CAPTIVITÉ DE BABYLONE
Nabuchodrmosor traitait avec humanité les Juifs qu'il avait emmenés captifs à Babylone. Liberté de conscience, pouvoir de choisir entre eux des mîfîstrats pour juger leurs causes , permission d'acquérir des fonds , de les cultiver et de commercer, tels étaient les privilèges dont il les laissait jouir.
6o3. La deuxième année de ce prince , sixième de Joachim, Jeu» magistrats juifs avancés en âge accusent d'adultère, devant le peuple, Susanne ,,fillè d'Helcias dé la tribu de Juda, et femme de Joachim, jeune personne , belle, riche,, et encore plus vertueuse , qu'ils avaient tenté vainement de corrompre dans un jardin où ils l'avaient surprise r comme elle entrait dans le bain. Sur le témoignage qu'ils rendent de l'avoir trouvée «n flagrant délit avec un jeune homme, elle est condamnée à môrt. Mais dans le tems qn on la mène au supplice , Dieu suscite le jeune Daniel pour faire connaître son innocence. Il demande un nouvel examen , interroge séparément les deux vieillards , -et le$ convainc de calomnie par la contrariété de leurs dépositions. Susauttc est délivrée, et ses accusateurs subissent la peiiwr
DE l'histoire sainte. * 55
élu talion. Depuis ce iems , dit l'Ecriture** Daniel commença d'être en grande réputation. Il n'avait alors qu'environ douze ans.
6o3. Nabuchodonosor , la quatrième année de son règne (à compter, comme faisaient les Juifs, de l'époque où Nabopolassar, soli père, l'avait associé à l'empire), est effrayé
Î>ar un songe qu'il oublie à son réveil. En vain, consulte-t-il es sages de son empire pour s'en rappeler le souvenir; il les trouve tous en défaut. Outré de désespoir, il les condamne tous à mort. Daniel et ses trois compagnons se voyant enveloppés dans cet arrêt, demandent un délai pour satisfaire le monarque, et l'obtiennent. S'étant mis en prières, ils vont trouver Nabuchodonosor au jour marqué. « Prince, lui dit » Daniel, voici ce que vous avez vu. C'était une statue d'une » hauteur énorme, et d'un regard effrayant. Sa tête était » d'or, sa poitrine et ses bras d'argent, son ventre et ses » cuisses d'airain , ses jambes de fer , ses pieds en partie de » fer et en partie d'argile. Pendant que vôus étiez attentif à » cette vision , une pierre s'est détachée d'elle-même d'une » montagne, sans la main et sans le secours d'aucun homme; « et frappant la statue par les pieds, elle l'a brisée et réduite » en poudre , et la pierre est devenue une grande montagne » qui remplit toute la terre. Voilà votre songe , ô* roi ! et en » voici l'explication. Vous êtes le roi des rois. Le Dieu du » ciel vous a donné la force, l'empire et la gloire. C'est donc » vous qui êtes la tête d'or. Après vous, il s'élèvera un autre » royaume moindre que le vôtre, qui sera d'argent; et en- *> suite un troisième , qui sera d'airain , et auquel toute la » terre sera soumise. Le quatrième sera de fer , et il réduira »> tout en poudre. Mais comme les pieds de la statue étaient » en partie de fer et en partie d'argile, ce dernier royaume » sera en partie ferme , et en partie fragile; et comme vous » avez vu que le fer était mêlé avec la terre et l'argile , ils » se mêlèront aussi par des alliances humaines. Ils ne de— n meureront pas néanmoins unis, de même que le ter ne » peut se lier, ni s'unir avec l'argile. Dans le tems de ces » royaumes, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui subj* sistera trcs-long-tems (la Vulgate , dit éternellement ) ç » un royaume qui ne passera point à un autre peuple , qui >» renversera et détruira tous ces royaumes, et dont la durée » sera de plusieurs siècles ». Le premier de , ces royaumes est incontestablement celui des Cnaldéeus et des Assyriens.
Daniel le déclare formel le ment. Tous les interprètes conviennent aussi que le second est. celui des Perses , formé par la réunion des Chaldéens, aux Mèdes et anx Perses, sous le règne de Cyrus. On s'accorde également à reconnaître dans le troisième l'empire des Grecs , foudé par Alexandre le Grand, sur les ruines de celui des Perses. Mais on est partagé sur le quatrième , que l'es uns entendent des successeurs d'Alexandre le Grand (les Séleucides et les Lagides), les autres, des Romains. Ce dernier sentiment est le plus suivi comme le plus plausible. On objecte en vain que les deux jambes de la statue doivent marquer deux royaumes différents et parallèles. En effet, outre qu'elles sont de même métal f il est dit formellement qu'elles ne désignent qu'un seul et même royaume. Et regnum quartum erît velut ferrum. L'empire romain eut la force et la solidité du fer, tant qu'il subsista en forme de république. 11 subjugua non-seulement toutes les provinces des Grecs, mais encore l'Afrique, l'Italie, les Gaules et une partie de l'Espagne. Hien de ce qu'il attaqua ne put lui résister ; rien de ce, qu'il conquit ne put lui écbanper. Auguste ayant rendu c£t ptat monarchique, en soutint la gloire, et en étendit les limites. Mais l'ancienne vigueur du gouvernement romain s'énerva sous les succès-" seurs de ce prince, représentés par les pieds de la statue* Cela posé , il n'y a plus de doute que la pierre , détachée de la montagne sans la main d'aucun , homme , qui frappe la statue dans ses pieds de fer et d'argile , et qui devient ellemême une si grande montagne qu'elle remplit toute la terre, n'annonce le Messie. De q,ucl autre royaume d'ailleurs, que de celui de Jésus-Christ , le prophète a-t-il pu dire, qu'il ne sera jamais détruit* qu'il ne passera. point à un. attire peuple , qu il renversera et réduira en poudre tous les autres royaumes , et qu 'il subsistera éternellement P Nous renvoyons, pour une plus ample explication de cette prophétie, a la dissertation sur les quatre empires, que M. Rondel a mise à la t&c du livre de Daniel. t » . .
Nabuchodonosor , xavi d'admiration pour Daniel, l'élève en honneur, le comble de présents, et l'établit gouverneur de toutes les provinces de Babylanc. Il donne aussi des emplois considérables aux trois compagnons de ce prophète.