III. — Potions domestiques
11 est pourtant des potions innocentes et bénignes que chacun, par conséquent, peut très-bien préparer.
Par exemple, on prescrit une potion gommeuse : tout le monde peut faire une infusion de mauve : je suppose, y faire dissoudre une demi-once do gomme arabique, et y ajouter le sucre et le sirop nécessaires.
Est-il besoin d’une potion calmante? chacun peut mettre de l’eau de fleurs d’oranger dans un verre d’eau sucrée.
Enfin, veut-on une potion purgative émélisée? il n’est personne qui ne puisse faire dissoudre, dans une quantité d’eau déterminée, la dose d’émétique conseillée.
J’ai quelques renseignements à donner pour ces préparations usuelles; mais j’en ai aussi à donner sur les moyens de conserver fraîches et bonnes les potions préparées par les pharmaciens.
IV. — Précautions A prendre pour conserver les poüo: a une fois préparées.
1° La plupart des pc' .ons contiennent des sirops ou
du sucre. Le sucre fermente à la chaleur et la potion s’aigrit; or, pour éviter cette fermentation, il faut, dès que la portion est apportée, la plonger dans un vase contenant un peu d’eau fraîche.
2° Lorsqu il entre dans les potions des substances insolubles à l’eau, des résines, des poudres, etc., il faut les y tenir en suspension avec de la gomme ou du jaune d’œuf; on appelle tout ce mélange émulsion. Mais, quelque soin que 1 on apporte à leur préparation, les émulsions précipitent, comme disent les chimistes, c’est-à-dire que les substances insolubles se séparent bientôt et tombent au fond de la petite bouteille. — Il ne faut jamais demander de ces sortes de potions plus que n en doit prendre le malade en vingt-quatre heures, et il est indispensable, avant de l’administrer, de secouer le flacon chaque fois que l’on veut verser dans la cuiller une partie de la potion.
o° Quand on prépare les potions chez soi, il est nécessaire, pour les conserver, de mettre la potion dans une petite bouteille. On pourrait le faire avec un entonnoir ; mais souvent on n a pas d entonnoir, ou du moins on n’en a pas d assez petit; alors il faut avoir recours au moyen que je vais dire :
Probablement vous vous souvenez qu’en parlant du filtrage des tisanes j’ai montré comment on pouvait verser commodément un liquide dans un filtre de papier sans s’exposer à mouiller les bords du filtre. Le moyen dont je veux parler pour verser une potion dans une bouteille a quelque chose d’analogue.
On prend une cuiller d’une main, on en place le bec sur la petite bouteille que l’on veut remplir, on incline légèrement la cuiller, et de l’autre main on verse, non plus sur le manche, mais sur le dos de la cuiller, la potion qu’d s’agit de transvaser. Le liquide qui s'attache à la cuiller s y condense et coule en nappe assez compacte, le
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métal lui servant, comme je l’ai dit, de guide et de conducteur.
Bien entendu, en indiquant cette petite manœuvre, je n’ai pas la pensée d’en faire un moyen exclusivement applicable aux potions. — C’est la manière la plus facile de transvaser toute espèce de liquide, d'un large récipient
Manière de transvaser.
dans un récipient beaucoup plus étroit. A chaque instant cette notion peut devenir utile. Ainsi vous voulez remettio du vin dans une bouteille, des liqueurs dans un flacon, il ne s’agit que d’opérer comme je viens de l’indiquer.
V. — Manœuvre necessaire pour administrer convens- Idcmcnt une cuillerée de potion.
De deux choses l une : ou le malade n est pas faible, il s’aide, il se remue comme il veut; ou bien, affaissé pai la souffrance, terrassé par la maladie, il est la comme un enfant de quelques jours, il ne peut ni soulever le corps
ni remuer la tête. ,
Dans le premier cas, l’administration d une cudleree de
tôt
potion est bien facile; le malade se soulève sur son séant, et avale sa cuillerée comme il avalerait une cuillerée de soupe.
Dans le second cas, la manœuvre doit être intelligente : on prend la cuillerée pleine de potion de la main droite, on passe la main gauche sur l’oreiller du patient, et on soulève doucement sa tête avec le bras. Il ne faut pas remplir trop la cuiller, de peur que le liquide ne bave, ne renverse, et il est nécessaire de ne la présenter à la bouche du malade que lorsque sa tête est ramenée à la position verticale.
On ne saurait croire combien le malade est douloureusement impressionné quand il sent la potion qui coule sur son visage et qui pénètre jusque dans son cou. J’en ai vu sauter spasmodiquement pour dénoncer la maladresse de la garde-malade. Il vaut mieux, quand on ne peut soulever le malade, ou quand on n’a pas la main bien sûre, il vaut mieux ne remplir la cuillerée de potion qu’à moitié; on en est quitte, pour donner la dose voulue, d’administrer la demi-cuillerée deux fois de suite.
VI. — Moyen de mélanger convenablement les Inülcs essentielles ou essences.
J’ai dit qu’il était certaine potion que je permettais de préparer chez soi, d’autant mieux que souvent le temps presse. Il s agit d’une attaque de nerfs ou d’un accès de douleurs, d’une syncope, etc.; il est urgent d’opposer à tous ces accidents une prompte médication.
Ainsi dans les syncopes nerveuses, dans les attaques de nerfs, un des moyens les plus efficaces est un verre d’eau sucrée contenant une goutte d’essence de menthe. 11 est bien important de savoir préparer cette potion, que les médecins appellent diffusible, parce qu’elle rétablit le
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cours du sang et produit pour le malade une dérivation intérieure et salutaire. Eh bien ! il ne faut qu’une seule goutte d'essence de menthe, dans le verre d’eau ; de plus, l’essence de menthe étant une huile, ne s’étendrait pas, ne se dissoudrait pas dans l’eau ; voici l’expédient qu’il faut prendre :
Et d’abord, comme la goutte doit être très-petite, on plonge dans le flacon contenant l'essence de menthe un petit bâton de verre, ou tout simplement une plume d’oie non taillée ; le peu de liquide qui reste après le bâton ou après la plume suffit pour la dose nécessaire. Ensuite, cette dose, cette petite goutte, au lieu de la verser dans un verre d’eau sucrée, déjà préparée, on la jette sur un morceau de sucre. L’huile forme avec le sucre un composé, un oleo-saccharum, soluble dans l’eau, et, de cette façon, en versant de l’eau sur le sucre contenant l’essence de menthe, on obtient la potion désirée.