‹ L'art de péterChapitre 15 sur 57 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

vertèbre rëtui de la moelle allongée, et, par cette destruction, donner la mort.

Toutes ces causes sont produites par l'usage des raves, des aulx, des pois, des fèves, des navets et en général par tous les autres alimens venteux dont on connoît les vertus maléficîentes, et qui forment le son clair, successif et court par intervalles que l'on entend lors de l'éruption du pet. Hélas ! combien de poulets tués dans les œufs, combien de fœtus avortés ou étouffés dans le sein de leurs mères par la force de l'explosion ! Le diable même en a pris la fuite plus d'une fois. Entre plusieurs histoires qu'on lit à ce sujet, je vais en rapporter une, dont la vérité est constante.

Le diable tourmenloit depuis long-tems un homme pour qu'il se donnât à lui. Cet homme ne pouvant plus résister aux persécutions du malin esprit, y consentit sous trois conditions qu'il lui proposa sur-le-champ, i» Il lui demanda une grande quantité d'or et d'argent ; il la reçut dans l'instant. 2° Il exigea qu'il le rendît invisible : le diable lui en enseigna les moyens, et lui en fit faire l'expérience sans l'abandonner. Enfin cet homme étoit fort embarrassé sur ce qu'il lui proposeroit en troisième lieu, qui pût mettre le diable dans l'impossibilité de le satisfaire ; et comme son génie ne lui fournissoit point à l'instant l'expédient qu'il en attendoit, il fut saisi d'une peur dont l'excès le servit par hasard fort heureusement, et le sauva de la griffe. On rapporte que, dans ce moment critique, il lui échappa un pet diph-

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thongue, dont le tapage ressembloit à celui d'une décharge de mousqueterie. Alors, saisissant avec présence d'esprit cette occasion, il dit au diable: Je veux que tu m'enfiles tous ces pets, et je suis à toi. Le diable essaya l'enfilement ; mais quoiqu'il présentât d'un côté le trou de l'aiguille, et qu'il tirât de l'autre à belles dents, il ne put jamais en venir à bout. D'ailleurs, épouvanté par l'horrible tintamarre de ce pet, que les échos d'alentour avoient rédupliqué ; et confus, forcené même de se voir pris pour dupe, 11 s'enfuit en lâchant une vesse infernale qui infecta tous les environs, et délivra de la sorte ce malheureux du danger émineJit qu'il avoit couru.

Il n'est pas moins constant par tout l'univers, dans tous les royaumes, les républiques, les villes, les villages, les hameaux; dans toutes les familles et les châteaux de campagne où il y a des bonnes, des vieilles et des bergers, dans les livres et les histoires anciennes, qu'il s'est trouvé une infinité de maisons délivrées des diables par le secours des pets, sans doute des pets diphthongues. En effet, c'est le plus grand spécifique que nous conuoissions pour bannir le diable ; et VArt de péter que nous présentons aujourd'hui, en nous faisant des amis, nous attirera certainement la bénédiction des peuples qui en sont tourmentés. Nous sommes persuadés qu'il faut tromper l'art par l'art, la fourbe par la fourbe ; qu'un clou pousse l'autre \ qu'une grande lumière en eff'ace une per tite; et que les sons, les odeurs, etc., en absorbent

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d'autres moins fortes; partant, l'ange des ténèbres sera offusqué par le flambeau que nous mettons dans la main des malheureux qu'il séduira, et quiconque le tiendra n'aura plus rien à craindre.

Le pet diphthongue est un petit tonnerre de poche, que l'on trouve au besoin ; sa vertu et sa salubrité sont actives et rétroactives , il est d'un prix infini, et a été reconnu pour tel dans l'antiquité la plus reculée; delà le proverbe romain, qu'un gros pet vaut un talent.

Ordinairement le pet diphthongue n'a pas d« mauvaise odeur, à moins qu'il ne soit engendré de quelque putréfaction dans les intestins, ou qu'il n'ait séjourné et couvé trop long-tems dedans ou dessous un être mort qui commençoit à se pourrir, ou à moins que les alimens que l'on a pris n'ayent été corrompus eux-mêmes. Pour en faire le discernement, j'en appelle à l'odorat le plus fin ; le mien n'y réussiroit pas, et le lecteur n'est peut-être point enrhumé du cerveau comme moi.

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