‹ L'art de precherChapitre 74 sur 81 · ALLOCUTION · texte numérisé non relu

ALLOCUTION

Mes frères, l'Esprit-Saint, dans un livre écrit il y a plus de deirx mille ans, nous a conservé le tableau touchant d'un mariage, selon le cœur de Dieu. Il nous représente deux jeunes époux, qui, après avoir consulté Dieu par la pière, contractent cette union, pour obéir aux desseins que la Providence avait sur eux, et s'unissent avec les vues les plus piires, les intentions les plus saintes. Il nous les montre, s'efforoant, par d'ardentes supplications, d'attirer sur eux les bénédictions du ciel dans cette circonstance si solennelle. « Car, disait le jeune Tobie, nous sommes les enfants des saints, et nous ne devons point nous marier comme les païens, qui ne connaissent pas Dieu -. v

Le bel exemple ! et combien j'aime ii vous le proposeï*, à vous, jeunes époux, qui venez en ce moment aux pieds de cet autel, prendre des engagements sacrés ! Comme Tobic et Sara, sa jeune épousée, vous avez dû consulter Dieu par la pi'ière ; comme eux encore, ce ne doit point être de frivoles et misérables passions qui vous amènent, mais le désir d'accomi»lir les vues de Dieu, en suivant la vocation où il vous appelle. Kulin, comme eux aussi, vous devez en ce moment et tout à l'heure surtout, quand pour vous on offrira lo saint Sacrilice, vous devez prier, afin que Dieu répande

1 Même pour ces courtes alloculions, ne dédaignez pas d'écrire un plan, vos idées seront pl'.is netlcs et votre mémoire singiiilè» renient aidée. Avec un peu d'exercice cl de persévérance, vous verrez combien il est facile d'apprendre ses instructions.

2 ToO. cap. viii, v. 5.

LE curu: m: campagn'i: i:n ciiaiui:. 361

sur vous ses grâces les plus abondantes. Car vous aussi, vous êtes los enlixuts dos saints^ les enfants do la sainte Église.... (Consacrés par le ljaptèm(.>, [)urilir'S par lo pénitence, sanctiliés par l'Eucharistie au jour de votre prcniicre comnnuiion; voici que le sacrement de Mariage va encore répandre sur vous une nouvelle elïusion de cette grâce sanctitiante, t|ui vous rendra agréables aux yeux de Dieu, et vous fera forts pour accomplir les graves devoirs que vous allez contracter.

Parmi ces devoirs, trois surtout me poraissoit importants, la fidélité, le support mutuel et l'éducation chrétienne des enfants. Laissez-moi vous les rappeler en peu de mots.

Le premier de ces devoirs, c'est ime fidélité inviolable. Certes, jeunes époux, dans cette circonstance où vous éprouvez l'un pom* l'autre l'attacheuiieut le plus vif, et où vous venez devant Dieu consacrer, par une promesse solennelle, l 'affection l'éciproque qui vit dans vos cœurs, votre âme se révolterait à la pensée que vous pomTiez un jour trahir ce serment, cesser de vous aimer, de vous être fidèles.... Mais ce ne sont point ici des promesses d'un jour, d'une année !... Non; ce sont des promesses qui doivent durer la vie entière!... Cette affection, cette fidélité doit surviu'e aux attraits, à l'effervescence de la jeunesse, résister à toutes les séductions, être plus forte q\ie toutes les contrariétés, subsister inviolable aujom-d'hiù, demain, toujours... Lh ])ien ! jeunes époux, c'est la grâce du sacrement c[ui donnera à vos ccem's cette constance, qui rendra votre affection de jour en jour plus douce, plus tendre et plus sacrée....

\In second devoir, c'est le support mutuel. Se fùt-on fi'èquenlé des années entières, on ne se c(jnuait jamais, et la vie commune révèle toujours dans les humeurs des nuances inconnues.... Vainement \ous chercheriez deux fouilles sem-

blables en tout sur les arbres d'une forêt. Vainement aussi l'on chercberait deux caractères parfaitement ressemblants. Toujours il se rencontre des côtés anguleux, par lesquels on se repousse... 11 faut pourtant vivre ensemble, passer de longues amiées cote à cote, ayant la munie demeure, les mêmes intérêts, la même vie!... Quoi donc conservera la paix, la paix ce bien l'un des plus doux qui nous reste sm' la terre?.. Ce sera le support mutuel. Vous avez vu parfois un léger nuage apparaître dans les airs ; ce n'était ([u'uii point, et si un vent doux venait à le dispei'ser, il rendait vite au ciel sa sérénité. Mais si, maintenu en équilibre par des vents contraires, il demeurait suspendu là liant, vite aussi d'autres venaient le joindre, il grossissait, et de son sein jaillissait la foudre et l'orage. Cette comparaison rend ma pensée. Un petit nuage survient entre des époux ; que la douceur, la patience le dissipe, et la paLx n'aura point été troublée. Mais si l'amour-propre, l'entêtement s'en mêlent, oh ! alors il grossira, ce sera la tempête, c'est-à-dire la division, les querelles, la discorde, l'enfer ici-bas... Or, le support mutuel c'est aussi une grâce de Dieu, une de celles que nous demandons poiu- vous au jour de votre mariage...

Enlin, un autre devoir, c'est l'éducation clu'étienne des enfants. Jeunes époux, c'est une mission à la fois honorable, pénible et délicate, que d'élever des enfants. Honorable, paroj que c'est une marque de conliance que Dieu donne à ceux auxquels il en accorde; il b.'ur confie ce ({u'il a de plus cher, des âmes à former, à instruire, à élever dans sa crainte et dans son amour. Pénible, elle vous obligera à une vie de dévouement, de privations peut-être, mais sùi-emcnt h une vie de travail, de douleur et de sacrifice... Enlin, mission délicate, elle demande l'accord, l'union, la fusion des âmes. Que jamais la tendresse trop faible de la mère ne nourrisse

les défauts que veut réprimer l'amour plus éclairé du père; que jamais aussi l'exemple du père ne vienne, comme nous le voyons trop souvent, détiiùre les leçons données par la piété de la mère. Or, pour bien remplir cette mission, vous avez aussi besoin d'une grâce spéciale, et ce sacrement que vous allez recevoir doit vous la donner...

Puis vous, mon cher frère, vous contractez encore des obligations particulières envers celle qui devient votre épouse. Cet anneau que vous allez vous-même lui mettre au doigt, c'est non-seulement le symbole de la fidélité réciproque cfiie vous vous promettez, c'est aussi le signe de l'attachement et de l'affection que vous devez avoir poiu" elle. Que votre autorité lui soit douce, que votre cœur lui soit toujours acquis... Povu' vous peut-être quittera-t-elle père, mère, frères et sœurs *... Qu'elle retrouve en vous son père, sa mère, ses frères et ses sœui's.... Voyez donc toute cette famille ici réimie; c'est pour vous la donner devant Dieu. Pour vous, ils l'ont jusqii'ici nourrie, élevée avec tant de soin et d'affection. Pour vous ils consentent à s'en séparer... Et que demandent-ils en échange de ce sacrifice?... Que vous rendiez leur fille, leiu' sœur hem-euse !... Jm'ez donc sm' votre cœur et devant Dieu, que lem- espoir ne sera pas trompé... Oh! c'est là n'est-il pas vrai, c'est là aussi votre désir... Oui, vous serez bon, doux, patient; jamais vous ne serez pom' elle un maître dur, mais toujours le meillem* des frères, le plus tendre des amis...

Quant à vous, ma chère sœur, que vous dirai-je?... Conservez précieusement dans le mariage, votre foi, votre piété déjeune fille... Plus les devoirs deviennent importants, et plus aussi nous avons besoin qu'on nous aide ; montrez bien ce

1 Insérer ici, mais avec sobriété, quelques détails sur la famille si on le juge à propos.

SCi LE CURÉ DE CAMPAGNE EN CHAIRE.

que c'est qu'une femme chrétieune, soyez bonue, douce, patiente, plein de tendresse et de dévouement pour celui qui devient votre époux. Lui aussi, en venant à l'autel vous donner sa main, son cœur et ses serments, il espère que vous le rendrez heureux '. Que son espérance ne soit point trompée.

Enfin, jeimes époux, désormais, vous ne serez qu'une àme et (fu'un cœur, joies, chagrins, plaisii's, douleiu-s, succès, revers, tout vous sera commun.... Mais, quel que soit l'avenir que le ciel vous destine, radieux de boidieur ou voilé de deuil, n'oubliez jamais que l'œil de Dieu vous suivra partout; n'oubliez jamais que la religion et ses saintes pratiques sont le plus sur arôme pour entretenir l'union, la paix, le bonheur dans la famille....

Et maintenant, oui! que le Dieu d'Abraham, d'Isaacet de Jacob soit avec vous ; qu'il vous comble de ses grâces les plus abondantes; qu'il ratifie du haut du ciel les bénédictions que nous allons vous donner. Qu'il protège votre union, qu'il vous donne d'être fidèles à tous les devoirs que vous venez contracter; qu'il vous comble de jours; qu'il vous accorde de voir les enfants de vos enfants jusqu'à la quatrième génération, et de jouir ensuite de la vie éternelle par la grâce de Xotre-Seigneur Jésus-Christ...

1 On peut également glisser ici quelques courts détails sur la famille du jeune homme; mais surtout, no louons que ce qui peut être loué si près de Jésus-Christ, présent dans le saint taboni;icle.

FIN iju clt.é oi; campauxe.

Page 1