possible d*acquérir la certitude que ces maladies sont de tout point semblables à celles qui régnent dans nos magnaneries. Les Chinois attribuent ces maladies soit aux intempéries de la saison , soit i la négligence des sériciculteurs.

(*) Cet on représente la majorité des personnes qui sont engagées dans le commerce des soies.

238 SOIES DES VERS DŒklESTIQUES DU MÛRIER.

pas que eelte industrie, à laquelle les conditions économiques sont toujours favorables, soit près d'être compromise. Il y a, d ailleurs , d autres circonstances qui sont de nature à diminuer te péril. Cest la force de résistance de quelques races ^^^ le choix des vers à Téclosion» le plus large espace qui leur est donné, la marche rapide de l'éducation par suite de l'élévation de la température, cVst l'étendue et la diversité des milieux où ce travail est exercé. Il faut aussi considérer que c'est dans une région en réalité assez resserrée que le mal est le plus grand. La majeure partie des soies que l'Occident a tirées de la Chine depuis vingt ans sont des tsat-lee et des tay-saam produits dans la contrée qui s'étend autour de Chang-haî, leur marché et leur port d'expédition. Dans une partie seulement du Tché-kiang et du Kiang-son , on a augmenté au delà de toute mesure et de toute prudence les plantations et les éducations, et c'est dans cette partie des deux provinces que la pébrine a fait de si rapides progrès. Nous sommes donc en présence d'un danger que nous tenons pour certain, et en même temps en présence d'affirmations qu'il ne faut pas croire è la gravité de ce danger. Quoi qu'il en soit, l'événement qui est survenu est de nature à inspirer des inquiétudes, et nous ne devions pas le passer sous silence. Le remède efficace sera d'une application difficile. Confucius déplorait l'ignorance qu'on avait en Chine de son temps; il disait, en l'an SaS avant notre ère, en rapportant un discours du prince de Than : <( Le savoir réside maintenant parmi les barbares des quatre côtés de l'empire. » La remarque est devenue plus vraie de siècle en siècle, et, aujourd'hui, le salut de cette grande industrie chinoise dépend de la science des Barbares. Pourra-t-on faire pénétrer cette science assez profondément, sous une forme d'ailleurs bien étroite, pour qu'elle produise un effet utile ?

Presque tous les éleveurs, on pourrait même dire tous, tirent eux-mêmes la soie des cocons de leur récolte, et ils la tirent, au-

^') Eo général, dans rexlrème Orient, notamment en Chine et au Japon, les vers de la plupart des races supportent une proportion de corpusculu beaucoup plus grande que les vers de races européennes.

La production de soies ^irmef , grossières même, est grande; la plus grande partie de ces soies sont retenues pour la consom.^ mation intérieure.

Les soies sont connues dans le commerce sous divers noms ; ces noms désignent la provenance, la qualité ou le guindrage. Le plus souvent les soies portent le nom de la localité où elles ont été produites ou vendues. La soie, produite dans un empire immense comme Test la Chine, sur des montagnes ou des plateaux, dans des vallées, sur des sols et sous des cieux différents, n*a pas partout la même nature, et le nom du lieu de récolte des cocons fait le mieux connaître la valeur intrinsèque du produit. On fait d'ailleurs, en plus d'un cas, abus de ces appellations, et telle soie qui a reçu le nom d'un district renommé vient d'un district dont les produits sont moins estimés.

Les soies de la Chine sont désignées, dans le commerce, d'une façon générale, sous trois noms qui indiquent la provenance :

Les soies dites de Chine sont les soies blanches et les soies verdàtres des provinces de Tché-kiang et de Kiang-sou ; on les appelait autrefois soies de Nankin;

Les soies dites de Canton sont les soies récoltées dans la province de Kouang-toung et qui sont, presque toutes, le produit de vers polyvoltins ;

Les soies dites jaunes viennent, à Chang-hai et à Canton, des provinces de Chan-toung, de Hou-pèh, de Sse-tchouèn et de Koueî-tchéou.

Il n'y avait, à la fin du xv!!!** siècle, que deux catégories de soies : les soies de Nankin et les soies de Canton ^^\

Cela dit, voici la signification des noms d'un certain nombre de soies :

SOIES JADNES.

Sin-€hew^*\ du département de Thsing-tchéou-fou,dan8 ia province de Chantoung.

(^) Blancard menlionne ces deux catégories, en distinguant, dans les soies de Nankin, les Tayian et les PaUy$ [Tiat-li) {Manuel du commerce de» Inde» y 1806, p. âSa et A59).

(*) Nous avons conservé Torthographe usuelle des noms.

qualité de la soie. Ainsi on divise les soies de Canton en trois catëgorios : la première, dans laquelle sont les meilleures soies, comprend les soies dites de Lmifr-kong, de Lung-^han, de Komcliuk, de Wong-hcn et de Lak-lau; dans la deuxième sont les soies de Kau-kong, de Hang^tan, de Slm-tau et de Kot-ngon; les soies de la troisième classe, inférieures, sont celles de Siu-lam et de Kwai-chau^^K

Les autres noms sous lesquels des soies sont connues ont peu d'intérêt. Dans le Chan-toung, on désigne, d'une façon générale, par hoartg'Sse ci pili-sse les soies jaunes et les soies blanches, par siao-kiènsse et ta-kièn-sse les soies tirées de petits cocons ou de gros cocons. Ailleurs, on distingue les soies par le guindrage^^^ : les long guindre et les court guindre. Dans le Sse-tcbouèn , la soie du déparlement de Mièn-tchéou est aussi appelée mièn-sse (^mièn étant représenté par un caractère différent de celui du nom du département), c'est-à-dire soie court guindre.

Deux noms s'appliquent particulièrement à la qualité : tsat-lee (toa(-/i) et tay-snam ; encore ne sont-ils usités que dans les provinces de Tché-kiang et de Kiang-sou, car les tsat^i de Canton ne sont ainsi nommés que parce que ces soies ont le guindrage des tsat-U proprement dits.

Le tsat-li [tsi'li dans le dialecte de la Cour) est une soie blanche, la plus fine.

D'où vient ce nom ? On ne le sait pas avec certitude.

Voici l'explication que nous avons donnée précédemment ^^^ : Tsat-li (tei-/() signifie sept cocons, ou plus exactement sept (ils. Le tsat'li est, en effet, une soie tirée, le plus souvent, de six ou de sept cocons, c'est-à-dire dont le brin est formé par six ou sept baves ou fils de soie ^^\

t^) S. Wells Williams, The Chinete commercial guide, i863, p. 137.

(*) On appelle guindre ou voUt ic dévidoir sur lequel la soie est enroulée; le guindrage indique les dimensions du guindre ou dévidoir, c^est^-dire de Técheveau.

(') Uinduetrie de la soie, a* édition, p. 3i.

(*) Le mot tsat-li ou tsi-li n^est pas toujours écrit en chinois de la même façon. Les caractères employés ordinairement sont les n"* 10760 et 6936 du dictionnaire de Robert Morrison (part. Il, vol. I), les n*** 3 et 11379 du dictionnaire du P. Basile

iW SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MURIEK.

Autrefois le département de Kia -hing-fou fournissaît seul les tay-saam proprement dits; on trouve ces soies à présent dans d'autres districts, d'aucuns disent avec ia même (inesse et la même qualité, nous disons, nous, filées de la même manière. Les iaysaam Ka-hing blancs ou verts ne diffèrent guère des tay-saam Chmcum, Woo-si, Ijie-yang, Shew-hing; ce sont des soies fermes filées dans le Kia-hing-fou, à Wou-siéh, dans le Tchang-tchéou-fou, à Kan-kin, dans l'arrondissement de Li-yang, dans le Ghaohing-fou.

Une race annuelle appelée aussi tay-snam (^ta-tsan) est l'objet d'éducations étendues dans la province de Kouang-toung^^^; on a vu plus haut que, à l'est du lac Taï-hou, au moins dans le Soutchéou-fou et le Wou-siéh-hièn , on élève dos vers bivoltins, et que les vers de la première éducation, plus gros que ceux de la seconde, sont désignés sous le nom de tay-snam ou ta-tsan ^^\

On élève dans le Tché-kiang et le Kiang-sou des races différentes, mais nous répétons que, si l'on en croit les sériciculteurs chinois, la qualité de la soie dépend moins de la race du ver que de la nature de la feuille dont il a été nourri, du mode de l'élevage et de l'époque, principalement de la façon dont les cocons ont été tirés.

Des graineurs européens ont assuré que les cocons dont on tire, dans le Tché-kiang, les tsat-li et les tay-saam, sont le produit de vers de la même race élevés dans des localités différentes. C'était l'opinion de Duseigneur qui avait fait des éducations comparées de vers issus, les uns, de graines venant «des districts des Isat-liT), les autres, de graines venant «des districts des iaysnamyi.

MM. Kleinwàchter et James-H. Hart se sont prononcés nettement sur ce point. Les isat-li et les tay'Smm, disent-ils, proviennent de la même race de vers, et la différence dans la qualité est duc uniquement à la différence dans le mode de tirage. M. James-H. Hart a fait la remarque que, quand la récolte manque dans les districts des t$at-li, les Chinois de cette contrée vont

<') J. Porter, vice-commissaire des douanes à Canlon, Report y Silk, 1881, p. 1/18. '-) E. Rocher, Report, Silk, 1881, p. 75.

nières années, soit par le fait de l'hostilité du Gouvernement ou du peuple, soit par suite d'une mauvaise direction , l'exploitation de ces établissements a été plusieurs fois interrompue.

On compte 1 8 ou 1 9 filatures.

10, dans l'arrondissement de Nan*haî (Nam-hoi, à près de 3o milles de Canton), contiennent â,/ioo bassines; elles produisaient, par an, de 60,000 à 70,000 kilogrammes d'une soie de 1 à 1 II deniers , qui , sans être de premier mérite , remplaçait cependant les soies des Cévennes ou du Piémont dans certains emplois. Ces filatures sont presque toutes la propriété et étaient sous la direction de maisons de commerce chinoises ^^\ Le plus ancien de ces établissements a été fondé vers 1870. Le 5 octobre 1881, à la suite d'une émeute à laquelle les tisseurs ont pris une part active, un de ces établissements a été attaqué et dévasté par le peuple, et le magistrat de l'arrondissement a donné l'ordre de fermer les autres usines ^-^^

Une filature élevée près de Hang-tchéou-fou n'a pas marché longtemps.

6 filatures, contenant en tout près de 900 bassines, ont été nif<)ntées à Ghang-haï, aux environs de la ville ou dans le périm^re des concessions étrangères. La première, de 100 bassines, fondée en i86â , a été arrêtée en 1866 ; la deuxième, de 1 bassines, ouverte en 1866, fut fermée dans la même année. Une autre (la filature Kee-chang) est à Ghang-haî même; elle a été fondée en 1878, contient â56 bassines, et ses produits (de i5,ooo à 18,000 kilogrammes), vendus à Lyon, sont tellement estimés par nos fabricants qu'ils sont le plus souvent retenus à l'avance. 3 filatures, enfin, ont été construites récemment ^*^. En i883, on a travaillé pendant toute la saison dans k filatures qui présentent un total de 872 bassines ^^l

(') Les soies qui sortaient de ces filatures en portaient le nom : King-wo-cheanfr , Kaî-cheongAong , Toung-wo-cheong , Min-kif^long, etc.

^^) F.-E. Woodniff, commissaire des douanes maritimes à Canton, Repart, Silk, 1881, p. 9 et 10. — Bullelin des soia et des ioierieê, numéro du 96 novembre 1 881 .

^') Commercial reporté by lier Majenty's comuU in China, 1 88a- 1 883 , p. 18.

(*) Ulysse Pila et C'', Statistique de la production en Chine, 1882-1 883, p. 93; i883-i88/i, p i5. — Lctires de Gbang-haï.

kilogrammes de soies, le centième de ces soies ne sortaient pas des filatures perfectionnées, quand celles-ci étaient toutes en pleine marche, et aucune de ces filatures n'était française. Ce sont des Anglais, des Américains, des Chinois, qui les ont élevées. Croiton donc que nous ayons seuls le secret de cet art de la soie que nous avons pris à fltalie et qui y est redevenu si avancé? Dépend-il de nous de frapper d'immobilité l'industrie de l'Asie ?

En ce moment (dans le premier semestre de i883), on établit encore de nouvelles filatures en Chine, et ce n'est pas, plus que précédemment, avec des capitaux français. On a tiré d'Italie le matériel de toutes les filatures, une seule exceptée; on a fait venir aussi d'Italie toutes les maîtresses fileuses. On voit comme le tableau qu'on a tracé diffère de l'état vrai des choses. Il est à regretter qu'on n'ait rien enlevé à la France, car notre pays aurait gagné certainement à la vente de métiers et à l'engagement d'ouvrières ^^\

Sans notre volonté, sans nos capitaux, sans nos bras, cette industrie progressera fatalement; ses produits alimentent nos manufactures et leur sont absolument nécessaires. Il faut envisager avec un esprit viril les conséquences inséparables du mouvement en avant qui entratne les peuples travailleurs. Ce qu'on a appris des progrès de la pébrine en Chine, ce qu'on sait de l'état des choses aux extrémités de l'Occident et aux extrémités de l'Orient, donne lieu de penser que la prééminence n'échappera pas h ceux qui peuvent joindre à l'éner^j^ie dans le travail la science qui est infinie.

Les produits des filatures montées à l'européenne sont recherchés; il est vrai que la quantité en a été petite jusqu'à présent.

Les cocons de Chine sont, en général, de moins bonne nature que les nôtres; beaucoup de ces cocons sont même mauvais. Nous disons en général, en songeant surtout à la masse de cocons qu'on récolte dans les provinces du Nord, du Centre, de l'Ouest et du Midi, mais il y a, dans le centre oriental, dans les provinces de Tché-kiang et de Kiang-sou, une petite région, celle dont nous

^*) Les bassines de la filature qui a été montée le plus récemment oui été tirées d'Italie; le directeur de Télablissement est Italien, les surveillantes sont Italiennes.

d'Europe. C'est le prix qu'on prend, de nos jours, le plus en considération.

Quoique les propriétés du brin de la soie soient modifiées par la filature, il n'est pas indifférent d'avoir la matière première de la nature la meilleure. La soie de Chine diffère de la soie de France; dans ce temps-ci toutefois, on n'est pas très exigeant.

Persoz père, qui a étudié la ténacité et l'élasticité des soies^^^, a constaté que, tandis que la soie de France (l'échantillon venait d'Avignon) a une ténacité représentée par m et une élasticité représentée par i&./t, la soie de Chine (l'échantillon venait de Chang-hai) aune ténacité de A. 3 et une élasticité de 7.3 ^).

Les soies de Canton sont le plus souvent duveteuses. Une soie duveteuse est défectueuse ; ces petites aspérités nuisent à la qualité et surtout diminuent le brillant de la soie. On ignore quelles sont les conditions dans l'éducation des vers qui sont la cause de ce défaut. Il est certain que la bave a été sécrétée dans des conditions défavorables encore inconnues : le duvet qui a deux ou trois soudures, au lieu d'une, ne se dessoude pas facilement, et, quand il rencontre la bave des autres cocons qui concourent à la fabrication du fil de grège, il s'y soude et ne peut plus en être détaché ^^^. Une grande quantité de duvets isolés dénotent un manque de ténacité de la soie, souvent aussi un manque d'habileté de la fileuse.

Mais Tinfériorité de la soie de la Chine par rapport à la soie de la France ou de l'Italie (dans les cas oii elle existe) importe

^') Bulletin de la Société zoologique d* acclimatation , iSGu, p. 566.

^^^ M. Thomas Warde a obtenu des résultats différents, mais qui montrent aussi la supériorité de la soie do France. La bave de ver a soie à cocon blanc de Vallcraiigue, dans le Gard, a, en moyenne, une ténacité de 8 gr. 5 et une élasticité de

5 cent, a; la ba?c du ver à cocon blanc du Kiang-sou, en Chine, a une ténacité de

6 gr. 9 et une élasticité de h cent. g.

(^) L^explication est de Duseigneur. Le duvet est, suivant Pauteur du Cocon de ioie, le fractionnement du paquet ou bave, et la réunion de quinze n vingt duvets constitue un paquet complet (a* édition, p. 308, aog, a37 et a38). Il est peut-être plus simple de dire que, quand la bave ou le double brin de soie ne se développe ni ne se tend entièrement, un repli ou une boucle se forme, se soude et produit le duvet. Plusieurs replis ou boucles peuvent se former au même point. La formation de ces boudes ou duvelt dépend ordinairement de la nature de la bave, quelquefois aussi de la façon dont la course du dévidoir a été réglée ou du défaut de soin de la Gleuse.

La Compagnie des Indes voulut même en rendre l'usage obligatoire pour le tissage de certaines étoffes, et la fabrique de Lyon, résistant à cette prétention, soutint un très long procès contre la Compagnie et le gagna. Cela s'est passé de 1713 à i7i&»La Chambre de commerce de Lyon, instituée en 17011, intervint, et l'on trouve dans les registres de ses délibérations plusieurs des pièces qui furent produites à ce procès. Il fut établi dans les expertises que les soies de la Frauce, comme les soies de l'Italie, pouvaient remplacer les soies de l'Inde et celles de la Chine, mais que la soie de la Chine, la soie blanche de Nankin comme on l'appelait alors, était indispensable pour le tissage des gazes et des dentelles.

En 1781, cette soie fut frappée à l'entrée d'un droit de 5 p. 100; les fabricants de gazes de Paris et de Lyon sollicitèrent la levée de ce droit, et l'on voit, dans le mémoire qu'ils adressèrent à ce sujet au Conseil du Roi ^^\ que la soie ce de Nankin r> était encore la seule dont ils fissent emploi; ils en consommaient de 100,000 à 130,000 livres par an.

Pendant près de quatre-vingts ans, les fabricants de Lyon ne se sont plus servis des soies d'Asie , et l'on avait même perdu tout souvenir de leur nature et de ieur qualité, si bien que, quand on eut recours à ces soies è la suite des ravages de l'épidémie, on passa plusieurs années à essayer de les rendre propres par l'ouvraison à nos fabrications et de leur faire prendre la place de nos soies qui faisaient défaut.

En Chine, chaque fileur, souvent aussi chaque marchand de soie, a sa marque; chaque paquet de soie porte, renfermée dans une enveloppe, l'adresse du fileur ou du marchand. Le prix de la soie varie naturellement suivant la qualité, mais aussi suivant la marque qui fait préjuger de la qualité. On connait aujourd'hui

rence de qualité cnlrc les soies de la Chine et celles du Bengale : rrSoye de la Chine la meilleure, 665 iiufnone ou thaiU \epic de ia5 livres, . . . soye de Bengale la meilleure, 53o siumonc, soye de Tonquin, ââs siumone. . .n (Kaempfer, Histoire

naturelle de Vempire du Japon, t. II, 1729, p. 90).

^'^ Archives de la Cliambre de commerce de Lyon. — P. Arlès-Dulbur a insère une partie de ce mémoire dans le très intéressant petit livre qu'il a publié en i83/j sous le titre de Un mot sur le$ fabriques étrangèi-es de soierie (p. lia à 116).

Notre collègue dans le Jury de l'Exposilion , M. Prosper Giquel, directeur de la Mission chinoise en Europe, nous a traduit l'adresse suivante :

ce Maison Tchang-mëou.

c(Tchou-lan-po, du bourg de Ling-hou ^^\ a i'honneur d'informer le public qu'il a ouvert à Pé-king, à Hang-tchëou-fou , à Fou-tchéou-fou, à Canton, des magasins de soies, où l'on trouvera en abondance des soies têal-K et des soies tay-soGm fî nés, blanches, de première quah'të, de huit (ils, pour chaînes de satin.

«Les honorables clients qui voudront bien s'adresser à nous doivent faire attention à la marque et au sceau de notre maison, afin d'éviter d'être trompés. - . »

Entre les soies grèges et les soies ouvrées, nous plaçons les soies redévidées (^re-reeled). Ce sont des soies grèges dévidées de nouveau , comme le nom Tindiquc.

Ce travail est fait h Canton d'une manière suivie; les sortes connues sous les noms de Kom-chuk, de Lak-lau et de Kot-ngon ^'^^ sont presque toutes redévidées, et il en est de même des soies du Tong-king qui ont leur principal marché à Canton. C'est principalement dans le Tché-kiang, dans les départements de Houtchéou-fou, de Hang-tchéou-fou et de Kia-hing-fou, qu'on prépare le plus de soies de ce genre. Nan-sin ou Nan-sun est le vrai marché de cet article. Le redévidage est fait, à la campagne, par des femmes, des jeunes garçons et des jeunes filles, payés à la tâche et qui peuvent gagner jusqu'à k^ centimes par jour. Le déchet est de 10 à i5 p. loo. Les soies redévidées sont presque toutes expédiées aux Etats-Unis, et la demande en augmente chaque année. On estime qu'il a été exporté de Chang-haî, en 1879, &Q 0,000 kilogrammes de ces soies ^^\

On vend, sur ce dernier marché, des soies appelées jCk/ure« (soies de filature) qui sont achetées pour la plus grande partie par

(^) Ling-hou est un bourg situé près de Hou-lchéou-fou, dans le Tché-kiang. (*' Ces noms sont ceux des villages du département de Kouang-lchéou-fou où ces soies ont été filées.

<^^ E. Rocher, Report, Silk, 1881, p. 79.

Autrefois, il y a trente-cinq ans, les ouvraisons de Sou-tchéoufou étaient renommées, et les manufactures anglaises en faisaient une assez grande consommation. Les soies ouvrées de Sou-tchéoufou (iSou-<tVt) étaient généralement des tsat-li et des ynèn-fa montés en organsin. Isidore Hedde a visité, non sans péril, deux ateliers de cette ville, et a fait faire, à Sou-tchéou-fou même, des modèles du métier à filer (à Jilager, pour être plus clair) et du métier à tordre.

Le moulinage est le mieux organisé dans le Tché-kiang, quoiqu'il n'y ait, à proprement parler, aucun grand établissement; il ne parait pas qu'on ouvre aujourd'hui la soie ailleurs que dans les départements de Ghao-hiog-fou et de Hang-tchéou-fou. On compte dans le Ghao-hiog-fou environ 900 métiers (à filer ou à tordre), et dans le Hang-tchéou-fou environ i,3oo métiers. Ghaque métier donne, par jour, 1 kilogr. 5 00; le déchet est de 12 p. 100, et l'on a calculé que la production des soies ouvrées, dans la province de Tché-kiang, est de 790,000 kilogrammes par an ^'K

La ville de Tchang-tchéou-fou , dans le Fo-kièn, possède 9/19 petits ateliers ^^\ Nous en avons visité plusieurs en i8&5; le matériel était le même qu'à Ning-po. On faisait alors à Tchang>lchéou-fou des poils [soies Jilagées) qui étaient estimés.

Nous ignorons quel est le nombre des ateliers de Ganton et des environs; ils sont nombreux, et ils l'étaient bien plus autrefois. Les mouliniers cantonais ont toujours passé pour habiles. Ils font des organsins différents de ceux qu'on fait dans la province de Kiang-sou, particulièrement à Sou-tchéou-fou. Les meilleures soies montées pour crêpe sont toujours venues de Ganton ^^^ Hedde a décrit les métiers qui sont en usage dans cette ville ^^\ et a rapporté le moulin à tordre la soie pour crêpe. Les Gantonais travaillent peu aujourd'hui pour les fabriques étrangères.

(<) R.-B. Moorhead, Report, SiUc, 1881, p. 1 la.

« F.-E. Woodruff, Report, Silk, p. lûi.

(^) La fabrication du crêpe est toujours grande en Chine.

^*) Isidore Hedde : Descr^tion méthodique de» produits diven recueiUiê dan$ un voyage en Chine, p. 1&9 à 1/17, et Etude$ iéritechmiiues $ur Vaucamon, 1876, p. 98 et ag.

Les paquets de soie moulinée contiennent, comme ceux de soie grège, l'adresse ou le prospectus du moulinier ou celui du marchand qui a- présenté la soie sur le marché. Il n'est pas sans intérêt de faire connaître deux de ces adresses ^^^ :

« Loung-yu , du pays de Thsin , en jouant de la flûte , attirait le phénix.

c( Dans notre magasin nous nous sommes appliqué nous-méme à choisir, au sortir de l'eau toujours pure (de la bassine), des soies tsatAi, de la première qualité, d'un fil continu, filées à Nan-sin. Maintenant, nous en avons fait exprès de véritables soies de chaine, lesquelles sortent de l'eau la plus pure et sont tordues de gauche à droite. Nous n'avons pas épargné la peine dans le but d acquérir une réputation durable et lointaine.

c(Ën vérité, nous craignons que des individus qui, ne visant qu'au gain, ont l'impudence d'ajouter à la soie du thang fen (du sucre et de la farine), n'osent usurper l'enseigne de notre maison et n'arrivent par là à tromper nos honorables clients. C'est pourquoi nous avons ajouté cet avis, afin qu'on puisse s'en souvenir toujours^»

«IN^Mification faite par la maison de commerce Heng-chunhang, de la ville de Nan-sin. . .

« Les soies pour chaine de notre maison , qui porte l'enseigne du Pic de la grue, peuvent être reconnues comme provenant de soies fines tsat-li, bien triées, produites par des vers à soie n'' i. Nousmême nous avons conduit et surveillé le travail de nos propres métiers. En vérité, nous vendons des chaînes renommées qui, au sortir de l'eau la plus pure , ont été épluchées deux fois et tordues à gauche. Depuis quelque temps, des gens qui n'ont en vue que le gain ont usurpé la marque du Pic de la grue pour tromper les acheteurs ...»

Nous avons dit que la Chine produit 9,800,000 kilogrammes de soies du ver du mûrier. Près de la moitié de ces soies sont exportées et alimentent les fabriques de l'Europe, de l'Inde et des

(') Ces adresaes ont été traduites par Stanislas Julien.

États-Unis. De l'autre moitié de ces soies, la plus grande partie est absorbée par les manufactures indigènes : tissage, broderie, passementerie y retordage. Les caboteurs chinois portent aussi des soies dans l'Archipel Indien jusqu'aux lies de la Sonde, et, dans tout FArchipel, les indigènes en font des étoffes. Enfin, il reste toujours une certaine quantité de soies sur les marchés chinois.

L'exportation des cocons a peu d'importance, elle a augmenté lentement jusqu'en i88â.

Exportations des oooons.

Périodes triennales.

Années. . .

De 1866 à 1868 De 1869 i 1871 De 1872 i 187d De 1875 à 1877 De 1878 à 1880

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