III. — cataplasme simple. Sa destination s manière
d’agir.
Je me souviens d’un temps, fort éloigné déjà, où, l’éducation de mes sœurs obligeant à des leçons de piano, l’agaçant et vulgaire instrument retentissait une grande partie de la journée dans la maison paternelle. Il nous fallait quotidiennement subir les exercices, les gammes plus ou moins chromatiques, les trémolos interminables, jusqu’à ce que survint l’étude de ce qu’on appelait fantaisies, variations, en un mot les grands morceaux. Les grands morceaux avaient presque toujours la même architecture, la même coupe, le même plan; ils débutaient par une entrée plus ou moins triomphale, plus ou moins fantastique, que l’on appelait prélude, et puis venait le thème, un petit air bien simple, un motif à la mode, une réminiscence de romance ou de cantate; enfin arrivait dans tous les tons, criblés de tours de forces et de difficultés, la débâcle des variations. La construction des morceaux de musique m’est restée dans la tête, elle me semble si logique que j’aime à l’employer dans mes écrits. 11 me paraît naturel d’exposer d’abord une question toute nue, de chanter son thème bien naïvement, et de n’aborder qu’ensuite les divisions, subdivisions, les détails, c’est-à-dire les difficultés et les fioritures.
Prenons donc le cataplasme à son état de simplicité native ; prenons pour type le cataplasme le plus largement employé, le cataplasme adoucissant, émollient.
Supposons-le bien et trcs-bien préparé, — nous reviendrons tout à l’heure sur les détails de sa préparation, — il est là sous nos yeux dans sa petite prison de linge : étu= dions.
Pourquoi l’appelle-t-on cataplasme? Parce qu’il existe en grec le verbe xazanlacaaw, qui signifie j’applique dessus. Notre cataplasme est, en effet, un médicament destiné à être appliqué sur la peau. — Tous nos remèdes, soit dit en passant, n’ont point une dénomination aussi significative.
Vous le voyez, notre cataplasme est d’une consistance molle; c’est une sorte de gâteau cru, une pâte bien humide, et par conséquent élastique, flexible. Cette condition était essentielle, car le cataplasme, devant être appliqué sur la surface du corps humain, doit pouvoir se modeler sur lui, c est-à-dire se prêter à toutes les circonvolutions, entrer dans les anfractuosités et enlacer tous les contours. Nous avons dit le cataplasme bien préparé, par conséquent il n est ni trop chaud ni trop froid. Appliquez-le sur votre bras, et nous nous rendrons compte des effets qu’il peut produire.
La chaleur du cataplasme cherche à se mettre en équilibre avec votre peau; peu à peu il l’échauffe, mais doucement, graduellement, convenablement.
Celte chaleur n’est point une chaleur mordante, agaçante, car elle est humide; du cataplasme s’échappe une vapeur d’eau qui imprègne la peau et produit tous les bons résultats de vapeurs ordinaires.
Ainsi le cataplasme agit par son humidité et par sa chaleur. Mis en contact avec une partie vivante, il tend à relâcher son tissu; il diminue la sensibilité nerveuse et la contractilité ou, si vous aimez mieux, la contraction instinctive des muscles (de ce que les gens du monde appellent la chair); enfin, la chaleur et l’humidité dilatant les petits
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vaisseaux sanguins qui rampent sous la peau, le cataplasme ralentit la circulation du sang dans les surfaces sur lesquelles il se trouve appliqué. — Vous devez maintenant entrevoir et comprendre tous les bénétices quel on peut obtenir d’un cataplasme adoucissant, mis avec précaution sur une tumeur, sur une partie douloureuse, sur une région enflammée.
IV — Préparation d’un cataplasme simple. — Encadrement dans Ec linge. - Moyen d’obtenir une couche de pâte égale de tous les côtés.
C’est à l’hôpital, dans un service de chirurgie, que, ma seconde année de médecine, j’appris à préparer des cataplasmes. Là, chaque élève était contraint de confectionner tous les jours dix, quinze, vingt cataplasmes, souvent même davantage; il en fallait de longs de larges, de leoers et il en fallait d’une si considérable dimension, que leur aspect seul faisait sourire les malades, malgré leurs appréhensions et leurs souffrances.
A l’heure des pansements, l'intirmier apportait un énorme chaudron tout rempli de pcâte emolhente, et il pla-
On jelte la pàtc sur un linge.
çait le susdit chaudron sur une table perpétuellement
dressée au milieu delà salle. Alors chaque élève arrivait avec ses linges, il les étendait successivement sur la table, et s’armant de la grande cuiller de bois consacrée à cet usage, il puisait dans le chaudron la quantité de pâte qu’il croyait nécessaire à ses cataplasmes. Pouf! pouf! la pâte était mise en monceau au milieu du linge étendu.
Aussitôt, prenant les deux coins du linge d’un même côté, il en relevait une portion latéralement, puis la repliait sur la pâte, de façon à mettre les deux moitiés du
On replie le linge sur la pâte.
linge 1 un sur 1 autre, à peu près comme les deux feuillets d’un livre, seulement entre ces deux portions de linge se trouvait le monceau de pâte déjà légèrement aplatie dans cette première évolution; cela fait, il étendait les deux
On y appuie les deux mains.
mains bien à plat, les appuyait sur un linge, et s’en ser-
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vait comme les pâtissiers se servent de leur rouleau pour aplatir leur galette.
Il attirait à lui et le linge qui glissait sur la pâte émolliente, et une portion de cette pâte, de manière h laisser dans le parcours de ses deux mains une couche de pâte uniforme. Quand il touchait au terme, c’est-à-dire quand les deux mains arrivaient presque au bord, il s’arrangeait de façon à laisser appliquer sur la pâte une bande de linge large d’un à deux doigts. Cette manœuvre, ilia répétait
On encadre la pâte.
successivement de chaque côté du linge, de telle sorte que !a pâte mise à nu au milieu, étalée bien régulièrement, se
Cataplasme terminé.
trouvait encadrée à peu près comme l’a représenté notr* graveur, et le cataplasme était confectionné.
Oh ! c est qu’il fallait bien s’y prendre; c’est qu’il fallait s’acquitter artistement de cette petite besogne; autrement l’interne faisait de gros yeux, le chef de service adressait une réprimande, et, s’il le jugeait nécessaire, il faisait tout recommencer.
Ce que nous faisions à l’hôpital, j’engage les gardemalades à l’imiter en ville. Comme on n’a pas quinze, vingt, trente cataplasmes à préparer, on ne fera pas cuire une chaudronnée de farine; on en mettra dans une casserole que la quantité nécessaire. On doit placer cette casserole sur quelques charbons allumés, et puis, saisissant d’une main la bouillotte pleine d’eau bouillante, de l’autre une cuiller, un bâton, une spatule quelconque, on tourne, on tourne, à mesure que l’on verse, absolument comme un cuisinier qui prépare un roux.
' • ~ Cataplasmes à nu; cataplasmes entre deux linges.
Les cataplasmes que je viens de décrire sont les cataplasmes que l’on place à nu sur la peau, c’est-à-dire que dans le médicament ainsi préparé la pâte émolliente doit se trouver immédiatement en contact avec le corps ; ce sont les cataplasmes les plus sûrement efficaces. Cependant, il est bien des circonstances où l’emploi en est diffici e et désagréable. Ainsi on n’applique guère des cataplasmes à nu sur des plaies profondes, car une petite portion du cataplasme, s’infiltrant dans les anfractuosités de la plaie, pourrait l’irriter ou tout au moins entraver le travail réparateur qui se fait toujours dans une blessure; des cataplasmes à nu, appliqués à la plante des pieds, s y collent, s’infiltrent dans l’interstice des orteils et déplaisent considérablement aux malades, etc. etc Alors on met le cataplasme entre deux linges, c’est-à-dire
56 ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
que l*on arrange le médicament de iaçon que la pâte soit emprisonnée par le linge de tous les côtés.
On peut, sur le carré dénudé que nous ?vons fait représenter par notre artiste, étendre une gaze légère; dans ce cas, on doit avoir la précaution de soulever successivement chacune des bandes de linge qui forment l’encadrement, et on fait passer sous ces bandes, que l’on réapplique ensuite, les côtés de la gaze préservatrice, qui, maintenue ainsi, ne peut ni glisser ni se déranger.
Mais à l'hôpital, et c’est toujours là mon prototype, nous avions une autre façon d’agir. Quand nous préparions un cataplasme entre deux linges (c’est la dénomination consacrée), nous le préparions comme le cataplasme à nu seulement nous le faisions très-mince et fort large, et puis on le repliait en deux, et l’on avait un cataplasme emprisonné, dont la pâte ne coulait, ne fusait jamais
Cataplasme entre deux linges.
d’aucun côté. Je ne vois pas pourquoi tout garde-malade n’adopterait pas ce genre de préparation.
VI.- Quel linge doit-on préférer pour la confcetion des cataplasmes?
Grave question, n’est-ce pas, mesdames? Vous qm tenez la clef de l’armoire au linge, vous qui présidez d 01-
dinaire à la distribution des chiffons. La Providence a mis au cœur de toutes les maîtresses de maison, riches ou pauvres, prodigues ou économes, un amour tout spécial pour la lingerie; aussi, quand elles ont des sacrifices à faire, quand il faut déchirer, couper, perdre du linge bon encore, ce n’est jamais sans un véritable chagrin. D’un autre côté, les bonnes mères de famille sont fort compatissantes, fort empressées de fournir à ceux qui souffrent un moyen de soulagement. Quand il est question d’un pansement ou d’une application de cataplasmes, bien vite elles ouvrent leurs armoires ou leurs commodes, elles prennent les plus vieux mouchoirs, elles recherchent quelques serviettes usées, elles empoignent un drap hors de service, et l’on coupe, et l’on taille, et l’on donne; les regrets 11e viennent que par réminiscence, par réflexion, par souvenir.
La confection des cataplasmes n’exige pas tous ccs sacrifices. D’une part, les linges trop usés seraient capables de s’éclater, de se fendre et de laisser échapper la pâte qu’ils doivent retenir prisonnière; d’autre part, ces linges ont souvent le tissu trop gros, trop serré. 11 existe dans le commerce un tissu fort connu, fort bon marché, et dont je recommande l’usage pour les cataplasmes, c’est la gaze à doublures ou à rideaux, qui ne coûte que quatre à cinq sous le mètre. La pâte enfermée dans ce tissu s’y trouve parfaitement retenue ; et à travers les mailles, à travers les jours d’un tissu si léger, peuvent passer toutes les propriétés émollientes du cataplasme.
VII. — Les cataplasmes sont-ils employés partout et par tous?
Les cataplasmes ne sont-ils pas employés par tout le monde, est-il beaucoup de personnes qui n’aient l’occa-
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sion. dans la vie d’en appliquer ou d’en subir l’application? C’est un moyen si bénin, si innocent, et pourtant si
souvent efficace! ,
Efficace! oui, quand le cataplasme est bien préparé, quand il est appliqué avec intelligence, quand il est retenu en place d’une façon convenable ; mais, je vous le certifie sur mon expérience, il est des cataplasmes si durs si sottement bâtis, si absurdement placés, que ces cataplasmes, souvent, aggravent les maladies et déterminent môme des
catastrophes. , , .
]Nous avons examiné comment se préparait le classique
cataplasme de farine de graine de lin; nous avons indiqué les moyens, les manœuvres necessaires pour que ces cataplasmes aient une couche à peu près uniforme et une
enveloppe appropriée. .
— Vous saviez tout cela, messieurs? Tant mieux poui
vous; mais j’ai la conviction que bon nombre de nos lecteurs ne le savaient pas, et je déclaré en toute humilité qu’avant de faire un service d’élève dans les hôpitaux de Paris il V avait, dans tous les détails que j’ai donnes, bien des choses que j’ignorais complètement. - J’ai chante mon thème; il me reste à vous en donner toutes les variations.