‹ L'art de péterChapitre 44 sur 57 · SUJET DE LA PLANCHE · texte numérisé non relu

SUJET DE LA PLANCHE

L y avoit trois mille ans que le roi Pet-en-l'Air étoit en guerre avecla reine des Amazones, au sujet d'un fort que cette dernière lui redemandoit. Les incursions qu'ils faisoient réciproquement sur leurs terres les chagrinoient beaucoup , et ils en étoient fatigués. Enfin, ils résolurent de vuider le différend par les moyens que voici.

il fut arrêté que la reine enverroit une de ses

60 HISTOIRE DU PRINCE PET-EN-L'aIR

sujettes, la plus vaillante qu'elle connoîtroit, et que Pet-en-l'Air choisiroit de son côté le champion le plus courageux des siens pour se battre avec elle ; et que celui des deux qui remporteroit la victoire donneroit la possession du fort à son maître ou à sa maîtresse. Les deux partis nommèrent un expert commun pour juge du combat, et le jour fut indiqué. La députée arriva.

Mais comme les hommes sont des traîtres qui prennent plaisir à mortifier les femmes, Pet-enl'Air fit une injure sanglante à la reine des Amazones, dans la personne de l'héroïne qu'elle avoit envoyée pour se battre en champ clos.

Premièrement, il lui fit refuser l'entrée de la ville, et signifier d'attendre à la porte.

Secondement, il lui envoya son premier maître en fait d'armes, à qui il ordonna de paroître au cartel seulement avec son plastron , et sans épée, suivi d'un de ses élèves, armé d'un fleuret, et de lui montrer toujours le dos, en tournant autour d'elle.

Troisièmement, il fit monter sur le fort contentieux, au bas duquel devoit se faire le combat, plusieurs de ses sujets avec ordre d'ôter les canons des créneaux, et de présenter à la Députée de la reine, dès qu'elle paroîtroit, chacun leur derrière, ce qui fut exécuté de point en point.

Lors donc que l'héroïne parut, elle fut très-surprise de trouver les portes fermées, et de ne voir pour champions que deux hommes tels que je viens de le dire; mais son indignation augmenta, lorsqu'elle apperçut l'attitude et le jeu du maître

ET DE LA REINE DES AMAZONES. 6 l

en fait d'armes, et qu'elle vit la nouvelle espèce de canons qu'on lui présentoit, et qui tiroient comme ils dévoient et tant qu'ils pouvoient. Elle en grinça les dents de rage et de désespoir.

Mais comme la prudence des femmes et leur présence d'espritles tirent plus ordinairement d'affaire que les hommes, il lui vint en pensée un expédient quelle exécuta sur-le-champ.

Elle feignit tout à coup de ne plus être choquée de l'insulte de Pet-en-l'Air ; et adressant la parole au maître en fait d'armes, à son élève et à l'expert, elle leur parla ainsi:

« Je vois bien, mes amis, que Pet-en-l'Air, « votre maître, veut se divertir, et qu'il profite « du carnaval pour me donner un plat de son mé- « tier ; mais divertissons-nous aussi : cessons dès « ce moment de nous regarder en ennemis et perce dons l'envie de nous battre, puisqu'il paroît « qu'il n'en est plus question. Voici un autre comte bat que je vous offre, ajouta-t-elle : escrimons en « pétant, et que celui qui pétera le plus galam- « ment et le plus joliment soit reconnu le vain- « queur de l'autre; M. l'expert jugera, et le traité « tiendra comme si en effet nous nous étions batte tus. »

Le maître en fait d'armes fit d'abord quelque difficulté ; mais comme l'amazone étoit jolie, il se laissa persuader. On topa de part et d'autre, et la convention fut signée réciproquement.

L'expert se plaça entre les parties. Chacun ayant pris son sérieux, on fit silence. Alors le

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