‹ L'art de soigner les maladesChapitre 64 sur 124 · III. — Les mauvaises sangsues · texte numérisé non relu

III. — Les mauvaises sangsues

On trouve parfois dans les sangsues du commerce deux ou trois espèces dont les lois défendent le débit, ainsi .

La sangsue de cheval, ou sangsue pointue. Ou la reconnaîtra facilement à sa robe, qui n est ni verte ni noiic à sa forme ronde, enfin à 1 extrême flaccidité de son corps.

— La sangsue vorace, appelée aulastone par les zoologistes. — Elle n’a point sur le corps de bande régulière : elle ne se ramasse jamais en olive, et surtout elle ne se débite pas chez les marchands, car l’aulastone dévore les sangsues, et par conséquent on ferait une fraude bien naïve si l’on mêlait aux bonnes sangsues un petit animal capable de dévorer, ou tout au moins de faire mourir une partie delà marchandise.

— Quant aux héphélis, dont certains praticiens ont voulu faire peur, il me suffira d’indiquer que ces petits animaux meurent quand on les tient hors de 1 eau pendant quelques instants.

Ce qu’il importe de bien dire ici, ce que nous engageons à répéter à toutes les personnes qui 1 ignorent, c est qu il n’existe pas dans nos étangs de sangsues vraiment venimeuses i bien plus, les sangsues prises sur des corps enveni -

mes n’ont jamais pu transmettre le moindre venin. J’appuie sur ce renseignement, et j’y reviendrai en parlant de sangsues qui ont servi; car je connais de grands peureux qui se sont crus gangrenés, empoisonnés, perdus, pour avoir été piqués par des sangsues bâtardes en se baignant dans un ruisseau.

— Choix des sangsues.

J’en ai fini avec tous ces prolégomènes plus ou moins scientifiques; ils ennuieront peut-être certains lecteurs, mais nous devons chercher à contenter tout le monde et à satisfaire tous les goûts.

3Iaintenant je vais vous accompagner chez les marchands de sangsues, et vous apprendre à faire un choix convenable.

11 faut préférer les sangsues qui sont moyennes en grosseur, bien vives, et qui s’attachent facilement à la main qui les choisit. Les meilleures sont celles qui, réunissant toutes ces conditions, se trouvent hors de l’eau au moment de l’achat, parce qu’elles sont plus à jeun que les autres, et par conséquent mieux disposées à piquer, c’est-à-dire à se nourrir. — Les petites sangsues tirent moins de sang, parce qu’elles ne peuvent contenir qu’une petite quantité de sang; les trop grosses sont en général peu affamées, mordent mal, tombent trop tôt, et ne prennent pas autant de sang que leur volume le ferait supposer.

Ah ! je vous vois d’ici jeter votre dévolu sur une sangsue passablement grosse, et qui déroule avec coquetterie sc anneaux gras et reluisants. — Prenez garde, examine bien, c’est peut-être une sangsue gorgée. On appelle sang sue gorgée une sangsue déjà pleine de sang. Les loi pharmaceutiques ont pensé nécessaire de défendre le débi des sangsues gorgées, car ces animaux déjà repus morden mal ou pas du le"*

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Oh 1 MM. les débitants ont failli faire des barricades; mais ils sc sont contentés de laire imprimer et de publier de solennelles réclamations. Du haut de sa chaire professorale, M. Soubeiran n’a pas moins énergiquement demandé la prohibition.

— La vente des sangsues gorgées, s’écrie-t-il, doit être formellement interdite. Le commerce oppose à cette interdiction des impossibilités qui ne soutiennent pas un examen consciencieux. Il dit : Le gorgement vient des appâts dont on sc sert pour pêcher les sangsues. Le gorgement est indispensable pour faire voyager ces petites bêtes, une sangsue à jeun ne supporterait pas les fatigues de la

route. .

Mais d’abord le sang n’est pas la seule nourriture des

sangsues, autrement leurs repas, livrés au hasard dans les marais où elles se conservent et se multiplient, ressembleraient trop souvent à des jeûnes. M. Chevalier s est assuié (jue les sangsues pêchées dans les marais des départements d’Indre et d’Eure-et-Loir ne contiennent pas de sang, et ce sont précisément les meilleures. Au reste, tout pour les marchands sc réduit à ceci : Si vous ne pouvez vous procurer de sangsues non gorgées, laissez-les en réservoir jusqu’à ce que leur digestion soit complète, car il est d expérience qu une sangsue gorgée a perdu son appétit ordinaire; elle loin e sans avoir produit l’effet que le médecin avait droit d en attendre, et dans les cas graves le salut des malades peut cire compromis.

Maintenant voici la manière de s’assurer si une sangsue

est gorgée : ,

On prend la sangsue par son extrémité inferieure, et on

la fait passer, en la pressant du haut en bas (on a lamine, en quelque sorte), entre le pouce et l’index. Si la sangsue contient du sang, le sang, sous la pression que j indique, reflue vers la bouche et y détermine un bounelet, un

effort de plus, et le sang, probant comme l’évidence, sort de la bouche de l’animal.

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