‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 24 sur 79 · LA NOTE CLÉRICALE QU'IL DONNE A SES ADVERSAIRES · texte numérisé non relu

LA NOTE CLÉRICALE QU'IL DONNE A SES ADVERSAIRES

§ 1, — Les candidats des curés îl!

A bout d'arguments sérieux pour excuser ses vols et ses crimes, l'anticléricalisme accuse ses adversaires d'être les candidats des curés. Ceux-ci sont, avec les châtelains, les adversaires de la République. Aussi ceux qui sont soutenus par eux et qui les soutiennent, sont-ils les adversaires de la République. Le raisonnement est très simple. Les jouraaux sectaires suppléent à son illogisme et à sa fausseté en insistant énormément, dans leurs colonnes, sur cette ridicule et sotte accusation.

Mon Dieu, qu'un curé est donc terrible I Les anticléricaux répètent partout que la religion est morte. Ses ministres doivent logiquement être à l'agonie, à moins qu'ils ne soient des cadavres d'une espèce spéciale, vivant et agissant (?).

Eh bien ! non , les curés sont des bêtes noires qui effrayent les génies du bloc ! Nous avons cru intéresser le lecteur en lui citant les passages des journaux où la peur des anticléricaux se trouve figée.

On lisait aux dates suivantes, dans la Dépêche de Tours :

Le ler avril 1910 :

(( M. Lemesle en tournée. — En sa qualité de candidat de la Croix.., et •de la bannière, M. Lemesle se fait escorter dans les communes par les bedeaux, sacristains et marguilliers.

« On voit autour de lui les mêmes hommes qui, autrefois, applaudissaient Jules Delahaye ou de Trédern.

c( Il a beau se dire républicain, personne ne s'y laisse prendre, et, le 24 avril, les électeurs le renverront à ses chères occupations. ))

Le 9 avril 1910 :

c( La candidature de M. Lemesle. — M. Lemesle, qui se dit républicain afin de mieux tromper le suffrage universel, est l'ami et l'allié des cléricaux.

(( C'est grâce à l'appui de la droite du conseil général qu'il fut nommé président de l'assemblée départementale, et le pacte qu'il a conclu avec nos adversaires à cette époque n'est pas rompu.

(( Quand on est soutenu par les curés, parla Croix et la Réplique, on ne peut être qu'un vulgaire réactionnaire.

(( S'il était républicain, voyons, est-ce que les organes de l'Eglise patronneraient sa candidature?

(( Poser la question c'est la résoudre, et nous avons trop confiance dans les républicains du Ghinonais pour avoir besoin d'insister. »

Le 11 avril 1910 :

(( Lettre ouverte à M. Drake. — On vous reproche journellement, dans le parti radical et radical-socialiste, d'être le prisonnier des cléricaux et des réactionnaires et d'être soutenu énergiquement par tous leurs organes : la Croix, la Réplique et le Journal d' Indre-et-Loire.

(( Si réellement vous n'avez pas les sentiments que l'on vous prête, répondez d'une manière franche et catégorique aux deux questions ci-après :

ce l*» Si vous êtes élu, prenez -vous l'engagement formel de voter contre toute proposition qui tendrait au rétablissement du Concordat et du budget des cultes, ou bien voterez-vous ces propositions, qui, évidemment, seraient l'abolition de la loi sur la séparation des Églises et de l'État?

(( 2» Approuvez- vous, oui ou non, le manifeste des évêques de France dirigé contre l'école laïque et les instituteurs laïques?

(( La réponse nette et précise que nous vous demandons de faire à ces deux questions démontrera d'une manière claire de quel côté vont vos préférences et guidera notre conduite pour le scrutin du 24 avril courant.

(( Un groupe de républicains modérés anticléricaux. »

Le 13 avril 1910 :

(( Le vrai républicain. — Le vrai républicain, a dit le président du Conseil dans le magistral discours qu'il prononçait dimanche à Saint-Ghamond, est celui qui, tout en souhaitant de nouveaux progrès, ne renie rien dans l'œuvre de laïcité accomplie pendant ces dix dernières années; c'est celui qui la revendique et entend la défendre et la maintenir. »

(( M. Drake, qui, à la Chambre, a voté contre toutes les lois de laïcité, contre la loi des associations, contre la loi de séparation, et qui rêve, comme son ami M. Aynard, de revenir à un nouveau Concordat, est évidemment, aux termes mêmes de la définition donnée par M. Briand, un parfait répu^ blicain I

« Nous serions bien heureux de savoir ce qu'il en pense I »

Le 15 avril 1910 :

(( Diversion. — Le Journal d'Indre-et-Loire soutient M. Drake; mais il voudrait bien ne pas en avoir l'air, de peur d'effrayer les quelques républicains modérés, — oh ! combien ! — qui pourraient avoir des velléités de voter pour le châtelain de Candé.

a C'est ainsi qu'il nous reproche d'avoir commis une (( grossière diversion y) en reprochant à M. Drake d'être le candidat du (( parti prêtre ».

(( Il nous semble bien cependant que la Croix, la Réplique et le Journal d'Indre-et-Loire , qui patronnent la candidature du maire de Monts, n'ont jamais passé pour des organes anticléricaux. »

c( A M. J. Drake del Castillo. — Nous avons, le 11 avril, eu l'honneur de vous adresser, par la voie du journal la Dépêche, une lettre ouverte dans laquelle nous vous demandions de nous dire, d'une manière franche et précise, quelle serait, si vous étiez élu , votre attitude à la Chambre sur les questions du rétablissement du budget des cultes et de l'abolition de la loi sur la séparation des Eglises et de l'Etat. Enfin, nous vous demandions aussi si vous approuviez la lettre collective des évêques de France, qui condamne non seulement l'école laïque et les instituteurs laïques, mais qui est aussi dirigée contre l'école neutre.

a. Gomme nous n'avons pas eu le plaisir de recevoir de réponse, nous vous confirmons, par la présente, notre lettre du 11 courant, et nous vous assurons que nous serions très heureux que vous vous dégagiez de l'accusation que l'on porte contre vous, que vous êtes le candidat des cléricaux et des réactionnaires et que vous n'êtes soutenu que par leurs organes : la Croix, la Réplique, le Pèlerin et le Journal d' Indre-et-Loire.

a Espérant avoir l'honneur de recevoir une réponse immédiate, nous vous prions d'agréer, monsieur, nos civilités empressées.

(c Un groupe de républicains modérés et anticléricaux. »

Le 18 avril 1910 :

(( A M, J. Drake del Castillo. — Nous avons vainement attendu une réponse à notre lettre ouverte publiée et confirmée dans la Dépêche des 11 et 15 avril ; mais de Conrart vous gardez le silence prudent.

(( Dans ces conditions, nous sommes définitivement fixés sur les sentiments qui vous animent, et nous constatons que le parti radical vous a bien jugé : vous êtes bien le candidat des curés et le prisonnier des réactionnaires.

(L En ne répondant pas à nos questions, surtout à celles concernant le rétablissement du budget des cultes et à l'abolition de la loi de séparation des Eglises et de l'État , vous gardez le faible espoir de conserver encore quelques voix républicaines, vous ne mécontentez pas non plus les cléricaux, vos alliés fidèles, ^t vqus conservez j^ussi l'appui ie Ipurs journaux,

qui, comme la Croix, le Pèlerin, la Réplique et le Journal cVIndre-et- Loire, soutiennent ardemment votre candidature.

(( Mais nous vous prévenons que, cette fois-ci, vous ne nous donnerez pas le change. Aussi, puisque vous n'avez pas eu la franchise ni la crànerie française de nous dire nettement où vont vos préférences, ne comptez plus sur nous, nous ne vous donnerons plus nos voix parce que, nous le voyons bien, vous êtes le candidat des évêques et des curés, ainsi que des Merry del Val et autres prélats qui, comme vous, ont du sang d'étranger dans les veines.

f( Non, monsieur Drake del Gastillo, vous n'aurez plus les voix des républicains modérés, qui avant tout sont Français et qui ne permettront jamais que le gouvernement de la France soit confié à des candidats qui , comme vous, se réclament des représentants d'un pouvoir spirituel étranger.

(( Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de nos sentiments distingués.

(( Un groupe de républicains modérés. ))

(( P. S. — On nous dit que vous avez répondu à nos questions, que les évêques, depuis la séparation, étaient libres d'écrire ce qu'il leur plaisait, et que, en ce qui concerne le rétablissement du Concordat et du budget des cultes, cette question n'était pas à l'ordre du jour.

(( Permettez-nous de vous dire que ce n'est pas là répondre. Nous savons bien que les évêques sont libres d'écrire ce que bon leur semble, vous ne nous apprenez rien ; ce que nous voulions savoir, c'était si vous approuviez oui ou non les termes de leur lettre collective, dans laquelle ils condamnent non seulement l'école laïque, les instituteurs laïques, mais aussi et surtout l'école neutre.

(( Quant au Concordat et au budget des cultes, nous, nous pensons au contraire que c'est non seulement la question du jour, mais que c'est aussi celle de demain. Vous ne voulez pas vous compromettre, vous préférez vous dérober, vos amis cléricaux seront satisfaits, mais pas un seul républicain ne pourra plus voter pour vous. ))

(( M. Drake, candidat du pape. — Il devient banal de citer toutes les Croix et autres feuilles pieuses qui soutiennent la candidature de M. Drake. Cependant il convient de signaler l'appel que, dans son numéro du 15 avril, VUnivers fait en faveur de M. Drake.

(( \J Univers est, comme on le sait, le journal qui depuis quelques mois a mené la plus ardente campagne pour le cléricalisme ultramontain ; c'est lui qui soutint la doctrine intransigeante de l'archevêque de Toulouse contre la doctrine libérale de l'évêque de Nancy. C'est dans VUnivers que M. Rocafort, collaborateur attitré du journal, a mené les plus violentes et les plus injurieuses campagnes contre l'école laïque et les instituteurs; c'est enfin VUnivers qui donne asile aux articles et aux communications de la Correspondance romaine, cette feuille dans laquelle Benigny et Merry del Val font chaque jour insulter la France.

.< L' Univers est la feuille romaine par excellence, et c'est elle qui termine ses articles du 14 avril dernier en faveur de M. Drake, par ces mots : (( Espérons que les électeurs reporteront leurs suffrages sur le nom de M. Drake. »

c( Après cette bénédiction donnée au candidat progressiste par l'organe officiel du Vatican en France, il n'y a plus qu'à tirer l'échelle. Mais tout de même, n'est-ce pas que M. Drake est un bon républicain? ))

Le 19 avril :

(( La R. P. — M. Drake, — pour qui tous les moyens sont bons, — essaye d'accaparer à son profit un appel du comité républicain de la R. P.

(( Or, que dit ce document : (( Nous sommes unanimes sur deux points : un profond dévouement aux institutions républicaines, etc. »

(( Un profond dévouement aux institutions républicaines î » Voyons, monsieur Drake, vous voyez bien que cet appel n'est pas pour vous, candidat de V Univers, de la Croix, du Journal d'Indre-et-Loire, de la Réplique et autres bulletins de la Sainte-Face ! »

Le 20 avril :

(( M. Drake candidat des curés. — On nous écrit de Monts :

(( Il n'est vraiment pas étonnant que M. Drake soit soutenu par toutes les feuilles de sacristies. Gomment en serait-il autrement puisqu'il paye 600 francs par an au curé de Monts, afin qu'il vienne chaque semaine chanter la messe à la chapelle du château de Gandé, où tous les habitants sont conviés? On y confesse même et l'on y donne l'absolution. Il n'est pas douteux que M. Drake en profite tout le premier.

(( En outre des 600 francs qu'il verse au curé, il lui fournit également le vin de messe ; à chaque fois les burettes sont remplies du meilleur vin de Gandé de derrière les fagots.

« Nous affirmons la véracité de ces faits et mettons M. Drake au défi de nous démentir.

(( Un groupe d'électeurs bien renseignés, t)

(( Lesquels ? — La circulaire électorale de M. Drake débute par cette phrase vraiment stupéfiante :

(.' Désigné comme candidat par les comités répiihlicains de la première circonscription de Tours, je sollicite vos suffrages. »

c Nous ne sommes pas curieux, mais nous voudrions bien savoir quels sont les comités républicains dont se recommande le candidat républicain de la Croix, de la Réplique, de la Semaine religieuse, etc. »

Le 21 avril :

« Prières pour MM. Drake et Lemesle. — Des prières vont avoir lieu à l'ocajsion des élections.

(f Nous lisons, en effet, dans la Croix de Paris du 16 avril :

(( Nous rappelons que c'est ce samedi que s'ouvre la neuvaine demandée par l'association de Notre-Dame-de-Salut.

(( On demande :

(( Chaque jour : assistance à la messe et communion si possible, récitation d'un chapelet, des litanies de la sainte Vierge et des invocations :

(( Notre-Dame de Salut, priez pour nous.

(( Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

(( Saint Michel, patron de la France, priez pour nous.

(( Bienheureuse Jeanne d'Arc, libératrice de la France, priez pour nous.

(( Le vendredi 22 avril : un jeûne, ime aumône ou quelque autre sacrifice.

(( Le dimanche 24 avril : communion générale.

(( Nous invitons tous nos lecteurs à s'unir à ces prières. »

(( Or, n'oublions pas que MM. Drake et Lemesle figurent parmi les candidats de la Croix ! ))

(( En défiance. — Le pieux Univers, qui s'attache avec un zèle vraiment louable au succès de la candidature de M. Drake, reprend pour son compte toutes les injustes calomnies lancées sur notre ami Besnard à propos des retraites des chemins de fer.

(C Voilà un concours que les cheminots trouveront sans doute édifiant et qui suffira à leur indiquer le caractère exclusivement politique de l'agitation si vaine qu'on a essayé de faire parmi eux. Point n'était besoin, d'ailleurs, de ce concours suspect pour les mettre en défiance. y>

Le 23 avril :

(( Son républicanisme ! — M. Drake, qui se dit et se présente comme candidat républicain, a toujours été l'allié et l'ami des cléricaux.

(( Soutenu aujourd'hui par la Croix, la Réplique et le Journal cC Indreet-Loire, les trois organes du parti prêtre, il s'est constamment montré hostile aux idées de laïcité et de pensée libre.

(( Comme député, il n'a cessé de voter avec la réaction.

(( Veut-on quelques exemples ?

(( Le 16 janvier 1903, il vote contre le Gouvernement, qui avait interdit de faire des instructions religieuses en langue bretonne, les prêtres bretons voulant bannir notre langue nationale, afin de pouvoir à leur aise déblatérer contre la République.

(( Le 29 janvier 1903, M. Drake s'abstient sur l'ordre du jour invitant le Gouvernement à accorder une part de plus en plus grande aux établissements laïques sur le crédit affecté aux écoles d'Orient et à mettre les institutions laïques au moins sur le même pied que les congrégations.

(( Le 14 mars 1904, M. Drake vote contre la suppression de l'enseignement congréganiste.

(( Le 30 mai 1904, après la protestation violente du pape contre le voyage de M. Loubet à Rome, M. Dejeante propose d'al)roger la loi qui consacre la France au Sacré-Cœur.

a M. Drake a voté contre.

(( Il vote coiître la loi des associations et contre la séparation des Églises et de l'État.

« Après avoir demandé les inventaires, il vote contre le gouvernement de M. Rouvier qui les fait exécuter, s'associant ainsi aux révoltes du parti clérical.

(( M. Drake vote contre la suppression des majorats.

(( Toujours et sans cesse, M. Drake a voté contre les gouvernements qui se sont succédé et ont pratiqué la politique du bloc républicain.

(( Gomme conseiller général, il continue à faire cause commune avec les ennemis de la République.

(( Non, M. Drake n'est pas un républicain ; c'est un réactionnaire honteux, qui met son drapeau dans sa poche, afin de mieux tromper les électeurs. »

Le 24 avril :

ce A M. Jacques Drake, candidat de la réaction. — Vous vous dites repuhlicain !,.. mais vous avez toujours agi comme un pur réactionnaire.

c( Est-ce pour la République que vous luttiez encore en 1888 contre M. Belle, le vénéré doyen de la démocratie tourangelle ?

(( Est-ce pour la Bépublique que vous avez lutté en 1892 contre M. Bidault, le vrai, le sincère républicain que nous connaissons tous ?

« Est-ce pour la République que vous luttiez en 1898 et en 1902, quand vous aviez devant vous l'honorable maire de Tours , le sénateur Pic- Paris ?

« Est-ce enfin pour la République qu'en 1906 vous cherchiez à conserver à la Chambre le siège qu'a su vous ravir le citoyen René Besnard, l'infatigable et dévoué serviteur de la démocratie ?

(( Non, vous n'êtes pas républicain!

« Vous êtes le candidat de la réaction !

(( Vous êtes le candidat de la politique du recul !

« Vous êtes le candidat des cléricaux !

« Vous êtes le candidat du pape !

({ Vous êtes le candidat des bedeaux !

« Aussi voterons-nous pour le seul candidat offrant aux républicains les garanties qu'ils réclament :

« Pour le citoyen René Besnard,

(( Le candidat de la marche en avant !

« Le candidat de la République démocratique et laïque !

(( Un groupe de républicains radicaux. »

(( Votez pour Besnard.

« Votez pour Besnard :

« Le candidat du congrès républicain et député sortant ; « Le candidat radical ; a Le candidat anticlérical :

« Le candidat des travailleurs ; (( Le candidat des démocrates ; (( Le candidat du peuple.

(( Votez pour Besnard et vengez-le des ignobles attaques de la réaction aux abois ! ))

(( Ne votez pas pour Drake.

« Ne votez pas pour Drake :

(( Le candidat des curés , des bedeaux , des sacristains , de l'archevêque et du pape ;

(( Le candidat des moines ;

(( Le candidat des séminaristes ;

a Le candidat de la Croix, du Journal d'Indre-et-Loire, de la Réplique et de la Tour aine ;

« Le candidat de toutes les réactions. »

Peut-on rêver quelque chose de plus comique ? C'est vraiment d'un ridicule achevé.

Vous méprisez les curés, messieurs les anticléricaux. Voulez-vous savoir ce qu'en pensait un socialiste italien, M. Imbriani, homme d'une grande droiture et d'une parfaite honorabilité ? Lisez ceci :

On lui avait reproché de n'avoir jamais, lui député de Fextrême-gauche, jeté la pierre contre le clergé.

« Vous siégez parmi nous, lui disait -on ; vous attaquez Lemmi et Crispi, et jamais vous n'avez un mot contre les hommes noirs. Vous êtes donc un faux frère ? »

Voici ce qu'Imbriani a répondu par la voie de la presse :

(( Trouvez-moi un prêtre, un vrai prêtre, qui ait jamais intrigué dans les banques, qui les ait bouleversées, qui ait plongé ses mains dans les caisses de l'État, qui se soit révolté contre la loi, qui ait trahi sa patrie, qui ait affamé et saigné le peuple, qui ait détruit la propriété, violé le domicile d'autrui, contribué à forger des lois exceptionnelles, et qui ait travaillé pour des alliances hybrides et dangereuses.

ce Donnez-moi un prêtre qui corrompe les électeurs et les fonctionnaires, qui tire sur de pauvres gens sans armes et affamés, qui vende sa conscience, sa plume et son influence au profit des chefs trafiquants de la politique, de la finance et de l'industrie ; donnez-moi un prêtre qui ait fait tout cela et tout le reste perpétré par les laïques, et je vous traînerai ce prêtre devant la représentation de la souveraineté nationale, et je le couvrirai de tout mon mépris et de toute mon exécration, comme je le fais pour tous les autres.

(( Mais jusqu'à ce que vous m'ayez trouvé ce prêtre et tant que les prêtres continueront à se consacrer à leur ministère, en accomplissant l'importante fonction même sociale de diriger et de fortifier les âmes ; tant qu'ils continueront à prêcher et à exercer la charité, à répandre l'instruction, à traiter

les sciences, les lettres et les arts, à assister les malades dans les hôpitaux, dans les lazarets, et les blessés en temps de guerre; tant que ces prêtres protégeront et assisteront les orphelins et les abandonnés, qu'ils proclameront la grande maxime chrétienne et sociale : Ne point faire aux autres ce qu'on ne veut pas qu'il soit fait à soi-même ; tant que ces prêtres rendront moins douloureuses les agonies, moins poignantes les inégalités de la fortune, moins amères les douleurs de la vie ; tant que ces prêtres feront tout cela , non seulement je n'en ai jamais dit de mal et je n'en dirai jamais, mais à l'occasion je les louerai même, comme l'autre jour j'ai loué les chanoines palatins des Fouilles, qui font la charité et donnent du travail, en face des dilapidations des administrateurs de la Maison royale et non de la munificence du prince. ))

Il est difficile de condamner plus éloquemment l'anticléricalisme.

Puisque les anticléricaux ont seuls du sang démocratique dans les veines, comment se fait-il que les peuples sauvages ne reçoivent les bienfaits de la' religion et de la civilisation que par l'intermédiaire des prêtres et des religieux ? Pourquoi ne vont-ils pas les instruire eux-mêmes ? Ah ! on en connaît le motif. L'anticlérical n'aime pas le peuple et ne se dévoue pour lui qu'à la condition de recevoir 15 000 francs de traitement, avec la certitude de ne pas se fatiguer ni exposer sa vie. Voilà le désintéressement démocratique et social de l'anticléricalisme.

Et ils osent insulter les curés ! Mais ceux-ci sont d'honnêtes gens, qui prêchent la morale et la vertu. On ne trouve pas parmi eux de traîtres, de voleurs, de criminels, tandis que l'anticléricalisme recourt souvent au crime, afin de dominer et d'intimider les électeurs.

La paternité de tous les massacres plus ou moins cruels, effectués contre les catholiques dans le cours des siècles, lui appartient.

Au moment des persécutions religieuses, on rendait les chrétiens responsables de tous les malheurs. Le feu était-il mis par un anticlérical, on accusait les chrétiens et leurs prêtres. Tombait -il de la grêle, la sécheresse sévissait-elle, les chrétiens en étaient cause. On prétendait qu'ils tramaient des complots contre la sûreté de l'État et mangeaient des enfants. Il n'y a pas de calomnie qui n'ait été inventée contre eux. Le but évident de ces calomnies était de justifier, aux yeux du peuple, les aifreuses tortures qu'on faisait subir aux prêtres, aux religieux et aux catholiques. L'anticléricalisme ne se plaît, en effet, que dans le sang et la tyrannie.

Il créait des scandales, comme à l'époque actuelle. Ainsi, vers 237, le gouverneur de Damas fit arrêter, la nuit, des femmes de mauvaise vie. Il les amena, par la torture , à attester qu'elles étaient chrétiennes et à raconter les prétendues horreurs qui se commettaient chez les chrétiens. La presse n'existait pas, [mais |on afficha ce récit mensonger dans les villes et les villages. Cette infamie n'attira pas les bénédictions de Dieu sur son auteur. Le gouverneur faussaire tomba fou et se tua.

Un anticlérical fabriqua de faux actes de Pilate. Le procès du Christ était représenté comme celui d'un malfaiteur vulgaire, condamné pour ses

crimes par le magistrat romain. Ce document fut présenté comme authentique et officiel. On l'afficha également dans les villes et les campagnes. On l'imposa dans les écoles primaires, sur l'ordre de Maximin (235-238). Les enfants durent l'apprendre par cœur et les maîtres en tirer des sujets de narrations ou des thèmes à invectives. Les anticléricaux modernes, on le voit, n'ont fait que copier leurs ancêtres des premiers siècles. Ils sont un peu moins barbares qu'eux, voilà toute la différence qui les distingue. Ils se contentent de tourner en ridicule ceux qui vont à l'église ou encore de refuser de l'avancement aux fonctionnaires qui assistent aux offices religieux. Dans les premiers siècles, ils torturaient ceux qui se rendaient coupables d'un pareil crime.

Ainsi, en l'année 303, les chrétiens d'Aluta, en Afrique, furent arrêtés parce qu'ils s'assemblaient pour assister à la messe dans une maison particulière. Dioclétien le leur avait interdit, au nom de la tolérance et de la liberté. L'officier qui les lui amena dit : (( Voici de méchants chrétiens que nous avons découverts à Aluta, lorsqu'ils assistaient à la messe malgré votre défense. »

L'empereur fit dépouiller un des prisonniers. On le mit sur la roue, et on le déchira avec des crochets. Nos anticléricaux appellent-ils ces actes de barbarie des manifestations de fraternité ? La fureur de l'empereur se tourna ensuite vers Saturninus, prêtre catholique d'Aluta.

Il lui reprocha d'avoir assemblé les chrétiens malgré ses édits. (c Je les ai assemblés, répondit celui-ci, par ordre du Seigneur et pour célébrer le service divin. — Pourquoi as-tu fait cela? — Parce qu'il ne nous est pas permis d'omettre la sainte messe. )) Sur l'ordre de l'empereur, le prêtre fut dépouillé et si cruellement déchiré par des griffes de fer, que ses entrailles sortaient de son corps. Qu'elle est donc grande la douceur anticléricale! D'autres chrétiens subirent le même sort que lui. Ceux qui ne furent pas torturés furent jetés en prison, et on les laissa mourir de faim.

Voilà comment les chrétiens étaient traités dans les siècles de persécution, quand ils avaient la sainte indépendance d'aller à la messe.

Que de sang les anticléricaux n'ont-ils pas fait couler des veines des catholiques par d'affreuses tortures !

Ils nous reprochent la Saint -Barthélémy et l'Inquisition. Mais que sont leurs victimes en présence de celles de la barbarie anticléricale?

La Saint-Barthélémy eut lieu le 24 août 1572. Avant cette date, les protestants firent des révoltes et commirent des crimes nombreux. En 1560, le consistoire de Nantes décréta (( qu'il fallait enlever le roi à main armée et sacrifier à Dieu la lignée d'Henri II ». En Guyenne, les paysans parlaient ouvertement de détrôner le roi et disaient hautement : (( C'est nous qui sont le roi. )) Ils brûlèrent 47 églises à Montpellier, 19 à Orléans, 300 dans le Béarn. A Nîmes, en 1509, eut lieu la Michelade ; on fit une tuerie des catholiques qui dura « depuis 11 heures du soir jusqu'à C heures du matin »! ! ! On lit dans le « Calendrier des Psaumes », bréviaire protes-

tant : « Le 17 septembre 1562, à Saint- Gilles, victoire contre les papistes, massacre de 2500 catholiques. »

Combien y eut-il de tués dans la nuit du 24 août 4572? On a compté les reçus des fossoyeurs ; ils s'élevaient au chiffre de 800. Il y a loin de celui-ci au nombre des victimes des huguenots! Remarquez que les catholiques, s'ils n'eussent pas attaqué leurs ennemis, eussent tous été égorgés. Les protestants ne cachaient pas d'ailleurs leur intention de le faire .

Quanta l'Inquisition, Llorente, qui a brûlé, et pour cause, tous les documents, estime que les victimes s'élevèrent au nombre de 30000 dans l'espace de quatre cent quarante ans ! Et il ne faut pas oublier que l'Inquisition jugeait les crimes de droit commun, que nos tribunaux punissent de la peine de mort ou des travaux forcés à perpétuité.

Ce tribunal prononçait le délai de grâce, qui parfois durait quatre mois, et pendant lequel tous ceux qui se reconnaissaient coupables échappaient aux peines graves.

Le grand inquisiteur imposait les pénitences à ceux qui s'étaient soumis. La cérémonie terminée, les endurcis étaient livrés au bras séculier. Sur 3337 personnes qui furent jugées par le tribunal inquisitorial de Séville, vingt-sept seulement furent livrées au bras séculier dans l'espace de trois cents ans. C'est épouvantable, n'est-ce pas? Les documents de Séville ont échappé à l'incendie allumé par le renégat Llorente.

On peut affirmer que la proportion des condamnés fut la même dans toute l'Espagne. Voilà le motif qui a poussé les historiens allemands à réduire des deux tiers le chiffre donné par Llorente.

Ces chiffres n'ont rien d'effrayant, si on les compare avec ceux de nos tribunaux.

Les crimes contre les personnes jugés par le jury français se sont élevés :

En 1906, à 1187; en 1907, à 1395; en 1908, à 1324.

En 1902, 90 assassins ont été reconnus coupables, 81 ont été condamnés aux travaux forcés et 9 à la peine capitale.

En 1908, 22 assassins ont été condamnés à la peine capitale.

Les tribunaux français ont prononcé en cette seule année presque autant de condamnations que le tribunal inquisitorial de Séville en trois cents ans I Si l'on prend pour base le chiffre des condamnés de 1902, on arrive à attribuer aux tribunaux français un total de 39600 condamnés, soit à la déportation, soit à la peine capitale, en quatre cent quarante ans. Il est supérieur d'un tiers à celui de l'Inquisition.

Les victimes de l'anticléricalisme, dans le cours des siècles, sont autrement nombreuses.

On évalue comme il suit le nombre des chrétiens et des prêtres martyrisés depuis Jésus-Christ :

1« 10 millions par les empereurs romains des trois premiers siècles; 2" 200000 par Sapor II ; 30 300000 par les Vandales ;

4° 90000 par Luther ;

5° 120000 par le consistoire de Genève ;

6° 100000 par les huguenots français ;

7» 1 million d'Irlandais par la protestante Angleterre ;

8° Plusieurs milliers de catholiques anglais par les protestants anglais ;

9^ 2 millions de catholiques au Japon ;

10« 100000 en Chine et en Corée ;

11° Plusieurs milliers en Cochinchine et dans l'Annam ;

12» Plusieurs milliers en Russie, en 1857 ;

IS'' 2 millions de Français furent tués à la Révolution française.

14° 200000 catholiques furent massacrés au Liban, en 1860.

15» 150000 chrétiens en Arménie, en 1896 ;

16» 30000 en Arménie, en 1909.

Sont omis, dans ce chiffre approximatif, les massacres des catholiques perpétrés par les Albigeois, les Barbares, les disciples de Mahomet et les sectes protestantes dans le monde. Cependant le nombre des victimes de la barbarie anticléricale s'élève à environ 16 millions 300000! En réalité, il dépasse 20 millions.

Nous sommes loin des prétendues 30000 victimes de l'Eglise ! ! !

Voltaire écrivait, le 16 février 1761 : (( Si j'avais cent mille hommes, je sais bien ce que je ferais. Hercule allait combattre les brigands, et Bellérophon les chimères : je ne serais pas fâché de voir des IJercules et des Bellérophons délivrer la terre des chimères catholiques. » Le 13 mars 1880, M. de Lanessan a osé dire : ce Oui, nous devons écraser l'Infâme; mais l'Infâme, ce n'est pas le cléricalisme; l'Infâme, c'est Dieu. » Enfin, le 29 janvier 1907, M. Allard déclarait à la tribune du Parlement : (( Le premier article de notre programme, c'est la guerre, la vraie, à l'Eglise, au catholicisme. »

I^'anticléricalisme moderne a les aspirations barbares et sanguinaires des siècles passés. Il convient de l'envelopper dans la même réprobation.

En 1900, les anticléricaux ont incendié l'église d'Aubervilliers (Seine). En avril 1906, ils ont mis le feu à l'église du Bourget (Seine), et dynamité celle de Montigny-en-Gohelle (Pas-de-Calais).

En 1909, ils ont incendié l'église de La Tour-Saint-Gelin (I.-et-L.).

En 1910, ils ont mis le feu chez l'abbé Desgranges, à Limoges. Des incendies ont éclaté dans toute la France, comme à la grande Révolution. En Chine, ils ont incendié six missions. Leurs procédés sont les mêmes partout.

Nombreux sont aussi les assassinats commis sur les catholiques par les anticléricaux. Durant les inventaires, un agent du gouvernement a blessé une femme jusqu'au sang à Tinchebray, dans l'Orne.

A l'assaut de Sainte-Clotilde, à Paris, il y a eu 100 blessés.

A Champels (Haute-Loire), 15 personnes ont été blessées et 2 tuées.

André Régis fut tué à Montregard (H'^^-Loire); Henri Ghysel, à Boeschèpe (Nord) ; Jules Belcayre, à Montpellier ; Loïc Hernenel, à Albert (Somme) ;

Etienne Boisson, à Lyon; Barberot, à Gontréglise (Rt^^-Saône) ; Debroise, au Bourget; le fils du directeur d'un journal catholique, à Montpellier. Les meurtriers n'ont pas été inquiétés ou furent acquittés après avoir été arrêtés. M. de Ghaniaillard et M. de Gastelnau sont morts des suites des coups qui leur avaient été assénés par des anticléricaux.

L'abbé Gouasnon a été poignardé par un anticlérical qui n'a pas été inquiélé.

Tandis que, dans le cours des siècles, l'anticléricalisme égorgeait, torturait et pillait les catholiques, l'Eglise répandait ses bienfaits dans le peuple. Elle lui donnait l'instruction et l'assistance gratuitement. Où trouvait- elle des moyens pour le faire? Dans ses propres revenus et dans la dîme. Gelle-ci n'atteignait pas le dixième des produits de la terre. Suivant les lieux on donnait au curé une gerbe sur dix-huit, sur vingt et sur trente. En beaucoup d'endroits, on ne dîmait pas les foins, ni le bois, ni les animaux. Quand l'année était mauvaise, on ne donnait rien. En moyenne, la dîme était plutôt un vingt -cinquième du produit de la terre, tandis que maintenant le cultivateur paye le tiers de ce que la terre produit.

L'anticléricalisme a confisqué à la grande Révolution les biens avec lesquels le clergé subvenait aux frais du culte, de l'instruction et de l'assistance publique. Il a dévoré un capital de trois milliards sans profit pour le peuple, puisqu'à la fin de la Révolution il n'y avait pas même de quoi payer une tasse de bouillon aux malades dans les hôpitaux. L'instruction et l'assistance coûtent maintenant près d'un milliard par an au peuple français.

G'est-à-dire que l'anticléricalisme est non seulement un bourreau , mais encore un pillard.

Nous avons le droit d'être fiers d'être catholiques. Il est vingt millions de fois plus honorable d'être le candidat des curés que d'être celui de l'anticléricalisme. Ge parti a commis tous les crimes, depuis le vol jusqu'à l'assassinat. Il a inventé toutes sortes de tortures pour satisfaire sa cruauté et sa haine à l'égard des catholiques. La tolérance et la fraternité n'existent que sur ses lèvres ; ses actes révèlent la plus affreuse des barbaries et la plus exécrable des tyrannies.

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