‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 54 sur 146 · LOUIS II · texte numérisé non relu

LOUIS II

1642. Louis de Bourbon, deuxième, du nom, prince de Conde\ surnomme' le Grand, premier prince du sau# , premier pair de France, duc de Bourbonnais , d'Enghicn , de Châteauroux, de Montinorenci , grand-maitre de France , en i6 |^>, gouverneur de* provinces de Bourgogne , de Bresse et de Bcrri , na-

3uil à Paris , le 8 septembre 1621. Il fut connu jusqu'à la mort e son père, son* le titre de duc d? Enghi?n. Ce prince montra un génie précoce. Le cardinal de Richelieu , croi se connaissait en hommes , dit un jour à Chavigni : « Je viens d'avoir avec M. le duc une conversation de deux heures , sur la guerre , la religion et les intérêts des princes; ce sera le plus grand capitaine de l'Europe , el le premier homme de son siècle , et peut-être des siècles à venir. » « La plupart des grands capitaines , dit M. de Voltaire, le sont devenus par degrés; Conde naquit général : l'art de la guerre .sembla en lui un instinct naturel. » Il commença sa carrière militaire au siège et à la prise d'Axras, en i(>4o , à celui d'ilire , en 1641 , et de Perpignan , en 1642. En i&|5, à l'âge de vingt-deux ans, le roi lui donna le commandement de ses armées en Flandre , et le 19 mai il gagna la fameuse bataille de Rocroi , sur les Espagnols, commandes par le comlc de Fuentes. On a remarqué que le prince, avant tout réglé le soir , veille de U bataille , s'endormit si profondément , qu'il fallut le réveiller pour lateloniier. Gassiori craignait d'engager une action générale entre Tarmée espagnole et l'armée française , inférieure en nombre. « Mais si nous perdons la bataille , dit-il , que deviendrons-nous ?» Je ne m'en ' mets pas en peine , répondit le prince, parce que je serai mort auparavant. Cette victoire le rendit d'autant plus célèbre , qu'elle fixa sur les armées françaises ce respect que jusqu'alors on avait eu en Europe pour 1'iufanlcric espagnole. Cette journée mémorable fut suivie de succès brillants. Il se rendit maître d'Emcry 9 de Barlemont et de Maubeuge , assiégea la forte place de Thionville , qu'il prit le 10 août; s'empara de Sirck , et de plusieurs places sur I* Moselle. En 1644, il passa en Allemagne, rttaqua le général Merci , retranché sur deux éminences ver* Fribourg, donna trois combats de suite en quatre jours , et fut

trois fois vainqueur; il prit Philisbourg , YVorms et Maycnce , et fut pourvu du gouvernement do Cbampagnc et de Jkic. (-.e maréchal de Turenoe , auquel il laissa son année , ayant élé battu à Maricuthal, Coude' vole en Allemagne, et joint à l'honneur de commander Turcnnc , celui de venger sa défaite. Il .iliaque le général Merci dans les plaines de Nortlingeu , le 5 août ) (>45, et remporte une victoire complète. Le général ennnni resta sur le champ de bataille, et Glcsne, qui commandait sous lui, fut fui prisonnier. Le vainqueur pénétra jusque dans la Suabe , prit H impfcMi, Rothenbourg, Nortlingcn et D • !.. Upkl. En 16461 il se trouva au siège de Mardick, en Flandre, où il lut blessé au visage. Le duc d'Orléans lui ayaut laissé le commandement de l'armée, il assiégea et prit Furnes et Dunkcrque , mil se rendit le 10 octobre, et fut le premier qui donna cette plarc à Ja France. Envoyé, en 1647 , eu Catalogne , il assiégea Lérida ; mais n'ayant que de mauvaises troupes mal payées, il fut obligé •J'en lever le. siège. Ccpendantil s'empara de la ville et du château d'Àger , et fit lever aux Espagnols le siège de Constantin. Le roi jugeant sa présence nécessaire en Flandre, où les aflaires périclitaient, il l'y rappela en tG'kS. Il prit Ypres , reprit Furnes , et gagna , le 20 août , sur l'archiduc Léopold , la bataille de Lens , en Artois. C'était la troisième fois qu'il livrait bataille avec le désavantage du nombre. Sa harangue à ses soldats fut courte , mais sublime : « Ami« , leur dit-il , souve- 11. /.-vous de Roeroi, de Fribourg et de Nortlingeu. » Taudis que Je prince de Coudé comptait les années de sa jeunesse par des victoires , une guerre civile déchirait la France. Le prince de Coude , rappelé par le roi , termina ces querelles dans une conférence à Sainl-Germain-cn-Layc. f,a paix ayant été rompue par les factieux , il mit le siège devant Paris, défendu par un peuple innombrable , avec une année de sept à huit mille hommes . et y lit entrer le roi , la reine et le cardinal Mazarin t «lui oublia bientôt ce bienfait. Ce ministre, jaloux de In gloira du vainqueur de Leus, et redoutant son ambition , le lit arrêter à Paris . le ib" janvier i65o , avec le prince de Conti cl le due de Longueville , son beau-frère j les fit conduire le même jour ë Vincennej , d'où ils furent, menés le :>.8 à Marcoussi , et le 26 novembre au Hùvre*de-Grace ; ils y restèrent jusqu'au i5 février i65l, que le cardinal lui-même alla les mettre en liberté. Cette générosité forcée ne lui rendit pas l'affection du prince. Le roi lui ayaut donné peu après le gouvernement de Gnieuue , il s'y relira ; mais ce fut pour se préparer à la guerre , et pour traiter avec l'Espagne. II courut de Bordeaux à Monîauban , prenant dos villes cl grossissant partout son parti. Il passa

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d'Age n , à travers mille périls , et déguisé en courrier , à cent lieues de là , pour se mettre à la tête d'une armée commandée par les ducs de Nemours et de tfeaufort. 11 profite de l'audace que son arrivée imprévue donne aux soldats, attaque le maréchal d'Hocquincourt , général de l'armée royale , campée près de Gicn, lui enlève plusieurs quartiers, et l'eût entièrement défait , si Turenne ne fût venu à son secours. Après ce combat, le prince de Condé vole à Paris , pour jouir de sa gloire et des dispositions favorables d'un peuple aveugle. Déjà il s'était emparé des villages circonvoisins , pendant que Turenne s'approchait de la capitale pour le combattre. Les deux généraux s'étant rencontrés près du faubourg Saint-Antoine , le 5 juillet i652, se battirent avec tant de valeur, que la réputation de l'un et do l'autre , qui semblait ne pouvoir plus croître , dit un historien célèbre , en fut augmentée. On peut dire que les troupes royales vainquireut celles de la Fronde , mais que Condé triompha de Turenne. Rien n'est comparable aux travaux ingénieux que le prince fit exécuter en peu de jours , pour fortifier le faubourg Saint-Antoine que l'on regardait comme le terme de sa grandeur et de sa gloire. Les dcox partis se battirent avec une égale fureur. Deux fois Condé taille en pièces les troupes de Turenne , et repousse ce grand capitaine jusque dans la plaine j mais supérieur en forces , il revient avec de nouveaux bataillons ; et cette journée aurait été décisive , si Mademoiselle , fille de Gaston , prenant la défense de Condé, que son père n'osait secourir, n'eût fait ouvrir les portes de Paris, armer les bourgeois, et tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales. Condé, sauvé du plus pressant danger, triomphant dans sa défaite , traversa Paris, et viut camper sur l'autre bord de la Seine, vers la Salpêtrière. Il avait perdu deux mille hommes , et le vicomte de Turenne une fois autant. La paix se lit peu de tems après j mais , ne voulant pas y entrer , il se retira dans les Pays-Bas , où il soutint, avec assez de gloire, les affaires des Espagnols. La belle retraite qu'il fit à Arras, le a5 août i654 , la levée du siège de Valencicnues, dont il força les lignes en i(i56, le secours qu'il jeta dans Cambrai en 1657 1 sollt autant d'époques mémorables comptées au nombre de ses bellesaclions. Le 14 juin i658f bataille des Dunes , gagnée par le vicomte de Tureuue , sur les " troupes espagnoles, commandées par l'infant don Juan d'Au-^ triche et le prince de Coudé. Cette journée fut sans doute une des plus glorieuses du vicomte de Turenne ; mais en ajoutant à sa gloire, elle nota rien à celle du grand Condé. Turenne commandait en chef une armée accoutumée à vaincre, Condé commandait , sous l'infant don Juan I d'Autriche , un corps d'armée d'une nation qu'il avait souvent vaincue. On doit u

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Condé la résistance courageuse qu'il opposa aux Français , et les succès qu'il obtint dans cette journée : les désastres qui survinrent bientôt , suite de la mauvaise disposition des Espagnols , doivent être imputés à don Juan. L'avis du priuce de Condé' était qu'on se retirât devant un homme qui ne s'avançait jamais que lorsqu'il était certain du succès : mais il ne prévalut pas* La position était tell, nient défavorable, qu'il ne put s'empêcher de demander au duc de Glocester s'il avait assisté à une bataille. Jamais , répondit le duc. Eh bien! dit le priuce de Condé , dans une heure vous verrez comme nous en perdrons une. Le traite' des Pyrénées l'ayant rétabli dans les bonnes grâces du roi , il se rendit auprès de lui à Aix, en 1659. Il le servit utilement dans la conquête de la Franche-Comté, au mois de février 1G6S. En 1672 , il eut le commandement d'une des armées que le roi envoya en Hollande , prit YVcsel, Rées et Emmerick , lit résoudre Je passage du Rhin près du fort de Tolhus , le 12 juin , au lieu de celui de Vahal. Il y eut le poignet gauche cassé d'un coup de pistolet. Transporté à L'trecht, il y séjourna une partie dé I année 167^ , pour la conservation des places que les Français occupaient dans les Provinces-Unies. En 1^4, il délit le prince d Orange au sauglant combat de Sencf, donné le n août, et v eut trois chevaux tués sous lui , lit lever le siège d'Oudenarde , passa eu Alsace à la mort du vicomte de Turenne , lit lever le siège de Haguenau , bloque par le comte de Montécuruli • l'obligea de se retirer sous le canon de Strasbourg, et d'abandonner le siège de Saverne. Ce fut la deruiere campague de ce grand prince. Tourmenté de la goutte, il se retira, en 1670 dans sa belle maison de Chantilli, où il cultiva les lettres et la Religion. Sur l'avis qu'il eut, que la duchesse de Bourbon, sa petite-MIe , était attaquée de la petite vérole , il quitta sa retraite le 11 novembre ifib<», pour se rendre à Fontainebleau , où il mourut le 11 décembre suivant, âgé de soixante-cinq ans et fut enterré à Valeri , auprès de ses ancêtres, et son cœur porté aux Jésuites de la maison professe de Saint-Louis , à Paris, ù* physionomie de ce prince annonçait ce qu'il était. On a dit qu'il avait le regard d'un aigle et le cœur d'un lion. Ce feu, cette impétuosité, qui formaient son caractère, lui firent aimer les beaux-esprits. Corneille , Bossue t , Racine , Despréaux, Bourdaloue , étaient souvent à Chantilli , et ne s'y ennuyaient jamais. Dans ces entretiens littéraires , il parlait avec beaucoup de grâce de noblesse et de douceur, quand il soutenait une bonne cause; maisionsang et ses yeux s'eutlaramaient lorsqu'il eusoutenaitune mauvaise , et qu'il était contredit. Un jour Boileau fut tellement effrayé du l'eu de ses regards, qu'il dit tout bas à sou voisin i « Dorénavant, je serai toujours de l'avis de monsieur le prmee,

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quand il aura tort. » Cependant son air fier, grand et noble/ était tempère' par une politesse pleine de dignité. Il aimait la sincérité , alors même qu'elle aurait pu Kii déplaire. A l'occasion d'un écrit du cardinal de Rets, où il était peu méuagé, il dit à ses courtisans : « Vous êtes surpris chi plaisir que j'éprouve à lire cet ouvrage ; c'est qu'il me fait connaître mes fautes , que

Ï>ersonue n'ose me dire.» Vrai, magnanime , il détestait la ruse et es subterfuges. « 11 n'y a, disait-il, qu'un moyen d'agir avec sûreté dans les grandes affaires et daos les petites : la candeur, la droiture et la vérité. » Il aurait pu ajouter le secret , car il l'observait avec le plus grand scrupule. Mais s'il louait de bon coeur les grandes actions , il blâmait durement les fautes. Aussi sa franchise lui fit prcsqu'autaiit d'ennemis que sa gloire ; et la

Î>uretc de son âme , qui repoussait les avis , le priva plus d'une bis de conseils salutaires. Le vicomte de Turenne et le prince de Coudé s'estimaient réciproquement* « Si j'avais à me changer, disait Condé, je voudrais me changer en Turenne , et c'est le seul homme qui puisse me faire souhaiter ce changement. Le parallèle de ces deux hommes célèbres, est un des plus beaux morceaux des oraisons funèbres de Bossu et. « C'a été, dit-il, » dans notre siècle , un spectacle de voir dans le même teins et

* dans les mêmes campagnes ces deux hommes , que la vois

* commune de toute l'Europe égalait aux plus grands capitaines h des siècles passés, tantôt à la tète de corp* séparés , tantôt unis •» plus encore par le concours des mêmes pensées , que par s les ordres que l'inférieur recevait de l'autre ; tantôt oppose * » front à front , et redoublant, l'un dans l'autre , l'activité et la

* vigilance , comme si Dieu , dont souvent , selon l'écriture •

* la sagesse se joue dans l'univers , eût voulu la montrer sous •» toutes les formes , et nous faire voir , ensemble , tout ce qu'il te peut faire des hommes. Que de campements ! que de belles S> marches ! que de hardiesse ! que de précautions ! que de

* périls ! que de ressources! "Vit-on jamais eu deux hommes les

* mêmes vertus , avec des caractères si divers , pour ne pas ii dire si coutraires ? L'un paraît agir par des réflexions pro— S) fondes, et l'autre par de soudaines illuminations. Celui-ci è par conséquent plus vif, mais sans que sou (eu art rien de

* précipité; celui-là d'un air plus froid . maf» sans jamais J» avoir rien de lent. Plus hardi à faire qu'à parler, résolu et » déterminé au dedans , lors même qu'il paraissait embarrassé h au dehors. L'un, dès qu'il parait dans tes armées , donne une fe haute idée de sa valeur , et fait attendre quelque chose » d'extraordinaire , mais toutefois s'avance par ordre , et vient m comme par degrés aux prodiges qui ont nui le cours de s* » vie. L'autre , comme un homme inspiré , dès la première

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» bataille , s'égale aux maîtres les plus consommes. L'un , par » de vifs et continuels efforts , emporte l'admiration du genre » humain , et fait taire l'envie. L'autre jette d'abord une si vivo n lumière , qu'elle n'osait l'attaquer. L'un enfin , p îr la profon- 0 deur de 6nn génie , et les incroyables ressources de son cou- >. rage, s'élève au-dessus des périls, et sait même profiter de » toutes les infidélités de la fortune. L'autre, et par l'avantage 9 d'une haute naissance , et par ces grandes pensées que le ciel envoie, et par une espèce d'instinct admirable dont les hommes » ne connaissent point le secret , semble né pour eulrainer la for- » tune dans ses desseins et forcer les destinées. Et, afin que l'on » vît toujours dans ces deux hommes de grands caractères , niais » divers, l'un emporté d'un coup soudaiu, meurt pour son » pays comme un JnddS Machabée ; l'autre , élevé par les nrmes » au comble de la gloire comme un David , meurt comme lui » dans son lit, en publiant les louanges du Seigneur, en ins- » truisant sa famille, et laisse tous les cœurs remplis, tant de » l'éclat de sa vie , que de la douceur de sa mort. »

Louis II, prince de Coudé, avait épousé , le 7 février 164* > Claire-Clémence de Maillé , duchesse de Frousac et de Caumont, marquise de Brezé , etc. ; fille d'Urbain de Maillé, marquis de Brezé, maréchal de France, et de Nicole du Plessis-Richelicu. Elle mourut le 16 avril 1694, daus sa soixautc-sixième année. Leurs enfants furent :

i* Henri-Jutes, dont l'article suit;

2* Louis, né à Bordeaux, le 20 septembre i652, mort le 1 1 avril iG53 ;

3* N. . . . , née à Bréda en 1657, morte à Paris le 28 septembre iGGv.

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