‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 128 sur 437 · XII. S. JEAN CHRYSOSTOME · texte numérisé non relu

XII. S. JEAN CHRYSOSTOME

.^97. Jean, surnommé Chrysostôme, à cause de son éloquence admirable , né à Antioche , l'an 344, ordonné diacre par saint Mélèce , son évêque , après avoir passé quelques années dans la solitude, élevé à la prêtrise en 383, par saint Flavien, successeur de Mélèce, fut choisi par l'empereur Arcade, à la demande du clergé et du peuple de Conslantinople, pour succéder à Nectaire. L'an 3g8 , le 26 février , il reçut la conséciation episcopale des mains de Théophile, patriarche d'Alexandrie, après mille pratiques sourdes employées par ce prélat pour empêcher sa promotion. Placée sur le chandelier, celle grande lumière répandit au loin ses rayons qui réjouirent les gens de bien en les éclairant, et blessèrent les yeux malades des jaloux. La sullicltude des évèques de Conslantinople s'était renfermée jusqu'alors dans les bornes de leur diocèse. Celle de l'évêque Jean s'étendit au-delà. L'an 4oi , il se rend en Asie, où il dépose six évoques ordonnés à prix d'argent par Antonin d'Ephèse, mort l'année précédente. C'étaient les évèques de cette province qui , par considération pour son mérite extraordinaire, l'avaient appelé pour y rétablir l'ordre. Venez ^ lui ;ivaient-ils écrit, régler notre église^ troublée par les yi riens ^ par l uoari'ce des évèques^ parla cupidiié Je ces loups ravissants gui achètent le sacerdoce. Ainsi ce ne fut qu'un pouvoir précaire qu'il exerça dans celte occasion , et non une juridiction attachée à son siège. Les églises d'Asie, en effet, ne reconnaissaient point d'autre supérieur que l'exarque d'Ephèse , comme celles de Pont et de Câppadoce ne relevaient que de celui de Césarée. Cependant celle déuiarche, inspirée par la charité et s;jns prétention de la part de saint Chrysostôme, servit de prétexte ,

comme on la dit plus haut, a rambillon de ses successeurs. Ils firent des tentatives; ils les soutinrent, et firent rendre par l'empereur une loi portant défense d ordonner dans l'Asie et ie Pont aucun évêque sans avoir obtenu leur consentement. Enfin, nous verrons confirmée par le concile de Calcédoine , du moins une partie des droits dont l'usage les avait déjà mis en possession. Cette même année 4oi . saint Chrysoslôme se brouille avec Théophile , évèque d'x\lexandrie , pour avoir donné retraite aux grands frères que ce prélat avait chassés. La véhémence de ses discours contre le luxe, l'orgueil et la violence des grands, son zèle pour la réformation du clergé et pour la ronversiort des Hérétiques > lui avaient déjà fait une foule d'ennemis. De ce nombre était l'eunuque Eutrope , ministre de l'empereur, et Gainas, l'un de ses généraux. Un sermon où l'on prétendit qu'il avait indirectement noté l'impératrice Eudoxie , en parlant du luxe et de l'avidité des femmes, fut traduit comme un ci'ime de lèze-majesté dans le récit qu'on en fit à cette princesse. Elle chercha à s'en venger. L'an /^o'à ^ au mois de juin, Théophile , de concert avec elle, assemble des évêques de sa cabale dans un faubourg de Calcédoine : c'est leconciliabule nomme du Chêne. On y dépose saint Chrysostôme en son absence, et Tempereur l'envoie en exil. Le peuple se soulève à cette occasion- Un tremblement de terre , qui arrive dans ces entrefaites à Constantinople , engage l'impératrice à le faire rappeler. Il rentre dans la ville aux acclamations du peuple , et reprend les fonctions de son ministère sans nulle opposition. Huit mois après son retour, on érigea une statue en l'honneur de limperatrice, entre le palais du sénat et l'église de Sainte Sophie. A la dédicace de ce monument, il y eut des danses, des jeux et un si grand tumulte , que le bruit en retentit dans l'église et troui)la le service divin. Le pontife, indignédeccs divertissements scandaleux, éleva la voix en chaire, et contre ceux qui s'y livraient, et contre ceux qui les permettaient. Il n'en fallut pas davantage pour réveiller la haine de ses ennemis et la remettre en mo'jivement. Ils assemblent peu avant Pâques un nouveau concile , où le prélat est une seconde fois déposé. Le lo juin suivant , il est envoyé en exil à Cucuse , dans la petite Arménie, au pied du Mont Taurus, Tandis qu'on l'y conduit, tous ceux qui avaient

{)arlé librement ou pris la plume pour sa défense , essuyèrent a plus violente persécution. Ce qu'il y a de plus triste , c'est de voir, parmi ses adversaires , d'illustres et saints personnages , tels que saint Epiphane et saint Jérôme, que les calomnies de ses ennemis avaient séduits. Le pape Innocent l ne fut pas la dupe de leurs artifices. Il se déclara hautement pour saint Chrysostôme , et le consola par ses lettres dans son exil. Il engagea

ya CHRONOLOGIE HISTORIQUE

même l'empereur Honorius à écrire en sa faveur à l'empereur Arcade , son frère. ÏNIais celle démarche fut inutile. Le saint évêqiie , après avoir long-tems souffert à Gueuse , lieu désert, où les choses nécessaires à la vie lui manquaient , fut transféré à Arahisse, puis à Pltiunte, sur le Ponl-Euxin. Mais en allant k ce dernier exil, excédé par les mauvais traitements des soldats qui le conduisaient , il mourut sur la roule à Comane , le i4 de septembre 4'>7 ■> la troisième année de son exil , la dixième de son épiscopat , à l'âge de soixante ans. La supériorité de ses talents , l'eminente sainteté de sa vie , et le zèle avec lequel il attaqua les vices des grands dans ses discours, firent tous ses crimes aux yeux de ses persécuteurs. Il est regardé à juste titre comme le plus éloquent des pères de l'église. Treize volumes in-fol. forment l'édition complète de ses Œuvres , donnée par D. Montfaucon.

XIIL ARSACE, intrus.

4o4. Arsa.ce , frère de Nectaire, prêtre de la grande église cle Conslantinople, et l'un des accusateurs de saint Chrysostôme fut mis à sa place le 27 juin de l'an 4o4 -, à l'âge de 80 ans. Le

f>euple refusant de communiquer avec lui , il employa la vioence pour se faire reconnaître. L'an 4c)5 , il meurt le 1 1 septembre, après 14 mois et 16 jours d'épiscopat. « C'est bien >» peu , dit M. de Tillemont, pour une éternité d*e peines,- » qu'il avait méritée par son ambition, ses parjures et ses autres crimes. » Les Grecs font néanmoins sa fête au 1 1 septembre.

Page 1