CHARLES LE BEL
i322. Charles ijs Bel , frère de Philippe le Long, lui succéda au royaume de Navarre comme en celui de France , sans égard pour le droit de, réversion de la première de ces deux monarchies, ouvert à Jeanne et Philippe d'Evrcux , son époux , par la clause delà transaction du 1 5 mars i3i6\ Pour légitimer néanmoins son usurpation , il engagea, Tan i325, Jeanne et son époux à renouveler avec lui cette transaction. Charles mourut le premier février 1^28 , sans enfants roàlcs, comme le feu roi , son frère, ( Voy. les rois de France et les comtes de Champagne. )
JEANNE ET PHILIPPE D'EVREUX, dit LE SAGE.
IÎ28. Jkanne et Philippe cPEvrevx , son mari*, se mirent en possession de la Navarre après la mort de Charles le Bel , en vertu de la clause qui leur assurait ce royaume au cas que Charles ne laissât point d'enfant mâle. Les états du pays les proclamèrent à Pampelunc et les reçurent avec grand empressement. Depuis la mort de Louis Hutin la Navarre était dans une espèce d'anarchie , les rois Philippe le Long et Charles le Bel n'y ayant jamais paru. L'an i32Q, les deux époux furenfeouronnés èPampclune. Avant la cérémonie, les états leur firent jurerl'obscrvation de plusieurs articles, dont les principaux sont de ne pouvoir faire battre monnaie nouvelle qu'une seule fois pendant leur règne j de ne donner qu'à des gentilshommes navarrois la garde des forteresses du pays ; de ne rien engager ni aliéner du domaine royal; de laisser le gouvernement du royaume à leur fils aîné, dès qu'il aura 20 ans accomplis; et enfin de déclarer les Navarrois quittes de leur serinent de fidélité eu cas de violement de ces cpgageracnts. Une chose remarquable, c'est que Philippe et Jeanne eurent soin de faire approuver, par le roi de France, les règlements qu'ils avaient faits à leur avènement à la couronne. L'an 1 55 1 , Philippe d'Evreux , de concert avec les états , établit un parlement en Navarre. U passe la même année avec son épouse en France où ils firent un séjour de quatre ans. Pendant leur absence il s*élève , l'an i534 1 une querelle entre les Navarrois et les Castillans, touchant leurs limites. Henri de Solis, vice-roi de Navarre , fait une irruption , l'an i355 , en Castille , avec le. secours des Aragonais. Il est battu près de Tudèlc. Mais Gaston, vicomte de Bearu et comte de Foix, étant venu à son secours , rallie les Navarrois , et a l'avantage a son tour. Philippe, l'année suivante , se brouille avec le roi d'Angleterre au sujet d'une abbaye située sur leô limites de la Navarre et delà Gascogne, dont l'un et
des uois d'espagne (navarre.) 5o3
l'autre prétendaient respectivement avoir la garde. Guerre à cette occasion. Jean de Vienne, archevêque de Reims , est envoyé' sur les lieux par le roi de France pour accommoder ce différent, et il y réussit. ( Nangis , contin) Mais Philippe n'en demeura pas moins oppose' aux Anglais dans la guerre qu'ils avaient alors avec la France. S'élanl rendu à l'armée française . il s'y distingua dans toutes les occasions par sa valeur et sa bonne conduite. De retour dans ses états , Philippe marcha, l'an i545, au secours d'Alfonse XI , roi de Casiille, contre les Maures. Mais e'tant au siëge d'Algézire , il y tomba iniladc , et viut mourir à Xérès le 16 septembre , selon le P. Anselme , ou dix jours plus tard suivant Ferre'ras , à l'âge de trente-huit ou trente-neuf ans. Philippe laissa de la reine, sou épouse, trois fils et cinq filles. Les fils sont , Charles , qui suit ; Philippe et Louis : les filles , Jeanne, Blanche, Marie, Agnès et Jeanne, dite la Jeune. Après la mort de Philippe, comme le royaume appartenait en propre à la reine Jeanne, Charles , fils aine' de Philippe , ne fut point pro3 clamé. L'an 1046 , la reine Jeanne envoie du secours au roi de France contre les Anglais. L'an i3.{9 , elle meurt, le 8 octobre, à Confia ris , près de Paris , où elle avait accompagné Blanche, sa fille , destinée à Jean , fils aîné de Philippe de Valois. Mais le roi fut si frappé delà beauté de Blanche , qu'il l'épousa lui-même» La reine Jeanne lut inhumée dans l'abbaye de St. -Denis, près de Louis Hulin , son père. ( V oy. Philippe le Bon, comte d Evreux9 et les comtes de Champagne. )
CHARLES II , dit LE MAUVAIS.
i54g. Charles II , fils de Philippe d'Evreux et de Jeanne de Navarre , né l'an i352 , était en Frauce avec sa mère lorsqu'elle mourut. Étant retourné dans son royaume , il fut couronne le 27 juin i55o , à Pampelune. L'an ijjï, il épouse Jeanne db Fuaihce, fille aînée du roi Jean II. Charles se distingua de bonne heure par des forfaits. L'an i554 » le 8 janvier, il fait assassiner Charles d'Espagne , fils de D Alfonse de la Cerda, comte d'Angoulèuie et connétable de France, et se ligue ensuite avec les Auglais. Adroit et insinuant, il vint à boni de corrompre le dauphin Charles, et de l'entraîner daiis une conspiration contre le roi Jean, son père. Elle fut découverte, et le dauphin obtint son pardon. Il poussa même le repentir jusqu'à livrer le roi de Navarre, qu'il attira auprès de lui à Rouen, au ressentiment du roi, son pere , qui vint lui-même le surprendre, el l'envoya prisouuier, d'abord au château d'Arleux , puis au Ch.Uelet de Paris. Telle fut la source de l'inimitié qui régna toujours entre les deux Charles. Le navarrois était encore prisouuier, lorsque
5o4 CHRONOLOGIE HlSTORKJCÊ
le roi Jean perdit contre les Anglais , en i556, la funeste* bataille de Poitiers, où il tomba dans la captivité. Le roi de Navarre trouva le secret de s* évader l'année suivante, à la faveur des troubles que causa, en France, le malheur du roij et l'usage qu'il fit de sa liberté' fut de les augmenter par ses perfidies. Il "eut même l'audace d'aspirer à la couronne de France j et, ne pouvant y parvenir, il se joignit aux Anglais et aux fjclieux, pour faire la guerre au dauphin. Blanche, sa sœur, ▼cuve du roi Philippe de Valois, qui était dans ses intérêts v lui livra Mclun ; et comme il e'tait déjà maître de Mantes et de Meulent, il empêcha les provisions d'arriver par eau dans la capitale, ce qui ne tarda pas d'y causer la disette. Le navarrois se jette ensuite sur la Picardie , où il fait des ravages plus dignes d'un brigand que d'un prince. L'an i55<), le re'gent, pressé par les Parisiens , va faire le siège de Mclun. Trois reines, deux de France, et celle de Navarre, étaient renfermées dans la place. Les assiégeants livrent un assaut, où ils sont repousses , ce qui donne lieu aux légats du pape d'interposer leur médiation pour la paix. Le dauphin y consent. F.lle est conclue à Vernon , et le roi" de Navarre, en rendant Melun, garde Manies et Meulent. Mais son caractère brouillon ne loi permit pas de rester long-tems en repos. Ses exploits furent néanmoins peu considérables pendant le reste du règne du roi Jean. Mais après la mort de ce prince , sa haine contre le dauphin , devenu roi, se renouvela. L'an i364> Louis, son frère f après avoir fait le dégât dans l'Auvergne et le Bourbonnais, se rend maître de la Charité sur Loire. Le duc de Bourgogne étant venu l'y assiéger, l'oblige de rendre la place par composition. Humilié par ce revers , Charles le Mauvais ratifie, Tan i365, à Painpelune , au mois de mai , le traité de paix conclu entre le roi de France et lui, le 6 mars précédent, par lequel il cède les villes et les chatellcnics de Plantes et de Meulent; et le roi Charles V, pour le dédommager, lui donne en fief et pairie la ville et la baronnie de Montpellier, avec ses dépendances. Le navarrois fit, l'an i373, une perte à laquelle il se montra peu sensible , et qu'il avait lui-même , disait-on , préparée. Ce lut JVanne, sa femme, qui mourut subitement, le 3 décembre, à Evrcux, dans le bain, de faiblesse de cœur, ou cCavoir été mal gardée; ce sont les termes et le résultat des dépositions juridiquement faites sur ce sujet. Elles ne dissipèrent pas le soupçon qu'on avait formé contre son époux de l'avoir empoisonnée. OeUe princesse fut enterrée dans la cathédrale d'Evreux. Le roi de INavarre, l'an i584, non seulement soupçonné, mais convaincu d'un autre forfait semblable à celui qu'on lui imputait à Pegard de sa femme. Ayant fait venir un anglais dout il con-
des ttois d'espacme (isavakre.) 5of>
naissait le caractère dévoué, comme le sien, à toute sorte de scélératesse, il l'employa pour faire périr, par le poison, ie roi de France, avec toute la famille royale et plusieurs seigneurs de la cour ; ce qui était d'autant plus facile à cet homme, qu'il avait accès» dans les cuisines royales. Mais l'empoisonneur , sur quelques avis qu'on reçut , fut arrêté en arrivant , et avoua tout. Celui qui l'avait mis eu œuvre, retiré dans son royaume, échappa à la justice des hommes /mais la vengeance divine n'était pas loin d'éclater sur une tète aussi coupable. Epuisé de débauches, il tomba, sur la fin de l'an i3ti(i, dans une telle défaillance, que, de l'avis des médecins, on l'enveloppa daru un drap imbibé d'eau de -vie, pour ranimer eu lui la chaleur naturelle. Ce remède lui devint funeste. Le feu ayaut pris ait drap, par l'imprudence de son valet de chambre, il mourut de cet accident le premier janvier i38y (N. S.), à l'âge de cinquante-cinq ans. C'est ainsi que presque tous les historien* français racontent la mort de Charles II. Mais, daus la chronique de Saint-Denis , ou voit une lettre de Pévêque de Da\ , son principal ministre, à la reine Blanche, sœur de ce prince, et veuve de Philippe de Valois; lettre où il n'est fait nulle mention de ces affreuses circonstances , mais seulement des vive* douleurs que le roi avait souffertes dans sa dernière maladie , avec de grandes marques de pénitence et de résignation à la Volonté de Dieu. « Ce prince avait, dit Mé/.crai , toutes le» » bonnes qualités qu'une méchante âme rend pernicieuses : » l'esprit, l'éloquence, l'adresse, la hardiesse et la libéralité. » Il pouvait ajouter que c'était le plus bel homme et !e mieux fait de son tems. Charles eut de son épouse trois iils et quatre filles; savoir : Charles III, son successeur; Philippe, mort jeune; et Pierre, comte de Morlain ; Marie, femme d'Alfouse d'Aragon; Jeanne, mariée avec Jean de Moutibrt , duc de Bretagne, ensuite avec Henri IV, roi d'Angleterre*, Bonne et Blanche, mortes, l'une et l'autre, avant le roi, leur père ( Voyez Charles Ier, comte d'Evreux, et les rois de Franc* Jean et Charles V. )
CHARLES III , dit LE KOBLE.
1587. (N. S.) Charles III, dit le Noblb (né à Mantes, l'an i5f)i , marié, le 27 mai 1 , à Soria, avec Léo.nokis , fille de Henri II, roi de Castille), succède, le premier janvier, à Charles le Mauvais, son père. Mais il ne fut proclamé ni que le 28 du même mois, à son retour de Pcnnaliel , en Castille, où il était avec sa femme et ses filles à la mort de son père. Son couronnement se fit le 23 juille: de l'an i3yo, à Painpeluue.