L'art de terre chez les Poitevins
Si je covlois mettre par eterit toutes les utilité: de l'art de terre, je n'auroit jamats fait »
PALI*$r.
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Ce volume est simplement un recueil de note** destiné k ceux qui s'occupent des origines de nos industries nationales. Le désir de leur faire connaître plusieurs documents d’une certaine valeur pour I histoire de la faïencerie française me le fait publier. L'est l'iruvre d’un numismatiste. etranger à la théorie et à la pratique de I art de terre, qui . faute de mieux, a tenté d'appliquer les méthodes d'investigation de la numismatique à une matière toute nouvelle pour lui, où il a entrevu autre chose que la satisfaction d'une vaine curiosité. Les vases des tombeaux, qui sont plus spécialement du domaine de l'archéologie, avaient attiré depuis longtemps mon attention. Peu à peu. ils m'ont amené k élever mes regards jusqu'à l'ensemble des produits de La céramique. De là ces nombreuses notes saisies au passage, sans but déterminé, et qui, longtemps oubliées dans un carton, en sont sorties lorsqu'un sujet plus précis d'étude est venu me remettre en mémoire les renseignements que le hasard m'avait apportés. Une circonstance particulière m a révélé aussi l'importance des poteries, quand il s'agit de noter les stations des courants humains qui ont successivement parcouru la surface de la terre.
Un vase de terre noire mêlée «le charbon et modelé à la main, trouvé en 1W9 à une grande profondeur, non loin de l’embouchure du Sénégal , me fut montré à Nantes par un capitaine de navire marchand (1). Sa forme et son mode de fabrication me parurent rappeler tellement ceux de certaines poteries très anciennes qu'on rencontre parfois en Bas- Poitou . que jecrus devoir soumettre au sav ant polonais Joachim Lelewel le dessin de ce singulier spécimen de I industrie primitive des nègres. Je lui communiquai, en même temps , certaines idées suggérées par la comparaison des haches et autres instruments de pierre, colliers de coquillages, etc., recueillis dans le» anciennes sépultures de nos contrées, avec les objets analogues dont se servent encore les sauvages. La réponse de l'illustre numismatiste no sc fit pis atteuilre. Elevant la question à la hauteur de son génie, et lui donnant des proportions que j'étais loin de lui attribuer, il s'en servit pour jeter les bases d’un système complet de nouvelles recherches historiques. Comme Palissy k la vue d'une coupe de terre émaillée, il entra en dispute avec sa propre pensée, et se mit en devoir de la formuler dans son style nerveux et imagé.
- Cher ami ,
Je me réservais, dans mon billet du 17, de revenir plus tard sur votre livre (?), ma plume déliée des chaînes que lui imposent la géographie, la cartographie (3) et l'ancienne législation polonaise; mais un passage de votre bonne lettre du 11 , qui a reçu en partie réponse par le courrier d'hier. • et un autre du volume (4), n'ont cessé, depuis, de remuer l'esprit en moi , pour donner corps à la 7 pensée. Ces feuillets vous portent le condensé de ee travail intime. L'exposé sera bref; vous eoni-
(I) Dit JtanotrtM rleeutt* ont Mmoaui que l'Afrique recèle d'autre* awnoaianU d'on l/« moi» runld . nlMUqnn » ceux qu'un no contre dam l’uaMdu U l'ranca. Ce mu Le* dolneni et notre* cunslrucliuiii (Induire, trnnvd* fur M. Fdf-iud , pr<fc <trt smk«* te Bun- Merrcef . - /t««ciJ rf<# mtUti fl m dm. <U la Sa e. anrh. de la province de OnriittUtrw |AI*(*le). OKU,
(S> roNrirfdntNeiw Mftarifatt et artuliqiui tur Ut maimteat de Franc*; taM^VaM, Mmdw», IM, ta-fK (Tl GS«ÿraphu du imjoi éçe, éttoiUe par Joackim Leterel , BruallM, ISîO, V* Ptlliet, 4 rU. in-8* et allai.
(il P, at et mirant» des Cwwiddn*fi<iiw.
» ploierez ce trop peu, vous qui avez deviné les demi-mots de ma théorie novice, et trouvé le vrai » et le bon de mes reconstructions hésitantes (1).
» Oui, cher ami ! oui, vous avez raison de dire que l'étude des armes, bijoux, ustensiles de la vie >• privée de chaque peuple ; les lumières de l'art appliquées ,i la moindre poterie , à la plus petite » agrafe, aideraient, comme les langues, 4 la connaissance de l'origine des peuples, de leurs expéditions » militaires, victoires ou défaites, de leurs relations de commerce. Considérez les effets naturels de >■ votre conquête de l’Algérie ; elle n a pas manqué de vous procurer quelque chose de bédouin. Le*
* femmes, enfants toujours pris à la nouveauté, font toilette de couleurs arabes ; les burnous vont par *• les rues de Paris, de Bruxelles, et votre lointain ne les écarte pas de votre porte. Vas soldats, enfants
* comme les femmes, attirés aux couleurs et bruits à grand fracas . »e font algériens par l'habit, qui <• communique à l'emprunteur quelque côté de l'original. Il y a des faits de guerre nouveaux qui .
par leur férocité, obligent de le croire.
Les ustensiles, les armes, les bijoux, seront d'un grand secours pour qui s engagera , Dieu le protège ! sur le sentier que vous montrez aux hardis et lucides; mais je leur conseille, avec vous,
> de mener d'un pas parallèle l'étude de la poterie, mise au service de l'homme depuis de* ans » innombrables, sans avoir dédain de la plus grossière, qui, étant usitée du peuple, n en est que plus » persistante dans ses types. Beaucoup des formes de cette poterie sont de In descendance directe de
> celles des premiers récipients de terre qu'un a imaginé de façonner. Qu'on les classe, les aligne.
* avec l'oîil d'un clairvoyant : de cette confrontation naîtront des découvertes que vous et moi. *• rêveurs à la piste, soupçonnons, sans deviner la force expansive de leurs conséquences incalculables » pour l'histoire, et qui frapperont de mort les rêveries dont s exerce la sagacité de» compositeurs
> de système. La numismatique aura une sueur, qui ne s cuit montrée avant ce temps présent, quoique,
> par l ige de ses monuments, elle puisse coinpéter l’aînesse.
► l’n excellent départ serait de déterminer, d'une soigneuse et exacte manière, les formes usitées
* des peuples sauvages qui ont le moins subi l'influence orientale et européenne. Leur examen corn- » paré fournirait les principes générateurs . et montrerait la marche de l'esprit praticien dans ses
essais, ses tâtonnements primitifs, scs coups de génie industrieux; car le génie est en celui qui » invente quelque chose de boa et de propice j la vie. — Toutes les nations ont commencé par la
> sauvagerie; toutes oui opéré sur elles le travail actif du perfectionnement, halé, ici et ailleurs, par
* l'immixtion du sang et des idées de rares plus apte» à ce perfectionnement . qui ont fait . dans la » série de» siècles, office et métier d'instructeurs. Les sauvages de l ige présent sont les retardataires » sur le chemin humain, qui, au lieu d'avancer, d'accrocher la main aux meilleurs marcheurs, se ’ sont accroupis, lassés, au commencement du voyage, et ont oublié l'instruction acquise, avant » d'isoler leur faiblesse et paresse. La paresse du saog, les conditions contrariante» du sol, de climat, » les obscurcissements de cerveau venus de religions barbares , ont été autant d'embarras à leur » marche, autant de clous pour les ficher immobiles i la place de leur chute. Leurs idées, par suite, » ont subi la dégénérescence des types nationaux de vos Carlovingiens . immobilisés par le morcetle- » mpnt de la féodalité. Ces peuplades isolées, par cela quelles ont eu peu de notions d'industrie, ont
* conservé, comme momifié, ce peu dans leur imagination et mémoire, et je vous affirme, mon ami,
* qu'il y a chez elles des profil» de vases qui ont une antiquité qu'on ne peut limiter, et qu’il est utile de conférer avec les poteries exhumées des tom belles, où dorment pacifiquement les restes de* anciens habitants de la terre , si remués de leur vivant , comme il est utile de conférer la hache de
» pierre du sauvage avec celle que nous rend de ses couche» barbares le sol civilisé. Le pot du
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Servirai, similaire de la fabrique sauvage pictone. ne conduit-il pas, de l'œil à l 'imagination, l'idée » de la communauté originelle, el du nègre squelette de plusieurs mille ans sous la plaine de la Vendée? » Ce fait devra prédominer l'observation du squelette et de la poterie des tombeaux. Autant que je » m'imagine, autant que je puis entrevoir le vrai dans ce qu'il allègue, il produira une belle recolle à l’observateur, qui ne bornera pas. à son entour de faits connus, lïige de la création de l'homme (1). Voilà , cher ami , par ou est le début du déchiffrement du problème que vous poser h uti vieil
* homme, lassé d’une roule déjà longue pour la Caihlesse de ses jambes, el qui voudrait s'asseoir sur la bordure du chemin. Vous vous moquez donc de le convier à cette grande course. Allez, allez
» aux jeunes; passez à leurs mains la lanterne allumée. Qu'ils se partagent le travail, le divisent h » leurs aptitudes : ils arriveront & alligner sur un seul carton, comme un tableau de généalogue, les -> formes céramiques do toute la terre, qui. triées, se réduirunl à un nombre très petit de généra- » (rires, s'il n'est pas fait d'abord attention à ce qui n'est que décoratif et mécanique. Les génératrices, » il sera facile de le constater, ont dû naître de l imitation du végétal , comme une quantité d'autres » créations de l'homme, qui reçoit des modèles de la nature chaque fois qu’il veut créer. — U* » procédé mécanique fera le second chapitre, et ouvrira la porte qui conduit au décoratif, le plus » étendu des chapitres. Je m’effraie à sonder la grandeur ot variété de ce dernier; mais ina vue trop " faible et les yeux myopes seront fortifiés par la lunette qu'on saura fabriquer à l'usage de ce pays
* inconnu de nous. — Les procédés et types ornementalifs feront autant de sous-chapitres, de petites » branches de l'arbre généalogique, où te gravé, le modelé eu relief, l'estampé, iront peut-être devant » le coloré, vernissé et émaillé.
» La terre est la bibliothèque de livres encore inconnus, qui attendent les clairvoyants.
» Imaginez le livre qui naitra de c«tto étude et connaissance acquise) lk* vous écrire ce sommaire je vois ma chambre se dilater, se remplir de toutes espèces de poteries modelées par les hommes. » depuis le jour où la main a commencé à façonner l'argile, et, dans ces poteries, je vois les rameaux
* de la race humaine, leurs mariages, déplacements, fusions de branches, notés clairs par une forme.
* un profil, un procédé de fabrique, une couleur, un vernis.
^ O cher ami ! quel sujet digne d'un bon esprit Mais, pour oser y entrer, il faut être jeune, riche k de santé el d'argent, beaucoup artiste, praticien, et, condition première, ne pas faire de ce travail » le travail systématique d'une idée précréée en son cerveau , le travail d'un seul présomptueux et » égoïste d'honneurs. — L'exilé, qui n'a rien que les peines el angoisses du cœur, n'est pas l'un des » marcheurs qu'il convient d'appeler à cette longue pérégrination ; il est lié à des œuvres plus courtes. » Le pauvre n'a pas non plus le temps & lui ; le fruit arrive vert et aigre à sa bouche ; il ne peut •* attendre le mûrissement de sa pensée.
• A qui fera ce livre, je parle des forts et artistes, vos porcelaines de Sèvres, que votre France aime » d'extravagance, donneront pitié. Fondée sous Louis XV, la fabrique a gardé le petit type de tous » les produits de ce régne de la débauche; Fait et le goût des ouvriers ont le virus de cette prove- » nance basse et malade. La porcelaine et la faïence n ont pas été travaillées chez vous par le génie » décoratif depuis deux siècles. La Révolution pouvait engendrer un nouvel art : le bourgeois, vic-
* torieux par elle, lui a retenu les façons médiocres de son jugement. — De taureau qu'il était en » 1793. Dav id, chef d'école républicaine, est tombé bœuf sous la main énervante de Napoléon, et l'art
* qu il dirigeait, a perdu son nerf, qu'un autre David (2), l'honneur de ce temps, a rendu 4 la statuaire
(i I Ptacinn archéologues partagent ■aiuimaot c«Lc opinion Se Ldmel . qui tend à taire considérer le* premiers tablants de l'Europa comme ayant £14 de rue noire. L'étudo bina ceniul'.e des ossements recueilli* dam les ptm ancirane* sépultures permettra seule du rftoudre cet Importent proliUme.
ISI David d'Angers , l'ami Se Lelewet.
» Deux chose* sont à considérer pour les porcelainiers et faïenciers : 1a forme el la couleur, éléments
* constitutifs dw ouvrage* naturels. Leur art a celte mission de marier les deux, de couvrir les belles » formes de belles couleurs, sobres ou éclatantes. Les vases grecs et chinois, japonais, persans, de toute
* l'Inde, sont les bon» modèles de chacune de cas méthode*. Homme moderne, j’ai honte quand je vois » vos ouvriers , et ceux de l'Europe derrière eux , se donner des indigestions de pensées, à imiter les » bouquets de la robe de la Pompadour, ou * copier fadaisement, avec des couleurs fausses comme » les cordes du violon de la rue, des tableaux incopiables avec les procédés du feu et le but décoratif, s Le Grec et le vieux Chinois étaient, par le goût, des artistes nés au vrai ; vos Sevrions, Parisiens. » Limousins, cl plus les Anglais et Saxons, sont des colorieurs que condamnera la postérité des bous ■> juges, parce qu'ils ont l'habileté et pas le génie du métier.
» Ma lettre était écrite, mon ami; les biffures m’ont obligé de la copier, voulant être lu et compris » de vous. Un de mes amis polonais a poli les infractions de ma langue française. Fatigué, je vous » quitte el vous dis de penser à votre tout dévoué de cœur.
» LKLEWEL
» Bruxelles, 22 juillet 1850.
. P. S. — Le paquet emballé hier, et parti sous votre adresse, vous porte le salut de l'ami qui se
* sent poussé avec impétuosité d'affection vers vous. Voyez, lisez, méditez, pesez ma Géographie du > moyen âge. produit des travaux do ma jeunesse et de l'âge avancé, et marquez ce quelle vous a » appris. * (V. les Lettres écrites de lu Vendée h ,tf. 4. de Montaiglon ; 1861, p. 105.)
1/exécution du plan esquissé par Lelewel conduirait , sans nul doute , à de* résultats de la plus haute portée; mais elle offre présentement des difficultés de plus d'un genre. Non-seulement on n'a pas encore de notions précises sur les formes successivement données aux vases de terre dans chaque pays , mais la langue elle-même manque souvent do tenues pour exprimer toute* les manières d'être des pruduitssi simples qu’il s'agit d'étudier. C’est aux fines vues et aux esprits classificateurs à s’exercer sur ce sqjet. La connaissance des poteries est la pierre angulaire de l'archéologie ; c est sans doute pour cela qu'elle est si peu avancée. Le sort de toutes le* sciences est de n'aborder qu'en dernier lieu le point auquel elles auraient dû s'attaquer avant tout.
En présence d'un pareil état de choses > il ne faut donc pas embrasser d'aussi vastes horizons , et se contenter , pour le moment , de consigner, dans de simples monographies , les faits révélé* par le* decouvertes opérées sur des coins de terre plus ou moins circonscrits. Tel est le but que je me suis proposé dans les études suivantes. L'uue est consacrée à l'art de terre en Poitou ; l'autre à la fabrication du verre dans la même contrée, depuis l’époque romaine jusqu'à la Révolution de 89. Mais, avant de nous enfermer dans les limites d'une province, jetons d'abord un coup d'uûl sur l'ensemble de noire céramique nationale.
Ce qui frappe surtout. lorsqu'on examine tes plus anciens vases trouvés sur la surface entière de la France, c'eut bien moins leur caractère de simplicité native, propre aux oeuvres des époques d enfance intellectuelle, sous toutes les latitudes et dans tous les pays, que la singulière uniformité de lignes qu'ils présentent, sans exception, soit qu'ils viennent de la base de* Alpes ou de* bords du Rhin, soit du fond du Morbihan, des campagnes du Berry ou de celles de la Vendée. Plus tard, avec de* procédés de fabrication moins grossiers, la variété se produit dans les formes. Chaque fraction du sol, tout en maintenant l'unilé des types généraux, caractérise son individualité par certaines courbe*, par certains détails qui lui deviennent propres.— Ce point une foi* établi, un second problème vient se poser devant nous. Tel vase, trouvé & vingt pieds sous terre, comme nous l'avons vu il y a un instant, sur les rives
du Sénégal . a mi analogues en bas Poitou. Tel autre, extrait des sépultures d’Availles-sur-Chixé (Deux-Sèvres) (1), a non-seulement des formes identiques à celles que présentent les poteries des vieilles peuplades de I Amérique du Nord, mais il porte encore leur décoration extérieure, qui ressemble au tatouage de la (are du Kanak des îles Marquises. (V. plus loin, p. 8.)
J'ignore quelles conclusions définitives la science tirera tût ou tard de ces faits, qui se reproduisent dans presque toutes les régions du globe ; mais il me semble qu'il en ressort dés aujourd’hui la preuve que les hommes out vécu d'abord par bandes nomades , à la façon de certaines espèces d'animaux unies entre elles par l'instinct de la sociabilité , et ont été parqués alors (Uns d'immenses étendues, circonscrites par des limites naturelles, mers, fleuves ou montagnes. Ce n’est que beaucoup plus tard qu'ils se sont fractionnés par étant, tribus ou peuplades.cn s'attachant au sol. Puis sont survenus les révolutions intestines , nées surtout de ce second étal social , les cataclysmes qui ont modilîé les continents , les migrations, les éclosions, sous certaines conditions de température , de races plus intelligentes, qui ont refoulé leurs devancières vers les régions demeurées jusques-là désertes, où cellesci se sont immobilisées dans b barbarie, tandis qu’elles mêmes marchaient vers la civilisation. La ressemblance si frappante des décors des vases d'Availles avec le tatouage des insulaires de l'Océan Pacifique n'indique-t-il pas . par exemple , que le peuple auquel on les doit se couvrait la peau de dessins tracé» à la pointe? Mais, comme ces monuments appartiennent à un âge antérieur à celui où commencent les annales historiques de b Gaule, cela m'empêche d'en conclure, avec quelques archéologues, que les Celtes avaient conservé, presque jusqu'à la conquête romaine, cette parure barbare. Le peuple qui faisait, à cette époque. des copies si intelligentes des monnaies grecques, qui avait des dogmes religieux aussi épurés que ceux enseignés dans le sanctuaire du chêne, ce peuple ne se parait certaine ment pas, en même temps, des grossiers attributs de la sauvagerie. On donne, de la sorte, à une race très avancée en civilisation et originaire du centre de l'Asie, les usage* d'une autre race plus ancienne, dont le berceau, qu'il faut aller chercher au delà de la traditiou biblique, fut tout à fait différent du sien. Peut-être, en s'assimilant les débris de celle-ci. les Celles avaient-ils momentanément adopté quelques-unes de ses coutumes: mais ils s'étaient, à coup sûr, débarrassés bien vite de ce qui n'était pas dans l'esprit de leur nation. J'ajouterai de plus que l'alluvion humaine, qui nous a légué les poteries en question, a été précédée elle-même sur notre sol, par d’autre* hommes encore plus imparfaits, de qui nous viennent les tessons contemporains de ces premiers instruments de pierre dunt l’origine se perd dans la nuit des siècles. — L'énigme, proposée par le sphinx aposté à rentrée de Thébes n'était pas un vain jeu d'esprit ; c'était , au contraire , un résumé saisissant et profond des destinées du genre humain sur la terre. Elle le montrait adonné d’abord aux instincts grossiers de la bête, s'élevant ensuite par l'intelligence vers des notions plus hautes, et se faisant enfin un appui de b science pour dompter la matière rebelle et sans cesse en lutte contre lui.
L'introduction de l'élément décoratif accentua de plus en plus b variété dans les poteries. C'est ce qui fait que celles de b période celtique p«u\ent être soumise* à une classification régulière, et qu’on en est déjà arrivé à ne plus confondre un vase sorti du fond des lacs du la Suisse avec uu autre exhumé des sépultures de la Normandie. La conquête de César, en romanisant la Gaule, soumit au contraire U céramique à l'uniformité, quelle imposa simultanément à tous les arts, à toutes les industries : mais elle ne put toutefois lui enlever un certain cachet originel , très accentué surtout dans la vaisselle populaire. Devenu presque romain par l'habit, par les mœurs , par le langage, le Gaulois se ressouvenait de sou origine celtique, en portant chaque jour à ses lèvres la coupe traditionnelle, dont il tenait le galbe de ses pères.
La dissolution de l’empire amena, avec les barbares, des imitations de leurs poteries, que l'invasion
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de la Gaule par les Germain? fit bientôt paner à l’état de copies serviles, en même temps qu elle produisit de nouveau la variété des types. Les différences notables qu'on remarque dans les produits de la céramique de celte époque, aussi bien que dans ceux de sa bijouterie, ne sont fias sans intérêt pour la géographie et l'histoire; car la comparaison de ces produits avec ceux que nous fournissent les tombeaux de (a Germanie, de la Bretagne et de la Scandinavie, aide à constater l'origine des hordes d'aventuriers, qui sont venues s'abattre sur tel ou tel point de notre sol. Les types des vases et des bijoux recueillis en Poitou ont, par exemple, deux provenances. Les uns, répandus sur les cotes, semblent avoir été importés par eau des rivages de la mer du Nord; les autres, être arrivés des régions comprises entre le Weser, la I.ippe et le Rhin. 1.6» spécimens des vm* et u’ siècles fournissent «les indications non moins précises, témoin le vase funéraire décrit plus loin, à la page 44, qui porte le nom du pirate Üca. C'est alors que disparaissent les derniers restes de la tradition romaine, pour faire place aux premiers essais d'un art nouveau, lié au milieu des angoisses d'un enfer terrestre. Il lui fallut des centaines d’années pour prendre corps, comprimé qu'il fut sous la main do fer du régime féodal
Organisée dans un but d'assurance mutuelle et réciproque contre l'invasion normande, la féodalité dégénéra bientôt en tyrannie infâme, » Le danger passé, la société se trouva vivante, mais garrottée, énervée, abrutie, coupée en morceaux. > Tout sombra à la fois : l'art , la littérature, les mœurs, les lois, l'industrie. Plus de voies directes de communication ; celles léguées |ur ladmi instr.it ion romaine, et qu'avaient entretenues, tant bien que mal , les rois francs, furent systématiquement abandonnées . livrées à la charrue ou coupées de barres et d'embuscades pour rançonner tes passants. Une législation féroce, basée sur le caprice du fort, fut adaptée à chaque lamlieau du territoire. Non rassasiés d'avoir fait autant d officines de faux monnayeurs des ateliers d'où étaient jusque-là sorties des espèces métalliques d une valeur loyale, les barons laïques et ecclésiastiques fabriquèrent des poids et des mesures arbitraires (mur voler leurs sujet*. Les instincts brutaux des premiers âges du monde furent dépassés ; Gain se contenta d assommer Abel ; il ne le saigna pas aux quatre membres, au son de la lugubre psalmodie du chant grégorien.
La poterie née de ce» temps est digne d'eux en tout point iOâO-12-iO}. C'est en vain qu'on montre à nos yeux l'architecture do* cloîtres, des cathédrales , des châteaux fort» bâti» pendant leur cours ; l'obole de cuivre blanchi et le grossier tesson qu’on trouve à leurs pieds les feront toujours reléguer parmi les plus horribles périodes qui aient pesé sur le monde. Mais ce qui donne la mesure de l'incroyable éparpillement produit par un pareil ordre social, c’eat l’immense quantité de sousvariétés d'un nombre très restreint de types de poteries qui se produisit alors. Chaque petite région eut formes de vase, de» guillochure» qui lui appartinrent en propre, absolument comme elle eut sou monnayage spécial, ses poids, se» mesures, sa coutume. Un seul point de contact uuit entre eux ces produits de la misère : c'est leur incomparable laideur â tous, laideur que l'Orient put à grand peine amoindrir en révélant ses beautés à la France.
Le règne de Louis IX, qui fut comme une éclaircie dans le sombre moyen-âge, semble n'avoir pas été non plus stérile pour la céramique. Il est peu probable, en effet, que la grande urne e» le plat gravés aux numéros 1H et U* de la planche des Poterie* poitevine* , exécutés pendant la seconde moitié du xm* siècle, soient les produits d'une fabrication isolée. Les pavés émaillés sont d'ailleurs lâ pour témoigner en faveur d’un premier et noble effort vers une renaissance de l’art de terre. Ce qu'il y a de certain, dans tous les cas, c'est qu'il y eut amélioration notoire dans les procédé» de fabrication; c’est que no» poteries eurent, â partir de ce moment . plus d'homogénéité dans leur ensemble , tendance que la marche de» événement» ne fit que développer pendant les xiv* et xV* siècles. Aussi, lorsque, arrivé aux portes du xvi\ on regarde derrière soi, on se trouve en présence de nombreux éléments artistiques tout prêts à être mis en œuvre par une génération d'ouvriers habiles , dont l'imagination s'est éveillée â la vue des faïences italiennes.
La Renaissance donna à la céramique française la secousse électrique, qui la fit revenir coin plèlement à la vie et lui permit demèlor sa voix au concert joyeux que toutes les brandies de l'activité humaine entonnaient en chœur, concert sublime, dont les lointainséchos rafraîchissent encore nos âmes attristées f — Voyez s'avancer, l'enthousiasme au cœur et dans les yeux, la phalange de ses adeptes. Voici venir Jean Bernart et François Cherpentier, les faïenciers d'Oiron: les auteurs rouennais anonymes des pavés émaillés d'Ecouen ; les potiers de Beauvais, si peu counus et pourtant si dignes de l'être ; voici François Briot , présentant à la postérité les épreuves émaillées de ses admirables pièces d'orfèvrerie; voici enfin Bernard Palissy. le Songe de PolyphiU à la main, suivi du cortège de ses imitateurs et des nombreuses corporations de nos éraailleurs et de nos verriers, qui réclament, aussi elles, leur place au soleil. Partout la terre cuite rivalise avec h» métaux précieux et les gemmes dans la décoratiun des dressoirs et des autels; partout elle occupe la place d'honneur sur la table des élus de la richesse. Sur la façade des palais, elle détrône le marbre et la pierre. Déprimé par le régime féodal . l'art n'avait longtemps pu produire que des œuvres rabougries ou lourdement trapues, remplacées plus tard par ces créations pulmuniques, où tout pous&c étique et grêle, comme les plantes avides de soleil qui végètent entre quatre hauts murs. Libre maintenant de ses chaînes, il respiru â pleine poitrine et s'en donne à cœur joie !
Après les maîtres du xvi* siècle arrivent , avec le xtii\ les faïenciers de Nevers , ceux de Houcn . d'Avignon, de Monsticrs, et d'autres encore, que (étranger nous envie. Puis surgissent, à leur tour, no* |iorcelaiuiers , qui vont prendre bientôt le premier rang dan* la fabrication européenne.
Si la poterie des siècles antérieurs au xvi* est l'expression fldele de l'état social qui l’a produite, il en est encore ainsi de celle qui a vu le jour depuis Louis XII jusqu'à la Révolution. Sous la Renaissance, elle témoigne de la même exubérance de sève , de la môme tendance vers le neuf et I imprévu que les autres œuvres de (esprit humain. Quelques retardataires provinciaux, & la solde des grands seigneurs, ont encore, il est vrai . des ressouvenir» du gothique. Tandis que Jean Pelerin réagit, l’un des premier», dans sa Perspective artificielle, contre les traditions du moyen-âge ; à petite distance de son bourg natal, les faïenciers d'Oiron s'en font les timides prôneurs. C'est, comme toujours, la voix du passé qui jette à l'avenir sa protestation iuécoulée.
Le xvii* siècle a d'autres allures. L'imagination est moins vive , les couleurs sont plus ternes , les lignes plus compassées, le relief a disparu pour Caire place aux caprices de l'arabesque découpée en appareils gymnastique* par Roulle et par Dérain. Tout cela n'est pas d'un goût parfait et sent fort la mise en scène ; mais il y a néanmoins quelque chose de net , de précis , de fièrement campé dans ces caprices, qui sout loin de déplaire, surtout lorsqu'ils nous apparaissent, au début du siècle suivant, sur l'élégante vaisselle de Moustier. Me» préférences sont néanmoins pour les décors du rouen, conçu dans un» donné» plus Large et mieux nourrie. Le nevers , sauf dans les pièces inspirées du persan , a des crudités qui déplaisent.
Au xviii* siècle , la faïence perd encore de la fermeté de son caractère originel. Les ornements qui ne se sont, le plus souvent, tenus entre eux. depuis le milieu du régne de Louis XIV, que par des artifice* d'équilibre plus ou moins heureux , finissent par s'en aller en pièces , à l'instar de la société qui les inspire. Le niveau de l'art français baisse avec le niveau moral. De Walleau à Baudouin, en passant par Boucher, la distance est grande. Watteau s'était contenté d'introduire dans le Jardin d’amour de Rubens se» gracieuses poupées et d'y faire scintiller leur regard empourpré; Bouclier désosse se* donzelles pour qu'elles soient d'un « ragoût surperfin *; Baudouin, Fragonanl et leurs pareils, trouvant ce nud-là trop pudique, vont se plaire au retroussé. La décoration des puteries marche à l'unisson. Encore pourvue d'un reste de vigueur sous la régence, le règne des courtisanes la fait s» délayer. Alors surgissent les bouquet* jetés et toute l'ornementation petiote et pimpante « empruntée à la robe de madame de Pumpadour ». Ce n'est pas aux faïenciers, aux porcelainier»
qu'il faut en faire le principal reproche. Les malheureux subissent le sort de tous les ouvriers qui travaillent pour le public : ils sont à la merci de ses caprices. — Autre symptôme non moins caractéristique. Jusque-là chacune des manufactures avait conservé son caractère propre. Il était impossible de confondre ses productions avec celles de ses rivales ; les contrefaçons même qui eu avaient été faites n’avaient pas eu la prétention de donner le change aux acheteurs . tandis que, à dater des vingt dernières années du régne de Louis XV, les poteries du royaume entier commencent à revêtir une livrée commune. L’unité se fait dan* les tendances : des types généraux courent tous les ateliers. Un esprit original sort-il des voies battues, vite ou se met à copier sa manière. Ainsi fait-on des faïences émaillées de Joseph llannong, qui sont contrefaites d'un bout du royaume à l'autre. Qu'ou juge par là de la difficulté pour le collectionneur d’opérer un triage dans un pareil chaos. Il n’a pas autre chose à fain; que de déterminer simplement le caractère propre, le style de chaque chef de file, sauf à porter ensuite sua attention sur les satellites qui ont gravité autour de lui.
Au milieu de ces innombrables productions, où la fantaisie joue un si grand rôle, le critique le plus rigide se sont pourtant presque désarmé par l’exquise délicatesse apportée à l'exécution de beaucoup d'entre elles. Eût-il accordé ses sympathies aux honnêtes et saines peintures de Chardin; eût-il . par conséquent, des admirations fort attiédies pour le rococo transporté dans la céramique, lors même qu'il sort de l'officine des lions faiseurs, il ne peut du moins lui contester son fumet épicé. L’art aristocratique, sur le retour, s'est fait grivois; las des robe» à paniers, il s’est mis à fripper le jupon de la jeune bouquetière. II sc permet , l'insensé, ces quarts d'heure de vingt ans, si préjudiciables aux vieillards, et qui les rendent idiots pour le reste de leurs jours. — Le rococo éuervé subit le sort commun ; il ne tarda pas à déchoir dans le style Louis XVI , dont le goût public eut lieaucoup de mal à se débarrasser, parce que ses infiltrations avaient pénétré d’autant plus avant qu’il était le résultat d'une décomposition plus grande. Les ébullitions lerrribles de la Révolution , qui ont rejeté , comme de l’écume, tant de loques et vieilleries, ne liront que le lessiver , et le rendirent tout au plus assez malléable pour permettre aux porcelainiers de l’Empire d’en faire leur profit , en le moulant à l’antique. Mais, avant que ce trait d’uuiun factice se fût établi entre les deux monarchies, éclata une immense crise sociale . qui a creusé son sillon dans la céramique.
Il y aurait tout un livre à faire sur les poteries de la fin du xvrn* siècle , si fortement marquées au coin de l'époque. M. Chauipfleury s’est chargé de ce soin Mieux que personne, il saura tirer parti du sujet et compléter l’ajuvre de Jules Renoutier, ce noble coeur qui a mis au service des idées modernes la saine érudition d'un archéologue de la bonne école, vivifiée par un sentiment de fart très délicat (1). L'intelligent écrivain n'aura pas de peine à démontrer qu'il serait absurde de demander à ces poteries les qualités de celles des temps de paix. La Révolution créa des sujets d'épopée, et laissa le soin de les écrire aux générations futures , qu elle émancipa au prix du sang de ses premiers apôtres. L'utile le nécessaire, absorbèrent trop sa pensée pour quelle ait eu le loisir de songer à l'agréable ; Fourmy reçut ses inspirations , tandis que les charmants décorateurs de Sèvres furent négligés d'elle, b ailleurs, la rénovation arlisliquo qu elle fil surgir resta dans les hautes régions de la peinture et de la gravure. et ne put pénétrer dans l'industrie qu après de longues années de crise. Elle no s'y fit malheureusement sentir qu'au moment où la décadence de l’école républicaine arrivait à grands pas sous le despotisme impérial. L'énergie des sentiments patriotiques que reflète la vaisselle populaire la rend doue surtout digne de l'attention des chercheurs qu'anime une idée philosophique, et, par contrecoup. la fait peu propre à figurer sur les étagères vulgaires, spécialement réservées aux gentillesse» du rocaille. Le» seules pièces soi-disant républicaines , admises dans ces élégants laraires , sont les
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affreux brocs de tavernes, salis do sujets obscènes et de grossièreté» du Père-Duchesne , qui ont eu de si nombreux analogues sous la monarchie, et qu'un certain monde s obstine niaisement à croire sortis du mobilier des grands révolutionnaires , dont les Gères images nous ont été léguées par Prudhon et par David.
Les faïences et les porcelaines du Directoire et du Consulat ne valent pas la peine qu on s'y arrête. Les terres cuites et les biscuits de divers artistes, entre autres ceux de Clodion, qui fit avec les vignettes de Saint-Aubin de la sculpture à l'avenant , ont pourtant une valeur relative , qu'on ne saurait méconnaître. Après le concordat . la céramique , déjà gagnée à la réaction , lui prêta un secours très actif. Il parut alors un petit bas-relief rond , de terre rouge , de la grandeur des médaillons de Nini , où se voyait la religion catholique, une croix à la main, couvrant la France de son manteau , et foulant aux pieds le bonne! de la liberté et le niveau égalitaire (1). C’était le temps où Greuze employait les derniers efforts de sa main octogénaire à esquisser le Retour du baron (2) , comme si le peintre de la bourgeoisie du xvm* siècle eut pressenti que le premier consul allait bientôt recruter la féodalité impériale parmi ses anciens modèles.
La réaction grandissait d'années en années. Si éphémère qu elle fut en réalité , elle inquiétait David, devenu baron et premier peintre de S. M. ( Empereur et Iloi. N'ayant plus foi ni en lui ni dans l'avenir , il sentait son école meuacée. On ne descend jamais impunément de l'idéal passé pour se faire b? serviteur du fait contraire. L'art muderue , qui s'était affirmé sous la Itépublique , perdait toute virtualité en s'abaissant vers la servitude, il s'efforcait en vain de poétiser le singulier tricorne et l’habit étriqué du personnage de la légende militaire , qui seront une révélation pour les homme» de goût des siècles à venir. Ils le verront tel qu'il était durant sa vie, enserre dans son égoïsme comme dans un étui.
Une impitoyable logique régla, du reste, la marche des phases successives de cette réaction tentée, depuis le 9 thermidor, contre (esprit révolutionnaire. Toutes, elles eurent des résultats non moins médiocres dan» le» régions où nous sommes entrés que dau» l’ordre politique. L’Empire, qui essaya de résouder, arec le fer et le plomb, les membres dispensés du monde romain, l’Empire ne put engendrer qu'un pastiche sec et dur de l'art officiel des Césars, appliqué en marqueterie sur celui de la vieille royauté. La restauration des superficies du catholicisme, par Donald , Chateaubriand et leur école, ne fut pas plus féconde, puisqu'elle n'a alvouti qu'à un pastiche tout aussi plat de ( art gothique. Qu'en est-il résulté pour la céramique, en dehors des produits de Sèvres, dont ( importance est considérable, mais qui ont eu bien peu d'influence sur eeux de ( industrie privée? D abord . des copies défigurées des vases grecs ; plus tard , des pièces de surtout , des pois à cornichons et des veilleuse® imités, en style troubadour, des donjons de 1ère féodale et de ses chapelles; depuis 1849, celte averse de fétiches de la Salette et dignorantins de porcelaine, moulés en éleignoirs, qui tire heureusement vers sa fin. Quelques esprit» distingués ont bien voulu réagir, à leur tour, contre ces courants morbides ; mais , eux aussi , ils non! pu s'élever au-dessus des imitation» plus ou moins réussies. L'un des associés de Kounny remonta aux formes pures des poteries antiques, qu il osa couvrir de couleurs moins sombres; Ziégler donna au grés des décorations indifféremment prises au roman des églises, aux arabesques de l Alhambra, à la haie des vergers rustiques; d'autres ont demandé tour à tour des modèles à l'Italie, à l'Inde, au Japon, à la Chine. Sous Louis-Philippe, on créa ce style renaissance empâté et touffu, où s’évertuent les détails comme le» mèches bouclées dans les papillotes féminines et dans le touput royal.
(9 11 est l»n Je noter que te airen, dm on rail, sou» U ConrcaUoo , on moUM'ortHoeal U*» soarent rtpCW , b «td prit qoUqaefiiis par des critiques peu attentif» , ou bien inUreatCs à mentir . j*jnr et qu'ils appellent, Juu leur battue . le confiait mrtUur. O* pont Ut meure ta ddii de produira un sent exemple de celte horrible cshiluüns, ■oa-aeulemeol sur Ica porcelaine* de Stvrra , mai» tnure sur la poUne pu polaire.
(9) Douta s U plume, lard d'encre 4e chine , de au cofteclion.
Donc rien n'a été fait en dehors du pastiche. Comment pourrait-il en être autrement, d'ailleurs, quand on voit encore aujourd'hui M. Ingres, ce sculpteur d'un goût si pur, qui a saisi, par mégarde. les instruments du peintre, prêcher en tout lieu ce déplorable exemple; quand SI. Yî<>llet- Leduc dissipe son incontestable talent d'arehitectc et d écrivain à faine rendre k la végétation irothique un si pauvre repain? Rude. David d'Angers. Delacroix, Scheffer. Hcnriqucl-Dupoiil. ce» individualités puissantes, qui u ; relèvent que d elles-aièmes, sont demeurées isolées et n’ont pu faire école.
De nos jours, ceux qui ont érigé la fabrication du pastiche en métier ne respectent pas plus les belles et grandes choses que les médiocres et les petites. On le» voit distribuer à la foule des caricatures de l'Antique et de b llcnais&anre , des chinoiserie» frelatées, des surmoulés du rocaille, sans parler des mièvreries du style néo-grec , qui consiste à revêtir les statuettes du vieux-saxe de la tunique et du pépin m. L'art, dévoyé, sceptique, livré aux préoccupations mercantiles, cherche en vain sa voie dan» les ténèbres, et se partage entre la boucherie humaine et les évolutions libertines de la loretlc qui profite de l'absence du sergent de ville pour prendre un bain de mer.
Il est difficile de dire où s'arrêtera ce dévergondage si quelque bleui vigoureux ne se met à la traverse. Rais, pour cela, il faut que b France, rendue h elle-même et revenue» ses tendances natives, puisse se recueillir dans b liberté. Alors le génie de l’invention s’agitera en elle et la rendra féconde.
Nul ne peut présentement indiquer l'heure du réveil. Kn attendant quelle sonne, je ne saurais répéter, après tant d autres, aux artistes : Revenez au passé: couvrez b dépouille de Delacroix du
tombeau de Scipiou. > Je leur dirai plutôt : « Allez au neuf; inspirez-vous dos idées modernes; étudiez, admirez le* maîtres; mais, en virant dans une communion trop intime avec eux. n'abdiquez pas votre originalité devant les rayon» do leur gloire. * Au sortir de la contemplation des œuvres du divin Marc- Antoine, Rembrandt, le cœur ému et non amoindri, allait faire éclater des traînées lumineuse» à travers les ombres tragiques du réduit de Faust; Poussin, en quête des fortes expressions, ne conservait de ses éludes d'après les dessins de Jules Romain que ce rùtu» douloureux . qui imprime à ses personnages le cachet de 1a scène antique. Os exemples ne peuvent-ils donc être suivi»? S'imaginer d'ailleurs que les limite» de l’art ont été atteinte» par la Grèce païenne , par l'Italie à peine échappée au moyen-âge . est une faiblesse de l'âme (1). La nature a les mains pleines de trésors encore vierges à dispenser à ceux qui se tourneront vers elle avec intelligence . avec amour, et qui auront en eux la dignité du citoyen. Elle est de glace pour les esprits serviles.
La céramique ne sortira pas non plus de l oniiere tant que le jour ne se sera pas fait. Elle n'en sortira qu à la condition d abandonner les chemins battus où se traîne sa denrée commerciale. Pour en arriver b , il faut quelle se préoccupe d'abord de son vrai but, Futilité sociale, et ensuite de la forme qui lui est inhérente. Simplicité, force, élégance, sont les principes fondamentaux sur lesquel* doivent reposer se* créations. Tout ce qui est en dehors d eux doit être impitoyablement écarté. Tant que les contours des vase» ne seront pas nets et serrés, tant qu’ils seront entachés de mollesse et flotteront entre le gpnre néo-gree et cette putréfaction de l'art qu'on nomme style Louis XVI , ils ne s'élèveront pas au-dessus de la médiocrité. Le caprice peut enfanter parfois des combinaisons faites pour plaire aux yeux d’un public oisif et frivole: niai* il est rare que b saine critique les accepte. Mieux vaudrait, â b rigueur, les sécheresses de l'archaïsme que les écarts d'une invagination stérile, qui glane dans les champ» du mauvais goût ou de 1a banalité. Le céramiste se préoccuperait du moins de la ligne . et , le jour où il ne serait plus à la remorque du passé, il aurait un sentiment épuré de la forme.
<t| De U i Hiuion i* l'Art, pir D- Utct.Vjo» . t!iu la PtolanQf. IMS, 1. 1, p. 400
Dan* l'ordre décoratif, même réforme â introduire. < Deux choses, a dit Lelcwel, sont à considérer pour le» faïenciers et porcelainiers, la forme et la couleur, éléments constitutifs des ouvrages naturels. Leur art a cette mission de marier les deux ; de couvrir les belles formes de belles couleurs, sobres ou éclatantes. * La céramique, sœur de l’architecture, a souvent besoin du concours de la sculpture et de la peinture pour compléter ses œuvres. Lie leur juste pondération naît la perfection dans l'art de terre. Il faut donc que le sculpteur et le peintre, appelés à décorer un vase, n'empiètent pu sur les attributions du potier et sachent se renfermer dans les limites d une fraternité bien entendue. Le* surfaces qu’on leur confie sont circonscrites de lignes qu'ils n’ont pas créées et que leur» décors ont pour but de faire valoir. Rien n’est, par conséquent, plus absurde que d'incruster entre ces lignes des l«a»-reliefs sans liaison avec elles, ou d’en faire la bordure de copies de tableaux. L imité est la qualité essentielle des productions de la céramique, depuis le vase gigantesque qu'on destine aux splendeur» du Louvre jusqu à l 'humble assiette de faïence qui paraîtra sur la table du paysan.
C’est k la poterie usuelle qu’il faut surtout songer; rar le but définitif de la céramique n’est pas tant de produire des pièces exceptionnelles, d’un prix énorme, que de livrer à tous les citoyens une poterie qui soit à la fois salubre, artistique, solide, d'un usage commode, & bon marché. Celui qui résoudra ce problème aura droit à la reconnaissance publique. La manufacture de Sèvres , placée dans des conditions si favorables pour faire des expériences utiles , devrait prendre l’initiative de cette rénovation de la vaisselle populaire. L’entreprise est digne de tenter les hommes éminents qui la dirigent. Elle porterait , si je ne me trompe , ses essais sur la faïence , moins dispendieuse que la porcelaine . et tout aussi propre à recevoir des formes simples et helles, relevées de couleurs aux tons plus miles et plus francs. Les vases les plus modestes ne sont pas indignes de l'attention de l'art. Pourquoi la buie d évier du laboureur de noire temps n'aurait-elle pas le même privilège que la coupe rlu pitre de la Grèce antique? Il suffirait au besoin, pour cet ordre de vases, qu’il fût enduit d'un émail jaspé ou monochrome. Le vert, par exemple, lui sied à ravir. Ce fut jadis la couleur que la France étendit avec prédilection sur ses poteries , couleur inspirée des verdures éclatantes de ses prairies et de ses forêts. Sans rivale aux xtv' et xv* siècles, elle arriva au xvi* à une intensité qui n'a pas été dépassée. Qu'on essaie de l'employer par couches épaisses, en la mariant parfois soit à de» arabesques noire», largement comprise», soit à d'autre* décore chaudement nuancés , qui marqueront, dans ce cas, la note la plus haute : on obtiendra de la sorte , et au moyen d'une foule d'autres combinaisons , des effet* d’une originalité imprévue, sans que l'œuvre du potier s’écarte de la tradition et du sentiment français. La vaisselle de terre est, du reste, le reflet des couleurs dominantes de chaque contrée. L'Orient a versé & pleines mains sur la sienne les richesses violentes, mais harmonieuses, de sa flore et dû sa faune; l’Espagne moresque, l'azur de son ciel, marié & l’or des sables africains ou bien aux teintes métalliques de ses roches calcinées; la France, plus placide sons sa robe de verdure, qui elle aussi possède sa pénétrante beauté, la France a revêtu de vert ses poteries. Quant à l'Angleterre, la patrie du mauvais goût, elle y a mis le froid coloris de son sol . entrevu à travers les brouillards qui le polissent encore.
La revue rétrospective des œuvres de la céramique , que les nécessités de ce travail m ont obligé d entreprendre, a eu pour résultat de nie faire vivement regretter qu'on ait mis jusqu'ici si peu d’empressement à former , dans les collections publique» , de» suite» chronologique» de nos poteries . faïenceries . porcelaineries et verreries. Elles fourniraient pourtant des renseignements très utiles au point de vue de l'histoire générale et à celui de la théorie et de la pratique de l’art de terre. Un homme dévoué h la science, M. Kiocreux, consacre depuis longtemps tou» ses soins au musée de Sèvres, qu'il a créé ; mais la subvention, qu'on lui distribue d'une main parcimonieuse, ne saurait lui permettre
d'arriver complètement au but patriotique qu'il se propose. Le touvre , l'hôtel Cluny , les musées de Rouen ci de Ne vers, sont également entrés dans cette voie, sans y apporter cependant la même unité de vues. Certes, je suis des premiers à applaudir aux nombreuses acquisitions faites , depuis quelques années, dans les séries grecques , étrusques . italienne», péruviennes ou chinoises. Rien dans l'univers n’est étranger à la France ; mais je voudrais qu 'on ne négligeât pas tant ce qui nous vient d'elle. L'entrée à l'hôtel Cluny de la collection Le Véel témoigne déjà d une amélioration dans les tendances. Si I on sait profiter des autres occasions qui se présenteront désormais, nous pourrons montrer enfin, avec une juste lierté, que nos potière et nos verriers ont eu un sentiment artistique tout aussi original et tout aussi fin que ceux de nimporte quelle autre partie de l'Europe. Il faut se hâter, du reste, de saisir au passage le* pièces de choix qui n'ont pas encore franchi la frontière. Le nombre des collections particulières non dispersées, les seules où nos musées puissent glaner, diminue chaque jour. Formées dans des conditions qui ne se présenteront plus, parce que les sources où l'on a puisé sont taries, elles renferment à peu près le seul contingent disponible. Où trouver, par exemple, une série de verres, sortis sans exception du sol de la Gaule romaine , comparable à celle de H. J. Charvet. antiquaire à Paris? Patiemment cuin posée des plu* beaux et des plus rares échantillons découverts depuis le commencement du siècle , et réunis un à un . elle renferme, à l'heure qu'il est , trois cents vases de toutes formes et de toutes nuances. La plupart des provinces sont représentées dans celte belle suite, sauf peut-être la Bretagne et le Poitou, qui ne se sont pas, jusqu’ici, dépouillé* de leurs trésors en sa faveur. Le contingent d 'Arles seul atteint le chiffre de plus de cent pièces d'un intérêt considérable. Ceux d'Orango, de Vairon, de Vienne, de Clermont, Toulouse, Mâcon. Amiens, Beauvais, Metr, Liège, etc., sont également d'une importance extrême. Tous ces vases ont l'avantage de posséder leurs extraits de naissance , et peuvent ainsi fournir les éléments d’une excellente élude historique et industrielle. M. Charvet a réuni, en meute temps, quelques fort beaux verres venus de Grèce, d'Asie, d'Egypte et d'Italie, destinés à servir de termes de comparaison avec les œuvres des ouvriers romanogaulois contemporains. Quelques autres cabinets contiennent pareillement des raretés de premier ordre, que nos musées ne devront pis laisser aller à l’étranger.
Il m eût été impossible de rassembler les éléments dispersés de ce travail si les hommes versés eu ces matières, et les amateurs qui possèdent des objets rentrant dans mon cadre, ne m êlaient venus en aide. Les un* m'ont communiqué des types rare* de poteries ou de verres; les autres m'ont ouvert les vitrines des galeries publiques ou privée* de Paris; plusieurs m'ont donné d'utiles conseils. Parmi ces derniers , je dois citer en première ligne M. Riocreux , qui. non content de faire passer à plusieurs reprises sous mes yeux les richesses de Sèvres , a bien voulu me permettre de recourir à sa profonde expérience de toutes les branches de la céramique, chaque fois qu'un doute s’est présenté à tnon esprit. M Mile!, chef des fours de la manufacture nationale . s’est montré non moins bienveillant et non moins libéral , et m'a envoyé des copies de litres intéressants. M. Salve ta t , le savant chimiste du même établissement, a fait l'analyse des terres des faïences d'Oiron, et a ajouté ainsi des preuves de l'ordre scientifique à celles que m'ont fournies les monuments eux-mêmes et les chartricrs. D'un autre côté, M. de Monville, ce curieux d'un goût si distingué, qui va aux belles choses comme lo fer à l’aimant , m'introduisait au milieu des splendides collections d'objets d'art, possédées par les divers membres de la famille de Rothschild: MM. Sauzay, Darcel et du Sommerard me permettaient d'étudier celles du Louvre et de l'hôtel Cluny: M. Albert Jacquemart complétait de vire voix les pré-
eieuses indications fournies par son Histoire de la porcelaine ; MM, Boosergent. Pinchaud et Fortune Parentea u m'adressaient les listes des nombreuses marques de potiers romano-iraulois recueillies par eut & Poitiers et à Rezé; M. Rondel me fournissait des renseignements précis sur les restaurations qu'il a faites aux faïences du xvr* siècle confiées à ses soins; M. Fournier de Roisairault me laissait consulter les archives de son château d'Ûiron; M. Daviliicr m’initiait, en présence des étonnants spécimens de son cabinet, au charme des produits de Moustiers; MM. Taiuturier et Delango me mettaient en main l’œuvre complet de Palissy ; M. de Rostaing de Rivas me révélait, à laide de ses papiers de famille, l’importance des fabriques nantaises, et me permettait de remettre en lumière le nom trop oublié du céramiste Fouraiy ; — MM. Port, archiviste de Maine-et-Loire; Roux, de Tours; de la Morinerie, chef de bureau â l'hôtel de ville; J. Charvet, antiquaire à Paris; Thomas Amauldet, attaché au cabinet des estampes de la bibliothèque de la rue Richelieu ; Guilbaud, ancien juge à Saintes , Gaudin, avocat , l’abbé Lacurie , chanoine, Drilhon , notaire de la même ville; Jourdan, juge d’instruction, et Délayant, bibliothécaire à la Rochelle ; Imbert et de Fouschier, de Thouan ; Calixte de Tusseau, de Moiré; Ileauchet-Filleau, de Chcf-Boutonne ; J. Cardin, Meillet, chimiste, Redet, archiviste de la Vienne, de Longuenur, Charbonnel et Weddell (1), de Poitiers; Bardonnel, de Niort; Renault, directeur des postes à Luçon; Grelier du Fougeroux, de la Chapelle- Thémer ; Gourraud, de Gharagnes-en-Pai tiers ; Paul Marcbegay, des Roches-Baritaud ; Auger, médecin â N’alliers; l’abbé Baudry, curé du Bernard; Léon Aude, secrétaire général de la préfecture de la Vendée; Faustin Poèy d Avant, de Maillezais; Hamel Joussoaume, Louis de la Bontetière et Gabriel de Fontaine, de Fontenay, m'apportaient tour à tour des renseignements sur tel ou tel point de (non sujet. — Knlin M. O. de Rochehrune, le collaborateur ordinaire de mes travaux, me prêtait le concours affectueux et dévoué de son talent de graveur, et mes amis Dugast-Matifcux et Anatole de Montaiglon contribuaient, par leurs bons avis, k rendre cet essai de classification moins imparfait.
Quinze mois se sont écoulés depuis la publication de la lettre à M. RioereuX sur l'origine des prétendues faïences de Henri 11 , qui a été , pour ainsi dire, le point de départ de mes investigations. Il m'en a souvent coûté depuis de résister aussi longtemps à la juste impatience des chercheurs, excitée par l’annonce de documents propres k déterminer la provenance des sphinx de la curiosité. Mais les choses se sont passées, en cette circonstance, comme à l'ordinaire : une découverte en a amené une autre; ce qui ne devait être qu'une petite brochure est devenu presque un livre, dont un seul chapitre est consacré aux produits de la fabrique des Gouffier. Si les travailleurs sérieux trouvent, sous cet amas de notes, lanl soit peu de matière historique nouvelle, je ne regretterai pas de m'être donné beaucoup de peine pour le réunir, et mon but sera rempli.
ft ) M. W«W*U , nMKlo k Puitirn . f«M*de l’n* An «tDccüMl l« rto riche! <fe Franc* co porcelaines chinait** «t japont t» , ii« auf<{*o chruuologtqiiK.
Ftmtenay - Vendée . 1.1 avril 1864.