VIII. — Petites précantions nécessaires
Une personne qui prend un bain de pieds doit être carrément assise, ni trop basse, ni trop élevée, en un mot tout à fait à son aise. Effectivement, cette personne va subir un choc; il y a choc, puisque le sang qui se trouvait à l’extrémité supérieure doit être rappelé à l’extrémité inférieure. Eh bien, ce choc est assez fatigant par lui-même pour que l’organisation n’ait pas d’autres fatigues à subir. On ne peut prendre un bain de pieds étant couché; mais il faut au moins le prendre étant commodément assis.
11 est inutile, je pense, de démontrer ici que les bains de pieds ne peuvent être pris immédiatement après les repas : la dérivation qu’ils produisent dérangerait le grand travail de la digestion.
Un bain de pieds, il ne iaut pas 1 oublier, est peut-etre plus dangereux, quand on vient de manger, qu un bain entier chaud ou froid.
Les bravaches, qui se moquent de ces avertissements, jouent non-seulement leur santé, mais leur vie même.
Il est bien entendu que je parle du bain de pieds employé comme dérivatif, et dans les conditions dont j’ai parlé au paragraphe III; car il est évident que, pour se laver les pieds ou pour les tremper quelques instants dans une eau adoucissante, on peut le faire à toute heure sans scrupule et sans crainte.
En second lieu, le bain de pieds agit spécialement par la chaleur. De peur que cette chaleur ne fuie trop vite, il faut l’emprisonner, en quelque sorte, autour des extrémités sur lesquelles elle doit agir.
Comment s’y prendre?
Au premier abord le problème ne paraît pas facile à résoudre. On n’enchaîne point une vapeur comme un corps solide ; on ne met point la chaleur à l’attache comme on ferait d’un chien. Ne cherchons pas midi à quatorze heures, cependant! Est-ce que nous n’emprisonnons pas la chaleur autour de notre corps en recouvrant ce corps d’habillements de linge et de laine? Eh bien, il s’agit d’habiller en quelque sorte le bain de pieds. Une fois le malade placé dans le bain de pieds, il faut environner les jambes et le susdit bain de pieds avec un linge traînant jusque par terre, et formant cloche au-dessus de la vapeur d’eau.
Un lambeau de couverture sera préférable encore, car la laine retient la chaleur mieux que le lin ou le coton.
Allons, allons! garde-malade, prenez et placez vite votre couverture, quelle traîne bien parterre; tassez, appuyez avec les mains ; empêchez qu’elle ne forme trop de godets ! — Pendant toute sa durée, le bain de pieds de votre malade conservera toute sa chaleur.
ENCYCLOPÉDIE DE LA. SANTÉ
IX< — Des bains de pieds froids.
De même qu’on prend des bains de pieds chauds, on peut prendre des bains de pieds froids et à la glace. Ce n’est plus là un moyen de dérivation, mais c’est un moven d’action toute locale qui rend parfois de véritables services.
Maître Priestnitz, qui n’était point un sot, Priestnitz, l’inventeur ou plutôt le propagateur des traitements à l’eau froide, remarqua que les paysannes des environs de Grafenberg, qui marchaient nu-pieds dans la boue, dans les herbes fraîches, sur la pierre froide et sur les planchers, n’avaient jamais froid aux pieds. Ces grosses villageoises, qui traversaient des prairies couvertes de rosée, arrivaient chez Priestnitz avec les extrémités chaudes et brûlantes. Eh bien, savez-vous ce que fit Priestnitz? Aux malades qui venaient le consulter et qui lui dénonçaient un froid aux pieds, aux petites maîtresses accoutumées à brûler dans les cendres leurs souliers de salin, aux bourgeoises habituées à l’éternelle et prosaïque chaufferette, il ordonna d'ôter bas, souliers, et d’aller se promener tous les matins dans une prairie qu’il avait fait arranger pour cet usage. Les malades de Priestnitz lui obéissaient toujours, car il parlait avec une telle autorité, qu’il fallait se retirer ou se soumettre. Or il arriva que tous les pieds froids se réchauffèrent, que bien des affections qui tenaient à ce refroidissement continuel des pieds disparurent. Alors Priestnitz alla plus loin : il conseilla à ses malades des bains de pieds à la glace, seulement ces bains de pieds ne duraient qu’une à deux minutes. Eh bien, chez les personnes à réaction facile, ce nouveau moyen thérapeutique fut couronné d’un plein succès; on faisait suivre chaque bain de pieds d’une promenade au pas gymnastique; les
pieds, après avoir été refroidis une ou deux minutes, devenaient d’autant plus chauds qu’ils avaient été plus refroidis quelques instants auparavant: c’est toujours l’histoire des actions et des réactions.
— Rien de plus commode que ces bains de pieds froids, me disait un célibataire qui en faisait usage de temps en temps. Je ris quand je vois allumer du feu et jeter dans un baquet une eau bouillante, qui fume et se vaporise bien vite. Pauvres arriérés! dis-je en moi-même, vous n’avez besoin que de l’eau de votre carafe. Moi, je n’en prends i jamais d’autre. Quand il me survient un mal de tête, un embarras dans la poitrine, un bobo qui réclame un bain de | P|eds, je rentre chez moi, je prends ma cuvette, de l’eau bien fraîche, bien fraîche; j y plonge les pieds quelques instants, et je ne suis point encore rhabillé que j'ai déjà les deux pieds qui me brûlent.
J admets parfaitement ces bains froids, mais je ne les : conseille que dans les petites indispositions ; je ne les crois i admissibles que chez les gens à constitution vigoureuse.
: Il est évident que chez des sujets faibles, où les réactions sont lentes, ou bien chez des malades qui sortent de leur [ ht, chez des personnes enfin trop débiles pour hâter le re- ' tour de la chaleur par un peu d’exercice, le froid aux pieds I Rendrait pernicieux. Des bains de pieds pris tout à fait roids, et qui ne sont pas suivis d’un prompt retour de chaleur, enrhument, frappent sur les entrailles, et déterminent de la diarrhée. C’est absolument comme si l’on mettait ses deux pieds nus sur un carreau glacé ; j’ai vu bien souvent celte imprudence suivie de catarrhe et même de fluxion de poitrine.
EMiYCLUMitUü l)fc LA SAUTÉ.