DE LA SCIENCE
La religion est la manière dont Dieu veut être connu et ser\'i, par les plus simples, comme par les plus habiles. Il a révélé cette manière à son Église. Quiconque en est instruit, peut prêcher, s'il a caractère, et s'il est envoyé.
L'Esprit-Saint souffle pour sanctifier et non pour plaire. Dans l'Ecriture toutes les vérités se montrent du coté du salut. Savoir le cluistianisme, et avoir le talent de l'expliquer, est toute la science nécessaire au ministre évangélique.
11 y a des occasions où le ministre de la parole doit
enseigner les vérités sublimes de la religion, et donner la connaissance émineute de Jésus-Cbrist : c'est le pain des forts, il est bon d'être en état de les en nourrii'.S'il y aune enfance, où le cbrétien doit croître par la simplicité, il en est une aussi, dont il doit sortir par l'intolligence. Le prédicatem" qui ne pourrait distribuer que du lait, laisserait languii' ceux ù qui il faut une nourriture plus solide.
Quoique la cbaire ne soit pas le lieu où il convienne de 86 parer de beaucoup d'érudition, il est pourtant avantageux que le prédicatem" n'en manque pas. L'auditeur habile sent où l'orateur est en défaut, et lui en donne moins de créance. On doit du moins savoir avec étendue la matière qu'on traite. Mieux on sait les choses, plus, en les enseignant, on est sûi', net et concis.
Avant que d'instruhe, il faut s'être instruit. C'est trop tard de n'apprendre qu'à mesiure qu'on enseigne.
Quelque facihté qu'ait un esprit, il lui faut du travail. Uuand par l'étude il s'est renq)li de bonnes choses, elles viennent se placer d'elles-mêmes, et il est à son choix de laisser celles qui ne conviennent pas.
On ne devient habile qu'en réglant ses études. La cmio-
JoG M.VXIMKS SLU LU Mirci-TKRK
siti-, qui aiilicii)C les matières, ou qui court à plusieurs à la fois, eu amasse <le peu imporlanles, et tia. laisse souvent <lc nécessaires.
Il y a ime intempérance d'étude. I/Esprit-Saint recommande une sobriété de savoir, et la raison suggère qu'on ne doit pas vieillir à se préparer.
TX.
Entre les affectations de la cliaire , celle de la science n'est pas la moins vicieuse. Elle jette de l'obscurité dans le discours; il passera pour guindé, si, avec de l'esprit, ilj^ faut être savant ])our l'entendre.
Certains prédicateurs font leur fort de l'érudition. Us rendent leurs sermons riches, n'ayant pas assez de génie pour les faire beaux. L'éloquence n'exclut pas la science, mais elle la cache. Le discours public doit ressembler à un corps, dont les os et les nerfs sont couverts. Ou ferait injure à l'homme éloquent de ne pas vouloir qu'il fût savant; mais l'homme éloquent doit se souvenir que les sermons ne sont i)as des dissertations.
Il l'aul piciidn; plus <iti soin de se rendre intelligible, que de paraître docte : tout est énigmt; au peuple, s'il n'est mis au fait. L'auditeur ha!>ile est équitable, il se conlerile el s'édifie des choses que l'ignorant [leut comprendre.
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].c discours ou le bon sens ii-yin-, d atli'iiit la lia dt; la science. Sans le bon sens la soii-nci; cnibanasso. I.a raison est le principe des sciences. I/anrupiité a préféré la droitiu'e d'esprit des Anunon et des .\ntoinc à la ca]iacilé des philosophes,
Quand saint Paul bannit de la chai]'e l'élévalion, la sa- {^esse, rélo({uence; c'est l'élévation des subtilités philosopbifjiios, la sagesse d(,'s raisonnements humains, l'éloipii-nce qui consiste en jeux d'esprit, en arrangement de mots.
Le prédicateur doit savoir sa langue, l'usage des mots, leur force, leur construction. Quoiipi'il juge juste, et qu'il raisomie conséqucmment, l'auditeur est choqué d'un terme impropre, d'une phrase louche, d'un tour irrégulier, d'un mauvais accent. On doit ménager sa délicatesse.
L'étude des luuuanités, faite en son temps, rend le goût plus fin et plus exquis. Il est bon d'avoir retenu mic idée générale des préceptes de la rhétorique, des lieux qui dirigent l'invention de la disposition, des figux-es, etc.
La lecture des poètes comiques et satyriques ferait con-
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naitre les mœurs, et enseignerait à les peindre, le commerce du monde le montrerait encore mieux, si ces secours n'étaient pas dangereux pour la piété, et ne desséchaient pas le cœm". L'histoire découvre les mœurs d'une manière, à la vérité moins marquée, mais moins périlleuse.
Le prédicateur n'a jjas besom de cette logique, qui enseigne plutôt à disputer, qu'à raisonner juste. Il lui faut celle qui apprend à définir, à diviser, à conclure : celle qui distingue le \Tai du faux, le certain de l'incertain, l'évident du probable. Soit art, soit nature, il ne peut s'en passer.
Les spéculations métaphysiques ne sont pas de son usage. S'il sait les systèmes de la physique, c'est pour avoir droit *| de les négliger. Depuis Copernic et Descartes, on parle dans la chaire du ciel et de la terre, comme auparavant.
Le prédicateur, pour se rendre plus intelligible, s'interdit jusqu'au langage de l'École, et jusqu'aux termes des arts. Les questions inutiles ont fait place aux vérités nécessaires. Les Apôtres ne songeaient pas i philosopher, et ne tournaient pas la religion en spéculation.
Sans un fonds de théologie le prédicateur erre, ou hésite sur les dogmes. Il serait honteux au docteur du peuple, de ne pouvoir pas dire précisément ce qui est de foi. Il doit
uoii-seiileinent ne pas errer, mais être assuré qu'il n'erre point.
La bonne Scholastique n'est autre chose que la doctrine de l'Eglise enseignée selon les règles, qui la réduisent sous certains chefs méthodiques, aisés à retenir. Le prédicat(;ur qui la possède est sûr dans ses preuves. S'il tire d'ailleurs la beauté du discours, c'est là qu'il en prend la force. Sous le style de l'École la vérité est sèche; mais on lui donne de l'onction par d'autres secours.
La principale étude du prédicateur est celle del'Ecritm'e. Il doit en demander l'intelligence par la prière, et la mériter par sa bonne vie. La méditer ensuite, en développer les mystères, en éclaù'cii' les difficultés, l'apprendre, s'il se peut, par cœm*, s'en rendi"e le langage familiei', en employer continuellement les expressions.
L'Ecritiu-e est comme ces tableaux exquis : plus on les étudie, plus on y découM'e de beautés. 11 ne se passait pas de semaine que S. Chrysostome ne lût toutes les Epitres de S. Paul.
L'énergie est dans les Prophètes; on tire d'eux le pathétique. Les allusions ingénieuses se puisent dans les Uvres historiques, les élévations affectives se forment des paroles des Psaumes, les Livres sapientiaux donnent des règles de
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conduite. Les préceptes moraux et les couseils sont dans les ICvaugiles, princii)aleuieut dans S. Mathieu. Le fonds de la religion est dans saint Paul. On doit s'appliquer à suivre son raisonnement, et à le pénétrer. i
Entre les sens dilTérents, on pr^-forc celui quo le Saint- Kspiit a eu en vue; et ce n'est pas toiijoiu's le littéral. 11 n'est pas défendu de donner de nouveaux sens, si, fondés sur la lettre, ils sont selon l'analogie de la foi, ci conformes à la piété. L'Ecriture est un fonds qui rapporte sans
cesse.