FI G. 13 4.. ALLEMAGNE
BOUTEILLE ÉMAILLÉE PAR AUGUSTIN HIRSCHVOGEL ("j" I560).
(Musée de Nuremberg.)
LA VERRERIE. l8
Romer : verre de la forme classique des verres à vin du Rhin.
Willkomm : verre de bienvenue en traduction littérale ; en France et en Angleterre, on a changé ce mot en celui de vidercome, qui donne une idée de retour, de revenir de nouveau.
Pokal : bocal ; l'expression s'applique plus particulièrement à des verres ayant un couvercle.
Humpen : hanap.
Flasche : bouteille, fiolle.
Passglass : verre cylindrique dont le pied est formé d'un simple cordon ou d'un renflement.
Kanne : aiguière, canette.
Henkelkanne : aiguière, canette à anse.
Gutruf ou Gutrolf : flacon à col étroit pour verser doucement.
Flugelglass : verre à boire à anses en façon d'ailes.
Kelchglass : verre à boire en forme de calice.
Waldglass, se dit des verres qui se fabriquaient au xive siècle dans les forêts de l'Autriche.
Les noms: verres des Apôtres, verres des Sept Electeurs, verres du Saint- Empire, se donnent aux vidercornes décorés des figures des apôtres, des armoiries des sept Electeurs, des armoiries du Saint-Empire romain et de ses dépendances.
Les verreries de la Bohême ne prennent une réelle importance que vers la fin du xvie siècle; il en existait
L'ALLEMAGNE ET LA BOHEME
certainement déjà auparavant : on en cite à Daubitz, en 1442, et à Falkenau en 1443 ; une autre, dirigée par Peter Berka, près de Georgenthal, paraît même être antérieure. En 1 504, il yavait à Kreibitz une verrerie tenue par Amon Friedrich; en 1 536, un Suédois, Wander, fonde un établissement à Grû nwald , dans le nord de la Bohême, et il reçut l'aigle en 1599, c'est-à-dire le privilège impérial; un nommé Schurer invente, paraît- il , le verre bleu au cobalt en 1540.
Mais ces établissements n'eurent aucune influence sur l'art de la verrerie en Bohême; c'est à Prague que cet art prit naissance. La capitale de la Bohême avait déjà, au xive siècle, une école de peinture renommée; l'empereur Charles IV, qui réunit sur sa tête les couronnes d'Allemagne et de Bohème et dont le règne eut lieu de 1347 à 1378, favorisait les arts; il construisit des palais à Prague sur le Hradschin, et fit venir d'Italie des mosaïstes qui représentèrent sur un mur de la cathédrale de Saint- Veit le ju*
FIG. I35. ALLEMAGNE. XVIe SIÈCLE.
Décoration émaillée du verre fig. 134.
gement dernier où figurent l'empereur, sa femme et les six patrons de la Bohême.
Les successeurs de Charles IV eurent moins de soucis des arts que ce prince et laissèrent Nuremberg prendre la suprématie. Cependant l'empereur Rodolphe II (1576-1612) fut passionné pour les sciences et les arts; d'un caractère sombre, il restait enfermé dans son palais, s'occupant d'astronomie et de beaux-arts et négligeant les affaires du gouvernement au point de se laisser enlever par son frère Mathias une partie de son empire. Il avait appelé à Prague des Italiens célèbres dans la gravure sur cristal de roche ; cet art était pratiqué alors par Bernardi à Castelbolognese, par les Misuroni à Milan, par Bontalenti à Florence ; lorsque l'empereur établit sa résidence à Vienne, les graveurs sur cristal de roche furent privés de travaux ; ils pratiquèrent alors leur art sur le verre du pays. Mais les Italiens n'eurent pas longtemps le monopole de la gravure et, dès i5go, l'empereur avait donné à un Allemand, Gaspard Lehmann, le titre officiel de graveur sur pierres fines et sur verre. Lehmann était de sa profession ciseleur sur métaux; il s'adonna à la gravure sur pierres fines et chercha ensuite à appliquer ses procédés sur le verre; il réussit et conquit la faveur du souverain, qui l'attacha à sa personne à Prague et à Vienne; l'artiste devint célèbre et fit école; Schwanhard l'aîné, de Nuremberg, vint à Prague, à l'atelier de Lehmann, et profita si bien de son enseignement qu'il remplaça le .maître dans ses fonctions à sa mort, en 1622. Avec Lehmann, la verrerie de Bohême changea d'aspect; -avant lui> les verriers faisaient venir des modèles et
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des verres de Venise et se contentaient de les décorer dans le goût allemand, au moyen d'émaux colorés; mais, dès qu'ils se mirent à tailler le verre, ils durent changer les formes. Le verre de Venise, dont l'essence est la légèreté, comporte une gravure fine et délicate, mais non point la taille ou la gravure profonde; il fallut donc aux artistes de la Bohême une matière plus résistante, c'est-à-dire plus épaisse; les formes subirent dès lors un changement radical : elles devinrent plus lourdes, plus solides, plus confortables, et en ceci , du reste, elles se rapprochèrent du style allemand.
En même temps que la gravure et la taille, la fabrication fit des progrès ; le verre de Bohême était primitivement assez grossier, mal raffiné, verdâtre; il devint plus fin. et blanc, les verriers ayant pris pour but l'imitation du cristal de roche. Ainsi créé, le genre de Bohême fit en Europe de très rapides progrès et fut adopté en Allemagne et dans les Pays-Bas, soit par les verriers du pays, soit par les marchands d'articles d'importation.
La fabrication de Bohême prit un développement considérable, qu'il ne nous est pas possible de suivre