DE SALISBURY
donne à sa fonction dominante qui devient toute sa foi.
La personnalité des expressions esthétiques anglaises n’a pas été moins atteinte par ses habitudes d’émigration. Chez l’Anglais, les voyages sont un besoin national, et une vision trop érudite de la création comme de la pensée d’autrui, ne saurait en principe favoriser l’émanation intime. Il en est de même du foyer anglais vis-à-vis du nôtre, le
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premier inexistant pour ainsi dire, en raison de la dispersion de la famille. Dispersion profitable aux affaires, mais combien préjudiciable à la fécondité quiète de l’esprit, à l’enfantement de l’œuvre d’art !
La théorie du foyer anglais s’abrite pratiquement derrière le respect exemplaire de l’idée de famille, tandis que le foyer français, par amour de l’enfant, se garde jalousement de son exode.
Chacun de ces concepts, certes, comporte sa critique, mais, en ce qui concerne strictement notre objet, notre avantage semble flagrant, du moins vis-à-vis de la majesté d’un art traditionnel, car nous verrons le foyer anglais nous démentir singulièrement dans l’expression de l’intimité.
Lejeune artiste anglais, à défaut d’un art nationalement patronné, fuit vers le continent pour étudier, et lorsqu’il possède la technique de son art, il réintègre le pays natal. Comment dès lors, s'est-il assimilé cet art étranger ? N’a-t-il point forcé sa nature ou bien faussé son tempérament ? A chaque fruit la saveur de son sol. Que vaut le fruit d’un arbre transplanté ? Un pommier ne saurait donner que des pommes, et notre artiste anglais produira des fruits qui n’auront point le goût de chez lui.
Que devient le principe d'originalité créatrice à travers tant de suggestions ? Et combien s’avère la
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logique dun art d'assimilation, de compilation, de désinvolture là où le passé n'impose presque aucune expérience de beauté !
C’est ainsi que souvent les voyages déforment la jeunesse, au contraire du dicton.
D’une impression hâtivement digérée, désorientée à travers trop d’exemples , résulte le désordre créateur.
La Renaissance française, née du contact italien , s’exprime néanmoins originalement parce que son esprit, sa grâce, d’essence la-
. . Fig. 8 — Abbaye de Westminster.
tme, correspon- &
daient directement à notre goût national, à notre tempérament.
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1 La preuve en est, de cette concordante originalité, que les Renaissances italienne et française furent plutôt défigurées par ailleurs.
Mais aussi, combien dans le « désordre créateur» l’originalité a beau jeu, surtout lorsqu’elle naît de ce manque d’esprit de suite, de cet illogisme anglais si curieux à opposer à son instinct matériel et pratique, vis-à-vis d’hier ! L’architecture anglaise nous en fournira la preuve dans l’expression pittoresque.
Pour reparler de l’influence des religions sur l’art, il faut reconnaître que, précisément, plus elles confinent à la vérité plus elles s’éloignent de l’idéal. La religion catholique, peut-être moins vraisemblable et moins humaine que le protestantisme, est la poésie même : une religion d’art. L’art, unanimement, a jailli du dogme catholique parce qu’il exalta luxueusement l’imagination des prêtres de la beauté. Nous n’allons point, néanmoins, jusqu’à dire, avec
Chateaubriand, que «le protestante ,ç êst une relier ■ W r
gion mortelle pour les arts », et nous nous refusons, pareillement, à partager cette opinion que l’artiste ne saurait être que païen ou catholique. Cependant, sans le catholicisme, sans ses impénétrables mystères et miracles, la cathédrale n’existerait pas. Sans le catholicisme, les chefs-d’œuvre de la statuaire et de la
musique, du vitrail et de la tapisserie, du mobilier
et de l’orfèvrerie, n’eussent point atteint au sublime. £
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En rejetant les images et les pieuses légendes, la Réforme déflora l’idéal dont s’animaient les grands maîtres ; c’est pour cette raison que ni la peinture
Fig. 9. — Cathédrale d’Exeter (Cliché « Stereoscopic Company, Ltd. », Londres.)
ni la statuaire monumentales n’existent en Angleterre. (( Le culte protestant, écrit René Ménard, n’admettant pas la pratique de ces arts dans les églises, les tendances vers le grand style religieux sont incapables d’y prendre un développement quelconque. Ajoutez à cela que le puritanisme anglican s’accommoderait assez mal de sujets empruntés à la mythologie, et que les traditions clas-
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siques en art comme en littérature, n’ont jamais réussi à s’acclimater dans un pays aussi jaloux de sa personnalité. »
L’architecture britannique n’a pas moins pâti, en son originalité, à cause de la confrérie contrariée des francs-maçons qui, dès le huitième siècle, furent contraints de voyager en Europe où ils construisirent les premières basiliques: «... Songeons, écrit Hope, qu’au temps de Henri VI leurs privilèges exclusifs leur furent enlevés, comme dérogatoire s à la puissance des rois et nuisibles aux intérêts des sujets anglais... » Et l’auteur conclut de cette interdiction que l’on devait compter, parmi les ouvriers subalternes de l’architecte anglais, un plus grand nombre d’étrangers que partout ailleurs.
Schelling a parfaitement dit que « l’art, représentation des idées, est une révélation de Dieu dans l’esprit humain » — mais il avait compté sans le veto des monarques ombrageux, et c’est à la foi catholique que nous devons indiscutablement (et en dehors de toute confession) cette révélation la plus géniale, la plus poignante. En Angleterre, les églises, anciennes ou modernes, vouées au culte catholique romain sont, au point de vue architecture, décoration, costume liturgique, musique, etc. plus artistiques certainement que les temples protestants et anglicans. (Test un fait, et, d’autre part
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Fig. io. — Église de Newark, période « decorated », dessin de M. I) H. î yne.
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on ne peut nier les variations originales apportées par les rites différents, à l’inspiration monumentale et ancestrale catholique.
Le plan ogival, par exemple, transposé du modèle français dans le goût anglais, offre une curiosité constructive inédite. Les chapelles notamment, qui accompagnent les bas côtés de la cathédrale française, à l’exception d’une « Lady chapel » située à l’extrémité où elle fait saillie (comparer les plans des cathédrales d’Amiens et de Salisbury (fig. j), ont disparu.
Ces modifications cultuelles sont à rapprocher des déformations ethniques et, à défaut d’une personnalité évidente, elles s’inscrivent à l’actif d’une caractéristique.
Nous avons parlé de la transformation intuitive, de l’originalité latente, et voici que, contradictoirement à la qualité sédentaire, nous apprécierons essentiellement l’originalité des Anglais, at home!
Malgré donc que nos voisins voyagent plus que tout autre peuple, en dépit de leur foyer épars, T art de l’intimité a été développé supérieurement chez eux.
Nous n’avons point eu la prétention, dans cet exposé, de pénétrer la mentalité anglaise en sa subtilité complexe. Cela dépasse d’ailleurs notre but et, pour nous borner à notre étude, nous n’envisageâmes que des généralités.
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Les chefs-d’œuvre d’un peuple parlent pour lui ; mais, fatalement on aime à les identifier avec leurs auteurs, afin d’en unifier le parfum. La glorieuse patrie de William Shakespeare (qui a vu naître aussi J. Reynolds, J. Constable, John Ruskin, et à qui reviennent les progrès sinon la maîtrise, de la peinture à l’aquarelle, grâce notamment à Bonington), malgré des réserves qui sacrent son génie commercial dominant et plutôt contradictoire, mérite par son réel intérêt esthétique : c’est ce que nous nous attacherons à dégager.
La Meute a l’Auberge, estampe en couleur, très réduite, de M. Cecil Aldin (Richard Wyman et C*, éditeurs, Londres).
Fig. 12. — Cloître de la Cathédrale de Gloucester (cliché « Stereoscopic Company, Ltd. », Londres.)