ROIS DE LA GRANDE ARMENIE
Tout ce qui a été dit des anciens rois d'Arménie étant fabuleux, ou du moins incertain, nous ne parlerons de ces rois que depuis le tems où les Arméniens délivrés de la domination des Perses / des Mèdes, des Macédoniens et des Syriens, secouèrent tout joug étranger, et se donnèrent des rois de leur propre nation. Or, cette révolution n'arriva que sur la fin du règne d'Antiochus le Grand , roi de Syrie ; cac c'est alors seulement que deux gouverneurs d'Arménie réu-> nirent leurs forces , s'emparèrent du pays dont la garde leur avait été confiée, et qu'après y avoir ajouté quelques pro-^ vinces voisines , ils érigèrent deux royaumes; savoir, celui de la grande et celui de la petite Arménie. Artaxias , l'un de ces deux gouverneurs , réserva la première pour lui-même , et la seconde tomba en partage à l'autre, qui se nommait Zadriade. Le roi de Syrie ne manqua pas de mener une grande armée contre eux ; mais il ne lui fut pas possible de leur enlever une seule des provinces qu'ils avaient usurpées* Après plusieurs tentatives inutiles, Séleucus fit enfin la paix: avec eux, dans le dessein de les attaquer quand il aurait réglé les affaires de son royaume, qui étaient dans un désordre extrême depuis ta mort de son père Anliochus le Grand.
La grande Arménie fut alors bornée au midi par le mont Taurus, qui. la séparait de la Mésopotamie: a l'orient, rpar les deux Médïes, c'ëst-à-dire la grande, et celle qui était connue sous le nom d'Atropatie; au nord, par i'ibérie et l'Albanie, ou plutôt par cette partie du Caucase qui le* entoure l'une et l'autre; enfin à l'occident, par la petite Arménie ou les monts Paryades , et par PJLuphrate. Les*
usurpateurs avaient enlevé aux Mèdes les provinces de Caspiane, de Phanvrtide, de Basoropide ; aux lbériens, Chor-» zènc et Gogarène , de l'antre cofé du Cyrns ; aux Chalybes et aux Mossynéciens , Parénèteét Xercène, sur les frontière* de la petite Arménie. Par le partage que firent entr'eux les deux conquérans , tout ce qui avait été pris aux Mèdes et aux Ibériens tut réuni à la grande Arménie f et le surplus appartint à la petite.
ARTAX1AS I ou ARTAXE.
189. Artaxias s'étant fait roi de la grande Arménie en la manière qu'on vient Je le rapporter, entre en alliance avec les Romains (177), et s'assure par ce moyen, ainsi qu'à ses descendans, les pays qu'il avait usurpés ou conquis. Il resta paisiblement sur le trône qu'il s'était è\e\ é , et bâtit deux villes considérables, Artaxiasata , sur l'Araxe, et Arxata , sur la frontière de la Médie.
ARTAXIAS lî.
AitT A XI AS II , ceïui-Ià même dont parle Apoien , pouvait bien être fils du précédent ; mais il ne jouit pas aussi paisiblement que lui de la couronne d'Arménie. Antiochus- Epiphanes , lors de son expédition dans la haute Asie (16S) , entreprend de féunir l'Arménie à la Syrie, dont elle avait été démembrée. Il présente la bataille à Arlaxias ; les Arméniens sont taillés en pièces , leur roi lui-même est fait prisonnier et chargé de chaînes. 11 cherche du secours et de la protection auprès du roi de Cappadoce. Celui-ci ne veut ou he peut loi én donner, mais refuse absolument et avec horreur de se rendre complice du meurtre de Mithrobusane, l'un des fils du roi de la petite Arménie. Il paraît que depuis ce tems V Arménie majeure redevint province syrienne, el qu'elle demeura telle jusqu'à la mort d'Antiochus-Sidétes tué dans un combat contre les Parthes. Alors les vainqueurs s'emparèrent de l'Arménie, où ils envoyèrent une colonie, et dont ils formèrent ensuite un royaume séparé, qui fut donné à Vatarsaces , frère du roi des Paitnes. L'époque de ce nouveau royaume et de ce nouveau règne doit être fixée, selon Moïse de Korcne, au printems et au 10 mai de l'année (128); car c'est alors que commençait l'année >ague des Arméniens.
DES BOIS DE LA, GRANDE ARMÉNIE* 4 a *
TIGRANE I (i), ou VALARSACES.
TlGRANE étnit, comme nous venons de le dire, de la famille des Arsacides , et c'est une erreur dans Strabon de l'avoir fait descendre d'Artaxias. Le premier soin du nouveau roi fut de régler la forme du gouvernement dans un pays où les hommes étaient encore des espèces de sauvages. Il le distribua en différens départemens, établit des magistrats dans les bourgades et dans les campagnes , et forma différens corps de milices, dont il régla le service et les rangs.
Ce prince, après la mort de son frère, fit la guerre aux Parthes. On ne sait à quelle occasion ceux-ci remportèrent dur lui des avantages considérables, et cependant lui accordèrent la paix ; mais ils exigèrent qu'il leur envoyât Tigrane son fils aîné pour titage.
TIGRANE II, ou LÈ GRAND.
95. Tigrane II, fils de Tigrane I, demeura en otage chez les Parthes pendant toute la vie de son père. A sa mort, les Parthes le relâchèrent et le placèrent même sur le trône d'Arménie , à condition qu'il leur céderait , à titre de rançon , soixante-dix vallées qui étaient à leur bienséance. Tigrane, pour se dédommager, se jette sur la petite Arménie, en tue le roi, s'empare, par ce moyen, de l'Arménie toute entière , soumet par les armes plusieurs pays voisins, et se forme ainsi un royaume très-puissant. Se sentant alors assez fort pour ne plus craindre les Parthes (90), il reprend sur eux les vallées d'Arménie qu'il leur avait cédées pour sa rançon , ravage tout ce qu'ils possédaient aux environs de Ninus et d'Arbela , se soumet les Alropaténiens et les Gordyens (89) , avec le secours desquels il s'empare de la Mésopotamie , et enlève même aux Parthes tout ce qu'ils avaient dans l'Asie.
Mithridate le Grand, roi de Pont, recherche l'alliance de Tigrane , lui donne en mariage sa fille Cléopâtre , et
(1) Ce nom Tigrane est un nom générique et de dignité'. Il signifie , en langue arménienne , souverain ou roi absolu. Peut-être a-t-il passé en ce sens dans la langue grecque , dans la latiue et dans, la nôtre avec le mot tyran.
{21 Pt$ HOtS DE LA GRANDE ARMÉMft.
Tengage à x entrer dans son projet contre les Romains. Vtt des articles de leur traité était, que Mithridate aurait lespays et les villes dont on ferait la conquête, et Tigrane, les» captifs et le butin. En conséqpence de ce traité r Tigrane ordonna à deux de ses généraux, Mithridate et Bagoas, d'at* taquer la Cappadoce. Ariobarsane (88) , tout propre à être la victime de 1 ambition de ses voisins-, abandonne ses états,, et s'enfuit à Rome. Tigrane , devenu maître de ce royaume y recueille un butin prodigieux , mais cède le pays à Aria— rathe, fils de Mithridate, qu'il en fait proclamer roi. Cependant il peuple la partie de la Mésopotamie qui confine à l'Arménie , des Grecs qu'il a tirés de la Cihcie , de la Cappadoce , et d'Arabes scélénites.
83. Les Syriens, las des guerres continuelles- que se faisaient les Sëleucides pour la souveraineté de la Syrie, se déterminent à se donner un roi étranger. ♦Leur choix tombe sur Tigrane , qui sans doute vivait alors en paix avec les Romains, puisque leur raison de ne pas élire Mithridate fût, que le roi de Pont était en guerre avec la république». Tigrane porta dix-huit ans cette couronne de Syrie. ( Vey» Chronoi hisl. de Syrie. ) Profitant de sa puissance, et sollicité par son beau-père, il attaque une seconde fois la Cappadoce, et ramène, outre le butin qui est immense, plus de trois cent mille prisonniers , dont il se sert pour bâtir et pour peupler une grande et superbe ville, qu'il fonde dans l'endroit même où il avait été couronné roi d'Arménie , et qu'il appelle de son nom Tigranocerle , vers Tan 78. >
71. Quelques années après, Tigrane envoie du secours 4 Mithridate, qui, malgré ce renfort considérable, est obligé de fuir devant Lucullus. Le roi de Pont se rétive auprès de son gendre , qui fournit décemment à tous ses 'besoins, mais le traite froidement , jusqu'à refuser de le voir pendant vingt mois.
Le roi d'Arménie marche contre les Parrhes avec une nombreuse armée , pour assurer ses premières conquêtes ; il y ajouta la fertile province de Mygdonie, avec la grande et Forte ville de Nisibe. De Mésopotamie (70), il* se rend en Syrie , pour appaiser une révolte que Cléopâtre Sélène^ veuve d' Anliochus Eusèbe y avait excitée. La partie de ceroyaume qui était encore possédée, par cette princesse, re— • çoit le joug de Tigrane ; la reine elle-même est faite pri-» sonutère r renfermée dans le château de Séleucie,. et peu dft
DES ROIS DlÈ LA GRANDE ARMÉNIE,
tems après, mise à mort par ordre de Tigrane. De Syrie, ce Tigrane passe en Phénicie , dont il se rend maître dès. qu'il paraît ; là , il reçoit les hommages de presque tous ceux des princes de l'Asie qui n'étaient point alliés des Romains r même d' Alexandra , reine des Juifs, et veuve d'Alexandre J an née.
70. Enflé de tant de prospérités, Tigrane porte la vaine gloire jusau'à la fatuité. U refuse à Clodius, envoyé par Lucullus, de remettre M ithridale entre les mains des Romains. 11 va plus loin : Zarbiène, roi des Gordiens, est mis à mort avec sa femme et ses enfants, par ses ordres, pour avoir contracté alliance avec la république. Tigrane rend enfin sa confiance à son beau-père, qu'il fait partir pour le Pont avec dix mille chevaux , afin de faire diversion. Lucullus se rend dans ce pays, réduit sous son obéissance la forte ville de Sinope (69) ; laisse dans le Pont, Sornatius, un de ses lieutenants, avec six mille hommes, et s'avance lui-même en Arménie, avec deux légions seulement, et trois mille chevaux. Il prend son chemin par la Cappadoce, où Ariobarsane, qu'il avait depuis peu rétabli sur le trône, fournit abondamment aux besoins de son armée. Arrivé sur les bords de l'Euphrate , il passe ce fleuve au cœur de l'hiver , et ensuite le Tigre. Là, il divise son armée en plusieurs parties , dont l'une est détachée pour aller assiéger une ville où étaient les concubines de Tigrane , et une grande partie de ses trésors ; une autre va , sous le commandement de Sextilius, bloquer Tigranocerte. Tigrane, après avoir fait mourir celai qui lui donne le premier avis de l'arrivée des Romains, se retire au mont Taurus, où il fait rassembler toutes ses troupes. Muréna, par ordre de Luçullus, l'y poursuit , joint les Arménien* dans un défilé, les met en fuite, enlève les bagages du roi , et fait un grand nombre de prisonniers. Tigrane s'était sauvé dès le commencement de l'action. Sextilius, n'est pas moins heureux que Muréna, contre un nombreux corps d'Arabes qui venaient joindre le roi d'Arménie-^ mais il ne peut arrêter les Gordiens, les Mèdes, les Adiabéniens, les Albaniens et les lbériens. Lucullus prend le parti de se joindre à Sextilius, et d'aller se camper devant Tigranocerte, afin de pousser, avec plus de vigueur, le siège de cette place. L'armée ennemie était de vingt mille archers ou frondeurs, cinquante-cinq mille chevaux, dont dix-sept mille bardés de fer, de cent cinquante mille fan-* tasins et de trente-cinq mille travailleu/s, Lucullus, laissant
4a 4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
devant la place Muréna avec six mille hommes de pied', marche avec dix mille fantassins seulement, et mille chevaux contre Tigrane. Le roi d'Arménie , à la vue d'une telle armée , qui ne faisait pas la vingtième partie de la sienne , rit et la méprise. Cette petite armée, néanmoins, passe le fleuve, et marche à l'ennemi la veille des hones, ou 6 octobre. L'aile droite des Arméniens plie d'abord ; les Romains enfoncent l'armée ennemie jusqu'au centre ; bientôt sa déroute devient générale, et la nuit seule met fin au carnage. Cent mille fantassins de Tigrane sont tués , et il ne se sauve que très-peu d'hommes de la cavalerie ; du côté des Romains , cinq seulement sont tués, et cent blessés. Le roi lui-même jusqu'alors, si brave et si pompeux en paroles , se retire des premiers, avec cent cinquante chevaux, dans une de ses forteresses, et rencontrant son fils, compagnon de son infortune, il,dé lâche son diadème, le lui donne en pleurant , et l'exhorte à se sauver comme il pourra par un autre chemin. Après cette victoire, Lucullus donne l'assaut, et prend la ville avec tous les trésors du roi, et une telle quantité de vivres , qu'il pût continuer la guerre sans qu'il en coûtât rien aux Romains.
68. Tigrane et Mithridate, travaillent sans relâche à levée de nouvelles troupes* Elles formaient , au commencement de cette année , un corps de soixante-dix mille hommes d'élite, bien exercés, par les soins du roi de Pont, à la manière des Romains. Vers le milieu de l'été, les deux rois se mettent en campagne, dans les plaines au-delà du mont Ta unis. Lucullus place son camp devant celui de l'ennemi, mais ne peut l'engager à june action générale ; tout se passe en escarmouches. Le général romain dirige sa marche vers Artaxàte , l'ancienne capitale d'Arménie , où le roi avait mis une partie de ce qui lui restait de trésors , ses femmes et ses enfants. Tigrane, qui l'avait devancé, s'était porté derrière la rivière d'Arsania. Lucullus la passe malgré les efforts des ennemis , et charge si brusquement la cavalerie mardienne et ibérienne , sur laquelle Tigrane comptait principalement , qu'elle prend la fuite ; tout le reste de l'armée suit bientôt cet exemple; les Romains poursuivent les fuyards, font les principaux officiers prisonniers, et reviennent le lendemain chargés de butin devant A r taxa te. Mithridate , craignant de tomber entre les mains de Lucullus, avait été des premiers à fuir, et son gendre ne tarda
DÉS ROIS Pfe LÀ. GBANDE ÀBlttÉME* JsS
^pas à en faire autant. . Cependant le gouverneur d'Aftaxate, continuant à se défendre contre 1 ennemi , oontre ses promesses, contre ses menacer, LucuUus est obligé de se retirer, et de céder à la mutinerie de ses soldats, à qui une grande quantité de neige déjà tombée, quoique dans le commencement de l'éauinoxe d'automne , rendait le pays insupportable. Il les laisse; en quartiers d'hiver, et prend le chemin de Mygdonie , pays chaud et fertile, avec quelques légions qui veulent bien le suivre^ il y fait le siège de Nisibe, place forte, défendue par un corps nombreux de troupes d'élite, commandé par Guras, frère de Tigrane, et Callîmaque, habile guerrier. Le siège dure quelques mois, après lesquels Guras capitule, et est bien traite par le général romain ; mais Callimaque est chargé de chaînes, pour avoir mis le feu , quelque tems auparavant, à la ville d'Amise, en la défendant contre les troupes de la république.
67» Le printems venu , LucuUus se préparait à se remettre en campagne ; mais ses légions , croyant qu'il ne faisait la guerre que pour son profit , lui refusent l'oBéissancei Rome 'envoie Pompée pour le remplacer. Cependant Tigtane et Mithridate avaient envahi la Cappadoce et recouvré toute V Arménie , avec une grande partie du royaume de Pont. Mais le fils deT igrane prenant les armes contre son père ; à Tins* ligation de Phraate, roi des Parthes, son beau-père , oblige lé roi d'Arménie de partager ses forces , et de renoncer aux avantages qu'il pouvait espérer du côté du Pont; Le père-et le fils en Viennent à une bataille; le jeune prince est' mis en fuite et se retire dans la Parthie, où quelques Arméniens mécontents viennent le joindre. Phraate, roi des Parthes, entre en Arménie, avec une puissante armée , et met le siège devant Artaxate. Tigrane le père se retire. Phraate laisse la conduite du siège à son gendre. Le père sachant le départ de Phraate, sort de sa retraite, 'attaque brusquement les assiégeants, les disperse et entre en triomphe dans son an-* cienne capitale. Le jeune prince ne>voyant plus d'autre ressource, prend le parti de se livrer aux Homains (66). Pompée le reçoit honnêtement , et se fait conduire, par lui , droit à Artaxate. Tigrane le père, sentant qu'il n'était point en état de résister à Pompée, se détermine à recourir à la clémence du général romain, à qui il remet les ambassadeurs de son beau -père, et sa personne, avec des bassesses indignes d'un roi. Pompée le condamne à payer six mille talents aux IL 5 4
'4*6 CHRONOLOGIE HïSTORIQTTE
Romains, ordonne que Tigrane le père régnera sent dans la grande Arménie, que Déjolare jouira de la petite,' et que Tigrane le fils possédera la Gordienne et la Sophène, à l'exception des trésors qui se trouvaient dans cette dernière province. Mécontent de ce partage , Tigrane le jeune essaye d'abord de se sauver, et ensuite d'empêcher la rerr : se des trésors de la Sophène a son père. Pompée , averti de ce manège , fait charger de chaînes le rebelle , <jui excite Phraate son beau-père à faire la guerre aux Romains , et forme une conspiration contre la vie de son propre père. Le général romain fait conduire Tigrane le fils à Rome, où il est gardé dans la maison d'un sénateur, jusqu'à ce que P. Clodius, devenu tribun du peuple , le fit remettre en liberté , en dépit de Pompée et du Sénat. Tigrane le père , content de son sort, satisfait aux conditions qui lui avaient élé imposées , et fait même de grandes largesses à Pompée f aux officiers et aux soldats romains , ce qui lui mérita le litre d'ami et d'allié de la république.
64. Phraate II , roi des Parthes , déclare la guerre à Tigrane, qui reçoit trop tard le secours des Romains; il est vaincu , et eût été chassé de son royaume , si les différents des deux rois n'avaient été terminés par la médiation de Pompée. Depuis ce tems-là Tigrane se comporta toujours en ami des Romains , et il le fut jusqu'à refuser retraite à Mithrîdate, après l'entière défaite de ce roi de PonJ, par Pompée, jusqu'à mettre même, au prix de cent talents, la tête de son beau-père.
61. Il mourut en paix, cette année, âgé d'environ quatre-vingt-cinq ans, laissant de sa première femme, Cléo-
Ï>âtre, deux fils, savoir: Xigrane, qui est vraisemblablement e même que quelques historiens appèlent Zariastre, et un autre, nommé T crâne, qui fut mis à mort quelque tems après son retour de Rome, par ordre de son propre père, pour avoir , au moment d'une chûte dangereuse que le roi fit à la chasse, ramassé son diadème et osé se le mettre sur sa .tête. Le roi d'Arménie avait eu de sa seconde femme , nommée Zozime, deux filles, mariées, l'une à Mithridate le tnède , l autre à Pacore , fils d'Orodes, roi des Parthes, et un fils , appelé Artuasde , qui suit,
DfS HOIS DE IA 6HAHDB ARMÉNIE, 4*7
ARTUASDE ou ARTABAZE, ARTABANE , ORTOADE ARÏOASDE, ARTOAD1STE (selon que les Grecs et les Latins ont plus ou moins corrompu ce nom barbare.)
37. Artuasde , quoicrue le dernier des enfants de Tigrane , lui succéda ; car Tigrane l'aîné, après être sorti de sa chaîne, comme on Ta dit ci-dessus, avait perdu la vie. Ce fut cet Artuasde qui , dès le commencement de son règne, conseilla à M. Antoine, déjà en marche contre les Parthes, d'envahir la Médie ; mais s'étant ensuite réconcilié avec Artavasde, roi de ce pays, il fit traverser de si mauvais chemins à l'armée romaine , dont il s'était chargé d'être le guide, qu'elle arriva épuisée de fatigues dans la province d'Atropatèhe. Un détachement de l'armée , commandé par Statien, fut taillé en pièces, et Pelémon , roi de Pont f fut fait prisonnier. Après cette défaite, Artuasde ramène ses troupes en Arménie, et laisse M. Antoine au siège de Phraate, qu'il fut bientôt obligé de lever. (36.) Cependant le loi d'Arménie offre aux Romains une retraite et des quartiers d'hiver dans ses états. Antoine les accepte sans témoigner le moindre ressentiment. Au commencement du printems suivant, le général romain feint même- de vouloir payer de reconnaissance et de confiance les bons offices d*Ârtuasde. Le roi d'Arménie après s'être défendu plusieurs fois d'accepter les invitations, les sollicitations empressées > les belles promesses du romain, cède enfin- aux instantes dë ses amis, et s'étant rendu à Nicopolis, va trouver Antoine «dans son camp. Antoine le fait aussitôt charger de fers , s'approprie ses trésors et son royaume, et mène en triomphe à Alexandrie Artuasde , sa femme et ses enfants \ attachés à son char , avec des chaînes d'or. (340 ^ eu de tems après il fi* mourir le roi d'Arménie , envoya sa tête en présent su roi des Médes, et plaçât sur- le trône d'Arménie Alexandre,, que lui Antoine avait eu de Cléopâtre , et à qui il avait fait épouser J étape, fille d? Artavasde,- rei des Mèdes.
ARTAXIAS IHw
ArtaxîaS , fils ô° Artuasde, fut proclamé roi par lès Armé* »iens, aussitôt qu'ils eurent reçu la nouvelle de la captivité Au nèxe*. Mais Artaxias ayant été vaincu par les humains*
4a8 cnHoNOLOGiE historique
abandonna son royaume et s'enfuit en Parthîc. (32.) Maïs ^tant revenu bientôt avec une nombreuse armée de Part h es et d'Arméniens, il défit les Mèdes , qui étaient entrés en alliance avec Alexandre « et rentra en possession de ses états. Son rogne ne dura pas long-tems, ayant été étranglé peu d'années après par la trahison de ses plus proches parents, (20.) ou chassé du trône par Archélaus, roi de Cappadoce, et par Claude Tibère Néron , qui fut dans la suite empereur romain.
, , TIGRANE IIL * ;
Tien aise III, frère cadet d'Artaxias, reçut de Tibère, qu' Auguste avait envoyé pour régler les affaires de l'Orient , la couronne d'Arménie, et en même-tems le :titre d'ami et d'allié du peuple romain. Après un règne assez court,' •ayant été convaincu d'avoir entretenu correspondance avec les ennemis de Rome, il fut mis à mort par ordre de'Tv-^ bère. ( 5 av. J. C. ) Tacite lui donne pour successeur ses fils, et ne dit rien de leur règpe ni de leurs actions.
ARTUASDE II , ou ARTABASE.
AftTUASDE était , à ce que prétendent quelques auteurs , fils d'Artaxias II. Ce fut Auguste qui le plaça sur le trône d'Arménie. Mais les Arméniens, las du joug de la république, chassèrent ce prince, et appelèrent à sa place Phraate , roi des Partes. Auguste envoie Caïus contre Phraate. A 1 approche de l'armée romaine, le roi de Par- 1 h ie retire ses troupes de l'Arménie, et demande la paix qui lui est accordée . à condition qu'il ne fournira aucun secours à Tigrane, fils de Tigrane 111, qui s'était fait proclamer roi après le départ des Parthes. ( 3 av. J. C. ) Caïus n'ayant plus que Tigrane en tête, l'oblige à évacuer l'Arménie ; Artuasde est rétabli sur le trône, et meurt bientôt après.