AM BUREAUX DE L’ENCYCLOPÉDIE
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PETITE CAUSERIE
I* — Lise*...
Au nom de vos plus chers intérêts, lecteur, ne fermez pas ce livre avant de l’avoir parcouru : c’est, de ma part, n’est-il pas vrai, une recommandation un peu burlesque, une supplique assez bizarre, un désir que l’on ne formule jamais de celte façon?
Quiconque écrit un livre, le fait dans l’espérance d’être lu; la chose est aussi claire que le jour, aussi vraie que deux et deux font quatre; mais on craindrait d’être taxé d outrecuidance en disant naïvement : Lisez-moi. On y met plus de formes, plus d’adresse, plus de diplomatie.
On débute d’ordinaire par une pompeuse préface, et, comme certains artistes de carrefour, — mille pardons pour cette comparaison ! — on appelle la bienveillance à grands coup> d éloquence, on tâche d’attirer un auditoire quel-
fl ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ,
conque par du tapage cl du fla-fla; moi, je ne veux ni cloche, ni tambour, ni grosse caisse, et c’est de ma voix la plus simple que je vous dis : J’ai fait ce livre pour ctr.» utile ; j’ai mis en œuvre toute la réflexion, toute l’attention, toute l'expérience dont je suis capable, pour lui faire remplir passablement cette délicate mission. Eli bien, je vous en prie, ne le rebutez pas, ne le dédaignez pas sans 1 avoir regardé; ne le condamnez pas sans 1 avoir parcouru.
SI, — Ce n’est point nnc préface.
Je le déclare bien vite pour vous rassurer, je n’a i jamais eu de goût pour les préfaces et j’ai toujours eu la crainlc des avant-propos. — Je partage cette aversion avec bien d'autres, j’en ai la conviction. A mon avis, ces préludes souvent inutiles, ces petites passes d’armes à l’encre sentent toujours la phrase redondante, sont la plupart du temps gonflés de pléonasmes et crèvent à force de prétention.
Qu’un écrivain encore inconnu se fasse patronner et présenter au public par un homme en réputation, je le conçois; c’est une cérémonie analogue aux présentations du grand monde.
— Vous ne connaissez pas monsieur; moi, je vous îv-
PETITE CA USE II JE
ponds de lui; jo l’aime et je l’estime; je vous le déclare rempli des meilleures intentions.
Très-bien !
Mais qu’un homme se présente tout seul, qu’il embouche, pour faire son éloge, la grosse trompette de la rhétorique, qu’il parle tout simplement pour dire à tous :
— Je vais parler.
Je ne comprends plus.
La plupart des préfaces me font l’effet de ces beaux chanteurs de salon qui, bien avant d’ouvrir la bouche, tandis que les instruments s’accordent et s’harmonisent, se lèvent majestueusement, se posent avec prétention devant l’auditoire attentif, et, cambrés sur les hanches, passant la main dans leurs cheveux ou dans leurs favoris, ajustant leur cravate ou leur gilet, semblent dire :
— Regardez-moi bien.
Je ne veux point faire de préface, mais je désire causer quelques instants.