XVII. ROBERT
1240. Robert, appelé Gui, par Albéric , nommé, l'an 1240, patriarche de Jérusalem par Grégoire IX, était né dans la Pouillc , y avait été nommé évêque ; et en ayant été chassé par l'empereur Frédéric II, il s'était retiré en France, où il avait obtenu l'évêché de Nantes. A la nouvelle de sa nomination au patriarcat de Jérusalem, faite par le pape contre le vœu du clergé, qui avait élu Jacques de Vitri, il se rendit en diligence sur les lieux. Mais, l'an 1244 1 l^s Kharismiens étant venus fondre sur Jérusalem, il s'enfuit avec les maîtres du Temple et de l'Hôpital , d'abord à Joppé , et de-là à Saint-Jean-d'Acrc. L'an 1249 ■> ^^ s^ trouva au siège de Damielte ; et la ville ayant été prise le 4 juin, il y entra nu pieds avec le roi saint Louis, et y célébra les saints mystères. Après la prise du saint roi, il fut député vers les infidèles , pour traiter avec eux de sa délivrance. Mais , pend.-^nt qu'il négociait , le soudan d'Egypte fut mis a mort par les siers. Voici ce que raconte à ce sujet le sire de Joinville : « 11 y avoit ung patriarche avccques le roy , qui » estoit de Jérusalem , de l'eage de quatre-vingts ans ou envi-
» ron; lequel patriarche avoitautresfois pourchassé l'asseurance i> des Sarrazins envers le roy , et estoit venu vers le roy pour lui » aider aussi à avoir sa délivrance envers les Sarrazins. Or estoit » la coustume entre les payens et les chrestiens, que quant au- » cuns princes estoient en guerre l'un vers l'autre, et l'un se j» mouroit devant qu'ils eussent envoyé des ambassadeurs en » message l'un à l'autre, les ambassadeurs demouroient en » celui cas prinsonniers et esclaves, fust en payennie ou en » chrestienté. Et pour ce que le Soudan ( d'Egypte ), qui avolt w donné seheurté à iceluy patriarche dont nous parlons , avolt j» esté tué , pour ceste cause le patriarche demoura prinsonnler » aux Sarrazins, aussi bien comme nous. Et voyant les admiraux »» que le roy ( pour lors prisonnier ) n avolt nulle crainte de » leur menasse , l'un d'iceux admiraux dist aux aultres que c'es- » toit le patriarche qui alnsy conseilloit le roy. Et disoit l'ad- » mirai que si on le vouloit croire, qu'il ferolt bîen jurer le * roy: car il couperoit la teste au patriarche et la ieroit voler ou » giron du roy. Dont de ce pas ne le voulurent croire les aulj> très admiraux ; mais prindrcnt le bonhomme de patriarche , » et le lièrent de\ant le rov a ung pousteau les mains darriere » le dos si estroltement, q\ie les mains lui enflèrent en peu de 3» tems grosses comme la teste, tant que le saug lui sallloit par it plusieurs lieux de ses mains. Et du mal qu'il endiiroit, il criolt i> au roy : Ha sire , sire , jurez hardiment ; car j'en prens le pé- » ché sur moy et sur mon âme , puisque ainsy est que vous avez >» désir et voulenté d'accomplir vos promesses et le serement. Et j> ne scay si en la fin le serement fut faict. Mais quoi qu'il eu n soit, les admiraux se tlndrent au derrenicr acontens du seren ment que le roy leur avolt faict, et des autres seigneurs qui » là estoient. » Le patriarche, délivré de cette torture, resta auprès du roi saint Louis , qui le ramena en Palestine. Il eut , peu de tems après son retour, un démêlé avec Gautier de Brlenne, comte de Jaffa, pour une tour de cette place qu'il prétendait lui appartenir , et que Gautier refusait de lui remettre. Le patriarche, sur ce refus, excommunu» Gautier, qui d'abord fit peu de cas de cette punition. Mais l'aunée suivante , étant obligé de marcher contre le sultan de Perse , qui avait fait irruption en Palestine, 11 demanda Tabsolutlon au patriarche , qui la refusa. Prêt à combattre , il la demande une seconde fois au prélat qui était présent, et essuie un nouveau refus; ce qui jette la consternation dans larméc. « Et avecques le conte , » dit Joinville , se trouva ung très notable clep'. qui estoit
» évêque do Kalnncs ( Rames) lequel dist ou conte: Ne
j> vous troublez mie en vostre conscience de Texcommuuiement » du patriarche, car il a très grand tort ; et de ma puissance