‹ L'art de Richard Wagner: l'œuvre poétiqueChapitre 32 sur 40 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

SIEGMl'ND SIEGLINDE

Où Sieglinde vit, dan-; la joie et la souffrance, ia Siegmund aussi veut demeurer.

(La Walkyrie, acte II, scène iv.)

Le réalisme humain de Wagner, qui fait ses œuvres vivantes et passionnées jusqu'en leurs significations symboliques les plus générales, ne s'est nulle part affirmé avec autant de précision que dans ces deux figures : Siegmund et Sieglinde. D'autres créations du maître sont plus complètes, plus hautes, ont une portée plus vaste ; son génie déploie souvent une force d'invention et un don de synthèse plus admirables; jamais, en revanche, il ne s'est montré plus épris de la poignante réalité, de ce qui fait l'intérêt direct du drame, et qui peut être considéré comme indépendant des noms, des hasards, des interprétations poétiques également.

Le personnage de Siegmund est en contradiction directe avec la convention d'unité factice qui sévit sur le théâtre, aussi bien dans le drame récité que dans les (envies lyriques. Il n'est pas tout d'une pièce, il n'incarne pas un sentiment unique. "une passion, à l'exclusion de toutes les autres. Le poète, sans doute, aie droit, en des ouvrages immédiatement inspirés de la Légende et du Mythe, de s'en tenir à des caractères simplifiés, expressifs de grands aspects humains; il Tant même, dans une entaille mesure, qu'il conserve cette majestueuse simplicité des héros mythiques: mais Wagner n'a jamais abuséde

Page 1