THIBAUT II
i25>. Thibaut II , est reconnu roi de Navarre après la mort de son père, et commence à régner sous la tutelle de Marguerite,, sa mère. Cette priucessc, dans une conférence qui se tint à l'udèle au mois d'août 1255, renouvelle le traité d'alliance qui était entre D. Jayme, roi d'Aragon , et son époux. Alfonse , roi de Castille et gendre de D. Jayme , étant entré peu de tems après à main armée en Navarre , son beau- père se joint à Marguerite pour le repousser , et l'oblige à conclure une trêve qui fut changée eu paix Tari 1256*. Jean, duc de Bretagne, menaçait aussi la Navarre d'une invasion , prétendant qu'elle lui appartenait en vertu de son contrat de mariage avec Blanche , sœur de Thibaut. Il était dit en effet par cet acte que ce royaume, après la mort de Thibaut 1, appartiendrait au duc Jean s'il avait alors un fils de sa femme. Thibaut II s'étant rendu à la cour de France l'an i a54 , traite avec le duc par la médiation de saint Louis , et l'engage à renoncer à ses prétentions moyennant une rente de trois mille livres qu'il lui assure. L'an 12*36, il perd sa mère le 1 2 avril , selon Zurita. Pilhou néanmoins cite une charte du mois de novembre 1257, donnée par celte princesse. Le P. Pelletier croit
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qu'elle mourut en ia58. La coutume n'était point encore de donner l'onction aux rois de Navarre. Thibaut demande cette faveur pour lui et ses successeurs au pape Alexandre IV, qui la iui accorde l'an 1257, et commet l'évèquc de Pampelune pour faire la cérémonie avec d'autres prélats (Ravnaldi, Sponde ). L'an 1258, il épouse, à Melun , la princesse Isabflle , fille de saint Louis. Thibaut, l'an 1267, se croise avec saint Louis pour le voyage de laTerre-Saintc, qui ne se fit que l'an 1 ^o.Thibaut, après avoir cherché de toutes parts à négocier quelque mariage pour le prince Henri , son frère, parvient enfin, l'an 1 269, à lui faire épouser Blanche, fillc.de Robert, comte d'Artois, frère de saint Louis. L'an 1270, Thibaut, qui avait accompagne saint Louis , son beau-père, au siège de Tunis, aborde en Sicile après la mort du saint roi , et meurt à Trapani le 5 décembre , sans laisser d'enfants.
HENRI I , dit LE GRAS.
1270. Henri I, frère de Thibaut II , lui succède le 5 décembre, et , le premier mars de l'annnée suivante , il est proclamé roi solennellement à Pampelune. L'an 1273, il est sacré le 24 mai dans l'église de cette ville. Cette année il perd Thibaut, son fils unique , encore au berceau, par un accident des plus tragiques. Le gouverneur et la nourrice de cet enfant se le jetant en badinant dans les bras de l'un et de l'autre , le premier le laisse tomber du haut d'une galerie en bas. Le prince mourut sur le champ de sa chute. Le gouverneur de désespoir se précipite après lui, et expire à son côté. Henri n'ayant plus qu'une fille nommée Jeanne , âgée seulement de deux ans et demi , la fait reconnaître pour héritière de sa couronne , malgré l'oppositiou des étals qui prétendaient que la Navarre était assujettie à la loi salique , et qu'elle ne tombait pas de lance en i/ucnvuffle, comme on parlait ajors. Henri conclut peu de lems après un traité avec Edouard I, roi d'\ngleîcrre , par lequel il promet de donner cette princesse en mariage à un des fils de ce monarque. Mais il révoqua ectto promesse par son testament dont une des dispositions fut que sa fille serait mariée eu France. L'an 1274 Henri meurt, suffoqué parla graisse, le 21, ou 22 juillet, ou le 28, selon d'autres ( Fojr. Henri III , Comte de Champagne. )
JEANNE I
1274* Jbawwe, née, l'an 1270, de Henri et de Blancbe d'Artois, succède à son père a l'âge de trois ans et demi sous la tutelle de sa mère. Le 27 août, les états choisissent D. Pèdrc-Sauchc de jMontaigu pour gouverner avec la reine - mère. Ce choix occa-
5oO CHRONOLOGIE HISTORIQUE
tionne une division : la reine, alarmée , enlève sa fille, se relire secrètement avec elle , et vient à Paris. Le roi Philippe le Hardi envoie Euslache de Beaumarchais, seigneur français, pour rétablir le calme dans le pays. Euslache s'acquitta de sa commission en homme intelligent ; il gagna le plus qu'il lui fut possible de villes et de barons, vint jusqu'à Pampelune, où il 6e logea adroitement avec sa garnison et les autres français, dans l'endroit lèplus sûr, et commença à faire la loi. Mais ayant entrepris de réformer quelques abus , son zele souleva les seigneurs au pays , qui vinrent 1 assiéger dans la forteresse de Pampelune. Le roi de France à cette nouvelle fait partir Robert , comte d'Artois, et le connétable Imbert de Beaujeu , avec une armée pour la Navarre. Pampelune fut emportée d'assaut vers la fin de septembre 1276, Euslache délivré, et les auteurs de la sédition sévèrement punis. Les généraux voulaient sauver cette ville du pillage; mais ils n'en furent pas les maitres. Le soldat , et surtout les gascons, y commirent des excès horribles. Il restait encore sept châteaux à soumettre pour réduire toute la Navarre. Robert eu vint à bout, et chassa du pays les Aragonais, qui voulaient profiter du trouble pour s'en emparer. Avant le retour du prince en France , le roi Philippe le Hardi , par le conseil de sa mère , fit épouser à la reine Blanche Edmond , comte de Lancastre , frère du roi d'An» gleterre , ce qui déplut au comte. Blanche dans le même tems négociait le mariage de sa fille avec Philippe, deuxième fils du roi de France, qui devint bientôt l'aîné par la mort de Louis son frère. Le traité fut conclu dans le mois de mai 127$ ; mais le mariage ne s'accomplit que neuf ans après (Pelletier, Histoire ries comtes de Champagne). D.Vaissète met en 1276 l'expédition du comte d'Artois eu Navarre, et Ferreras en 1278.
La même JEANNE I , et PHILIPPE LE BEL.
L'an 1284, le 16 août , Jeanne, héritière du royaume de Navarre , épouse Philippe le Bel , fils aîné de Philippe le Hardi. Elle sut, dit M. Vclli , par ses soins accompagnés d'une rare prudence , chasser l'aragonais et le castillan de la Navarre , où elle maintint heureusement la paix, tant par la sagesse des gouverneurs qu'elle lui donna , <jue par la beauté des réglementa qu'elle y établit. Les Navarrois respectaient en elle jusqu'à la i-évérité que lui inspirait le zèle de la justice, parce qu'elle savait la tempérer par une douceur salutaire. On eût dit , c'est l'expression de Mézerai , qu'elle tenait tout le monde enchaîné par les yeux , par les oreilles , par le cœur, étant également belle , éloquente , généreuse , libérale. L'amour de la gloire fut sa passion dominante , et tout l'objet de ses desirs délaissera la
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postérité un illustre souvenir de son existence. Ce fut pour s'assurer cette immortalité' qu'elle fit élever dans la Navarre cette ville si connue sous le nom de Pti6Tlt0- la» Heynàj qu'elle bâtit et dota l'abbaye de la Barre , au faubourg «!«• Château-Thicrri ; qu'elle donna de grands biens aux Chartreux, aux C.ordelicrs, aux Jacobins; qu'elle récompensa si geneYeqsemeul les cens de lettres; enfui qu'elle fonda , l'an i 3o4 ( N. S. ) , le collège de Navarre et de Champagne dans l'universii,-' de Paris < ne erandc reine mourut au château de Vinn-nues le 9 avril l*So6 , a l'âge d'environ 5?. ans, et fut enterr» fe aux cordeliers de L'aris. ( V oy. Phili])j)e le Bel , i-oi de France. )