‹ L'art de precherChapitre 13 sur 81 · DES TALENTS EX GÉNÉRAI · texte numérisé non relu

DES TALENTS EX GÉNÉRAI

La science et la méthode peuvent former des prédicateurs ; mais ils ne seront que médiocres, s'ils manquent de talents naturels; et ces talents deviennent surnaturels, s'ils sont maniés par le zèle.

Quels dons ne faut-U pas pour forcer la sagesse mondaine à renoncer à ses préjugés, à croire des vérités qui confondent ses lumières ? Quels dons, pour réduire le cœur à mépriser ce qui lui parait un bonheur réel et présent?

Dans le cours ordinaire. Dieu opère les effets par des causes qui y sont propres : s'il éclaii'e par la lumière, s'il nourrit par les aliments, il instruit par la doctrine, il persuade par l'éloquence. Quelquefois aussi il donne à la simplicité la même force qu'à la science et à l'éloquence, pour la conversion des incrédules et des endurcis.

Moïse s'excuse envers Dieu de porter sa parole, sur ce qu'il a de la peine à parler. Au contraire plusieurs prennent pour talent la démangeaison de se produire.

124 MAXIM!".? >ra \.z MiNisïKP.r:

Le talent de la chaire est un assemblage de différentes qualités propres ù se faire écouter, h persuader et à toucher. Cet asseinlilage est rare : le nombre des prédicatem's n'en est pourtant pas moins grand ; c'est rpie plusieurs, contents d'eux-mêmes, croient contenter l'auditeur.

A la capacité, à la piété, au zèle, joindre de l'esprit, du bon sens, une imagination vive, une mémoire fidèle, une assurance modeste, un dehors agréable, un geste aisé, une voix nette et sonore, une véhémence qui touche et qui émeut, c'est réunir les talents de la chaire.

Le concours de ces talents fait admirer le ministre, mais il n'atteint pas toujom's la fin de son ministère. Souvent on convertit par la seule onction. Comme c'est Jésus-Christ qui bajitise, c'est aussi Jésus-Chi'ist qui prêche.

Vin.

Les talents sont partagés. L'un réussit ù parler sur-lechamp, et l'autre a besoin de préparation. Celui-ci attendrit, cet autre épouvante, un troisième convainc. Il est des prédicateurs pour les ignorants, il en est poiu'les savants. 11 en faut pour les esprits délicats, il en faut puur les esprits du commun.

C«s derniers ne sont pas daas un auditoire le plus petit

IJE l.A CIIAIIU;. I2')

iioiiilnv; il c;U iililoà la religion <[u'il y ail di.'.s prédicateurs qui leur coiivioiuiciit ; iJ ne sorail ni aisé ni avaniagcux ilc leur faire clianger leur manière; il suffit que leur doctrine soit orthodoxe.

La bénédiction que Dieu répand sur les discours simples de certains hommes apostoliques, ne doit pas donner envie d'imiter leur style négligé, lille ne doit pas non plus porter ceux qui sont édiiiés de cette simplicité, à coudaniîier les ornemeuts d'une éloquence [)lus recherchée.

Le talent de la chaire a longtemps consisté dans la facilité de parler : on demande aujourd'hui plus d'art. La religion mérite bien qn'on se prépai'e à l'enseigner. La négligence de l'orateur le rend coupable du dégoût de l'auditeur. Cette facilité est un défaut, quand on ne sait pas la régler.

Lu génie heureux ne doit pas être gêné par ti'op de préparation. Il doit juger lui-même si le travail donne à sa parole plus de solidité, plus de dignité, plus <le force, ou même plu> d'onction.

Le zèle est le premier talent : il met en œuvre tous les autres. Est-il ardent, est-il sincère ? Il fait rejaillir le merveilleux de l'Evangile sur l'air, sur la voix, sur le geste. Tout Cet extérieur annonce l'homme envoyé du ciel, et prépare la conversion.

12li MAXIMES SUR LK MINISTÈRE

Si des talents trop brillants nuisent à la fin du ministère, U; zèle en tempère l'éclat, 11 supprime les grâces du discours, il néglige la régularité du geste et les agréments de la voix, s'il ne peut les consacrer.

Je trouve toujours du talent dans celui qui me convainc, et qui me touche. Dès-lors je ne consulte plus l'approbation publique, je ne suis plus la foule; le fruit règle mon goût.

L'art doit perfectionner la nature, et non pas la forcer. Hors du natm^el tout est faux, air, voix, geste, langage, élocution, figures. Ce qui est contrefait, ne saurait ni plaire ni toucher.

L'imitation est souvent dangereuse; on perd ce qu'on a de génie en voulant prendre celui d'un autre. Il faut étudier son talent, le bien connaître et le suivre.

Souvent on imite ce qu'il faudrait éviter. Le faxix, l'irrégulier est ce qui frappe davantage. Le peintre attrape plus aisément les défauts d'un visage, que la juste proportion des traits.

L'orateur ne doit pas s'imposer plus d'art, plus de science,

plus d'ex teneur que son iiulurel n'en comporte. Il faut uéanmoius se proposer un bon modèle^ et s'elibrcer de l'atteindre.

Chaque siècle a son goût. On doit se confermer ù celui qui règne, s'il tend à l'éditication. L'imitation des maîtres qui excellent en chaque temps, forme mieux que tous les préceptes.

Le tempérament a beaucoup de part aux différents caractères de l'éloquence. L'iimueiu' critique corrige les mœm's par des traits piquants ; l'himiem' sévère répand la gravité sm' le discom-s ; la douceur s'insinue par des mouvements affectifs. Le jugement et la piété doivent régler le tempérament.

Il n'y a presque point de sujet dans l'Eglise, qui n'ait quelque talent pom" prêcher. Tel qui s'en croit incapable, manque plutôt de courage ou d'application que de moyens.

Pour n'être pas du premier ordi-e, il ne faut pas se rebuter. Dieu n'attache point le succès de sa parole à des talents rares et difticiles à rassembler. Les médiocres, animés d'un t>on zèle, sont les plus utiles. Les plus brillants donnent de l'éclat au ministi'e, et offusquent le ministère.

Quand on prêche bien, qu'importe de prêcher mieux. Ce

12? MAxiMns st;ii I." MiNisiknE

miciLX fait, à la vih'itt', hx porfcctiou au goût de la vanité; il 'lonuc la vogue, il distingue les excellents prédicateurs des médiocres; mais le fruit n'en est pas graml.

Ouol que soil le ]i'.édi<;itcur, il a du talcui, s'il se fait suivre, et s'il rend l'auditeur attentif. L'attention est une servitude; ou n'y retient que ceux qu'on a su ]irendre.

Page 1