DEUXIÈME PARTIE
Il fit venir une Hybernoise de son voisinage, qui raangeoit en un repas autant de viande que six muletiers en niangei-oient de Paris à Montpellier. Cette femme, ruinée par son appétit et la chaleur de son foie, gaguoit sa vie comme elle pouvoit. Il lui servit des viandes autant qu'elle en voulut et qu'elle en put manger, avec force légumes venteux. Il lui prescrivit de ne point péter ni vesser sans l'avertir auparavant. Aux approches des vents, il prit un de ces larges récipients, tels qu'on les employé pour faire l'huile de vitriol, et l'appliqua exactement à son anus, l'excitant encore à péter par des carminatifs agréables, et lui faisant boire de l'eau d'anis ; enfin, de toutes les liqueurs de sa boutique capables de répondre à son intention. L'opération se fità souhait, c'est-à-dire très-copieusement. Alors notre apothicaire prit une certaine substance huileuse ou balsamique dont j'ai oublié le nom, qu'il jetta dans le récipient, et fit condenser le tout au soleil par circulation ; ce qui produisit une quintessence merveilleuse. Il s'imagina que quelques gouttes de ce résultat pourroient enlever les taches de rousseur de la peau ; il en essaya le lendemain sur le visage de madame son épouse, qui perdit sur-le-champ toutes ses taches, et vit avec plaisir son teint blanchir à vue d'œil. On espère que les dames feront usage de ce spécifique, et qu'elles feront la fortune de l'apothicaire, à qui on ne reprochera plus qu'il ne connaissoit que la carte des Pays-Bas.
o i l'art de péter.