SPÉCIMENS DE VERRES
Les produits des fabriques poitevines commencent à devenir moins rares à partir des dernières années du xv* siècle. La planche qui accompagne celle étude en reproduit un certain nombre de fort curieux â plus d’un titre, et il en existe quelques autres que j’eusse pu ranger à côté de ceux-ci.
Le n° 15 est un drageoir, ayant O 1 * 32 de diamètre. Le rebord du plateau et celui du pied sont bleus, ainsi que le bourrelet placé à la jonction de ces deux parties du vase, tandis que le reste est blanc. Les ornements sont exécutés en or. L’écusson royal de France, peint au milieu du plateau, a été calqué sur celui d’un écu d’or du temps de Charles VIII. Les courants de feuillage sont dans le style gothique. Celte belle pièce provient de l’ancien mobilier du château de la Molte-Suint-Heray (Deux-Sèvres).
Au n° 17 est un très joli verre à côtes, décoré du proverbe, tracé avec des lettres d'émail l iane en relief : a. bon. vin. ne. favlt. point, anseigne, et de perles, torsades, et autres ornements également en émail blanc ou rouge. On y remarque , en outre , quelque» traces de dorure. Hauteur, 0 " 186. — Ce verre est conservé, depuis plusieurs générations, dans une famille du Talmondais. Il parait dater de la première moitié du règne de François I* r . Le musée archéologique de Poitiers en possède un à peu près
semblable, d'un travail étranger au Poitou, sur lequel on lit : bien qveii» c.vo. \(ous) lavez apto. Le verre en est gTis verdâtre. Un troisième, sans inscription, orné de têtes de fous peintes au naturel, appartient à M. Gaillard de la Dionnerie, procureur impérial â Civrny; mais il a été trouvé dans la Charente, vis-à-vis du château de Taillebourg, c’est-à-dire hors de la province.
Le n° 18 est une de ces bouteilles de verre blanc commun , destinées à être portées en voyage ou dans les travaux de la campagne , comme on en rencontre encore beaucoup dans la contrée.
Le n° 19 est, au contraire, un fort beau verre bleu et blanc, comme le drageoir décrit plus haut. Il est couvert de rinceaux et courants de feuillages dorés , et d'un semé de petites perles d'émail blanc, au milieu desquels sont posés quatre écussons aux armes de la famille poitevine des Taveau de Mortemer. Ces écussons ont été grattés pendant la Révolution. La famille Guischard d’Orfeuillc l’a possédé, dit-on, pendant plusieurs siècles, et il n’est sorti qu’en ces derniers temps de ses mains, lors de la vente du mobilier du château d'Orfeuille , en 1KG1. Il fait partie depuis de ma collection.
La décoration de ce verre , du premier tiers du xvi* siècle, est conçue dans un sentiment italien, qui frappera le lecteur; aussi est-ce avec une certaine hésitation que je le donne à notre pays, auquel il se rattache . dans tous les cas . par les armes qu’il porte. Quant à sa forme, elle a été employée en deçà des Alpes, témoin celle du verre émaillé, portant la légende : ie. svis. a, vovs. iehan. boycav. et. antoynette. bovc., de la collection F. Sladc, de Londres, publié par M. F.ug. Piot, dans le Cabinet de f amateur , 1802, p. 289 (1), et celle d’un second verre , à peu près semblable , fabriquée pour un membre de la famille Pineau, de la Rochelle, qui porte cette maxime protestante : qvi. en. ciirist. crot. est. HEVERvx (heureux), et, au-dessous : ites. pineav, sur un cartouche qu’entourent des rinceaux et des Heurs. (Ancienne coll. de M. Weissc. de la Rochelle.)
11 est fort possible, du reste, que, dès le règne de Louis XII ou celui de François I* f , quelque verrier poitevin soit allé étudier sur place les procédés de l'Italie, ou que quelque ouvrier ultramontain les ait importés dans notre pays. Plus tard, ce second fait n’est plus douteux, comme nous le verrons dans un instant, après que nous aurons passé en revue quelques verres du second tiers du xn" siècle.
Le premier qui se présente est le verre gravé au n® 22 de la planche, tiré de la collection de M. Gabriel de Fontaine, de Fontenay. Le style de celui-là est complètement français. On voit sur ces parois trois hallebardiers du temps de François II, peints en émail de couleur, eide fines arabesques et gaufrures d'or. Au-dessus est écrit : en. la sevvr. de. ton. visaige. tv MANGERAS. LE. pain (2). Une grande coupe, de même forme, ayant
(I) M. K. Piot 'tonne. » celle occasion , pliisicuis indication» très intéressantes sur la fabrication des verre» émaillés en France.
(î) Il convient de rapprocher celle inscription de celle placée au bas de l’une des figures de la Bible gravées sur bots daprfcs llolliclu , où se voit Adam et Kve travaillant à b terre.
0“ 165 de diamètre à l’orifice, 0 m 11 à la base, 0* 215 de hauteur, coupe qui vient de la succession d’un ancien député de la Loire-Inférieure à la Législative, doit sortir de la même fabriqua. Les arabesques et les gaufrures d’or sont calquées sur celles du verre précèdent. Sur l’une de ses faces est une dame en costume du temps de François II , chassant au cerf, et, sur l’autre, celte même dame se voit à cheval, suivie de son écuyer, lançant le faucon près d’une fontaine. La frise supérieure porte ces deux vers du livre iu des Métamorphoses d’Ovide :
HIC. DEA. SYLYAUV. VENATV. FESSA. SOLF.BAT.
vuuiut(e)os. artvs. uq(u)ido perfvndere. rore.
Après les verres émaillés viennent les verres ciselés, qui ne semblent avoir été en usage en Poitou que pendant la seconde moitié du xvi a siècle. Du moins, les seuls échantillons que je connaisse sont tous postérieurs à la mort de Henri II. Quelques-uns de ces verres sont d’une finesse extrême, et leurs ornements exécutés avec beaucoup dégoût. M. Moitre, dit Manceau, chaisier de Poitiers, qui collectionne l’émaillcrio limousine, a possédé longtemps une coupe qui pouvait passer pour un modèle du genre. Les arabesques dont elle était couverte étaient d’un goût exquis, lin autre amateur de la même ville, M. Marganne, ancien notaire, a acheté, à la mort d’un de mes vieux parents, un drageoir de fiançailles qui n’est pas moins précieux. Il a 0" 14 de hauteur et 0“ 16 de diamètre, et est couvert de courants de feuillages enlacés autour de trois écussons. Le premier porte trois fleurs de 1U; le second, un cœur percé de deux flèches et la date 1578 gravée audessous; le troisième, la dédicace suivante :
qui doit se traduire ainsi : A mademoiselle ou madame M de la P — Je dois
citer encore une coupe avec les armes des Girard de la Roussière gravées au fond (1), et une aiguière venant des environs d'Aizenay, ayant 0* 26 de hauteur, sur les parois de laquelle circulent de fins rinceaux et des branchages de lauriers, qui supportent un cartouche où est gravé le nom de nicolas tvtavlt (nom d’une famille poitevine des environs de Saint-Maixenl), et la date 1583.
J’ignore si ces vases ont été fabriqués hors de la province, de même que les coupes.
(I) La coutume do placer les armoiries an fond des coupes do toute matière est assez ancienne. L'inventaire des joyau* livrés aux carmes de Nantes pour accomplir le dn duo Jean V, en juillot 1420, contient la menüou suivante : Item, un hanap d'or en fnçiH d'une coupe émaillée au fond aux armes de m cuire Bertrand (du Gucacliuj. ( Preuves Je I). Morice, i . 11 , col. 1032.)— Guillaume Bouchet raconte en outre, dans la première de scs Serér», que, une veuve larmoyante tournant à l'ivrognesse, scs amis, qui no se rendaient pas bien compte de la cause de ses larmes , remplirent la coupe jusqu'au bord, a(ii> qu’elle fût obligée de laisser asôez de vin au fond pour lui cacher les armoiries de son défunt mari, dont la vue, supposaient-ils, lui cansail cette tristesse.
guédouflcs, aiguières, drageoirs, salières, bouteilles, elc., en verre blanc, à reliefs parfois dorés, qu’on rencontre intacts chez diverses personnes, ou bien à l’état de fragments, dans les raines de tous les châteaux du Poitou. Celui de Talmond en a fourni à lui seul une quantité considérable; mais surtout des pieds de verres décorés de mufles de lions. Il y en a de semblables dans toutes les collections publiques ou privées des départements de l'Ouest, Le château de Talmond m’a fourni de plus des fragments de vitres dont la bordure est couverte d’arabesques gravées, arabesques qui n'ont jamais reçu de coloration. A en juger par le style du dessin, ils doivent remonter au temps de François I". — On a retiré des décombres du château de Mareuil d’autres morceaux de verrières avec peintures en grisaille, représentant des oiseaux et des fleurs, qui datent du temps de Henri IL On sait que ce genre de vitrage était alors tout nouveau, puisque Philibert de Lorine l'employa, dit-il, à Anet pour la première fois (1).
t'n peintre verrier du nom de Didier de Maignac, originaire de Bourganeuf, s’était établi â Fontenay vers le milieu du xvi* siècle; mais il faut croire que son métier n’était pas lucratif, car il se fit potier. {V. plus haut, p. 185.)
Puisque nous sommes sur le chapitre des vitres, je ne dois pas oublier de mentionner l'emploi qu’on en faisait déjà chez nous, au xvi* siècle, pour les serres chaudes. Les comptes de la succession de Michel Tiraqueau, sénéchal de Fontenay, dressés en 1566, contiennent, entre autres, cette mention : « A Martin Ducbemin , pour les titres des loyes en terre de Helesbat , 4 litres 3 sols. — J’ai déjà dit que Michel Tiraqueau , digne émule de son père, le jurisconsulte, et de son frère, conseiller au parlement de Bordeaux, avait un cabinet très riche en objets d’art de toutes sortes (2).
VERniERS ITALIENS ÉTABLIS EN POITOU .
Le caractère italien de certains ouvrages de verre contemporains de Louis XII et de François I* f ferait croire que, dès cette époque, des ouvriers ultramontains auraient été amenés, par quelque grand seigneur, dans la contrée; mais je n’ai rien autre chose que des conjectures à formuler à ce sujet, tandis que, parvenu au milieu du xvi* siècle, un document positif constate rétablissement, au cœur du pays poitevin , d’un verrier de Venise. Ce sont les lettres par lesquelles le comte du Lude, gouverneur de la province , prend sous sa protection le sieur Fabiano Salviati, gentilhomme de Mûrano, sa famille et son atelier, pour les mettre , autant que possible, à l’abri des insultes des gens de guerre, pendant les troubles religieux de 1572.
(Il Architecture de Philibert de fjarme. Uv. I, cb. 10.
(î) Le cabinet de Michel Tiraqueau, par B. Fillon; Foulcnuj, Hohuction, 1848, io-8» de 40 panes.— Oo a une description sommaire de ce cabinet , dont les Œuvre, poétique» d'André do Rlvaudeau , tiis d’on Talcl de chambre de Henri II , qui sc nommait Robert Ribaudeaii . imii court, et qui fut ami personnel de Jean Marti i, dont U a fait un éloge en vers. Imprimé en tète de l'édition française de l' trcAitrfiare de J. B Aîberti , donnée 4 Paris, chtl Jacques Kenor, en 1533.
« A toux capitaines, chie fs et conducteurs de gens de guerre au gouvernement de Poictou, leurs lieutenans, enseignes , mareschaulx des logis, fourriers et aultres qu’il appartiendra, salut. Voulant gratifier, favoriser et bien tr aider Fabian Salriate, eseuyer, gentilhomme de Myrane, pais de Venise, venus, luy et sa famille, en ce pais de Poictou pour pratiquer /* art de verrerie, en faveur de la recommandation qui nous en a esté faicte par le sieur de Salles (I), à ces causes nous vous mandons et très expressément commandons que roux n’aiex à loger, ne souffriez estre loges aulcuns gens de guerre en sa mayson de l’Argentièrc (2); laquelle mayson nous avons exempté et exemptons, par ces présentes, de toute garnison, et te diet Salviate et les siens et serviteurs avons pris et mis, prenons et me dons sous noslre protection et saulvegarde, et, afin que n’en prétendiez cause d'ignorance, et, pour plus (tasseurance de ceste nostre bienveillance, nous luy avons permis et permedons mectre sur le pourtaut de sa dicte mayson nox armes et pannonceaulx ; en tcsmoing de quoy nous avons signé ces dictes présentes et faict sceller du seel de nos armes. A Sainct-Maixent , le vingtiesme jour de septembre de l'an mil cincq cens soixante et douze.
» Du I.U DF..
» Par mondict seigneur. Chabot. »
(Copie vidimôe du temps, dans ma collection de documents.)
J’ignore quel était le genre de fabrication importé par Salviati ; mais toujours est-il qu'on rencontre encore parfois, dans nos villes et dans nos campagnes, des vases de verre agatisés de diverses couleurs , qui ont quelque chose de l’aspect de ceux de Venise. MM. Gabriel de Fontaine et Prosper Babin, médecin à Fontenay, ont, le premier, un verre A boire, et le second une bouteille à long col, qui sont surtout fort remarquables. Les procédés de cette fabrication ont persisté, dans tous les cas, longtemps après la mort de celui qui les a introduits en Poitou; car il existe une masse considérable de coupes, ciboires, aiguières, pots A l’eau, flacons, plateaux, drngeoirs, bouteilles, burettes, etc., faits d’une pâte colorée avec du muriate d’argent et du phosphate calcaire, qui leur donne de la ressemblance avec l'opale. Beaucoup sont en outre marbrés ou ponctués d'un fort beau rouge, de rose, de bleu et, plus rarement, de vert foncé et de violet. J’cn ai recueilli plusieurs échantillons fabriqués au xvu* siècle. Ou en a découvert beaucoup à l’état de débris à la Crétinière, commune de Moutiers-sous-f.hantemerle (Deux-Sèvres), en recurant de vieilles latrines. Il y avait parmi eux une grande soucoupe rayée de bleu et de blanc, que possède M. Gabriel de Fontaine.
l’ne autre famille de verriers italiens, originaire du Monlferrat, vint également se fixer dans les régions de l’ouest de la France, ainsi que l’établit l’acte qui va suivre.
v nom du Seigneur, ainsi soit-il. L’an de l'incarnation 1645, indiction rô-
ti) Salira , près la Motte&inl-Heray (Deus-Sèvm).
(i) Paroisse de Praillcs, sur la limite de la forèi de rilermitain.
maint xiv, le 4 r jour du mois de février , en la ville de Fahare (?), Etat de Montferrat, diocèse de Nolt. .4 lous ceux qui verront cet acte testimonial qu'il soit connu et manifeste que. moi notaire soussigné écrivant, ont comparu en personne au tribunal accoutume de droit, devant illustre s*' Bernardin Persique, juge commis par tirénissime Charles II, duc de .Han four et du Montferrat, nobles personnes Us Thomas- Pierre -Vincent de Cosse, Jacques-Philippe de Cosse, Barthe'lemi Ponte, Joannin de Bague! , Baptiste Cosse, consuls en la même tille pour Part de la verrerie, celle autorité leur ayant été concédée par III. et excel. s ft Guillaume, marquis de Montferrat, dès l’an 1495, le 5” jour du mois de février, et ensuite confirmée par sér. s** Guillaume de Gonzague, duc de Mantoue et du Montferrat, l'an 1552;
» Lesquels, par requête du s* 1 Étienne de Sarode , ont attesté, par parole de vérité, que Vincent de Sarode était décédé, suivant le cours de nature, déjà depuis longtemps, étant né dans ladite ville de la race noble des Sarode, duquel, par légitime mariage contracté en ladite ville, était né en la même ville de Fahare Antoine-Abraham de Sarode, père légitime du susdit Étienne, présentement rivant, et que, pour plus grand témoignage de vérité de ce qui est dit de véritable touchant la noblesse de ce seigneur, Étienne-Jérôme de Cosse et Françoise Massard ont été ses parrain et marraine au sacrement de baptême ; qu’il est enfin rrai que les sus-nommés de Sarode, aussi bien que leurs descendants, sont nobles, virants noblement, et particulièrement les* 1 Étienne, et que tous eux sont regardés, tenus et crus nobles, tant dans ladite ville que dans tout ledit État et dans les lieux circon voisins, et que ledit Étienne est partout, derant tous, publiquement estime tenu et cru noble, tant par les autres nobles que par ceux qui ne le sont pas. et que son nom est inséré, mis el écrit an catalogue des nobles, ce que les sus-nommés seigneurs consuls attestent non seulement avoir oui dire, mais aussi avoir vu el en avoir eu connaissance par le témoignage du public, et qu'ils l'ont appris de tous leurs ancêtres, qui disaient l'avoir également appris de leurs pères. Ce qui est une preuve très assurée que le susdit Étienne de Sarode et les autres membres de la famille des Sarode sont nobles et de race noble, c’est qu’ils jouissent du privilège d'exercer l’art de la verrerie, auquel ceux qui ne sont pas nobles ne sont pas admis, ce qui est très vrai et doit être tenu pour certain et assuré par fous , devant tous et publiquement. De fout quoi ledit s* T Étienne de Sarode. fils d' Antoine-Abraham, a requis qu’acte lui fût donné, en présence dudit illustre juge, qui m’a ordonne d moi, notaire soussigné, de le mettre en cette forme, et d’y apposer le sceau, suivant la coutume de cette cour. Bonne en ladite ville de Fahare , les jour et an que dessus. Signe' : Jean- François Massahd , » dont la signature est légalisée par différents fonctionnaires. (L'original, en langue italienne, est entre les mains de la famille.)
Les Sarode ont exercé, pendant plus de deux siècles, le métier de verrier, à la Fosse de Nantes el à Ycndrenncs, en Bas-Poitou. Ils avaient remplacé, à Nantes, une famille du nom de Babin. qui, elle-même, avait succédé à ce Jean Ferro, ou plutôt Ferré, gen-
til homme verrier, autorisé, en 1588, à établir une fabrique de faïences blanches dans celte ville. ( V. plus haut, p. 147), — Il a été déjà question des Sarode à la page 163, à propos des tentatives qu’ils firent, au xvni* siècle, pour établir une fabrique de porcelaine.
LES VER RKRIES POITEVINES ACX XVII* ET XVIII e SIÈCLES
Les mêmes causes qui ont amené, au xvir siècle, la décadence des faïenceries en Poitou, ont causé celle de ses verreries. U est donc inutile d'entrer dans de plus longs développements sur ce point. Je me contente de signaler simplement le fait. Quelques-unes se soutinrent pourtant jusqu’à la Révolution ; d’autres furent même créées sous Louis XIV et sous Louis XV, comme l'attestent les pièces qui vont suivre.
Verrerie de la Mortelle, arrondissement de Montmorillon (Vienne). — Quittance de cent livres tournois, donnée le 19 octobre 1640, par Robert de Verrière, écuyer, sieur de FandOme, maître de la verrerie de la Montelle, en la paroisse de Saint-Laurcnl-de-Jourde, aux religieuses de N.-D. de Poitiers, pour six paniers de verre de vitres qu’il leur avait vendus. (Arch. de la Préf. de la Vienne; titres des filles du couvent de N.-D. de Poitiers.)
Verrerie des Robinières (dans la forêt de M errent). — Acle par lequel frère Barthélemy Fruchanl, fondé de pouvoir du couvent des Robinières. achète du sieur Vincent Robin , demeurant à Luçon, une maison, sise au village voisin de la Guillotièrc, et ses dépendances, pour y établir un four de verrerie. — Cet acte, passé à Luçon, est du 4 mars 1712. (Minutes de M. Cailler, notaire à Luçon.)
On a déjà vu plus haut, p. 16 1, que les moines des Robinières se livraient à l’horlogerie, à la fabrication de la poterie et à la sculpture. Leur monastère avait été fondé, le- 13 décembre 1439, par Jean l’Archevcsque , seigneur de Mènent et de Vouvcnt, sur remplacement d’une antique chapelle, dédiée à saint Pierre et à saint Paul, dite de la Robinièrc (1).
Verrerie de l’Epine (commune de Béruges, près Poitiers). Concession de quatre arpents de terre en lande, sis sur le bord de la forêt de l’Epine, consentie en 1749 par le fermier de la eommanderie de l’Epine, au sieur Daniel de Chazelle, sieur de la Forie, moyennant une rente de 36 livres, pour que le dit de Chazelle puisse y bâtir une verrerie. (Arch. de la préf. de la Vienne. Titres de la eommanderie de l’Epine.)
Cette verrerie fut abandonnée quatre ans après par le sieur de la Forie, et devint un repaire de voleurs, que le commandeur du lieu Ht détruire , afin de vendre les matériaux au profit des créanciers de cet industriel.
Verrerie de la Ciiapellr-Seoiin (Deux-Sèvres). — Arrêt du conseil, rendu sur l’avis conforme de M. de Rlossac, intendant de la province, autorisant le sieur Bertrand de Chazelle à établir une verrerie à la Chapelle-Seguin, en Gàtine. (Description de la France , par Dulaure, t. iv, p. 20.)
(!) Renseignement communiqué par M. Filaudeau, archiviste de la préreclure de la Vendée.
La concurrence que firent aux Terrier» poitevins le» fabriques de la Rochelle et de Nantes (1] contribua beaucoup à leur ruine. Une manufacture avait, en effet, été établie, au milieu du xvm e siècle , à la Font , proche la première de ce» villes, par le sieur Du Mesnil, qui lui avait fait décerner le titre de Verrerie royale. Son fils ou gendre, Jean Joachim Delahaye Du Mesnil, capitaine d'infanterie, né à Rambures, en Picardie, acheta, en 1763, ta verrerie du Val-d’Aulnoy, en Normandie, puis vint ensuite fonder celle de Coëron , près de Nantes, et se mil enfin A la tète de celle de la Font de la Rochelle, où il mourut en 1797.
SPÉCIMENS DE VERRES DES XVII e ET XVIII e SIÈCLES
Indépendamment des ustensiles de toute sorte, en verres aga lises ou de couleur opale, dont j'ai parlé il y a un instant, il en existe une quantité beaucoup plus considérable encore en verre blanc. M. Hanaël Jousseaume, de Fontenay, a, par exemple, en sa possession un gobelet de grande dimension, provenant de la verrerie du Parc-de-Mouchamp, qui donne une idée assez avantageuse de sa fabrication. Je connais aussi un très grand seau & rafraîchir côtelé, ayant des mufles de lion en guise d’anses, qui sort, dit-on, d'une verrerie des environs de Parthenay. Il mesure 0* 37 de hauteur sur 0" 35 de diamètre, et est d’un verre blanc très net.
Il n’est pas rare non plus de trouver dans les Deux-Sèvres des burette* et flacons aux saintes huiles, ayant la forme de celui gravé au n* 24 des Verrerie* poitevine*. Ils sont ordinairement bleus, jaunes ou rouges. M. Riocreux , consulté sur leur provenance, m’a répondu qu'il les supposait sortis de la manufacture orléanaise du sieur Perrot, cité dans le Livre de* adre**es de Pari * pour V année 1691, par Du Pradel. — Le n° 25 de la planche reproduit l’un des derniers échantillons de la fabrique de Vendrennes. C'est un verre blanc A côtes , avec la légende : vive la nation en lettres rouges, qui date des commencements de la Révolution. I)c l’une de nos fabriques vient indubitablement encore un pot à l'eau couvert de fleurettes rouges et jaunes, au milieu desquelles se lit le nom du citoyen Bonnard, que je crois être l’ancien conservateur de la bibliothèque départementale de la Vendée (2).
(1) Il avait à Nantes, an milicn du xvu» siècle , un peintre terrier (lu nom de Julien Rolland, qui atait quelque réputation dans les régions de l'Ouest. Ce Tut lui qui fut chargé, le 15 novembre 1051, de faire la vitrerie des chapelles, que hdtil alors, derrière le chœur de la cathédrale de Nantes, l'architecte Elic Drouet, et le grand vitrail de la chapelle de l'aile neuve du même édifice. Le marché fut fait i raison de sept sous U* pied carré de verre blanc, plus deux livres par chaque écusson (teint sur les différents vitraux.
Julien Rolland a peint aussi , moyennant lit livres douze sous , un petit vitrail, exécuté en 1053 pour l'une des chapelles de la cathédrale de Luçoo . sur l'ordre de l'évêque Pierre de Nivelle.
(î) C’était un ancien prêtre, qui avait abandonné, pendant la Révolution, l'étal ecclésiastique pour suivre, après s'être marié, la carrière administrative. Il mourut dans la retraite à CMleau-Guiberl, bourg dont il avait été curé constitutionnel. M. Bonnard a laissé la réputation d’un Tort honnêle homme et avait des goûts littéraires qu'il a transmis à l'un de ses descendants. M. Emile Gràmaud, le poète de Luron, est son petit-fils.
ItJ VERR ER 1ER POITETISES AO XIX e SIÈCLE
Depuis la Révolution, l'industrie du verre ne s'est pas relevée, l'n essai de fabrication de verre blanc fut tenté, sous le Consulat, au Pelil-Bourg-dcs-Herbicrs. On y faisait surtout des ustensiles populaires , ornés de coqs , de papillons et de (leurs , colorés en rouge, jaune et noir. Les fours étaient installés dans la vieille église. Au boni de peu d'années, on fut forcé de les éteindre, de même que ceux d'une faïencerie commune dressée i coté, dans le parc du Landrcau. La seule manufacture qui eviste maintenant en Vendée est celle de Favroortan , où l'on fabrique seulement des bouteilles, et tes échos de nos bocages ne répètent plus ce gai refrain :
Verrier , travaille arec ardw ;
Au paya, partout» oo le renomme.
Ton art divin réjouit le cceur El met force cl santé dans l'homme.
Sam nul regret ni repentir ,
Chacun te dit dessous la treille ;
« Qui fait le verre doit l'embellir. * A toi l'essai (Ma) de la bouteille 1
De quelque côté que nous tournions nos regards , nous sommes forcés d’avouer que l'intelligence commerciale et industrielle de nos pères, partout ailleurs centuplée, s’est retirée de nous.
Je terminerai cet article par la description d'un jeton d'argent doré, qui se rapporte à l’histoire de la verrerie en Poitou. Il a été fabriqué à l'occasion du mariage d’un marchand de la Chàteignerayc , issu d’une famille de verriers du r ^ ||»! haut Poitou.
J / ♦ rk>k ♦ crvzeaon. — Écu surmonté d'un fleuron, sur
lequel se voient un chevron et trois oiseaux, posés 2, I . Dans
le champ, les lettre» n. c. et s. b., initiales des noms des époux.
f$. stzanne ♦ berli^. — Autre écu également surmonte d'un fleuron, portant le chiffre du mari et de la femme. (Coll. Fortuné Parenteau.)
Acné Cruzeron était calviniste, et mourut le 17 août 1635. Ses ancêtres liabilaicnt les environs de Parthenay , cl fabriquaient encore du verre en 1568.
Je connais aussi un roêroau d’étain, trouvé dans la forêt de Mervent, sur lequel on voit un saint personnage, vêtu d’une robe de moine et représenté assis, tenant de la main droite une coupe et ayant un broc à sa gauche. Un vase A deux anses occupe le revers. Il serait difUcile de dire si co mércau appartient aux verriers ou aux potiers d’étain.
FoHii'JHiy-Vrtidc* » avril 1864