Meilo. Kunst und Kunstler in Kôln
L'ALLEMAGNE ET LA BOHEME
Mardochée en présence du roi, au banquet d'Esther, boire dans un gobelet en bois (fig. 11 5). On a démontré qu'à Vienne, des décrets de i354 et de i36o permettaient la vente des verres, soit de Venise, soit d'autres lieux, sur le grand marché seulement, tandis que les verres de forêt, c'est-à-dire sans doute les verres du pays, pouvaient être vendus partout ailleurs dans la ville; en 1 363, il y avait eu une corporation de verriers à Augsbourg. On assure qu'en 1420 Vincenz Roder se rendit d'Allemagne à Murano, pour enseigner aux Italiens la façon de doubler le verre avec des feuilles métalliques; on veut même qu'un siècle auparavant une .,,. , , . ■ - . , , ...
1 r (Vie des saints et des saintes de la famille
pareille tentative ait déjà été faite par un Allemand; enfin on certifie qu'à la fin du xve
siècle un Allemand apprit aux Vénitiens à faire le cristal, c'est-à-dire le verre à base de plomb ; l'assertion nous paraît extrêmement hasardée, car dans les anciennes verreries de la Thuringe, situées dans le massif de montagnes des Fichtelgebirge, la fabrication du cristal était inconnue aussi bien que dans le reste de l'Allemagne. Ces verreries des Fichtelgebirge paraissent être les plus anciennement exploitées d'une façon suivie. A la vérité, il faut attendre jusqu'au xvie siècle pour se
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FIG. Il6. ALLEMAGNE.
XVIe SIÈCLE.
de l'empereur Maximilien.) Dessin de Hans Burkmayer.
trouver en présence de verres de fabrication allemande authentiques, présentant en même temps un caractère de décoration spéciale; l'Allemagne eut alors deux centres principaux de fabrication , Nuremberg et Prague.
Nuremberg avait déjà, au xve siècle, une grande importance; c'était la première ville de l'Allemagne.
FIG. 117. ALLEMAGNE, XVIe SIÈCLE.
Les marchands de Venise y passaient pour aller trafiquer, dans les pays du nord, dans les villes de la Hanse, en Pologne, en Hongrie, de leurs produits et des denrées que leurs navires allaient chercher dans les pays orientaux; Alvise Mocenigo, ambassadeur de la République auprès de Charles-Quint, écrit dans un rapport daté de 1 548, en parlant de Nuremberg : « Cette ville a la réputation de se mieux gouverner que toute autre cité allemande; aussi l'appelle-t-on la Venise de l'Allemagne, » A Venise, on disait : « Toutes les villes d'Aile-
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fig. 118. — Allemagne, 1584, — (Musée de Nuremberg.)
magne sont aveugles, mais Nuremberg voit avec un œil ». Le gouvernement de la cité était exercé par des conseils choisis parmi les familles patriciennes ; on remarque que les corps de métiers n'étaient que très faiblement représentés dans ces assemblées, et que dans le Petit Conseil, dont l'autorité, en dépit de son titre, était très grande, il n'y avait que huit représentants des métiers sur quarante-deux membres, c'est-à-dire une minorité sans action dans les décisions; — et dans ces métiers ne figurent pas les artisans, verriers, orfèvres^ sculpteurs sur bois, ciseleurs; au temps d'Albert Durer, il n'y avait pas encore de corporation dans la ville1, et ce n'est que vers i53o que la corporation des menuisiers, la première en date, parvint à s'organiser. Cela tenait à un parti pris du gouvernement de la cité : il écartait systématiquement des conseils l'influence des corps de métiers, et s'il admettait leur présence ce n'était que polir leur donner une satisfaction toute platonique; il s'opposait à tout groupement des hommes de métiers et des artistes. On peut supposer que ce système d'exclusion était provoqué par la crainte de voir les artisans et les artistes prendre dans la cohésion une force que l'on regardait comme nuisible aux intérêts de l'État, et peut-être les patriciens jugeaient-ils les artistes incapables de gérer les affaires publiques. La conséquence de cet état de choses fut l'absence de toute espèce de réglementation officielle dans l'exercice des métiers, et on s'accorde en Allemagne à trouver que cette liberté fut un bienfait inappréciable pour le
i . Albert Durer, par Moriz Thausing, traduction par G. Gruyer .
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développement des arts. Il est curieux de comparer la situation des artistes de Nu- /*,%•* s. remberg à celle de leurs confrères de Venise. D'une part, liberté complète; de l'autre, autorité et contrôle absolus s'exerçant sur les plus minces détails de la fabrication ; ici, l'homme est tout, la corporation n'est rien; là, l'homme n'est rien, la corporation est tout; et, chose digne d'observation, les deux systèmes diamétralement opposés arrivent au même résultat : le développement de la production et la qualité du produit.
Ces antithèses peuvent rendre perplexes et hésitants ceux qui, attribuant aux maîtrises , aux corporations et aux jurandes le degré d'élévation \ auquel sont arrivés jadis les arts du mobilier et de la décoration, déplorent leur décadence actuelle et cherchent un remède à la situation. Il nous paraît cependant que plusieurs conséquences sont à tirer de
ces exemples. La première, c'est qu'en ces matières rien n'est absolu et que tel système, bon en Italie, est mauvais en Allemagne; la seconde est plus importante : la liberté complète dans l'exercice de la profession d'artiste, loin d'être un obstacle à l'éducation de l'élève et au développement des qualités du producteur, peut être un
bienfait, sous la condition que l'élève et l'artiste aient l'amour du travail et le goût du métier. En effet, tandis que le système des corporations confine l'individu dans une profession , après l'avoir soumis à une éducation exclusive, le système de liberté lui permet de passer d'un atelier dan s l'autre, de s'exercer par exemple à la ciselure sur métaux, pour apprendre ensuite l'émaillage, la sculpture sur bois, la gravure sur verre, et finalement adopter la profession qui lui paraît entrer le plus dans ses aptitudes naturelles.
Il nous a paru intéressant de présenter sous une forme biographique l'existence de quelques-uns des maîtres de Nuremberg, Autour d'Albert Durer le jeune, qui était peintre, sculpteur, ciseleur en métaux, émailleur et orfèvre, gravitait une pléiade d'artistes, les uns originaires de la ville, les autres venus de divers points de l'Allemagne et même des Flandres; c'est dans ces