‹ L'art de reconnaître les styles: le style renaissanceChapitre 10 sur 15 · LA BIJOUTERIE · texte numérisé non relu

LA BIJOUTERIE

précieux jouent un rôle d'embellissement que lavaisselle même se dispute. C'est César Rorgia qui, en 1499, donnera cette mode fastueuse aux seigneurs et, dans l'entrevue du Camp du Drap d'or, Henri VIII offrira à François I" le riche collier qu'il portait au cou, tandis que le roi de France détachera de son habit un bracelet plus riche encore qu'il passera lui-même au bras du roi d'Angleterre.

Les bijoux tenaient alors une place prépondérante dans le costume et, d'après un auteur, Françoise de Foix, comtesse de Châteaubriant, « n'ayant pas de diamants dans ses splendides parures, lorsque François P"" lui donna l'ordre de remettre tous ses bijoux à la duchesse d'Étampes, sa rivale, les fit fondre en un seul lingot qu'elle lui envoya ».

Sous Henri II, les femmes étaient surchargées de bracelets, colliers, bagues d'après les modèles de Du Cerceau, de René Royvris. La bijouterie flattée par l'art de tailler les pierres précieuses, si florissante à la fin du xvi^ siècle, s'épanouit enfin, sous la Renaissance et les colliers, les chaînes de cou sont à pendeloques. Nous retrouvons ici, naturellement, le nom de Benvenuto Cellini qui, entre deux épées, cisèle, pour les dames de la cour, des bagues à chatons, des broches et pendentifs merveilleux. Le maître italien nous a laissé d'ailleurs un chaud souvenir de son enthousiasme en faveur de la bijouterie, à qui il con-

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sacre tout un chapitre dans son Traité ^orfèvrerie. Les bijoutiers de la Renaissance, d'ailleurs, ont choisi pour patron saint Éloi, et ils ne font qu'un seul corps avec les orfèvres.

Michel-Ange, lui-même, et Jules Romain, ne dédaignent pas de donner des modèles de bijoux où,

FiG. 101, — L aji ata coies ut lu mule précédenle.

pour satisfaire au goût païen de Fépoque, en réaction de l'art chrétien, des figures humaines rentrent dans le caprice de Tornementation. Les bagues, un peu lourdes, animent leurs rinceaux, d'émaux, de cartouches, de banderoles et devises, tandis qu'un Ghiberti de PoUomolo cisèle de superbes miroirs agrémentés par Piera di Mona de précieux filigranes. Le poids de la riche matière n'est plus dès lors exclusif, c'est là une réelle révolution dans l'ornementation, au

bénéfice de Tart. La vie déborde; les magnifuues cortèges passant dans une clarté éblouissante où le costume, que nous verrons plus loin, prend sa part de chatoiement, de douceur et de grâce.

Mais Henri II, dont le style est plus grave, tempère un peu ce ruissellement de joie dans le luxe, et cependant il se pare de boucles d'oreilles que les seigneurs de la Cour portent aussitôt avec délices. Cette mode efféminée qui s'accentuera sous le règne de Henri III, contraste sigulièrement, on l'avouera, avec une vertueuse répression. Louis XIII, lui, au moins, ignorera la faiblesse d'un exemple aussi contradictoire lorsqu'il édictera des lois somptuaires. En attendant, Catherine de Médicis, l'épouse de Henri II, est constellée de bijoux, et ses mains étincellent de bagues magnifiques.

Bref tout n'est que profusion de beauté à cette époque où la France s'inspire de Tltalie, dans les écarts même du goût qui est la base traditionnelle de son art. Aussi bien notre puissance esthétique nationale prend toujours sa source dans la sobriété, et il faut lui savoir gré de n'avoir pas perdu la tête parmi tant d'artifices.

Il est vrai que notre génie sut, le plus souvent, dominer l'exemple étranger, et cela est si vrai que les chefs-d'œuvre français se distinguent tous des chefs d'œuvre itaUens, espagnols et allemands,' par le tact dans la mesure, à la fois de la forme et de la cou-

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